XIII ème Congrès du Parti communiste sud-africain : un parti de masse et de classe confronté à la question du pouvoir et de l'unité

AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ publié le : 11 Août, 2019

Du 11 au 15 juillet, se déroulait à l'Université de Zoulouland, dans la province de Moses Mabhida, le XIII ème Congrès du Parti communiste sud-africain (SACP) sous le thème « Développer et approfondir le pouvoir et l'hégémonie de la classe ouvrière sur tous les terrains de lutte ».

Un congrès qui fut l'occasion de constater la spectaculaire progression du Parti en termes de nombre d'adhérents. De 50 000 au dernier congrès de 2007, le Parti compte désormais 160 000 adhérents. Le petit parti d'avant-garde de la lutte contre l'apartheid est désormais devenu un parti de masse.

Un parti de masse confronté à des questions délicates pour son avenir et celui d'un pays où dominent encore, dix-huit ans après la fin du régime d'apartheid, la pauvreté, le chômage et les inégalités.

Un parti de masse de 160 000 adhérents qui se pose la question du pouvoir.

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Le congrès a réaffirmé l'engagement du Parti dans l'Alliance tri-partite avec son partenaire syndical privilégié, la COSATU, ainsi qu'avec le parti au pouvoir, l'ANC, dans le processus d'approfondissement de la révolution national-démocratique que le Parti analyse comme la phase précédant la construction du socialisme.

Cet engagement a néanmoins fait l'objet d'un débat virulent sur le soutien mais aussi la participation du Parti communiste au gouvernement dirigé par l'ANC.

En effet, si les liens entre le SACP, l'ANC et le COSATU furent historiquement tissés dans la lutte contre le régime d'apartheid, le tournant libéral de l'ANC après 1994, amplifié sous la présidence de Thabo Mbeki a conduit à une critique de plus en plus nette dans les rangs communistes et syndicalistes du gouvernement mené par l'ANC.

Si l'arrivée au pouvoir de Jacob Zuma en 2007 a soulevé l'espoir d'un virage à gauche, depuis les organisations représentatives de la classe ouvrière ne cachent pas leur déception. Les transformations structurelles attendues n'ont pas eu lieu, le pouvoir du capital reste intact en Afrique du sud, les travailleurs subissant précarité, chômage et bas salaires.

Or, le soutien du Parti communiste en 2007 au courant de Zuma a conduit aussi à l'entrée d'un communiste au gouvernement, Blade Nzimande, secrétaire du Parti, devenu ministre de l’Éducation supérieure. Les communistes comptent par ailleurs 62 députés au Parlement national.

Les débats les plus vigoureux, bien que fraternels, ont porté sur la question du maintien ou non des communistes au gouvernement.

Des liens forts avec les syndicats de classe, des débats fraternels sur la question de l'unité

La critique est venue des rangs syndicaux alors que le lien entre SACP et COSATU reste plus fort que jamais.

Selon le secrétaire du Syndicat national des métallurgistes (NUMSA) Irvin Jim, la participation au gouvernement de communistes prive ces derniers de l'expression d'une voix plus critique vis-à-vis du gouvernement dans les luttes que mènent les travailleurs sud-africains, notamment dans les mines et la métallurgie.

L'intervention du secrétaire-général de la COSATU Zwelinzima Vavi reflète ces préoccupations mais aussi l'engagement sincère et profond de la direction du syndicat aux côtés du Parti communiste :

Vavi a d'abord salué la croissance irrésistible du Parti : « C'est bien la preuve que le communisme, le communisme révolutionnaire dans les meilleures traditions marxistes-léninistes sont bien debout et vivantes ».

Il a ensuite, dans le contexte d'une Afrique du sud toujours plus inégalitaire, posé la question nécessaire de la politique d'unité avec l'ANC : « Nous voulons conserver l'unité de l'Alliance. Mais l'unité dont nous parlons, c'est une unité véritablement révolutionnaire, c'est-à-dire l'unité autour d'un programme révolutionnaire d'action en faveur de la classe ouvrière et des pauvres ! »

Ce qui mène le dirigeant syndical à questionner la stratégie de participation du SACP au pouvoir : « Nous craignons que cette stratégie conduise à un affaiblissement du parti, et à atténuer ses caractéristiques de parti luttant pour le socialisme ».

« Il doit y avoir un équilibre entre la nécessité de construire un SACP fort et indépendant, capable d'offrir une direction à la classe ouvrière, et la nécessité pour les communistes de prendre le pouvoir et de l'influence dans chaque sphère de transformation. »

Zwelinzima Vavi conclut en réaffirmant la nécessité de renforcer le parti dans les luttes :

« Le Parti communiste est confronté à la tâche difficile de s'immerger dans les luttes populaires et dresser ces luttes comme une arme potentielle pour faire tomber cette bête qu'est le capitalisme ».

« Le socialisme est l'avenir, construisons-le maintenant ! »

En dépit de ces débats animés sur la question du pouvoir, le lien entre le Parti et les syndicats de classe sort renforcé de ce congrès avec l'élection notamment du secrétaire du Syndicat national des mineurs (NUM) comme président du Parti.

Les principes généraux de l'action du Parti firent l'objet d'un certain consensus : la réaffirmation de l'engagement du Parti à construire le Socialisme, la nécessité d'approfondir la phase transitoire constituée par la Révolution démocratique et national, enfin le besoin de renforcer le Parti communiste, parti d'avant-garde de la révolution, pour mener à bien ce processus.


Le mot d'ordre « Le socialisme est l'avenir, construisons-le maintenant ! » conclut ainsi la réalisation finale du plus grand Congrès qu'ait connu le Parti communiste sud-africain en 91 années d'existence.

Source : http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/article-xiii-eme-congres-du-parti-communiste-sud-africain-un-parti-de-masse-et-de-classe-confronte-a-la-qu-108463777.html

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