La surprise de la Wehrmacht devant Moscou

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Danielle Bleitrach
publié le 5 décembre 2020

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Un soldat allemand se rend dans la région de Solnetchnogorsk Samari Gourari/Sputnik

La contre- offensive soviétique près de Moscou en décembre 1941 fut une surprise totale pour la Wehrmacht. Les Allemands étaient convaincus que l’Armée rouge était déjà vaincue.


National Archives and Records Administration

La période initiale de l’opération Barbarossa a été un véritable cauchemar pour l’Armée rouge. Pendant plusieurs mois, la Wehrmacht a occupé toute la région baltique, la Biélorussie et la majeure partie de l’Ukraine. Des centaines de milliers de soldats soviétiques ont été tués ou faits prisonniers, et les Allemands se sont rapprochés des principales villes du pays – Leningrad et Moscou.

Des Moscovites construisent des ouvrages défensi Boris Vdovenko/Sputnik

Début octobre 1941, à seulement 200 km de la capitale, près de Viazma, quatre armées soviétiques, encerclées, ont perdu environ un million d’hommes, tués, blessés ou capturés. Moscou est restée pratiquement sans défense. Le 15 octobre, la panique a éclaté dans la ville : les habitants ont fui en masse vers l’est, le chaos s’est accompagné de pillages et de vols. « Dans la rue, un tas de gens enfonçaient les portes des magasins, certains volaient déjà de la nourriture, se souvient l’ingénieur Susanna Karpatcheva. Il y avait un flot continu de personnes avec des sacs à dos le long de la route, on voyait des voitures et des camions remplis d’effets personnels. Aujourd’hui, les gens ont quitté Moscou comme hier Viazma ». Ce n’est que par des mesures vigoureuses, comprenant l’introduction de couvre-feux et de patrouilles militaires, que les autorités ont réussi à normaliser la situation.


Un commandant soviétique lit le discours de Staline lors de la bataille de Moscou Pavel Trochkine

En attendant que des unités de réserve de Sibérie, de l’Oural et de l’Extrême-Orient arrivent pour défendre la capitale, le commandement soviétique a essayé de gagner du temps et de retarder l’ennemi le plus longtemps possible. Tous les régiments et divisions disponibles se sont précipités vers les lignes défensives construites à la hâte à l’approche de Moscou. En plus d’eux, les cadets des écoles militaires de Moscou et de Podolsk sont entrés dans les combats. Encore jeunes, beaucoup n’ayant pas encore dix-huit ans, ils étaient censés devenir commandants après l’obtention de leur diplôme, mais allaient au front en tant que simples soldats.


Les forces d'assaut de chars soviétiques attaquent un village occupé par l'ennemi avec le soutien d'un T-34 Domaine public

Au cours de batailles féroces, les détachements combinés de cadets des écoles d’infanterie et d’artillerie de Podolsk, ayant perdu 2500 hommes sur 3000, ont retenu l’ennemi pendant douze jours, bien qu’on leur ait ordonné de tenir au moins cinq.« Le premier peloton fait sauter le bunker à l’endroit de notre percée, a raconté Adalbert Wasner de la 19e division de Panzer de la Wehrmacht. Un combat rapproché extrêmement intense s’ensuit et les deux camps subissent des pertes. On fait les premiers prisonniers. Ce sont des cadets de l’école militaire de Podolsk. Ils sont appelés “cadets staliniens” et ils se défendent tous avec une extrême bravoure ».


Défilé sur la place Rouge le 7 novembre 1941. Mitrailleurs Mikhaïl Kalachnikov

Le 7 novembre, à l’occasion du 24e anniversaire de la révolution, un défilé militaire a eu lieu sur la place Rouge. Certaines des unités qui y participaient se rendirent aussitôt sur le front, dont la ligne s’approchait inlassablement de la capitale. Comme le notait le maréchal Gueorgui Joukov dans ses Mémoires : « Cet événement a joué un rôle énorme dans le renforcement du moral de l’armée et du peuple soviétiques et était d’une grande importance internationale ». Le défilé a montré au monde que l’Union soviétique n’était pas encore brisée. Un fait important pour les Moscovites a été l’apparition à la tribune de Staline, qui a prononcé un discours solennel. Les gens ont vu que le commandant suprême était toujours à Moscou, bien que la plupart des membres du gouvernement aient déjà évacué à Kouïbychev (Samara) à ce moment-là.

Narodowe Archiwum Cyfrowe

Le 2 décembre, des unités de la 2e division de Panzer de la Wehrmacht ont occupé le village de Krasnaïa Poliana, à seulement 30 km du Kremlin. Compte tenu des vastes territoires et des ressources humaines de l’URSS, les commandants allemands ont compris que la guerre n’était pas encore terminée, mais ils étaient sûrs que l’épine dorsale de l’Armée rouge avait été brisée. « L’armée russe ne représente plus de menace pour l’Europe », a écrit le chef d’état-major général des forces terrestres, Franz Halder, dans un journal de guerre en date du 23 novembre.

Contre-offensive soviétique près de Moscou, 1941 Ministère de la Défense

Néanmoins, l’avancée de la Wehrmacht vers la capitale soviétique ne s’est pas aussi bien déroulée que ne l’aurait souhaité le commandement. En raison de la résistance opiniâtre et des contre- attaques incessantes de l’Armée rouge, les troupes allemandes étaient épuisées et sous-pression constante. Le mouvement des unités blindées a été entravé par le minage total des approches de la ville, réalisé avec compétence par les sapeurs soviétiques. Les problèmes d’approvisionnement et les morts massives de chevaux, qui s’étaient retrouvés sans fourrage en ce début d’hiver, ont commencé.

Domaine public

L’armée allemande espérait réaliser une dernière percée décisive vers Moscou, sans tenir compte du fait que d’importantes réserves fraîchement entraînées de l’Armée rouge étaient concentrées dans la ville. Le 5 décembre, les troupes du front Ouest de Gueorgui Joukov et du front Sud-Ouest de Konstantin Timochenko ont lancé une contre-offensive à grande échelle. « Lorsque nous avons attaqué, notre artillerie a ouvert un feu si intense qu’elle anéantissait souvent les défenses allemandes avant même que l’infanterie n’approche. Par conséquent, lorsque nous sommes entrés dans les villages, les Allemands avaient déjà eu le temps de partir. C’est là que j’ai vu pour la première fois le fonctionnement des Katiouchas – un spectacle inoubliable. Et, bien sûr, tous les villages avaient été incendiés », a rappelé le soldat Hertz Rogovoï.

Les survivants de l'une des unités défaites de l'armée nazie remettent leurs armes Victor Kinelovsky/Sputnik

Les troupes allemandes ont commencé à refluer rapidement de la capitale. À certains endroits, la retraite s’est transformée en fuite panique, lorsque l’artillerie de l’ennemi tombait entre les mains des unités en progression de l’Armée rouge. Le 19 décembre, Adolf Hitler a remplacé Walter von Brauchitsch au poste de commandant en chef des forces terrestres. Au même moment, Fedor von Bock, le commandant du groupe d’armées Centre, a été démis de ses fonctions. Le commandant du 2e Groupe Panzer, Heinz Guderian, qui a également perdu son poste, écrira bien des années plus tard dans ses Souvenirs d’un soldat : « L’attaque de Moscou a échoué. Tous les sacrifices et les efforts consentis par nos vaillantes troupes ont été vains ». Ce n’est qu’au début du mois de janvier 1942 que les Allemands parviennent à stabiliser le front.

Des femmes escortent les prisonniers nazis. Défaite des Allemands près de Moscou Victor Temine/MAMM/MDF/russiainphoto.ru

Après avoir infligé un coup terrible à la Wehrmacht, l’Armée rouge a repoussé l’ennemi à 100-250 km de Moscou. Elle a réussi à libérer des territoires importants et à éliminer dans l’ensemble la menace pesant sur la capitale. Cependant, les plans ambitieux du commandement visant à poursuivre l’offensive et à vaincre complètement le groupe d’armées Centre se sont soldés pour les troupes soviétiques par de dures batailles, de douloureuses sorties de l’encerclement et de lourdes pertes.
Malgré le triomphe de Moscou et l’effondrement de la stratégie de la blitzkrieg, le temps d’un tournant radical dans la guerre n’était pas encore venu.
Un lecteur me signale ce reportage qui date de 1970, c’est-à-dire un temps où la direction du PCF n’était pas aux mains des trotskistes et autres sociaux démocrates, au plan international, capables comme Elsa Faucillon de voir dans Staline les problèmes d’aujourd’hui en Arménie, bref l’incurie négationniste qui appuie toute la propagande de la droite et de l’impérialisme en crise, dans une UE qui poursuit idéologiquement comme seule issue la croisade anti-communiste en créant un signe d’égalité entre communisme et fascisme, pour mieux préserver les fascistes, sauveurs ultimes du capital…

Je ne crois pas que la France puisse se relever d’une telle négation de l’histoire, le pire n’est pas à mes yeux l’offensive de la droite et de l’extrême-droite, ni même la trahison social démocrate avec l’UE, mais la disparition totale d’un parti révolutionnaire dans sa dimension patriotique et souveraine… parce que ce n’est pas du passé dont il est question mais bien de la souveraineté française d’aujourd’hui alors que nous sommes dans une crise de transition dans laquelle notre peuple devrait mobiliser son énergie face à la catastrophe imminente. Sans désormais les moyens de la conjurer.

Source :histoire et societe

 

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