Sur l' ouvrage de Jacques Charby : "Les porteurs d'espoir"  le soutien, en France de la lutte d'indépendance pour l'Algérie

Un article de Michel Rogalski dans El Watan du 17 mars 2004, sur cet ouvrage:

Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie Un engagement internationaliste courageux

Ancien membre du éréseau Jeansonuméro , l'auteur entreprend ici un véritable travail de mémoire en faisant témoigner une soixantaine d'acteurs de cette action anticolonialiste qui prit la forme d'un soutien concret apporté aux militants du FLN engagés dans la lutte pour l'indépendance de leur pays.

Avant de laisser la parole aux acteurs, Jacques Charby (1), sans prêtendre à la qualité d'historien, retrace, à travers une fresque de quelques dizaines de pages, le cadre de ces engagements. Il montre bien les dates charniéres qui opérérent comme des déclencheurs de prise de conscience et conduisirent certains, insatisfaits du mot d'ordre de éPaix en Algérieé, associé au vote des pouvoirs spéciaux, à faire le choix de l'action éindividuelleé. Terme bien impropre, car l'action est organisée et diablement efficace. L'amateurisme céde vite place à l'expérience de quelques briscards de la Résistance et d'ailleurs, aguerris aux techniques de la clandestinité et sachant mobiliser la logistique infinie des milieux chrétiens et, dans une moindre mesure, syndicale. Rien n'aurait été possible sans les prêts de voitures, sans les mises à disposition d'appartements, sans les possibilités d'hébergements, de planques, de lieux de dépét pour le matériel, de lieux de réunions, de épertesé de passeports, de relais à l'étranger, etc. Ainsi une poignuméro e d'hommes et de femmes - quelques centaines - put mener une action clandestine au bilan impressionnant en prenant appui sur une nuée de sympathisants qui rendirent maints services à travers les réseaux ou directement en contact avec les Algériens. Au total, ce fut bien un ou deux milliers de personnes qui en France furent des éporteurs d'espoiré. D'oé venaient-ils ? D'un cocktail de trois principales sensibilités. Un courant humaniste, essentiellement chrétien. Un courant léniniste internationaliste dont le gros des bataillons provenait du Parti communiste et concernait des militants souvent en rupture de ban. Enfin, un courant de sensibilité tiers-mondiste pour lequel l'Algérie représentait une lutte emblématique et dont beaucoup de membres venaient de plusieurs formations qui allaient donner naissance au PSU. Les démélés des militants communistes en délicatesse avec leur parti reviennent de façon lancinante dans de nombreux témoignages. Certains, conscients de l'incompatibilité décidérent de s'éclipser discrétement pour s'engager dans le soutien. D'autres, confiant à leurs responsables leur inclinaison, furent sommés de choisir : ou le soutien ou le parti ! D'autres encore attendirent tout simplement la fin de la guerre d'Algérie pour reprendre leur carte du parti. L'amertume la plus forte se retrouve chez les seconds qui quémandérent en vain l'absolution. On imagine mal le Parti communiste de l'époque, ayant résolument choisi l'action de masse, craignant plus que tout l'isolement, et en recherche d'une alliance avec les socialistes, accédant à une telle requéte. De surcroét, le FLN n'était pas le Viét-minh, ni Ben Bella ou Hé Chi Minh. Officieusement par contre, ainsi que le rapporte Joseph Hazan, un proche d'Henri Curiel, Jacques Duclos, approché, fit savoir : éJe suis d'accord avec les communistes qui aident concrétement les Algériens, mais à condition qu'ils ne mouillent pas le parti.é On imagine mal qu'il put en être dit plus. Transporter, cacher, héberger, aider à se réunir, soigner les cadres du FLN, favoriser leurs communications, leur trouver des points d'appui en province, assurer leur défense juridique, compter, recompter et acheminer d'importantes sommes d'argent, telles étaient les téches des réseaux de soutien. A cela s'ajoutaient les passages de frontières, l'organisation de quelques évasions de prisons ou les fournitures/falsifications de papiers. Le bilan fut vite impressionnant. Trop apparemment pour la police qui lui porta les coups les plus rudes. Quand le premier réseau constitué, celui de Francis Jeanson et de Robert Davezies, tomba, la reléve fut assurée par Henri Curiel qui reprit ce qui restait de la logistique et y ajouta ses moyens et plus de professionnalisme. A son tour, la repression le rattrapa, mais d'autres, déjà expérimentés et par lui formés, prirent la reléve. On nommera, sans pouvoir être exhaustif, Gérard Mattéi, Martin Verlet, Roger Rey, les frères Jéhan et Gérold de Wangen. Les efforts se fédérérent avec l'action d'autres groupes, de Denis Berger -de " la Voie communiste" - au égroupe Nizanuméro issu des jeunes mendésistes et animé par Jean-Jacques Porchez.

L'action de soutien en a conduit bon nombre en prison. Là encore, les témoignages sont passionnants. La fraternité avec les Algériens dans les sections de dûtenus politiques s'approfondit. Et c'est aussi là que se préparent les évasions, notamment celle de six femmes de la Petite Roquette pendant l'hiver 1961. La guerre terminuméro e, quelques-uns choisirent d'aller apporter leurs compétences professionnelles à l'Algérie indépendante. On les appela les épieds rougesé. D'autres, forts de leur expérience et de leur savoir-faire, se mirent au service d'autres causes à travers le monde. Ce fut l'aventure de Solidarité menuméro e par Henri Curiel jusqu' à son assassinat en 1978. D'autres, enfin, restérent toujours solidaires de l'Algérie et s'activérent au travers de la vie associative à resserrer les liens entre les forces démocratiques des deux pays.

Par Michel Rogalski        Directeur de la revue Recherches internationales (1) Jacques Charby Les Porteurs d'espoir - Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie : les acteurs parlent (La découverte, 2004, 300 p., 22 euros)

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