LA MEMOIRE CONFISQUEE

Nous dénonçons une restriction sans précédent de l’accès aux archives contemporaines

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Le Collectif Communiste Polex s'associe a ce communiqué
publié le 14 octobre 2020

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F aut-il encore s’inquiéter de l’accessibilité au public des plans du débarquement du 6 juin 1944 soixante-quinze ans après la Seconde Guerre mondiale, lesquels portent un tampon ‘’secret’’ ? Protéger des informations secrètes est essentiel. Qui en douterait ? A condition toutefois que ces informations soient réellement sensibles et qu’elles constituent toujours un secret défense. Quand il n’y a plus de secret, il ne devrait plus rien y avoir à protéger.

Pourtant le Service historique de la Défense annonce la nécessité d’une « déclassification » formelle de tous les documents portant les fameux tampons ‘’secret’’ depuis 1940. Pièce par pièce. Cette mesure provoque déjà une paralysie du service. Elle entraine des délais de communication très longs, voire l’impossibilité d’accéder à des archives pourtant communicables de plein droit selon le Code du Patrimoine. En effet les archives dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale, aux intérêts fondamentaux de l'Etat dans la conduite de la politique extérieure, à la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique doivent être accessibles à tous après une échéance cinquante ans.

Tout le paradoxe est là : des délais d’accessibilité existent pour ces documents et ces délais sont aujourd'hui largement échus pour la majeure partie des documents produits avant 1970. Mais on évoque une instruction générale interministérielle de 2011 pour justifier une nécessaire ‘’déclassification’’ formelle des documents secrets avant toute communication aux lecteurs. Pourquoi cette soudaine volonté de déclassifier des documents considérés jusqu’à il y a peu comme accessibles à tous ? Pourquoi prendre le risque d’entraver gravement les recherches historiques ?

Au-delà du Service historique de la Défense, où la tâche est particulièrement titanesque compte tenu de la nature des archives qui y sont conservées, cette nouvelle mesure concerne toutes les archives publiques. Ce sont plusieurs centaines de milliers de documents et des dizaines de kilomètres linéaires de papiers qui doivent être regardés un à un au nom de cette application abusive, et partant dangereuse, du principe de protection du secret de la défense nationale exigée par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Une restriction sans précédent de l’accès aux archives contemporaines de la Nation sous le prétexte abusif de la nécessité de protection du secret de la défense est en cours.

Face à une telle mesure qui ne peut que entraver l’indispensable travail de mémoire, les acteurs et les actrices de la recherche en Histoire dénoncent la mise en œuvre de cette mesure qui porte un coup d’arrêt surtout à la recherche sur des sujets essentiels pour la connaissance historique et le débat public.

En ce 75ème anniversaire de la Libération des camps, en ce 80ème anniversaire de l’Appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940, la fermeture de fait des archives classifiées postérieures à 1940, alors que se profilent le 60ème anniversaire du putsch des officiers factieux félons, en avril 1961 en Algérie et – dans la foulée - la fin de la guerre d’Algérie entre-autre. Que signifie une telle mesure aussi douteuse qu’incompréhensible ?

L’écriture de cette histoire pourtant essentielle à la compréhension des enjeux contemporains est largement compromise. Il est vain de prôner un quelconque devoir de mémoire si l’impératif d’histoire ne peut concrètement être rempli.

Rappelons-le : ces archives ont pour l’essentiel déjà été communiquées. Il n’y a donc plus de secret. Et s’il en reste, il est temps, 50 ans au moins après les faits, de lever le voile dans le cadre fixé par la loi. Par conséquent, nous demandons l’application du Code du Patrimoine et de la loi sur les archives de 2008, et donc l’accès immédiat et sans réserve à ces archives publiques à l’issue des délais légaux.’’

Le bureau national de l’ACCA, réuni le 17 février 2020, après avoir pris connaissance du texte ci-dessus (pétition des chercheurs que leur a communiquée l’historienne Raphaëlle Branche), a décidé de s’y associer et appelle ses adhérents à faire de même.

Source :Blog de nils andersson

 

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