Paul Wolfowitz : «Si la Banque mondiale n'existait pas, il faudrait l'inventer»

On remarquera le culot de Paul Wolfowitz qu'il s'agisse de la corruption dont on sait qu'il faut des corrupteurs pour qu'elle existe et ce qui sont ces corrupteurs (voir entre autres "Le paradis des aides fantômes") ou de l'exercice qui consiste a détruire un pays pour le faire "reconstruire" par les multinationales (Liban, Irak, Afghanistan etc...) pour information donc cet interview publié par le Monde sans commentaires.

Pourquoi avoir demandé au gouvernement singapourien d'autoriser les antimondialistes, si critiques à votre égard, à venir à Singapour manifester durant les assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, les 19 et 20 septembre ?

Pour deux raisons. En premier lieu, nous avions passé avec les autorités singapouriennes un accord qui prévoyait explicitement cette expression de groupes et de personnes accrédités par nous. Cet accord de 2003 n'a pas été respecté. D'autre part, il est très important d'écouter ceux qui ne pensent pas comme nous. Car ils ont parfois raison. Il ne faut pas fermer ses oreilles.

Lorsque vous êtes arrivé à la tête de la Banque mondiale, en juin 2005, vous aviez fait une priorité de la lutte contre la corruption. Est-ce toujours votre préoccupation principale ? Peut-on rendre les Etats et les hommes irréprochables du jour au lendemain ?
Du jour au lendemain, évidemment non. Singapour est un bon exemple du temps qui est nécessaire à un pays pour devenir un modèle de vertu. Si j'ai dit que la lutte contre la corruption était une priorité, c'est que j'ai été affligé de voir que le niveau de vie de 600 millions d'Africains ne progressait pas et même régressait, à cause de la corruption. Quand il y a mauvaise gouvernance, comme au Zaïre du temps de Mobutu, vous pouvez donner tout l'argent que vous voulez, cela ne sert à rien.

En Afrique, je suis heureusement surpris de constater que bien des gouvernements, comme en Tanzanie ou en Ethiopie, ont mis la bonne gouvernance au premier rang de leurs préoccupations.

Mais il ne suffit pas que les présidents et les premiers ministres soient convaincus de la nécessité de la transparence et de l'honnêteté. Il faut que les ministres, les conseillers et même les peuples partagent la conviction que la bonne gouvernance est la condition sine qua non d'un décollage économique et d'un mieux-être des populations. La lutte contre la corruption est un facteur essentiel du développement, mais n'est ni un but en soi ni la panacée.

Le Tchad devait consacrer une grande partie des recettes de son pétrole au développement humain. En décembre 2005, il est revenu sur ses promesses et la Banque lui a coupé les vivres pour finalement les lui rétablir. Qui a gagné, le Tchad ou la Banque mondiale ?

Les deux. La situation était très compliquée parce que le gouvernement tchadien était dans une impasse financière, à court terme. Nous ne pouvions rompre définitivement avec lui, car les plus pauvres des Tchadiens en auraient fait les frais.

Nous avons imaginé un nouvel accord qui aménage une plus grande flexibilité dans l'emploi de recettes pétrolières promises à une augmentation dans les deux ans. Cette souplesse profitera aux plus défavorisés. Un nouveau budget a incorporé, en juillet, ce dispositif qui doit être soumis au vote de l'Assemblée législative tchadienne d'ici à la fin de l'année.

Que fait la Banque mondiale pour la Palestine ?

Cela fait quinze ans que la Banque aide l'Autorité palestinienne à améliorer ses capacités de gestionnaire, afin qu'elle soit plus crédible auprès des bailleurs de l'assistance internationale. après les dernières élections législatives palestiniennes, certains donateurs ont manifesté des réticences à poursuivre leurs efforts.

Avec l'Union européenne, nous travaillons à élaborer des mécanismes qui nous permettront d'aider en direct les populations ayant des besoins criants en matière de santé, d'éducation et de services sociaux. L'un de nos directeurs généraux, Juan José Daboub, Salvadorien d'origine palestinienne, a reçu la responsabilité de cette région. Notre institution finance des projets en matière d'eau, d'éducation et de développement communal, dans les territoires de Gaza et de la rive gauche du Jourdain, pour 108 millions de dollars (85 millions d'euros).

L'aide au développement est-elle plus efficace quand elle est multilatérale ou bilatérale ?

Dans tous les cas de figure, il faut que les aides soient coordonnées entre les différents bailleurs, sinon on se retrouve dans la situation d'une équipe de foot composée de gamins qui veulent tous jouer au poste de gardien de but !

Les pays en développement n'ont pas seulement besoin de médecins, mais aussi de maîtres d'école, de routes, etc. Cela dit, une émulation entre les donateurs n'est pas mauvaise, car si un seul organisme opère, on se trouve en présence d'un monopole, ce qui a toujours des effets pervers.

Il est très important qu'existe une institution multilatérale comme la Banque mondiale, et je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui prétendent que soixante ans ça suffit, et qu'elle doit disparaître. Si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer.

Propos recueillis par Alain Faujas
Article paru dans le Monde du 16.09.06

sommaire