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CAROLUS WIMMER SECRéTAIRE INTERNATIONAL DU PC DU VENEZUELA UNE INTERVIEW REALISEE PAR NOS CAMARADES ALLEMANDS DE LA SDAJ (JEUNESSE DU DKP).
publié le 13 juillet 2018

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SDAJ : Le Parti communiste du Venezuela (PCV) soutient le gouvernement de Nicolas Maduro. Mais le PCV affiche clairement les divergences qu’il a avec son parti social-démocrate, le PSUV. Interview avec Carolus Wimmer, secrétaire international du PCV sur la situation actuelle dans ce pays d’Amérique latine.

SDAJ : Quelle est votre appréciation sur la victoire électorale ?

Carolus Wimmer : La victoire de Maduro est pour nous une victoire électorale bienvenue et importante, mais pas pour autant une victoire à célébrer, plutôt une incitation forte à la réflexion, à la critique et à l’autocritique. Les Etats-Unis, soutenus par l’UE, voulaient, tout bonnement, que ces élections n’aient pas lieu. Dès avant le scrutin, ils ont annoncé qu’ils n’en reconnaîtraient pas le résultat. La bourgeoisie vénézuélienne a monté une grève des transports le dimanche de l’élection. Que l’élection ait simplement pu se tenir, et même avec succès et dans le calme, prouve que la majorité de la population veut la paix et la démocratie. Pour nous, la démocratie signifie que la population a le droit de décider par le vote de qui doit être président.

SDAJ : La participation aux élections et le nombre absolu de suffrages pour Maduro ont été nettement plus faibles qu’aux élections précédentes. Pourquoi ?

Carolus Wimmer : Cela a tenu d’abord au fait que l’opposition a appelé au boycott du scrutin. Cependant, une partie de l’opposition a quand même participé aux élections qui ont été démocratiques avec quatre candidats opposés à Maduro. Puisque l’opposition, pour sa plus grande part, ne participait pas, on peut supposer qu’une partie de nos électeurs se sont dits : « il gagnera de toute façon » et ne se sont pas déplacés. En comparaison avec les autres pays d’Amérique Latine, nous connaissions un haut niveau de participation électorale. Cette fois, à l’échelle de notre pays, nous ne sommes pas satisfaits, mais la participation reste supérieure à ce qu’elle est aux élections en Colombie, en Argentine, au Chili ou au Brésil. C’est un chiffre qu’il faut relativiser.

SDAJ : Pourquoi avez-vous, en tant que parti communiste, soutenu Maduro ?

CW : Nous avons soutenu Maduro sur le mot d’ordre « unité pour la défense de la patrie ». Le Venezuela est un pays capitaliste avec les contradictions inhérentes à un pays capitaliste. Nous avons aussi des contradictions avec notre allié, le PSUV, qui est parti socio-démocrate. Mais, pour le moment, la priorité est la défense de la souveraineté nationale du Venezuela contre les ingérences et les menaces militaires des Etats-Unis et de l’UE. Il était clair pour nous que cet objectif commun devait prévaloir sur les divergences avec le PSUV que nous avons cependant expliquées pendant la campagne électorale.

SDAJ : Vous avez signé un accord avec le PSUV, en tant que parti communiste. Quels étaient son contenu et son objectif ?

CW : Nous avons soutenu Maduro à la condition de l’existence d’un projet commun minimum. C’est le sens de l’accord signé avec le PSUV. Cela n’a pas été facile de conclure cet accord mais nous y sommes arrivés. Pour nous, il s’agit d’un programme de combat pour défendre la classe ouvrière et il contient beaucoup de propositions pour remédier aux difficultés et aux erreurs. C’est le premier programme commun depuis 19 ans entre le PCV et le PSUV au Venezuela. Aussi, nous le considérons comme un succès mais également comme une nécessité. Sans ce programme, il n’y aurait certainement pas eu de soutien à Maduro de notre part.

SDAJ : Quels sont les points centraux de l’accord ?

CW : Le programme comprend en tout 19 points sur lesquels nous avons pu nous mettre d’accord avec le PSUV. En fait partie la reconnaissance du besoin d’une direction collective du processus révolutionnaire, « révolutionnaire » entendu dans le sens de libération nationale et non de socialisme. D’après nous, le Venezuela fait face à de nombreux problèmes parce que les salariés n’ont encore accédé à aucune position dirigeante. Ils peuvent certes voter mais les positions dirigeantes restent toujours occupées par la bourgeoisie.

D’autres points concernent le combat contre la corruption, l’exigence d’une planification centralisée, le combat contre les privilèges de la bourgeoisie, l’exigence que, dans la situation économique difficile que traverse le pays, aucun dollar n’aille à la bourgeoisie. Un autre sujet, décisif pour nous, est la poursuite du développement productif. Le Venezuela est un pays pétrolier. Nous vivons, depuis maintenant un siècle, du pétrole. Il est nécessaire que le pays s’industrialise davantage : et pas seulement avec des « projets mammouth » mais aussi à travers les petites et moyennes entreprises, l’artisanat, l’agriculture. Cela ne constitue pas un programme socialiste mais un début positif, si le gouvernement est réellement prêt à améliorer concrètement la situation et à mettre en œuvre les points évoqués.

SDAJ : Sur quels points vous distinguez-vous du PSUV ?

CW : La différence entre le PCV et le PSUV est celle qui sépare le communisme de la social-démocratie. Ce n’est pas ce que nous mettons d’abord en avant en ce moment, mais nous luttons pour le socialisme. Le socialisme, c’est la libération de l’homme de l’exploitation, le pouvoir à la classe ouvrière, aux salariés et à l’ensemble des travailleurs.

Notre base théorique est le marxisme-léninisme et nous pouvons démontrer, 200 ans après la naissance de Karl Marx, que le Venezuela a déjà réalisé de gros progrès, notamment au niveau de la superstructure. Marx parle de la base économique et de la superstructure. Mais qu’est-ce qui est décisif en dernier lieu ? La base économique ! Cela veut dire que la conscience des hommes et des femmes est également déterminée par la situation économique. Sur ce point, il y a eu une interprétation fausse dans tous les processus progressistes en Amérique Latine, que ce soit en Argentine, au Brésil avec Lula, en Equateur avec Correa etc. Ils se sont tous concentrés sur la superstructure : l’éducation, la santé, la construction de logements, une nouvelle constitution, la démocratie participative, la culture, le sport… Tout cela est beau et juste. Au Venezuela, cela a fonctionné tant que les cours du pétrole sont restés très élevés. Il y avait beaucoup d’argent à consacrer à la superstructure. Mais avec la chute des cours du pétrole, la réalité nous a rattrapés.

SDAJ : Quel rôle jouent les agressions de l’impérialisme américain et de l’UE ?

CW : Il est clair pour nous que, lorsque la lutte des classes progresse, ce qui est indiscutablement le cas au Venezuela, l’ennemi de classe réagit. Celui-ci peut nous laisser un temps relativement tranquilles, tant que nous ne représentons pas un danger, mais, quand notre travail et notre lutte avancent et menacent les privilèges de la bourgeoisie et des monopoles multinationaux, la réaction vient naturellement. En tant que communistes, nous n’avons pas à voir en cela une tragédie. Mais nous sommes autant opposés à la trêve, que le capitalisme peut concéder tant qu’il peut continuer l’exploitation, que nous sommes décidés à lutter pour nous libérer. Cet ennemi de classe saura «évidemment utiliser toutes nos faiblesses. Et notre faiblesse principale est la faiblesse de la base économique du Venezuela. Tout cela est dû au tout-pétrole. L’infrastructure ne correspond ainsi pas du tout aux nécessités productives d’un pays indépendant mais est uniquement dirigée vers l’exportation. Cela se traduit par le fait que toutes les villes sont situées sur la côte et qu’à l’intérieur, il n’y en a pour ainsi dire pas. Les routes et les voies ferrées etc. ont été construites pour aller des puits de pétrole et des mines vers la côte. Toute la structure a été pensée pour l’exploitation du pays, de ses matières premières et pour les profits des grands monopoles des pays impérialistes.

Il est logique que les pays impérialistes s’efforcent de contrôler nos pays et y combattent toute forme de résistance. Ce qui se voit dans les multiples guerres en Afrique vaut aussi pour le Venezuela. Que se passe-t-il au Venezuela ? Depuis 19 ans, un petit pays, faible, résiste contre une puissance impérialiste et militaire toujours plus forte. Comme Cuba, comme la Bolivie mais à une différence près, la richesse du Venezuela. Si nous étions un pays pauvre, dépourvu de ressources naturelles, on nous considérerait sans doute avec un peu plus de patience. Mais l’impérialisme est avide. Et c’est pourquoi les Etats-Unis, et aussi l’UE en tant que représentante du capitalisme européen, ne changeront pas leur plan destiné à s’assurer la mainmise sur ces richesses naturelles.

SDAJ : A quelle traduction politique cela vous amène-t-il ?

CW : Cela veut dire que nous devons nous préparer à une lutte de longue durée, comme Cuba et d’autres pays l’ont fait avec succès, par exemple le Vietnam. Il est vrai que nous sommes un petit parti mais nous jouons un rôle important, en particulier dans l’organisation de la classe ouvrière et du côté de la jeunesse laborieuse. La tâche est grande mais les possibilités sont grandes aussi. En ces jours, et cela vaut, de façon encore plus aigüe, pour notre révolution bolivarienne : la lutte est porteuse de difficultés et de dangers mais aussi d’une grande possibilité de changer les choses. Si la lutte des classes se développe trop faiblement, alors quasiment rien ne change et les pays impérialistes peuvent continuer à exploiter tranquillement.

Le Venezuela a montré sa très grande solidarité internationale, d’abord vers l’Amérique latine, mais aussi ailleurs dans le monde. Renforcer le processus révolutionnaire au Venezuela implique aussi que nous soutenions d’autres combats émancipateurs. C’est pour cela que l’impérialisme américain nous range dans « l’axe du mal » et qu’il y a un danger d’une attaque directe des Etats-Unis contre le Venezuela. Cela nous place devant une situation compliquée : Nous, qui luttons pour la Révolution et le socialisme, nous luttons aussi et toujours pour la paix et la liberté face aux guerres impérialistes. Alors que l’impérialisme nous menace maintenant de guerre, nous devons être capables de nous défendre. Pour le moment, nous menons ce combat naturellement dans le cadre du système capitaliste. Cela implique que nous luttions pour des réformes. Mais en même temps, nous nous battons pour la révolution parce que savons que les réformes sont toujours limitées. Et, dans le même temps, cela veut dire aussi nous battre pour la paix. Nous devons nous préparer militairement à une possible attaque, maintenant et non en réagissant quand elle sera déjà là.

C’est une des leçons à tirer du putsch fasciste au Chili en 1973. On a critiqué après coup (de l’extérieur, c’est toujours plus facile) la confiance accordée par le gouvernement aux forces armées. Alors, on avait escompté que, dans une démocratie qui n’avait pas connu de putsch depuis plus de cent ans (même s’il y avait des putschs partout à côté), il ne s’en produirait pas. Mais en fait, c’est seulement que la bourgeoisie, pendant 100 ans, n’avait pas éprouvé de nécessité à déclencher un putsch. En 73 au Chili, certes, ce n’est pas un gouvernement révolutionnaire, mais bien un gouvernement progressiste et démocratique qui avait été élu. Pour la bourgeoisie chilienne et pour l’impérialisme américain, cela constituait un motif suffisant pour un putsch militaire. Cette action criminelle semblait improbable et il en sera toujours de même là où on ne sera pas bien préparé.

Un autre exemple important, c’est Cuba. L’impérialisme et, en premier lieu, l’impérialisme américain, ont fait beaucoup pour que Cuba socialiste disparaisse, mais ils n’y sont pas parvenus jusqu’à présent. Parce que, depuis presque 60 ans, l’unité du peuple cubain s’est renforcée. Cette unité du peuple, c’est ce qui est nécessaire pour nous au Venezuela. Voilà pourquoi, en tant que Parti communiste du Venezuela, nous soutenons l’union de la population civile et de l’armée. Elle constitue un des facteurs importants qui explique que le gouvernement de Maduro survive encore. Si les forces armées se divisent ou si elles se tournent contre le gouvernement, ce serait une très mauvaise chose. Cela peut paraître paradoxal pour la gauche en Europe. Mais nous affirmons que nous devons être en état de nous défendre parce que nous ne sommes pas un pays impérialiste à la différence des Etats-Unis ou des Etats membres de l’UE

Source :Traduction, ML pour « Solidarité internationale PCF – vivelepcf »

 

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