L'EMPIRE DU MAL : DICTIONNAIRE ICONOCLASTE DES ÉTATS-UNIS
par ROGER MARTIN
On se souvient que Roger Martin avait signe il y a quelques années des ouvrages très documentes sur l'extréme droite aux états-unis (AmeriKKKa.Voyage dans l'Internationale néo-fasciste, éditions Calmann-Lévy) et sur la main mise du Front national sur la ville d'Orange (Main basse sur Orange, éditions Calmann-Lévy).
Aujourd'hui, il publie au Cherche-Midi une somme de 340 pages sur le "Pays de la liberté", dans le droit fil de l'Histoire populaire des états-unis d'Howard Zinn (éditions Agone), sous forme d'un Dictionnaire, dont les soixante entrées démontrent, preuves et faits a l'appui, que l'histoire américaine baigne dans une tradition dominuméro e par l'idéologie du sang. Celui des "sous-hommes", travailleurs forces sous contrat blancs, Indiens, Noirs Mexicains, syndicalistes ou de classes sociaux. Fourmillant d'informations, reposant sur une documentation exemplaire, rigoureux et passionne, le nouvel ouvrage de Roger Martin est aussi une arme dans le combat idéologique pour tous ceux qui ne se résignent pas.
Militants, élus, responsables d'associations peuvent contacter l'auteur en vue d'organisation de présentations-débats autour de L'EMPIRE DU MAL ? sur son site http://roger-martin.net
(Nous remercions les responsables du site amnistia.net et les Editions du Cherche-Midi pour nous avoir laisse utiliser la présentation de :
L'EMPIRE DU MAL : DICTIONNAIRE ICONOCLASTE DES ÉTATS-UNIS)
http://www.amnistia.net/biblio/litter/amerique_1007.htm

Luttes, repression, résistances: l'autre visage de l'Amérique

 

L'empire du mal? Un livre de Roger Martin*

Nous remercions les éditions du Cherche Midi de nous autoriser à publier l'un des articles de L'Empire du mal? Dictionnaire iconoclaste des Etats-Unis. D'autres extraits surprenants du livre de Roger Martin seront publiés dans le numéro de septembre de notre journal Les Enquétes interdites.

 

L'histoire officielle a gravé dans le marbre le mythe d'une Amérique synonyme de démocratie, de liberté, de progrès. D'une république noble et génuméro reuse, édifiée sur l'honnuméro teté, le courage. Le labeur opiniêtre, la sueur et le sang de millions d'individus auxquels fut toujours offerte en retour la chance de s'attribuer une part du rêve américain.

Le cinuméro ma a relayà cette image idyllique et contribué à imposer au peuple américain et au monde entier des stéréotypes qui ont la vie d'autant plus dure que, débarrassée de tout rival, l'Amérique est, plus que jamais, le gendarme d'un monde sans blocs, bénéficiant en outre du soutien sans faille d'une grande partie des médias étrangers.

C'est contre cette vision mythique et déformée, véritable image d'Epinal, que s'inscrit en faux L'Empire du mal?

Assénant faits et exemples ignorés ou méconnus, exposant sous une lumière crue des événements oubliés, cachés, dénaturés ou travestis, refusant la seule mémoire des grands hommes au profit des obscurs et des sans-grade, explorant les camps de concentration de la guerre de Sécession comme les laboratoires de 1'anthraxé, exhumant les souvenirs enfouis de 1'Eté rouge de 1919 ou les "émeutes zazoues" de 1943-1945, Roger Martin, tout au long des articles de son ouvrage, fait la démonstration que l'histoire américaine baigne dans une tradition dominuméro e par l'idéologie du sang. Celui des "sous-hommes", travailleurs forcés sous contrat, Blancs, Indiens, Noirs, Mexicains, syndicalistes ou déclassés sociaux.

De A à Z, d'Alamo a Zazou, en passant par CIA, destinuméro e manifeste, guerre bactériologique, pique-nique ou scalp, Roger Martin, dans ce dictionnaire iconoclaste, démonte légendes et mythes avec passion, rigueur et érudition.

Nous vous présentons ici l'un des articles de "L'Empire du mal?":
Les travailleurs forcés

En 1954, Jean-Paul Sartre publia dans un numéro des Temps Modernes, sous 1e titre Introduction a l'Amérique raciste, un livre refusé par tous les grands éditeurs des Etats-Unis et dont le titre originel était Jim Crow Guide to the USA. Il s'agissait d'une enquête de Stetson Kennedy, un "sudiste pur sucre", qui s'était déjà signalé quelques années plus tét pour avoir infiltré le Ku Klux Klan dans sa cité impériale d'Atlanta.

 Dans ce qui était à l'origine un mémorandum qu'il alla soumettre en 1953 à une commission des Nations unies, il présentait les conclusions d'une enquête de deux ans à travers tout le sud du pays. Sous couvert de collation de chants fblkloriques - n'avait-il pas été un grand ami de Woody Guthrie? -, Kennedy sétait rendu dans des dizaines de camps de travail, aux abords de plantations d'arbres à térébenthine, de coton et d'exploitations forestiéres. Muni d'une caméra et d'un magnuméro tophone, il avait recueilli clandestinement des centaines de témoignages. Ses conclusions étaient sans appel: sous prétexte que de nombreuses familles s'étaient endettées, les tribunaux sudistes les condamnaient à des amendes, des peines de prison ou les travaux forcés.

Considérés comme vagabonds, des centaines d'hommes se voyaient infliger les mêmes peines. Arrivaient alors des responsables d'exploitations qui acquittaient la dette - la plupart du temps un accord était passé avec les autorités qui se contentaient d'une somme minime - à charge pour les condamnés de rembourser en travaillant pour eux. Leurs victimes étaient des citoyens américains, blancs ou noirs, mais les besoins de main-d'oeuvre étant énormes, les autorités du Sud, en totale connivence avec les forces de police, laissaient des centaines de Mexicains passer le Rio Grande a la nage. Sans papiers, ces wet-backs - "dos mouilles" - étaient littéralement consignés sur les exploitations qui les avaient requis, le temps de rembourser leur passage et une nourriture et des vétements fournis a prix d'or.

Tous ces gens, très souvent retenus illégalement, surveillés par des gardes armés, traqués en cas de fuite par la police ou les milices du KKK, constituaient un formidable réservoir de main-d'éuvre bon marché. Le mot peonage alors en usage en dit long sur leur véritable statut. Ce ne sont ni plus ni moins que des travailleurs forcés. Stetson Kennedy, dans le mémorandum présenté aux Nations Unies, avance le chiffre énorme de cinq millions trois cent soixante-huit mille deux cent onze personnes qui purent être considérées comme travailleurs forcés. Si les wet-backs mexicains fournissaient le plus gros des troupes avec quatre millions d'individus, on trouvait aussi cent soixante-quatre mille cinq cents térébenthiniers noirs, cent quatre-vingt-deux mille métayers noirs, vingt-deux mille trois cent vingt-trois fermiers noirs, cent neuf mille quatre cent vingt-trois métayers blancs et vingt-cinq mille cent quatre-vingt-cinq fermiers blancs.

 

Bien qu'il eut pris soin de rappeler que deux de ses ancêtres avaient été signataires de la déclaration d'lndépendance et justifié son enquête au nom d'un "devoir patriotique", Stetson Kennedy fut immédiatement dénoncé comme communiste et son mémorandum, s'il connut l'honneur d'être traduit dans une bonne trentaine de pays, resta lettre morte aux Etats-Unis.

Pour mémoire

Un film:

Un film méconnu de Robert Aldrich, L'Empereur du Nord (1973), avec Lee Marvin et Ernest Borgnine, inspiré par Les Vagabonds du rail de Jack London, mais situé lors de la grande crise de 1933, évoque les vagabonds arrêtés par des policiers aux ordres d'industriels et condamnés à travailler sans salaire pour leurs "libérateurs".

 

Une bande dessinuméro e:

Roger Martin est également l'auteur d'une série intitu l' e AmeriKKKa aux éditions EP-La Martiniére. Le troisième tome des aventures d'Angela Freeman et Steve Ryan, Les neiges de l'Idaho, est consacré à l'histoire des travailleurs forcés.

* Auteur de Skinheads, Main basse sur Orange, L'Affaire Peiper, Roger Martin a publié plus de vingt-cinq ouvrages, Romans noirs, enquêtes, essais et bandes dessinuméro es. Trés engagé dans le combat antifasciste, spécialiste de l'extréme droite et de l'Amérique, il a déjà consacré aux Etats-Unis un AmeriKKKa, Voyage dans l'internationale numéro ofasciste qui fait autorité.

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