Cent ans d’un régime de quotes-parts … Ça suffit comme ça !!!

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MARIE NASSIF-DEBS
publié le 27 août 2020

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nous ne savons plus par où commencer pour énumérer les catastrophes et les tragédies résultant du régime « des quotas confessionnels » établi depuis cent ans dans notre pays. Un régime qui ressemble à l’hydre à plusieurs tètes des légendes de notre enfance, que nos parents appelaient à la rescousse pour nous empêcher de faire les malins et, surtout, pour arrêter net des réclamations qu’ils n’étaient pas prêts à satisfaire…

Cependant, je dois préciser, avant de poursuivre, que je ne fais nullement un parallèle entre les parents et les représentants du régime libanais, parce que le rôle que nos parents ont joué pour nous éduquer – même en usant parfois de moyens pas très éducatifs – est à l’opposé des corrompus et des criminels qui nous gouvernent et qui ont eu recours à toutes les abominations possibles et imaginables pour nous rendre la vie difficile.

D’aucuns diront que ce n’est pas la première fois que nous haussons le ton et que, durant ces cent ans, nos voix se sont presque éteintes à force de crier ; cependant, n’en déplaise à ceux-là, nos voix sont toujours aussi claires et nos revendications aussi puissantes, ce qui veut dire que nous allons continuer à manifester jusqu’à ce que tous les tyrans et les corrompus soient jugés pour les crimes commis contre le peuple.

Jugez par vous –mêmes.

Aujourd’hui, et tandis que la majorité des Libanais ne trouve plus le moyens de joindre les deux bouts, après qu’ils aient volé notre argent épargné pour faciliter notre vieillesse et qu’ils aient ouvert nos frontières devant le Covid 19, dans le but de mettre fin à notre mouvement revendicatif, mais surtout à la suite de l’explosion meurtrière qui a déchiré Beyrouth et des centaines de nos enfants, laissant des centaines de milliers d’entre nous sans le moindre abri et détruisant tout sur son passage, le pouvoir exécutif libanais (dont le gouvernement sortant) a trouvé que la priorité actuelle est de rappeler la société internationale Lazare, suivie de la société Marsal et Alvares, pour discuter avec les experts des deux sociétés comment, et surtout où, devrions-nous céder aux exigences des puissances capitalistes représenté, comme il se doit, par le FMI, afin que ces puissances nous avancent quelques milliards de dollars en contrepartie des richesses nationales visées, dont le pétrole et le gaz, bien que les banques de ces puissances regorgent de plusieurs centaines de milliards de deniers publics libanais cachés au frais dans leurs coffres forts et à portée de leurs mains.

Et, c’est ainsi qu’au lieu de mettre au point un plan de reconstruction de la capitale détruite et de restructuration de l’économie en crise grave, nous sommes revenus au tourbillon des réunions entre le ministère des finances, la banque centrale et l’association des banques privées, ainsi que leurs conseillers libanais et internationaux, afin de voir comment le « hair cut » demandé sera mis en exécution (contre les petits et moyens épargnants bien entendu, puisque les grosses fortunes sont maintenant en Amérique du nord et en Europe occidentale). Tout cela à un moment où le gouverneur de la Banque centrale Riad Salameh parle de l’impossibilité de poursuivre le soutien de l’Etat aux produits de première nécessité – farine et essence – et où les différents médias nous ont communiqué d’autres déclarations stipulant que les médicaments vont renchérir à nouveau. En d’autres termes, les émirs des confessions au pouvoir au Liban poursuivent la voie menant à la mort une partie des Libanais, le restant sera miné par les maladies et la famine. Merci qui ??? En même temps, et puisque les nababs du régime politico-économique libanais ont décidé de préserver par tous les moyens possibles et imaginables leur emprise sur le pays, les voilà aujourd’hui qui accaparent la plus grosse part des aides matérielles et financières qui nous arrivent tant des émigrés libanais que des peuples et de certains gouvernements arabes et internationaux, et cela par le truchement de certaines ONG qu’ils avaient créées auparavant pour palier à de telles circonstances ; par contre, ils n’ont rien fait concernant le traitement des séquelles de l’explosion ou la mise en lumière des responsables de ce crime bien qu’ils nous avaient « promis » que ce sera fait en cinq jours pas plus… mais les promesses furent oubliées, et les cinq jours furent suivis de cinq autres puis de cinq nouveaux dans l’attente de la décision du tribunal international de La Haye sur l’assassinat de l’ex premier ministre Rafic Hariri puis dans celle des pourparlers entre les groupes politiques et des réunions tenues dans la demeure du président du parlement à Ain Tineh et visant à retrouver les facteurs communs afin de décider de la forme du nouveau gouvernement qui remplacerait celui de M. Hassan Diab… Tout cela accompagné du bruit des tambours de la discorde qui, sous l’instigation des « hommes de Dieu », battent le rassemblement confessionnel, mais aussi de chuchotements que la guerre civile peut éclater à tout moment.

Et, afin de ne pas trop nous étendre sur les « on dit », allant du complot universel étasunien appelé « le projet du Moyen Orient nouveau » à d’autres projets économiques et politiques prévus par les trois grandes puissances régionales, à savoir la Turquie, l’entité israélienne et l’Iran, nous résumons la situation du peuple libanais par ces quelques mots : le peuple libanais, ou plutôt ceux qui en restent, ne peut plus garder les bras croisés devant la destruction planifiée par les représentants de la classe politique, au pouvoir depuis au moins trente ans pour certains et une centaines d’années pour certains autres ; de plus, les tentatives et les manœuvres des gouvernements internationaux et régionaux afin de défendre « l’originalité » du pouvoir libanais, basée sur la distribution de ce pouvoir entre les différentes minorités confessionnelles, sont désormais vouées à l’échec dans le contexte des convoitises suscitées par la découverte des gisements pétroliers et gaziers dans les eaux territoriales libanaises mais aussi de celui, plus vaste, d’une nouvelle redistribution des richesses que recèle le Monde arabe dans ses deux parties orientales et occidentales, allant de la Palestine occupée et du Liban vers l’Algérie et la Libye, mais aussi vers la Syrie, l’Irak et le Golfe arabique…

Comment résoudre tous ces problèmes ? En reprenant l’initiative visant à regrouper les forces démocratiques non confessionnalisées afin de préparer la résistance à l’offensive ou, plutôt, aux différentes offensives qui se préparent tant de l’intérieur que de l’extérieur. Parce que l’important aujourd’hui est, à nouveau, comme en 1958 ou encore en 1975 et en 1982, la sauvegarde de la patrie qui est plus importante que toutes les formes de pouvoir. Et parce que c’est le peuple qui est à la base de la formation des patries et à qui incombent leur sauvegarde et leur développement.

Voilà la leçon que nous avons apprise dans le livre de lutte de ceux qui nous ont précédés, mais surtout des leçons de l’Histoire que nous avons vécue il n’y a pas longtemps…

 

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