Autopsie
de la Yougoslavie

pour comprendre

les prochaines guerres de la globalisation





Vous le sentez comme nous : la guerre menace dans les années à venir. Partout. Pour défendre la paix, il nous faut faire entendre la voix des peuples occupés par les USA. Faire connaître les injustices et les souffrances.

Le drame actuel du Kosovo, soigneusement dissimulé, va exploser à nouveau. Et ses enseignements éclairent les prochaines guerres et occupations.


Ce petit dossier vous expliquera :







Vanessa Stojilkovic Michel Collon

nessa.kovic@indymedia.be michel.collon@skynet.be


1 €






QUESTIONS, REPONSES ET DOCUMENTS


AUTOUR DU FILM

Les Damnés du Kosovo



* Intolérable propagande de guerre en 1999, intolérable silence aujourd'hui

Pourquoi avons-nous fait ce film et en quoi peut-il vous servir ?


* Rapport de la Croix-Rouge Internationale sur la situation actuelle au Kosovo

« Moins de 2% des personnes chassées sont retournées dans leurs foyers »


* Que se passe-t-il à présent au Kosovo ? Un film brise le silence.

Interview de Michel Collon & Vanessa Stojilkovic à propos de leurs Damnés du Kosovo


* Envoyé spécial (France 2) : Guerre économique USA France au Kosovo

Multinationales en chasse sous couvert d'ONG et de « reconstruction »


* Le pays dont on ne parle plus : où en est la Yougoslavie ?

Explosion des prix, des licenciements, des cancers, des suicides. Et rejet du gouvernement du FMI.


* «Je travaille jusqu'à 13 h par jour, six jours semaine, pour un salaire de misère»

Scènes de la vie des travailleurs aujourd'hui en Serbie


* Test - médias : Kosovo, vrai ou faux ?

Alastair Campbell nous avait aussi « informés » sur le Kosovo


* Test - médias : que valait notre info sur l'éclatement de la Yougoslavie ?

Combien d'années nous faut-il attendre avant d'apprendre la vérité sur les dessous d'une guerre ?


* «Divisons l'Irak comme la Yougoslavie !»

Un stratège US propose le... nettoyage ethnique comme solution au bourbier


* L'actualité qu'on nous cache encore

Pétrole, USA & maffia, Bernard Kouchner, Jamie Shea, Macédoine…


* Wesley Clark fera-t-il demain le contraire de ce qu'il a fait hier ?

Amérique latine, Yougoslavie, Chine et quelques autres cibles...


* Pouvez-vous nous aider à diffuser Les Damnés du Kosovo ?

Un formulaire pratique


Michel Collon Vanessa Stojilkovic

Journaliste Réalisatrice

37 rue Renard, 4430 Ans Belgique 15 rue de Moscou, 1060 Bruxelles

00 32 (0) 42 46 28 81 00 32 (0) 496 105 782

michel.collon@skynet.be nessa.kovic@indymedia.be



Cher ami,



Nous nous permettons d'attirer votre attention sur notre film Les Damnés du Kosovo. Car nous croyons qu'il sera utile dans votre action et vos discussions sur l'actualité avec des publics très larges et désireux de comprendre les véritables enjeux dans lesquels nous sommes tous impliqués. Nous avons également jugé bon d'accompagner notre film de documents récents et importants, montrant que la situation, déjà alarmante au moment du tournage du film, n'a fait que s'aggraver.

La propagande de guerre lors des bombardements de 1999 nous a été intolérable, comme nous est intolérable aujourd'hui le silence médiatique assourdissant imposé à cette région. Si beaucoup de personnes ont été trompées et manipulées à l'époque, il est de notre devoir à tous aujourd'hui de rétablir la vérité et surtout de donner la parole aux oubliés : 20 témoignages exclusifs de Serbes, Roms, Juifs, Musulmans, Turcs, Gorans, Albanais… décrivent la terreur quotidienne, aujourd'hui au Kosovo, où « l'Otan a fait un mariage de raison avec la mafia », explique un expert.1

Quant à la Serbie, gouvernée depuis trois ans par le FMI, ce sont 10 millions de personnes qui se retrouvent aspirées dans une spirale de misère… Le prix du pain a été multiplié par quatre. 170.000 familles de Belgrade ne peuvent plus payer l'électricité (et donc le chauffage urbain). Le FMI est en train de licencier 800.000 travailleurs. Explosion de la drogue et des suicides. Des ouvriers travaillent 13 heures par jour, 6 jours par semaine, sans sécurité sociale. Payés avec des mois de retard et surexploités.2 Bientôt, on fermera d'autres usines ici pour délocaliser là-bas.


Contrairement à ce que certains peuvent nous rétorquer, nous ne sommes pas « en retard d'une guerre » ! Bien au contraire : dans leur intervention contre l'Irak, les stratèges US ont non seulement tiré des leçons du Kosovo (notamment dans la manipulation de plus en plus machiavélique de l'opinion publique), mais ils n'ont fait que développer une guerre globale qui a commencé, au lendemain de la chute du mur de Berlin, en Yougoslavie.

En effet, après avoir enquêté et mené plusieurs interviews sur place, notre analyse de la situation au Kosovo et en Yougoslavie nous permet d'avancer sans crainte que cette guerre était précisément motivée par la volonté de contrôler les routes du pétrole ; l'exemple le plus frappant (exposé d'ailleurs dans notre film) est la super-base militaire US, Camp Bondsteel,  installée au Kosovo. Juste sur le tracé du projet US de pipeline trans-Balkans3.


Quand les Etats-Unis occupent une région stratégique, cela provoque de terribles souffrances pour toutes les populations. Et aucune solution. Si ce film permet de montrer qu'au Kosovo, depuis quatre ans, rien ne s'arrange, il veut aussi aider les autres peuples agressés ou menacés, partout dans le monde, en exposant de façon simple la stratégie guerrière globale des Etats-Unis et ses résultats catastrophiques.

Mais la résistance à l'occupation, en Irak, en Palestine, montre aussi que les peuples ne se laissent pas faire. Ce film se veut une aide concrète aux populations oubliées du Kosovo. Il existe un projet d'ONG pour une visite internationale d'inspection et de témoignage.

Comment pouvez-nous nous aider ? En faisant connaître ce film autour de vous. Vous trouverez ci- après une liste de propositions concrètes. Si vous pouvez nous aider à réaliser ne serait-ce qu'une seule de ces propositions, vous témoignerez votre solidarité envers ces populations sacrifiées. Et vous aiderez à freiner la course vers la guerre globale dans le monde. Merci d'avance.





Rapport de la Croix-Rouge internationale

Résumé des points essentiels d'un rapport du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), présenté aux médias à Genève vendredi 29 août 2003 :

Depuis l'intervention de l'OTAN en Yougoslavie (1999) et l'occupation militaire du Kosovo :

http://www.micr.ch/f/info/visit_info_f.html
http://www.icrc.org/Web/fre/sitefre0.nsf/html/photo_displaced_lives_3-2003!OpenDocument

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Commentaire du Comité suisse pour la paix en Yougoslavie :

Sur la base de ces informations précises et impartiales et au vu de la situation catastrophique qui prévaut actuellement au Kosovo du point de vue de la sécurité des populations, le Comité pour la Paix en Yougoslavie, créé au lendemain du 24 mars 1999, affirme à nouveau que la première intervention militaire de l'histoire de l'OTAN contre un Etat souverain se révèle être:



Que se passe-t-il à présent au Kosovo ?

Un film brise le silence.


Michel Collon et Vanessa Stojilkovic

sur leur nouveau film Les Damnés du Kosovo


Chassée de son appartement à Pristina, Maria n'a eu la vie sauve que parce qu'elle parlait albanais. Son neveu, interprète pour l'ONU, a été assassiné sauvagement. Le mari de Silvana a été kidnappé, elle est sans nouvelles depuis deux ans. La maison de Stanimir a été brûlée. Qu'ont-ils en commun? Ils sont Serbes et vivent, ou plutôt survivent au Kosovo. Pourquoi les médias ne parlent-ils plus de cette région occupée par l'Otan ? Le nouveau film de Michel Collon et Vanessa Stojilkovic brise le silence. Et met en garde tous les peuples menacés par les guerres de la mondialisation...


Quel a été le point de départ de ce film ?

Michel Collon. La propagande de guerre de 1999 et les médiamensonges du porte-parole de l'Otan, Jamie Shea, m'avaient été intolérables. Tout comme le silence médiatique imposé ensuite sur le Kosovo. L'Otan avait promis monts et merveilles, mais pourquoi ne nous disait-on plus rien des gens qui vivaient là-bas ? J'ai donc effectué un reportage sur place...


La situation n'est pas réglée ?

Michel Collon. Au contraire ! Ce que j'ai constaté et ce que le film montre, c'est une accumulation de souffrances qu'on n'imagine pas ici : attentats à la bombe, assassinats, destructions des maisons ou expulsions, kidnappings et angoisses des familles, menaces permanentes… Le constat est accablant: une véritable purification ethnique a chassé du Kosovo la plupart des non - Albanais et terrorise ceux qui restent. Il fallait absolument briser ce silence.

J'avais des images explosives, mais je ne suis pas cinéaste. Il me fallait donc trouver quelqu'un qui s'engage à fond pour transformer ces images en un message capable d'alerter l'opinion. après un premier essai arrêté pour maladie, je suis entré en contact par Internet avec Vanessa. Malgré son jeune âge, j'ai immédiatement senti que c'était elle qu'il fallait.


Pourquoi ? Qui êtes-vous, Vanessa ?

Vanessa Stojilkovic. Ma famille d'origine vit au Kosovo et en Serbie centrale. J'y vais chaque été, j'y ai des amis. En France, j'ai grandi au sein de la communauté yougoslave, je connais bien ce peuple, sa culture, son histoire.

J'avais 13 ans quand la guerre a commencé en 91. Et aujourd'hui encore, je vis l'angoisse et les deuils. Tant de morts injustes et inutiles à cause de la guerre, mais aussi à cause de l'embargo, c'est-à-dire la privation de médicaments vitaux vraiment, nous n'avons pas fini d'en ressentir les conséquences! Le peuple yougoslave reste sous la menace, la guerre de 99 tue toujours des gens. Le stress de la guerre et des bombardements a provoqué d'énormes problèmes d'hypertension qu'ils n'ont pas les moyens de soigner. Et les cancers croissent à une allure fulgurante. Les gens meurent dans la souffrance. Le bilan actuel de la guerre, pour toute la Yougoslavie, ce n'est pas seulement des morts, mais aussi l'état physique et psychologique de ceux qui restent. Et leur manque d'avenir.

Au fil des années , j'avais rassemblé quantité de témoignages d'ex-Yougoslaves sur la guerre, les réfugiés, la survie et la solidarité des peuples. Les articles de Michel concordaient avec ce qui se passait réellement là-bas.

Grâce à lui, j'ai pu me rendre utile. En aidant à faire connaître la vérité comme me l'avaient demandé toutes ces personnes dont je notais les témoignages bouleversants. Les images et interviews ramenées par Michel du Kosovo me sont apparues comme une mine d'or. C'étaient des preuves irréfutables !


Michel Collon. En écoutant la souffrance de Vanessa, j'ai ressenti l'injustice qui avait été commise envers ces gens diabolisés par les médias et interdits de parole ! On n'a écouté les Yougoslaves qu'à travers les filtres et les médiamensonges de l'Otan. La situation est bien plus complexe.

J'ai admiré qu'une toute jeune fille, avec peu d'expérience, se lance dans la tâche impressionnante de réaliser un film documentaire ! Elle a tout porté sur ses épaules : réécrire le scénario, transformer le découpage, effectuer le montage. Vraiment, on doit faire confiance aux jeunes !


Le résultat est un film que certains ont qualifié de bombe, sans mauvais jeu de mot. Une bombe politique ?

Michel Collon. Rappelez-vous ce que disait Bill Clinton en déclenchant les bombardements sur la Yougoslavie : «Notre fermeté est le seul espoir pour le peuple du Kosovo de pouvoir vivre dans son propre pays. Imaginez si nous fermions les yeux et si ces gens étaient massacrés, à la porte même de l'Otan. Celle-ci serait discréditée.»

Clinton parlait des Albanais. Mais aujourd'hui, les Serbes et les autres minorités nationales qui vivaient au Kosovo depuis des siècles - Roms, Gorans, Turcs, Egyptiens, Musulmans… , tous subissent un martyre.


La présence des troupes de l'Otan ne freine pas ces violences ?

Michel Collon. Non seulement elle ne les freine pas, mais le film apporte plusieurs documents exclusifs qui révèlent la complicité de l'Otan avec leurs auteurs : les milices de l'UCK séparatiste. Récemment, des policiers allemands ont encore accusé les troupes américaines de protéger les meurtriers...

Vanessa Stojilkovic. Ma motivation principale a été d'ouvrir les yeux à tous ceux d'Europe occidentale qu'on a désinformés. Leur faire savoir, par exemple, que les non-Albanais sont privés de soins de santé décents : que des gens meurent parce qu'ils sont privés des équipements médicaux nécessaires. Que les enfants serbes et autres sont privés d'écoles. Qu'une centaine d'églises ont été démolies. Et que ça continue. Le Kosovo reste un enfer.


Est-ce un film «pro-serbe» ?

Michel Collon. Non. D'abord, il donne aussi la parole aux nombreuses minorités nationales, elles aussi persécutées, «nettoyées». Les Roms, par exemple, pourchassés un peu partout en Europe, ces temps-ci. Et martyrisés au Kosovo. Et aussi les Juifs, Gorans, Musulmans, Turcs, Egyptiens... Des minorités dont on ne parle jamais.

Ensuite, de nombreux Albanais se retrouvent également victimes d'un système maffieux basé sur la terreur. L'un d'eux a pu témoigner devant notre caméra. Il était persécuté parce que marié à une Serbe !

En fait, je ne suis ni pro-serbe, ni pro-albanais. Je pense que tous ces peuples se retrouvent victimes de stratégies cachées : les Etats-Unis voulaient, comme leurs alliés, détruire une Yougoslavie trop à gauche. Ils voulaient contrôler les routes du pétrole qui passent précisément par là. Ils voulaient installer leur super-base militaire de Camp Bondsteel. Et ils y ont réussi, en utilisant non : en excitant eux-mêmes - le conflit entre Serbes et Albanais.

Savez-vous qu'à présent, Washington conclut des locations de 99 ans pour les pistes de ses bombardiers ? Quelqu'un peut-il nous expliquer en quoi des bombardiers aideront à résoudre les problèmes des populations du Kosovo ? Les bases installées aujourd'hui, ce sont les guerres de demain.


Un objectif stratégique plus vaste, alors ?

Michel Collon. Exactement. Cette base rapproche les bombardiers US de Moscou et du Caucase. Elle fait partie du grand plan d'encerclement, car Washington ne pense pas que Poutine et sa tendance seront nécessairement éternels. Et briser la Yougoslavie faisait partie du plan global en envoyant un message à tous les peuples du monde : si vous résistez à la mondialisation, vous serez détruits.

Un éditorialiste du New York Times l'avait déjà clairement expliqué, à la veille de la guerre: «Pour que la globalisation marche, l'Amérique ne doit pas craindre d'agir comme la superpuissance omnipotente qu'elle est. La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing caché. McDonalds ne peut être prospère sans McDonnel Douglas, le constructeur de l'avion F-15. Et le poing caché qui garantit un monde sûr pour les technologies de la Silicon Valley, ce poing s'appelle armée des Etats-Unis, Air Force, Navy et Marines.»


Vous avez écrit plusieurs livres sur ces thèmes. Pourquoi un film ?

Michel Collon. J'ai constaté que ce média permet de toucher aussi ceux qui ne lisent pas, notamment chez les jeunes. Et de susciter un débat. Nous vendons le film en cassette, très bon marché, ce qui permet à chacun de l'offrir à un ami, un parent. Ou d'organiser chez soi une petite projection + discussion.

Et c'est urgent car Monsieur Bush annonce qu'il va attaquer de nombreux autres pays. Une bonne raison pour les progressistes de rediscuter ce qui s'est passé en Yougoslavie. Les résultats de l'Otan correspondent-ils à ses promesses ? Y avait-il d'autres intérêts cachés ? A-t-on manipulé l'opinion par des médiamensonges ?

Vanessa Stojilkovic. Pendant toute la guerre, les médias occidentaux m'ont fait beaucoup de tort. J'ai vite compris que les métiers de l'image étaient l'outil idéal pour faire passer un message et sensibiliser les gens à une cause. Et, en me rendant sur place, j'ai compris : notre film permet à ces gens, bloqués dans leur ghettos, de franchir les frontières et d'apporter ici leur témoignage.


Votre thèse, c'est que la mondialisation mène à la guerre ?

Michel Collon. Oui. La politique des multinationales ne fait qu'augmenter l'écart entre riches et pauvres de cette planète. La guerre est devenue la méthode n° 1 pour briser leurs résistances. La guerre contre les Palestiniens et les Irakiens, le «Plan Colombia», l'agression contre le Congo par armées interposées, les menaces contre l'Iran, la Syrie, la Corée, tout cela fait partie de la même guerre globale.

Vanessa Stojilkovic. Il faudrait que la jeunesse antimondialisation s'informe plus sérieusement sur ces guerres. On ne peut laisser un pays qui a utilisé l'arme chimique Agent Orange, des bombes à l'uranium et autre saloperies nous manipuler et nous faire croire qu'il mène la guerre pour la liberté et les droits de l'homme. On ne peut le laisser gouverner le monde et y organiser des guerres dans l'intérêt financier de ses multinationales. Et je suis en colère aussi contre les pays européens qui ont été complices et tirent profit de cette guerre.


La Yougoslavie, c'est un avertissement à toute la planète ?

Michel Collon. Oui. Tout peuple qui ne veut pas vivre à genoux, tout pays qui entend fixer lui-même son destin, sera frappé par la guerre globale de Bush et ses amis. La seule issue est de créer un grand front international de résistance à la guerre.


Qu'allez vous faire concrètement avec ce film, qui est déjà traduit en six langues ?

Vanessa Stojilkovic. A la fin du film, Lajos, un vieil homme d'origine hongroise, persécuté et immobilisé derrière les barbelés d'un centre pour réfugiés, lance un appel à l'opinion internationale : « Aidez-nous ! » Notre devoir est de faire connaître leur drame partout où ce sera possible. Nous le leur avons promis.





Guerre économique USA France au Kosovo

L'armée française au service d'Alcatel, Schneider et Vivendi


Extraits d'un film documentaire de Philippe Poiret (agence Capa),

diffusé en 2000 sur France 2 Envoyé spécial


Commentaire intro de l'auteur :

«Huit mois après la fin de la guerre, la bataille des parts de marché a commencé. Routes détruites, immeubles à rebâtir. Sur ces ruines, un gigantesque chantier se prépare. Pour les plus grandes entreprises de la planète, objectif : se tailler la part du lion dans les juteux marché de la reconstruction. La facture est estimée à trente milliards FF (4,5 milliards €) et le paiement sera garanti par la communauté internationale.»


Commentaire sur les telecoms :

« Une bataille acharnée que se sont livrés Français et Américains. Cette tour (bombardée) abritait le central téléphonique du Kosovo. Un énorme marché pour les entreprises.»


Claude Jaclo, ingénieur telecoms, travaille pour les Nations Unies :

« Un très gros marché. Les telecoms, ça rapporte beaucoup d'argent. Et le Kosovo est un marché à part, c'est colossal. 60.000 Occidentaux qui téléphonent tous les jours. On peut estimer le marché du portable entre quatre cents millions et un milliard de DM sur trois ans. Avec le déploiement sauvage d'un réseau de GSM avec opérateur américain, Motorola (USA) n'a pas répondu à l'appel d'offre, il envahissait, s'imposait et faisait de facto un réseau n'appartenant pas au Kosovo, mais à des intérêts privés ou politiques du Kosovo. »


Julien Bertin, représentant d'Alcatel qui a finalement remporté le marché :

« Il y a des affaires sur lesquelles on est obligé de se battre. Jamais agréable de recevoir des menaces par téléphone. (…) Très violent. Une bataille d'une violence intellectuelle et commerciale.»


Commentaire :

«Dans cette guerre du téléphone, les Américains disposaient d'un joker : US AID. Cette agence gouvernementale intervient partout dans le monde, officiellement, sur toutes les crises humanitaires pour venir en aide aux populations. Une sorte d'ONG, truffée d'anciens militaires et financée par les contribuables américains. Pour les Français US AID ne serait qu'une couverture humanitaire pour placer les entreprises américaines sur les marchés. Pourtant quand on lui parle business, US AID répond reconstruction.» L'émission présente des courriers adressés aux experts de l'ONU par US AID. Qui se proposait pour installer les pylônes, mais réclamait 5% des recettes.


Flash back :

«Janvier 91, guerre du Golfe. La reconstruction du Koweït est évaluée à 300 milliards de francs. US AID et le Gouvernement américain avaient réussi à placer leurs entreprises. Bilan: elles rafleront 40% des contrats. Pour les Français, la reconstruction du Koweït est un fiasco. Le second échec intervient quelques mois plus tard en Bosnie. La France, là encore, a laissé échapper les fruits de la reconstruction. Exemple : l'aéroport de Sarajevo, vaillamment défendu par les militaires français, mais ce sont les Hollandais qui obtiennent les résultats et pour ça ils avaient noyauté les structures internat de financement.

Ce véritable outrage hante encore les diplomates, officiers et industriels français. La France, écartée du Koweït et de la Bosnie, compte bien se rattraper au Kosovo. Jospin, nomme Roger Forroux qui doit défendre les intérêts français, avec pour message : ce sont les entreprises françaises qui reconstruiront le Kosovo. Et pour cela la France va employer les mêmes méthodes que ses concurrents : elle va infiltrer les instances de l'ONU. Militaires, fonctionnaires, experts, une centaine de Français sont envoyé au Kosovo pour travailler aux côtés de Bernard Kouchner .


Roger Forroux, chargé des intérêts français dans la « reconstruction » :


Une lobbyiste française visite un fonctionnaire français de l'ONU à Pristina. Le reporter interroge ce dernier :


Commentaire :

« Les télécoms représentent un contrat de 7 millions FF. Dans les prochains mois, deux autres contrats pour un total de 21 millions FF. Dans cette partie de poker économique, certains industriels et commerçants français sont convaincus de détenir avec Bernard Kouchner (qui gère la province) un joker économique.»


Commentaire lors de la visite de la centrale électrique d'Obilic :

« C'est vieux, mais ça marchait. Avant la guerre, c'était même une source de revenus, le Kosovo exportait son électricité vers la Macédoine, la Bulgarie. Mais aujourd'hui, faute d'entretien, de main d'œuvre….» (NDLR : et dix années d'embargo !)

Reconstruire tout : 500 à 600 millions d'Euros. Marché obtenu par les Anglais, et pour ça les soldats britanniques ont carrément encerclé le site avec leurs chars. Une manière d'écarter les curieux et les experts.»


Thierry Vandevelde, responsable de Water Force, une ONG créée par le groupe Vivendi.

« On intervient sur le plan humanitaire, sans arrière-pensée de business.»

Commentaire :

« Grâce à Water Force, Vivendi s'est donc offert au Kosovo une image de marque.»


Commentaire revenant sur les télécoms :

« Des techniciens, des ingénieurs arrivés de France sont venus prêter main forte à Julien Bertin. Surprise : un capitaine de l'armée française, spécialiste des télécommunications, participe aussi à la réunion. (on voit une carte militaire)

Commentaire :
« Pour gagner sur le plan économique, l'armée s'est dotée d'un bureau des affaires civilo - militaires. Ses soldats, souvent ingénieurs, sont des experts en reconstruction. Réplique française du fameux G5, au KW et en Bosnie, ce département de l'armée américaine avait joué le rôle de rabatteur d'affaires pour les entreprises.

En avril, un mois avant l'arrêt des frappes, une cellule de crise Medef - militaires est déjà créée. Les Français veulent être les premiers sur les marchés du Kosovo. L'armée analyse tous les marchés possibles sur place tout de suite.


Un colonel du bureau des affaires civilo militaires :

«  Il faut gagner toutes les guerres, la guerre militaire et la guerre économique. La guerre économique n'est plus aujourd'hui une guerre honteuse.»


Commentaire :
«
C'est vrai, le Kosovo d' après-guerre est aujourd'hui un Eldorado pour les entreprises. (…) Une nouvelle arme : les soldats - businessmen. (…) Pour les entreprises de la planète, être au Kosovo, c'est pénétrer l'antichambre de la Serbie. A Pristina, Européens et Américains n'attendent que (en images, des ponts bombardés en Serbie) le départ de Milosevic pour lancer leurs prospecteurs sur Belgrade. C'est en effet la Serbie toute entière qu'il faudra reconstruire. Et là le chiffre des marchés est gigantesque, on parle déjà de centaines de milliards de francs. Le plus gros chantier depuis la reconstruction de l'Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.»













NOS QUESTIONS SUR CETTE «RECONSTRUCTION»



Ce remarquable reportage pose plusieurs questions très importantes :


1° Tout ce cynisme du business guerrier ne devrait-il pas être communiqué à nos opinions publiques avant les prochaines guerres ? Ne faudrait-il pas leur annoncer - au début de chaque guerre - que leurs impôts financent des militaires qui travaillent pour les multinationales ? Ne devraient-elles pas avoir le droit de choisir que leurs impôts servent plutôt à l'emploi, à l'enseignement, aux soins de santé ?


2° Si, à la prochaine guerre, les médias occidentaux continuent à nous présenter leurs armées respectives comme «humanitaires», ne pourra-t-on conclure qu'ils se livrent à une propagande qui manipule nos sentiments ?


3° Aujourd'hui, tout le monde a compris que la guerre de Bush en Irak avait pour objectif d'assurer de «bonnes affaires» à ses sponsors et complices Esso, Shell, Bechtel, Halliburton... Et les guerres précédentes ? Yougoslavie, Afghanistan, guerre du Golfe n° 1 : étaient-ce vraiment des guerres «humanitaires» ? Aurons-nous droit à un grand débat public pour les réévaluer ? On sait que Bush a présenté une mise en scène, plus ou moins réussie, et quelques grossiers médiamensonges pour justifier sa guerre. Et que valait l'info sur les précédentes ?


4° Les «bonnes affaires» sont-elles seulement une conséquence après la guerre ou bien sont-elles son objectif même ? Clinton, Blair et Chirac n'avaient-ils pas ces bonnes affaires en tête déjà avant de faire la guerre à la Yougoslavie ?


5° Peut-on faire remarquer que les pays attaqués pour raisons «humanitaires» sont pratiquement toujours des pays où le secteur économique public est important et résiste aux prises de contrôle des multinationales ?


6° Si, pour ouvrir de nouveaux marchés, les guerres sont un instrument de pénétration aussi remarquable, est-il permis de rappeler que les guerres tuent ? Qu'en Yougoslavie, après dix années d'embargo déjà meurtrier, plus de deux mille personnes ont été tuées par 78 jours de bombardements «humanitaires» de l'Otan ? Admettra-t-on qu'on introduise des critères d'évaluation ? Par exemple, pour forcer un contrat d'un million de dollars, quel sera le nombre de tués «acceptable» ? Une sorte de loi «1.000 morts valent un million de dollars» ?


7° Pourquoi, à chaque guerre, les grands médias continuent-ils à nous ressasser le terme «reconstruction» ? Alors que manifestement il s'agissait de détruire dans le but de pouvoir imposer ses produits, ses entreprises et ses profits ? Le mot «reconstruction» n'est-il pas un leurre typique de la propagande de guerre ? Ne faudrait-il pas plutôt enquêter enfin - sur la situation sociale catastrophique dans les pays concernés ? Le public peut-il savoir que, depuis que les multinationales occidentales ont «conquis» leur pays, les Serbes vivent encore plus mal que sous l'embargo ? Que la richesse des uns va de pair avec la misère des autres ?


8° Pourquoi les grands médias français continuent-ils à préserver Bernard Kouchner de toute question gênante sur son désastreux bilan au Kosovo ? N'est-ce pas justement parce qu'il est le représentant de commerce des multinationales françaises ? Et qu'il a donc bien accompli sa mission, et peu importe que les diverses populations du Kosovo vivent aujourd'hui sous la terreur de la mafia et du nettoyage ethnique ?


9° Pourquoi nous a-t-on récemment fortement suggéré que la France était d'une nature bien différente de celle des Etats-Unis ? Ne les voit-on pas ici se faire la guerre économique avec les mêmes objectifs (maximum de contrats, maximum de profits) et avec les mêmes moyens (ONG bidons, infiltration de l'ONU, pressions, chantages, menaces) ? Si Paris s'est présentée comme opposée à la guerre en Irak, n'était-ce pas qu'elle y avait déjà conquis certaines positions et craignait de les perdre ? Si la France est moins puissante que les Etats-Unis, certainement sur le plan militaire, ne fonctionne-t-elle pas suivant le même système ?


10° Et justement, ce reportage n'impose-t-il pas une réflexion fondamentale sur le but même de la guerre dans notre société ? Ne s'agit-il pas d'une privatisation confiscation économique par les bombes ? Le capitalisme en crise ne pourrait-il conquérir de nouveaux marchés importants qu'en détruisant au sens littéral des moyens de production qui lui faisaient concurrence ? Alors que tant de besoins restent non satisfaits, partout dans le monde, n'est-il pas inhumain et barbare un système économique qui ne voit de nouveaux débouchés qu'à travers la guerre?


BIBLIOGRAPHIE :

Les données du reportage d'Envoyé Spécial sont confirmées par notre chapitre Comment les multinationales se partagent le Kosovo dans notre livre Monopoly L'Otan à la conquête du monde, p. 210 214, EPO, Bruxelles, janvier 2000.


LE PAYS DONT ON NE PARLE PLUS…

Deux ans plus tard, où en est la Yougoslavie ?

Explosion des prix, des licenciements, des cancers, des suicides. Et rejet du gouvernement du FMI.

Michel Collon (11/02)


Pourquoi ne vous parle-t-on plus du tout de la Yougoslavie ? Il s'y passe pourtant des choses bien intéressantes...

Avec le nouveau régime, les prix du pain, de la viande et de l'électricité ont explosé. Les suicides aussi. Tout comme les grèves. Mais les mineurs de Kolubura, qui avaient aidé à renverser Milosevic, sont à présent accusés de « chantage » par le premier ministre Djindjic. Dont le taux de popularité a chuté à 8%. Pendant ce temps, le Kosovo, raison avancée pour les bombardements, vit sous la terreur des maffias et du nettoyage ethnique de toutes les nationalités en dépit (ou à cause?) de la présence de 40.000 soldats de l'Otan.

Bienvenue en Yougoslavie, devenue néocolonie et vitrine de la mondialisation. Un avertissement important pour tous les pays que les USA s'apprêtent à « conquérir ». Et une expérience intéressante pour ceux qui avaient soutenu la guerre de l'Otan en 99.


Le prix du pain est passé de 4 à 30 dinars en un an. Le kilo de porc de 180 à 260 dinars (il était à 60 sous Milosevic). Les pommes de terre de 7 à 12, le sucre de 25 à 50, le litre d'huile de 36 à 70 dinars. Avec la période Milosevic, les écarts sont encore plus énormes.

Le M3 de gaz est passé de 3 à 11,20 dinars. 170.000 familles de Belgrade ne peuvent plus se payer l'électricité qui vient de doubler en quatre mois à la demande du FMI, et d'autres augmentations sont annoncées. Ils seront donc privés du chauffage urbain cet hiver.

« Des Français ne pourraient jamais vivre avec si peu », me confie Dominique, de retour de Belgrade : « Mes vieux amis, un couple d'intellectuels de Belgrade, achètent une banane ou un yaourt à la fois, ne pouvant payer plus. Le café ne se vend plus en paquets d'un demi-kilo, mais de cent grammes seulement. Mais ils n'en boivent plus, c'est devenu un luxe.  « Oui, ça va, on se débrouille », me disent-ils, mais ils ont perdu dix kilos. Un repas, c'était une boîte de sardines pour trois, quelques paprikas, du pain… Et on ne compte plus les suicides de vieux qui ne peuvent plus s'acheter leurs médicaments. »

De même, Senka, ménagère de Jagodina, nous dit avec angoisse : « Comment je fais, le matin, quand mon enfant me réclame : « Du pain, Maman ! Du lait ! » et que je n'ai rien à lui donner ? ». « Personne n'a plus rien pour acheter », explique son amie française : « Plein de gens n'ont pas de travail et plus aucune allocation sociale. Ils survivent grâce à la débrouille, genre « Je te ressoude ta voiture, tu me passes trois kilos de patates ou de l'huile ». Quasi tous les ménages ont de la famille à la campagne, qui les aide à manger. Sinon ils ne pourraient plus tenir. »

Des militants du Parti du Travail, récemment créé, viennent d'effectuer à notre demande une petite enquête : « Dans trois villes ouvrières de taille moyenne, 85% des gens nous ont dit que leur niveau de vie avait baissé de 150% !»4

4.900 femmes de Belgrade, cancéreuses mais sans médicaments

Catastrophique aussi : la situation de la santé. Les Yougoslaves avaient déjà beaucoup souffert des privations imposées depuis 1991 par l'embargo occidental. Et ensuite des graves pollutions provoquées lorsque l'Otan a bombardé le complexe chimique de Pancevo, en violation des lois de la guerre.

Cela ne s'est pas arrangé avec la chute dramatique du niveau de vie et donc de l'alimentation. Et pour couronner le tout, la privatisation fait ses ravages : fini l'accès aux médicaments bon marché des pharmacies d'Etat, ils sont devenus quasi introuvables. A la place, il faut un solide portefeuille pour se les payer dans les pharmacies privées. 30 gélules anti-cancer coûtent 60 Euros : presque l'équivalent d'une pension ouvrière mensuelle.

Selon le journal Novosti, 4.900 femmes de Belgrade sont atteintes de cancer, mais sont privées d'accès aux médicaments. On observe d'ailleurs une forte recrudescence du taux de cancers, particulièrement du poumon. Le ministère de la Santé a reconnu le phénomène, mais aucune étude n'a été engagée.

Le problème de la santé risque de prendre bientôt un tour encore plus dramatique : une récente statistique constate une augmentation des décès de 30% en trois ans5. Frappant toutes les catégories d'âge, y compris les jeunes.

Le père d'une amie de Belgrade étant décédé, sa famille a dû « attendre pendant des semaines avant de l'enterrer, car nous ne trouvions pas de place dans les cimetières, devenus trop petits », nous confie-t-elle avec amertune.

Que sont devenues les promesses de l'an 2000 ?

Quel contraste avec les promesses électorales faites en octobre 2000, par les partis pro-occidentaux ! A les en croire, la prospérité attendait chaque Serbe, il n'y a avait qu'à se tourner vers l'Occident…

A ce moment, sous le titre « Kostunica, Djindjic et Washington tiendront-ils leurs promesses ? nous écrivions:  Une grande illusion domine actuellement la jeunesse yougoslave, car c'est elle surtout qui nourrit le plus d'illusions envers les promesses de l'Occident. La grande illusion, c'est de croire qu‘en acceptant les volontés des multinationales et des dirigeants occidentaux, la prospérité viendra récompenser la population yougoslave. La question décisive reste : que valent les promesses des Etats-Unis et de leurs alliés ? Alléchés par les promesses de prospérité faites en 1989, des pays comme la Russie, la Bulgarie ou l'Albanie se sont mis à genoux devant le capitalisme occidental. Leurs peuples vivent-ils mieux aujourd'hui ? Les faits ont répondu. » 6

A Belgrade aussi, les faits ont répondu depuis deux ans. La mondialisation made in USA et made in Brussels appauvrit les peuples. Ce sont les « investisseurs occidentaux » comme on dit qui ont exigé et obtenu la fin du contrôle des prix.


Le FMI : «Il faut licencier au moins 800.000 travailleurs»

Le niveau de vie et la santé pourront-ils se redresser dans les prochaines années ? Il ne faut pas s'y attendre, car le chômage va grimper en catastrophe : «Il faut licencier au moins 800.000 travailleurs serbes des services publics et entreprises d'Etats », exige Arvo Cuddo, responsable de la Banque mondiale. Tout en conseillant au gouvernement d'y aller progressivement et de prévoir des compensations afin d'éviter « une situation sociale explosive ».7

Au fond, il n'y a rien de nouveau du côté de la Banque Mondiale. En 1989, déjà, celle-ci réclamait la mise en faillite de 2.435 entreprises yougoslaves et le licenciement massif des travailleurs (deux sur trois en Serbie). Ces exigences de l'Ouest avaient poussé les dirigeants de diverses républiques dans une fuite en avant de surenchères nationalistes. Les premières balles de la guerre furent tirées par la Banque Mondiale et le FMI.

Dix ans plus tard, grâce aux bombes de l'Otan, la privatisation a effectivement débuté. Les cinq plus importantes entreprises publiques sont la cible du gouvernement Djindjic, mais les résistances sont fortes. Par exemple, chez les 36.000 travailleurs de l'entreprise agro-alimentaire Karnex. En juin, ils découvrent que leur caisse sociale est vide. Un travailleur tombant malade n'a plus droit à aucune allocation. où est parti l'argent ? « Aucune idée », répond le gouvernement, qui refuse d'aider ces travailleurs et tente de leur faire accepter la privatisation.

« Pas question », rétorquent les ouvriers. Et ils décident de vendre leurs produits directement aux grandes surfaces et non plus au gouvernement qui accapare 50% des profits : «Quand nous livrons, vous nous transmettez le paiement seulement en partie et avec retard. Mais nous n'avons pas besoin de capitaux étrangers pour nous sauver, car nous exportons déjà dans 24 pays. Nous nous passerons de vous. »

La résistance aux privatisations

Ces travailleurs cherchent à préserver leur système d'autogestion. Cela se voit aussi au succès de l'initiative du nouveau syndicat (d'opposition) Vers l'avenir qui a proposé aux ouvriers de fonder eux-mêmes une caisse sociale, en travaillant quatre samedis par mois pour l'alimenter.

Les problèmes sont identiques chez les quatre autres « grands » : Zastava (voitures), Smederevo (métallurgie), GOSA (construction), et chez les métallos de Sartid 13. Dans cette firme, 150.000 tonnes d'acier produites en trois mois ont été enlevées et livrées mais n'ont pas été payées par le gouvernement. Lequel a même réduit de moitié le salaire des ouvriers. La caisse est donc vide. En juin, le premier ministre Djindjic visite l'usine et propose de récupérer l'argent en privatisant. Manœuvre rejetée et grève de 48 heures.

En fait, les cinq plus grosses usines du pays restent fidèles à l'autogestion et refusent d'être privatisés et bradés aux multinationales étrangères. Gosa est convoitée par des intérêts allemands, tandis que Peugeot lorgne Zastava. Peu avant, les élections, le gouvernement, après avoir licencié la moitié des trente mille travailleurs, a fait miroiter à nouveau de belles promesses. Comme par hasard à la veille des élections, il a annoncé que l'usine serait reprise par un miraculeux investisseur US qui promettait de relancer la production. Jusqu'à 220.000 voitures par an ! Bien hypothétique, à un moment où l'industrie automobile capitaliste mondiale est à même de produire 70 millions de voitures par an, mais ne parvient à en vendre que 50 millions du fait de la crise de surproduction. Si on licencie et appauvrit les clients potentiels, à qui vendra-t-on ?

Face à toutes ces promesses, d'ailleurs, la méfiance a remplacé les illusions antérieures : « Le gouvernement ne se préoccupe pas des gens, seulement de sa poche. »

La privatisation sert-elle surtout à remplir ces poches ? Certains exemples le confirment. La moitié des tes télécoms ayant été vendue, le réseau Mobil 063 est tombé entre les mains des frères Karic. Chacun se demande d'où leur est venu tout l'argent nécessaire à installer un réseau dans toute la Serbie. Et aussi les fonds pour financer la télévision BK, qui présente les meilleurs programmes du pays. Les frères Karic sont très proches de Djindjic. Quant au réseau 064, ce sont des capitaux allemands qui sont derrière les racheteurs, tandis qu'un nouvel opérateur a été vendu à British Telecom.



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Ce que vivent les travailleurs
aujourd'hui en Serbie



Ces témoignages ont été recueillis par des émigrés yougoslaves visitant leur famille en été 2003…


Dusan 51 ans :

«Je travaille jusqu'à 13 heures par jour, 6 jours semaine, pour un salaire de misère...»

« Je travaille comme ouvrier dans une usine où nous abattons et traitons 50 bœufs par jour. Une petite usine d'une cinquantaine de travailleurs. Nous travaillons entre 8 heures et 18 heures par jour, ça dépend. Je ne suis pas déclaré, certains le sont (la famille et les amis du patron). Du coup, je n'ai pas non plus de sécurité sociale, d'assurance maladie.

Notre travail est risqué. Plusieurs fois, je me suis coupé aux mains, je ne peux plus bouger un doigt et ça me gêne beaucoup. C'est très pénible et épuisant. Je ne tiendrai plus le coup très longtemps. J'ai deux enfants, ma fille voudrait faire des études, mon fils travaille avec moi à l'usine. Je n'ai pas de retraite, et aucune économie. Comment vais-je faire ?»


Dragana, sa femme :

«Ni eau courante, ni égouts, ni téléphone»

«Voyez les habits de mon mari, tâchés de sang à cause de son travail à l'abattoir. C'est moi qui dois tout laver ! Et à nos frais ! Mais je n'ai pas l'eau courante ici. Ni les égouts d'ailleurs, ni le téléphone. Tout ce que j'ai, c'est ce poêle à bois. Eté comme hiver, tout se fait là.»


Ana, 25 ans, ménagère :

«Impossible de vivre avec ce salaire»

«J'habite ici chez ma belle-famille. Je suis la seule femme de la maison. Je m'occupe de mon premier enfant, qui a un an. C'est pas facile, la vie ! Par exemple, les couches pour bébés sont terriblement chères. Les médicaments aussi sont hors de prix.

Mon mari n'a pas eu d'autre possibilité que travailler, non déclaré, à cette usine. Il a une famille à nourrir, car je suis tombée enceinte, on s'est marié, et on n'a pas eu le choix, on est obligés d'habiter tous ensemble. Car il est impossible de vivre avec le seul salaire de mon mari (7.500 dinars, soit 105 €). Le gouvernement a déclaré à la TV qu'il faut 11.500 dinars par mois pour une personne, rien que pour se nourrir. Alors, comment devons-nous faire ?»


Janko, 53 ans, ouvrier :

«C'était mieux sous Milosevic»

«Je travaille dans une usine d'Etat, nous sommes souvent en chômage technique. Depuis deux mois, je n'ai pas été payé. C'était mieux sous Milosevic. Malgré la guerre et l'embargo, on a toujours pu manger.»


Vlado, 26 ans, sans travail :

«Maintenant, on veut profiter de toi au maximum»

«Je cherche du boulot, mais c'est difficile. Chaque firme privée veut t'exploiter, profiter de toi au maximum. J'ai travaillé, maintenant plus, car je n'avais aucun espoir de m'en sortir. A présent, je retape une voiture tous les jours pour la revendre, et mes journées passent ainsi, toutes pareilles les unes aux autres. Que dois-je faire pour mener une vie décente ? Quel espoir, avons-nous, les jeunes ?»





TEST- MEDIAS : Alastair Campbell nous avait aussi

« informés » sur le Kosovo


Qui nous informa sur le Kosovo en 1999 ? Qui préparait les conférences de presse de Jamie Shea, le porte-parole de l'Otan ? Alastair Campbell, le conseiller en communication propagande de Tony Blair. Oui, celui qui vient de démissionner, pris en flagrant délit de mensonge sur les armes de Saddam.

Une bonne raison donc de relancer le débat sur les médiamensonges de 1999 : Campbell a-t-il réussi à influencer les progressistes ? Un débat crucial au moment où Bush et Blair annoncent de multiples guerres, qui seront « vendues » par de nouveaux Campbell…

« Quand je vois ce que disent les médias sur mon pays que je connais bien, je me dis que je ne dois rien croire de ce qu'ils disent sur d'autres pays que je ne connais pas ! » confiait, il y a vingt ans, Ernesto Cardenal, prêtre et ministre du gouvernement progressiste du Nicaragua, pays alors agressé économiquement, militairement et médiatiquement par les Etats-Unis. Un conseil toujours utile.

Le but du présent test n'est pas d'enfoncer les gens. Car bien sûr, aucun d'entre nous n'a le temps matériel d'aller contrôler systématiquement toutes les infos qu'on nous balance. Le but est de montrer à quel point on peut nous manipuler. Et d'appeler à organiser ensemble une activité de test - médias.

En effet, comment pourrons-nous réussir à juger valablement des situations complexes comme celles de la Yougoslavie, du Moyen-Orient et d'autres régions stratégiques dans le monde sans organiser un contrôle collectif sur l'info et ses trucages ? Vos résultats, commentaires ou critiques sont bienvenus.


KOSOVO  : VRAI ou FAUX ?


1 «En 1989, Milosevic enflamme le Kosovo par un discours anti-albanais. »

O VRAI O FAUX


2 « Le Kosovo était une région albanaise que les Serbes ont occupée.»

O VRAI O FAUX


3 «A Rambouillet, les Serbes intransigeants ont refusé tout accord.»

O VRAI O FAUX


4 «A Racak, en janvier 99, la police yougoslave a massacré 40 civils.»

O VRAI O FAUX


5 «Le mouvement albanais UCK était une victime des Serbes. »

O VRAI O FAUX


6 «C'est dans un but humanitaire que l'Ouest est intervenu. »

O VRAI O FAUX


7 «Les USA n'avaient pas d'intérêt stratégique dans cette région. »

O VRAI O FAUX


8 «L'Otan a arrêté un génocide commis par les Serbes. »

O VRAI O FAUX


9 «On a découvert des charniers prouvant le génocide.»

O VRAI O FAUX


10 « Milosevic a organisé les crimes contre la population albanaise.»

O VRAI O FAUX


11 «L'Otan a mené une guerre propre. »

O VRAI O FAUX


12 «L'Otan a instauré un Kosovo multiethnique.»

O VRAI O FAUX


REPONSES :


1 DISCOURS

«En 1989, Milosevic enflamme le Kosovo par un discours anti-albanais. »


FAUX : Pourquoi les médias occidentaux n'ont-ils jamais cité la moindre phrase de ce discours ? Milosevic y disait exactement le contraire :


« Jamais la Serbie n'a été habitée que de seuls Serbes. Il y vit aujourd'hui, plus qu'auparavant, beaucoup de citoyens d'autres nations, d'autres ethnies. Cela ne représente pas un handicap pour le pays. Je suis même sincèrement convaincu que c'est un avantage. (…) La Yougoslavie est une communauté plurinationale et ne peut subsister que moyennant une égalité totale de toutes les nations qui y cohabitent. Les ennemis de ces communautés, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs, le savent bien, et ils axéènt en général toute leur activité subversive sur l'approfondissement des conflits interethniques. »



2 TERRE ALBANAISE ?

« Le Kosovo était une région albanaise que les Serbes ont occupée.»


FAUX : Depuis des siècles, le Kosovo était peuplé de nombreuses nationalités : Serbes, Albanais, Roms, Musulmans, Juifs, Turcs, Gorans, Egyptiens, Ashkanis… Peu importe qui serait « arrivé là le premier » ! Tous devraient avoir des droits égaux. Mais…

Pendant la 2ème Guerre mondiale, les fascistes italiens, puis allemands tuent ou chassent un très grand nombre de Serbes. En 1945, le dirigeant yougoslave Tito n'autorise pas leur retour. Durant les années 70-80, la province est administrée par des cadres… albanais. Le 10 novembre 1987, le New York Times écrit ce que les médias occidentaux se garderont bien de répéter plus tard :


«En réalité, les Albanais contrôlent déjà chaque phase de la vie au Kosovo: la police, la justice, l'agriculture, les usines, les villages et les villes… A présent, les Serbes sont en fuite, face à la violence albanaise grandissante. Vingt mille d'entre eux ont quitté le Kosovo ces sept dernières années…»


3 RAMBOUILLET

«A Rambouillet, les Serbes intransigeants ont refusé tout accord.»


Faux! A la «négociation» de Rambouillet (début 99), l'Otan a voulu imposer l'occupation militaire de toute la Yougoslavie. Et la privatisation des richesses du Kosovo par les multinationales. Elle a même empêché Serbes et Albanais de se parler.


4 RACAK

«A Racak, en janvier 99, la police yougoslave a massacré 40 civils.»


Faux! C'étaient les victimes d'un affrontement entre deux armées. Cette manipulation a été orchestrée par un agent américain, William Walker, qui avait été complice des escadrons de la mort au Salvador et au Nicaragua (années 80). Le TPI de La Haye s'est bien gardé de convoquer Madame Renta, chef de l'équipe internationale de légistes. Chaque guerre commence par un grand médiamensonge: des images terribles, mais manipulées pour tromper l'opinion.






5 UCK

«Le mouvement albanais UCK était une victime des Serbes. »


Faux! Le 22 février 98, l'envoyé spécial des USA dans les Balkans, Robert Gelbard, déclare publiquement :

«Je sais ce qu'est un terroriste lorsque j'en vois un. Et je vous dis que ces gens de l'UCK sont des terroristes.»


En effet, de nombreux rapports officiels établissent que le mouvement séparatiste albanais tuait délibérément non seulement des policiers et fonctionnaires serbes, mais aussi des Albanais mariés à des Serbes ou refusant de soutenir l'UCK. Pourtant, trois mois plus tard, le 7 juillet, les Affaires étrangères US déclarent le contraire :

«L'opinion des Etats-Unis n'est pas que l'UCK est terroriste.»


Et la CIA va former et armer ces terroristes. Puis, l'Otan va devenir leur force aérienne. Pourquoi ? Dans quel intérêt ?


6 HUMANITAIRE

«C'est dans un but humanitaire que l'Ouest est intervenu. »


FAUX : Au moment de déclencher les bombardements sur la Yougoslavie, le président Clinton confie à des fonctionnaires US son véritable objectif :


«Si nous voulons des relations économiques solides, nous permettant de vendre dans le monde entier, il faut que l'Europe soit la clé… C'est de cela qu'il s'agit avec toute cette chose (sic)du Kosovo.»


Trois jours plus tard, le New York Times confirme qu'il s'agit bien d'une guerre de la mondialisation :


«Pour que la globalisation marche, l'Amérique ne doit pas craindre d'agir comme la superpuissance omnipotente qu'elle est. La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing caché. McDonalds ne peut être prospère sans McDonnel Douglas, le constructeur de l'avion F-15. Et le poing caché qui garantit un monde sûr pour les technologies de la Silicon Valley, ce poing s'appelle armée des Etats-Unis, Air Force, Navy et Marines.»



7 GUERRE SANS INTERET

«Les USA n'avaient pas d'intérêt stratégique dans cette région. »


Faux! Grâce aux bombardements, l'Otan a pu liquider les vestiges d'économie socialiste et installer à Belgrade un gouvernement du FMI. Qui a porté le prix du pain de 4 à 30 dinars, quadruplé celui de l'électricité (convoitée par des sociétés étrangères), lancé la privatisation au bénéfice des multinationales et préparé 800.000 licenciements.

De plus, Washington a construit la gigantesque base militaire de Camp Bondsteel, juste à côté du futur pipe-line US acheminant vers l'Europe le pétrole et le gaz d'ex-URSS. Une ville immense, 7.000 soldats, des pistes pour bombardiers, louées pour 99 ans et qui permettront d'intervenir pour contrôler le Caucase ou menacer Moscou.


8 GENOCIDE

«L'Otan a arrêté un génocide commis par les Serbes. »


Faux! En juin 2001, Jamie Shea, porte-parole de l'Otan, a admis « qu'il n'y avait pas eu un génocide au Kosovo ».

Quinze jours encore avant la guerre, un rapport officiel des Affaires étrangères allemandes déclarait encore : «Il n'y a pas de persécution ethnique contre les Albanais en tant que groupe. Seulement des affrontements entre deux armées.»




9 CHARNIERS

«On a découvert des charniers prouvant le génocide.»


Faux! après de très longues recherches, 2.108 corps ont été exhumés. De toutes nationalités. Certains victimes des bombardements OTAN, d'autres des attaques de l'UCK, d'autres enfin de crimes commis par certaines forces serbes. Ce sont ces trois facteurs, et non un seul, qui ont provoqué l'exode massif des réfugiés albanais au début de la guerre.

Le chef des médecins-légistes espagnols, venus pour les autopsies, s'est plaint d'avoir été manipulé par l'Otan. Le génocide («100.000 civils massacrés») était une invention de la propagande.


10 MILOSEVIC

« Milosevic a organisé les crimes contre la population albanaise.»


FAUX : Les consignes données à la police serbe disaient de protéger tous les civils, y compris albanais. après les bombardements, certains éléments policiers et paramilitaires ont effectivement commis des crimes (meurtres, vols, destructions) contre des civils albanais. Mais ils ont été rapidement punis et emprisonnés, sous Milosevic, par la Justice de Belgrade.


11 GUERRE PROPRE

«L'Otan a mené une guerre propre. »


Faux! Le chef d'état-major belge Herteleer l'a reconnu: «Faisons mal à la population serbe elle-même. Infligeons-leur des pertes.» Résultat : 2.000 civils tués, 5.000 blessés, une génération d'enfants traumatisés, 147 hôpitaux touchés, des usines purement civiles, etc… But réel : mettre un peuple à genoux pour ouvrir la porte à l'invasion des multinationales.

L'Otan a employé contre des civils des armes interdites par les Conventions de Genève: 1. Bombes à fragmentation. 2. Bombes au graphite paralysant l'électricité. 3. Armes à uranium appauvri provoquant cancers et mutations génétiques, y compris chez des soldats US. Mais, a déclaré le congressiste US Lester Munson : «Vous ne verrez jamais des pilotes de l'OTAN devant un tribunal de l'ONU. L'OTAN est l'accusateur, le procureur, le juge, le jury et l'exécuteur, car c'est l'OTAN qui paie les factures du TPI. L'OTAN ne se soumet pas au droit international. Il est le droit international. »


12 MULTIETHNIQUE

«L'Otan a instauré un Kosovo multiethnique.»


Faux! Depuis l'occupation, une véritable purification ethnique a chassé 230.000 Serbes, Juifs, Roms Musulmans, Turcs et autres minorités. Les 40.000 soldats de l'Otan n'ont pas retrouvé une seule des 1.200 personnes kidnappées par l'Uck. La maffia règne au Kosovo, plaque tournante des trafics de drogue, armes et prostitution vers l'Europe.


N.B. Toutes les références et preuves sont tirées des chapitres 1, 2 et 3 de : Michel Collon, Monopoly L'Otan à la conquête du monde, EPO, Bruxelles, 2000. Le discours de Milosevic figure en pp. 66-67.

Voir aussi : Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre, Labor, Bruxelles, 2000.




TEST- MEDIAS :


Que valait notre info

sur l'éclatement de la Yougoslavie ?


Vingt ou trente ans plus tard, on finit toujours par découvrir que les médias nous avaient présenté une version trompeuse et enjolivée des guerres menées par nos gouvernements : Suez, Algérie, Vietnam... Combien de temps faudra-il encore attendre pour faire le bilan véritable de la guerre menée contre la Yougoslavie et découvrir ce qu'on nous a caché ?


1 La guerre a-t-elle commencé en 1991 avec les sécessions slovène et croate ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


2 L'Allemagne a-t-elle délibérément provoqué la guerre civile ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


3 Les Etats-Unis sont-ils vraiment restés »passifs et désintéressés» dans cette guerre ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


4 Banque Mondiale et FMI ont-ils participé à l'éclatement du pays ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


5 Les médias ont-ils présenté une image trompeuse de Tudjman et Izetbegovic, «nos amis» ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


6 Les médias ont-ils caché des données essentielles de l'histoire et de la géographie de la Bosnie ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


7 Le schéma «Serbes agresseurs, Croates et Musulmans victimes» était-il correct ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


8 La Serbie mettait-elle en oeuvre un programme de nettoyage ethnique ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


9 Les médias ont-ils correctement informé sur Srebrenica ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


10 Les premières victimes de la guerre ont-elles été tuées par les Serbes ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


11 La célèbre affiche des «camps de concentration» était-elle un faux ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


12 Nous a-t-on communiqué la vérité sur les trois grands massacres de Sarajevo ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


13 La plus grande purification ethnique de la guerre a-t-elle été commise par l'armée croate ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


14 Les Etats-Unis ont-ils utilisé en Bosnie aussi des bombes à uranium ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS


15 La guerre contre la Yougoslavie fut-elle «la seule bonne guerre» des Etats-Unis ?

O OUI O NON O JE NE SAIS PAS

REPONSES :


1 1991 OU PLUS TOT ?

La guerre a-t-elle commencé en 1991 avec les sécessions slovène et croate ?


NON. En 1979, le BND (CIA allemande) envoie à Zagreb une équipe d'agents secrets. Mission : soutenir Franjo Tudjman, raciste qui propage activement la haine ethnique et prône l'éclatement de la Yougoslavie. L'Allemagne soutient et finance ce Le Pen croate, et lui enverra des armes avant la guerre.

Dans quel but ? Berlin n'a jamais admis l'existence de l'Etat unitaire yougoslave qui lui avait courageusement résisté dans les deux guerres mondiales. En brisant à nouveau la Yougoslavie en mini Etats, faciles à soumettre, l'Allemagne cherche à contrôler les Balkans. Une zone économique à annexer pour y délocaliser, exporter ses produits et dominer le marché. Et une route stratégique vers le Moyen-Orient, le Caucase, le pétrole et le gaz. En 1992, le ministre bavarois de l'Intérieur déclare : « Helmut Kohl réussit ce que ni l'empereur Guillaume, ni Hitler n'ont obtenu. » (voir les cartes parallèles « La Yougoslavie en 1941 en 1991, Poker menteur, p. 68-69)


2 VOLONTE ALLEMANDE ?

L'Allemagne a-t-elle délibérément provoqué la guerre civile ?


OUI. Au début du sommet de Maestricht, en 91, le chancelier allemand Kohl est le seul à vouloir faire éclater la Yougoslavie et à reconnaître précipitamment les «indépendances» de la Slovénie et de la Croatie, au mépris du droit international et de la Constitution yougoslave. Mais la montée de la puissance allemande imposera cette folie à tous ses partenaires. Paris et Londres s'alignent.

Selon l'Observer londonien : «Le premier ministre Major a payé très cher en soutenant la politique yougoslave de l'Allemagne dont tous les observateurs disent qu'elle a précipité la guerre.» En effet, tous les experts avaient averti que cette «reconnaissance» provoquerait une guerre civile. Pourquoi ? 1. Quasi toutes les républiques de la Yougoslavie mélangeaient diverses nationalités. Partager les territoires était aussi absurde que diviser Paris ou Londres en arrondissements ethniquement purs. 2. En favorisant le néofasciste croate Tudjman et le nationaliste musulman Izetbegovic (collabo d'Hitler dans sa jeunesse), on était certain de provoquer la panique chez les importantes minorités serbes vivant en Croatie et en Bosnie depuis des siècles. Chaque famille serbe avait perdu au moins un membre dans le terrible génocide commis par les fascistes croates et musulmans, agents de l'Allemagne en 41-45.

Seule la Yougoslavie de Tito avait pu ramener la paix, l'égalité, la coexistence. Mais Berlin, puis Washington voulaient absolument briser ce pays «trop à gauche» (voir question 4).


3 USA PASSIFS ?

Les Etats-Unis sont-ils restés «passifs et désintéressés» dans cette guerre ?


NON. Lord Owen, envoyé spécial de l'Union Européenne en Bosnie, et donc observateur très bien placé, a écrit dans ses Mémoires : «Je respecte beaucoup les Etats-Unis. Mais, durant ces dernières années (92-95), la diplomatie de ce pays est coupable d'avoir prolongé inutilement la guerre en Bosnie.»

Que vise-t-il ? Les Allemands étant occupés à prendre le contrôle de la Slovénie, de la Croatie et bientôt de la Bosnie, Washington a alors fait pression sur Izetbegovic, le dirigeant nationaliste musuman de Sarajevo: «Ne signez aucun accord de paix proposé par les Européens. Nous vous ferons gagner la guerre sur le terrain.» Washington a donc prolongé de deux ans les terribles souffrances infligées à toutes les populations de Bosnie.

Pour quels motifs ? 1. Evincer Berlin de ses positions acquises dans la région stratégique des Balkans. 2. Diviser et affaiblir l'Union Européenne. 3. Instaurer l'Otan comme gendarme du continent européen. 4. Oter à la Russie tout accès à la Méditerranée. 5. Imposer son leadership politique et militaire pour les autres guerres en préparation.

Car la guerre contre la Yougoslavie était aussi, en même temps, une guerre non déclarée contre l'Europe. après la chute du Mur, les stratèges US voulaient à tout prix empêcher l'émergence d'une superpuissance européenne. Tout a donc été fait pour l'affaiblir politiquement et militairement.



4 BANQUE MONDIALE & FMI

Banque Mondiale et FMI ont-ils participé à l'éclatement du pays ?


OUI. En décembre 89, le FMI impose des conditions draconiennes à la Yougoslavie dont le premier ministre libéral Markovic a quémandé l'aide de George Bush père. «L'aide» visera en réalité à déstabiliser et mettre en faillite les grandes entreprises d'Etat. La Banque Mondiale démantèle le système bancaire, fait licencier 525.000 travailleurs en un an, puis réclame la suppression de deux emplois sur trois. Le niveau de vie chute dramatiquement.

Ces diktats et la montée des grèves solidaires dans toutes les républiques exacerbent les contradictions entre les dirigeants des diverses républiques auxquels Belgrade ne peut plus verser de fonds. Pour s'en sortir, ces dirigeants recourront à la tactique de la division et à la surenchère dans la haine nationaliste. Cette guerre a été allumée de l'extérieur. Comme bien d'autres.

La guerre contre la Yougoslavie fut une guerre de la globalisation. Toutes les grandes puissances occidentales cherchaient à liquider le système économique trop à gauche de la Yougoslavie : fort secteur public, droits sociaux importants, résistance aux multinationales... La vraie raison des diverses guerres contre la Yougoslavie, elle tenait dans ce reproche (cette menace ?) du Washington Post : «Milosevic n'a pas réussi à comprendre le message politique de la chute du Mur de Berlin. D'autres politiciens communistes ont accepté le modèle occidental, mais Milosevic a été dans l'autre direction.» (4 août 96).


5 «NOS AMIS»

Les médias ont-ils présenté une image trompeuse de Tudjman et Izetbegovic, «nos amis» ?


OUI. Les dirigeants hyper-nationalistes croates et musulmans ont été présentés comme de pures victimes, de grands démocrates antiracistes. Pourtant, aussi bien leur passé que leur présent auraient dû mettre en garde :

Franjo Tudjman avait déclaré en prenant le pouvoir : «Je suis heureux que ma femme ne soit ni juive, ni serbe.» Il s'empressa de débaptiser les rues portant le nom de partisans antifascistes, rétablit la monnaie et le drapeau du régime fasciste génocidaire, et modifia la Constitution pour commencer la chasse aux Serbes.

Izetbegovic fit campagne électorale en republiant en 1990 sa «Déclaration islamique» : «Il n'y a pas de paix, ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques.» Il mit en place un régime corrompu et maffieux basé notamment sur un lucratif marché noir et le détournement de l'aide internationale. Il fit appel, avec la bénédiction de Washington, à des mercenaires islamistes, notamment d'Al Qaida.

Une fois la guerre commencée, des crimes graves ont été commis par les trois camps, mais en cachant ces antécédents, on rendait la situation incompréhensible.


6 HISTOIRE & GEOGRAPHIE

Les médias ont-ils caché des données essentielles de l'histoire et de la géographie de la Bosnie?


OUI. On nous a fait croire que les Serbes étaient des agresseurs, envahissant la Bosnie de l'extérieur. En réalité, trois nationalités vivaient en Bosnie depuis très longtemps : les Musulmans (43%), les Serbes (31%), les Croates (17%). Sans oublier 7% de «Yougoslaves» nés de mariages mixtes ou préférant dépasser les appartenances étroites.

Partager la Bosnie entre les nationalités, comme l'Union Européenne a tenu à l'imposer, était absurde et dangereux. Car les diverses populations étaient complètement mélangées : les Musulmans habitant surtout les villes tandis que Serbes et Croates étaient surtout paysans et dispersés dans toutes les sous-régions. La Bosnie ne pouvait être divisée sans guerre civile.

En fait, les populations serbes de Bosnie ne se battaient pas pour envahir les territoires «des autres», mais pour conserver leurs terres ou pour établir des couloirs de communication entre elles. Une situation absurde et sanglante, avec tous les dérapages d'une guerre civile, mais cette guerre civile fut provoquée par les grandes puissances (voir question 4).


7 «BONS» ET «MECHANTS»?

Le schéma «Serbes agresseurs, Croates et Musulmans victimes» était-il correct ?


NON. Commandant des forces de l'ONU en Bosnie de juillet 93 à janvier 94, le général belge Briquemont était bien placé pour dire : «La désinformation est totale (...) La télévision a besoin d'un bouc émissaire. Pour l'instant, il y a une unanimité totale pour condamner les Serbes, et cela ne facilite pas la recherche d'une solution. Je ne pense pas que l'on puisse envisager le problème de l'ex-Yougoslavie et de la Bosnie-Herzégovine uniquement sous l'angle anti-serbe. C'est beaucoup plus compliqué que cela. Un jour, en pleine guerre croato-musulmane, nous avons donné des informations sur des massacres commis par l'armée croate. Un journaliste américain m'a dit : «Si vous donnez ce type d'informations, les télespectateurs américains n'y comprendront plus rien».»

Il n'est pas question de nier les crimes commis par des forces serbes. L'idéologie qu'on trouve dans les textes du dirigeant serbe bosniaque Karadzic est d'extrême droite. Mais en réalité, c'est de tous les côtés qu' après l'éclatement de la Yougoslavie, certaines forces politiques et maffieuses ont utilisé les méthodes de guerre pour s'accaparer territoires et richesses. Dans les trois camps - croate, musulman et serbe - des milices ont commis des crimes graves. Au détriment de toutes les populations. Ainsi, en août 94, le dirigeant nationaliste musulman de Sarajevo, Izetbegovic, a attaqué la région... musulmane de Bihac, dirigée par Fikret Abdic qui s'était distancié de lui et souhaitait vivre en bonne entente avec ses voisins serbes et croates. Dans cette offensive, Izetbegovic fut aidé par six généraux US.

Passer sous silence les crimes de «nos amis», mais diaboliser quiconque nous résiste est un classique de la propagande de guerre. De nombreux médiamensonges ont été carrément fabriqués par une agence US de «public relations», Ruder Finn. Collègue de la célèbre Hill & Knowlton qui inventa le médiamensonge des couveuses «volées» par les Irakiens.





8 «NETTOYAGE ETHNIQUE» ?

La Serbie mettait-elle en oeuvre un programme de nettoyage ethnique ?


NON. Si on croit que le nettoyage ethnique était vraiment le programme du «dictateur Milosevic», il faut admettre que son efficacité a été lamentable. Puisque, tout au long des ces années et jusqu'à aujourd'hui, un habitant sur cinq de la Serbie n'était et n'est pas serbe. A Belgrade, vivent encore toujours, et sans problèmes, de nombreuses minorités : Musulmans, Roms, Albanais, Macédoniens, Turcs, Hongrois, Gorans...

En réalité, contrairement à l'image qu'en a donné la presse, la Serbie est aujourd'hui le seul Etat, avec la Macédoine, resté «multinational» de l'ex-Yougoslavie. Par contre, tous les protégés de l'Otan - Croatie, Bosnie et Kosovo - ont pratiqué, eux, une purification ethnique quasi totale.

Milosevic désapprouvait les excès commis par les milices serbes en Bosnie. Sa femme a fait contre eux plusieurs déclarations virulentes. Un embargo a même été appliqué par la Serbie contre Karadzic. Certes, une partie de l'opinion serbe a basculé dans le nationalisme raciste. Mais c'est précisément la responsabilité de l'Allemagne et des grandes puissances d'avoir plongé le pays dans la guerre civile et donc dans la haine.


9 SREBRENICA

Les médias ont-ils correctement informé sur Srebrenica ?


NON. Premier élément. Même s'il s'agit de condamner des crimes abominables, la vérité historique - indispensable à la réconciliation - n'est pas servie par des procédés propagandistiques comme l'usage inconsidéré du terme «génocide», la dissimulation du fait qu'une partie des victimes étaient mortes dans des combats ou l'exagération systématique des chiffres. Des enquêtes ont révélé que de nombreuses «victimes» avaient été retrouvées quelques mois plus tard, votant aux élections suivantes ou même prenant part à d'autres combats avec l'armée d'Izetbegovic. Cela a été et reste dissimulé. Nous n'entrerons pas ici dans cette polémique sur les chiffres que seuls des historiens sérieux pourront trancher définitivement.

Deuxième élément. Pourquoi les médias ont-ils caché des événements essentiels à la compréhension du drame ? Au départ, cette région était habitée par des Musulmans ET des Serbes. Ceux-ci en avaient été chassés en 1993 par une purification ethnique commise par les troupes nationalistes musulmanes d'Izetbegovic. Le général français Morillon, qui commandait les forces de l'ONU sur place, accuse : «Dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Nasser Oric a mené des raids sur des villages serbes... Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Nasser Oric dans tous les villages avoisinants.» (Documents d'information de l'Assemblée nationale, Srebrenica, t 2, pp. 140-154) La volonté de vengeance n'excuse pas les crimes commis ensuite. Mais pourquoi cacher systématiquement les crimes de «nos amis»?

Troisième élément. Comme d'autres «enclaves» dites démilitarisées, Srebrenica était en réalité une zone où les forces d'Izetbegovic s'étaient regroupées, l'ONU les protégeant d'une défaite totale. Etonnant : les troupes d'Oric se sont retirées de Srebrenica, juste une semaine avant le massacre. Le général français Germanos : «Oric a largement déclaré qu'on lui avait fait quitter Serebrenica car on voulait que Srebrenica tombe. Le «on», c'était Izetbegovic.»

Et pourquoi ? Il est intéressant de revenir sur un curieux rapport de l'ONU, rédigé un an et demi plus tôt par Kofi Annan: «Izetbegovic avait appris qu'une intervention de l'Otan en Bosnie-Herzégovine était possible. Mais elle n'aurait lieu que si les Serbes s'introduisaient de force à Srebrenica et y massacraient au moins 5.000 personnes (sic).» Un massacre annoncé un an et demi plus tôt! (Rapport ONU des 28-29 novembre).

Le général Morillon nous apprend aussi que «Ce sont les autorités d'Izetbegovic qui se sont opposées à ce qu'on évacue tous ceux qui le demandaient, et ils étaient nombreux.» Sa conclusion : «Mladic est tombé dans un piège à Srebrenica.»


10 PREMIERES VICTIMES

Les premières victimes de la guerre ont-elles été tuées par les Serbes ?


NON. Le 28 juin 1991, la police slovène a exécuté (au moins) deux soldats désarmés de l'armée nationale yougoslave qui venaient de se rendre au poste-frontière (avec l'Autriche) de Holmec. Cela a été reconnu par le journal Slovenske Novice. Il est également «établi depuis le tout début» que trois soldats de cette même armée yougoslave ont été exécutés à un poste frontière avec l'Italie, après s'être rendus. (Faits et témoignages rapportés au TPI de La Haye, www.aimpress.org/dyn/trae/archive/data/199902/90211-001-trae-lju.htm, cfr Forgotten Crimes, Igor Mekina, AIM Ljubljana, 11/02/99).


11 CAMPS DE CONCENTRATION ?

La célèbre affiche des «camps de concentration» était-elle un faux ?


OUI. Fabriquée par Bernard Kouchner et Médecins du Monde, cette affiche montrait des «prisonniers» détenus, semblait-il, derrière des barbelés. L'un d'eux avait les côtes terriblement décharnées. Kouchner avait plaqué sur la photo un mirador d'Auschwitz et l'accusation «exterminations en masse». Pour marteler le message « Serbes = nazis ». Il recopiait ainsi une campagne de diabolisation lancée par la firme US de «public relations» Ruder Finn.

Mais tout était faux dans cette image tirée d'un reportage de la TV britannique ITN. La tricherie est évidente quand on visionne les images tournées au même moment par une équipe locale. En réalité, la caméra britannique a été placée délibérément derrière les deux seuls fils de barbelés tenant encore debout d'une vieille clôture agricole. Et les «prisonniers» étaient du «bon côté» des barbelés. Libres, car ils s'étaient eux-mêmes réfugiés dans ce camp pour échapper à la guerre et aux milices qui enrôlaient de force. Dans les images complètes, le seul prisonnier parlant anglais déclarait d'ailleurs à trois reprises à la journaliste ITN qu'ils étaient bien traités et «safe». L'homme aux côtes décharnées (gravement malade) avait été appelé au premier plan alors que tous ses collègues étaient bien portants. Le montage de Kouchner était un faux grossier. (Cfr Poker menteur, p. 34)

Il existait certes des camps en Bosnie. Non d'extermination, mais plutôt pour préparer des échanges de prisonniers. Des violations des droits de l'homme y ont été commises. Mais pourquoi nous a-t-on caché les rapports de l'ONU à ce sujet ? Ils dénombraient six camps croates, deux serbes et un musulman.


12 SARAJEVO

Nous a-t-on communiqué la vérité sur les trois grands massacres de Sarajevo ?


NON. A trois reprises, l'opinion occidentale a été bouleversée par de terribles images : des dizaines de victimes déchiquetées devant une boulangerie ou sur le marché de Sarajevo. Immédiatement, les Serbes étaient accusés d'avoir tué délibérément en bombardant la ville. Malgré de nombreuses contradictions dans les communiqués officiels.

Mais jamais, l'opinion n'a été informée des résultats des enquêtes ultérieures de l'ONU. Or, ces rapports accusaient les forces du président Izetbegovic. D'ailleurs, les hauts responsables occidentaux le savaient mais l'ont soigneusement caché. C'est seulement bien plus tard que le rédacteur en chef du Nouvel Observateur, Jean Daniel, admettra : « Il me faut le dire aujourd'hui. J'ai entendu successivement Edouard Balladur (1er ministre français de l'époque), François Léotard (ministre de l'Armée), Alain Juppé (Affaires étrangères) et deux généraux «très responsables» dont je ne trahirai pas la confiance, me dire (...) que l'obus tiré sur le marché était lui aussi musulman! Ils auraient provoqué un carnage sur les leurs! Ai-je observé avec effroi. Oui, m'a répondu le premier ministre sans hésiter...» (Nouvel Observateur, 21 août 95)

Pourquoi ces manipulations ? Comme par hasard, chaque massacre survenait juste avant une réunion décisive pour justifier une mesure occidentale : embargo contre les Serbes (92), bombardements de l'Otan (94), offensive finale (95). L'Otan et Izetbegovic appliquaient un principe essentiel de la propagande de guerre : justifier son offensive par un médiamensonge, un «massacre» bouleversant l'opinion.

La version officielle du siège de Sarajevo cache plusieurs points : 1. Les forces serbes ont certes commis de graves crimes. Mais les civils qui souhaitaient fuir par un tunnel permettant de quitter la ville en ont été empêchés par le régime Izetbegovic. Il voulait garder le maximum de clients de son marché noir, détournant l'aide internationale. 2. Il lui fallait surtout présenter une image en noir et blanc d'un peuple victime de ses agresseurs. En réalité, à Sarajevo même, des snipers d'Izetbegovic tuaient régulièrement des habitants des quartiers serbes de la ville, sans qu'on en parle jamais. 3. Des atrocités aussi graves se déroulaient par exemple à Mostar. Mais là étaient aux prises des forces croates et musulmanes («nos amis») qui avaient depuis longtemps chassé tous les Serbes.


13 LA PLUS GRANDE «PURIFICATION»

La plus grande purification ethnique de la guerre a-t-elle été commise par l'armée croate ?


OUI. Le 4 août 1995, cent mille soldats croates, cent cinquante chars, deux cents transporteurs, plus de trois cents pièces d'artillerie, quarante lanceurs de missiles attaquent la population serbe de Krajina. Plus de 150.000 Serbes sont ainsi forcés de quitter cette région qu'ils habitaient depuis des siècles. Les pires atrocités sont commises : les forces croates abattent des vieillards qui n'ont pu fuir, brûlent 85% des maisons abandonnées.

Clinton juge l'offensive «utile». Son ministre des Affaires étrangères aussi : « La reconquête de la Krajina peut mener à une nouvelle situation stratégique qui peut nous être favorable.» Pire encore : les Etats-Unis ont conseillé la Croatie pour mener son offensive, selon l'aveu du ministre croate des Affaires étrangères. D'ailleurs, c'est Washington qui a pris en main la formation «démocratique» de cette armée. (Poker menteur, pp. 193-194)


14 BOMBES A URANIUM

Les Etats-Unis ont-ils utilisé en Bosnie aussi des bombes à uranium ?


OUI. Au colloque international «Uranium, les victimes parlent», organisé à Bruxelles en mars 2001, un médecin de Bosnie a présenté un garde-chasse serbe de Bosnie, victime comme d'autres de «multi-cancers» atypiques et foudroyants après avoir été exposés dans des zones de bombardements US.

Un responsable de la Santé en Bosnie a établi des statistiques : la population d'un quartier serbe de Sarajevo, bombardé par les avions US en 95, (population ensuite expulsée de cette ville), a connu une multiplication par cinq des divers types de cancers .

Les armes à uranium dit appauvri permettent aux Etats-Unis - mais aussi à la France et à la Grande-Bretagne - de se débarrasser des déchets toxiques de leurs centrales nucléaires. Elles polluent gravement le sol et la nappe phréatique, provoquant cancers, leucémies et mutations génétiques monstrueuses (y compris chez des enfants nés de G.I.'s contaminés). Bref, les armes à uranium transforment de nombreux pays en poubelles pour l'éternité. (vidéo et brochure «Uranium les victimes parlent»).




15 LA SEULE «BONNE GUERRE» ?

La guerre contre la Yougoslavie fut-elle «la seule bonne guerre» des Etats-Unis ?


NON. Les Etats-Unis ont essayé de faire croire qu'ils menaient une guerre humanitaire. Et de se présenter comme les défenseurs, pour une fois, des musulmans. Mais en réalité Washington et Berlin ont provoqué cette guerre. Délibérément. Dans l'intérêt égoïste de conquérir des objectifs stratégiques : colonisation économique des Balkans, contrôle des routes du pétrole, bataille pour la suprématie mondiale.

Les USA ne mènent jamais aucune guerre humanitaire. Et ils ne sont pas les pompiers de cette guerre en Yougoslavie, ils en sont les pyromanes. Ils sont les premiers coupables des souffrances infligées à toutes les populations. Les USA ne sont pas, d'un côté, les amis des musulmans aux Balkans et, de l'autre côté, leur pire ennemi en Palestine et en Irak. Ils sont leur ennemi partout.

Et le plus dangereux ennemi de tous les peuples du monde. Ils menacent Syrie, Iran, Corée, Cuba, et un jour même la Chine. Parce que leur stratégie de guerre a pour unique but de maintenir l'ordre économique injuste, de dominer et exploiter tous les pays du globe afin d'enrichir encore plus une poignée de super-milliardaires.

C'est pourquoi il est important de démasquer tous les médiamensonges et de faire connaître la vérité sur la guerre contre la Yougoslavie : c'était une guerre d'agression.














Pour conclure. Un appel.


Nous ne vous donnerons pas une «note» pour évaluer le degré de la manipulation médiatique que vous avez subie. Ce serait indécent. Durant cette décennie, trop d'innocents ont souffert et souffrent encore à cause des désinformations orchestrées par les grandes puissances à des fins de domination impérialiste.

Et d'autres personnes, plus près de vous, et vous-même peut-être, avez subi une autre souffrance : savoir ce qui se tramait exactement derrière ces mensonges orchestrés, mais ne rien pouvoir faire. Tant était fort l'endoctrinement de l'opinion publique.

Les réponses que nous avançons ici sont le résultat de longues recherches, qui ont pris beaucoup de temps et nécessité des enquêtes minutieuses pour faire éclater la vérité. Nous voulions seulement vous montrer qu'il est possible à chacun de nous d'échapper à l'hypnose médiatique qui finit toujours par nous faire accepter l'inacceptable.

Que faire ? Il ne suffit pas de dire, après les médiamensonges de chaque conflit: «Plus jamais ça!» Il faut chercher sans cesse à comprendre les véritables enjeux économiques et stratégiques de chaque guerre. Démasquer les acteurs qui tirent les ficelles en coulisses. Nous organiser collectivement pour enquêter au plus vite. Et diffuser le plus largement possible les résultats de tels «test médias».

Pour renforcer ce travail de test médias, vous pouvez nous aider en nous contactant. Parce que l'horreur et le cynisme, nous ne nous y habituerons jamais.


Michel Collon

michel.collon@skynet.be



Kosovo : l'actualité qu'on nous cache encore…


Der Spiegel : « Les USA protègent des meurtriers UCK »

Les policiers allemands rentrant de missions à l'étranger éprouvent des problèmes psychologiques : « Ce qui est frustrant, c'est aussi d'atteindre très vite des limites dans leur travail. Un agent allemand au Kosovo a constaté que des soldats américains ont entravé le travail des enquêteurs, parce que les indices dans des cas de meurtre pointaient régulièrement vers l'entourage d'anciens commandants UCK. "Quand on voit comment les pires mafieux y jouissent manifestement de la protection des Américains, on attrape une crise de colère".»

http://www.spiegel.de/spiegel/0,1518,263670,00.html


Mort de faim. En Europe, en l'an 2003.

Zivorad Velikinac était un des douze Serbes demeurés à Urosevac (avant la guerre, ils étaient dix mille dans cette ville du sud du Kosovo). Le 15 octobre 2003, il est décédé à l'hôpital de Kosovska Mitrovica. Mort de faim. Ce pauvre homme de 65 ans n'avait plus mangé depuis un mois. Handicapé, il ne pouvait sortit en rue sans aide. Ses voisins albanais lui avaient toujours fait ses courses, mais intimidés par les extrémistes UCK, ils avaient été forcés d'arrêter. Les autorités albanaises du Kosovo n'ont pas fait de commentaire (Beta, 17.10.2003)


C'était pour le pétrole, idiots !

La guerre contre la Yougoslavie a été voulue par les Etats-Unis pour installer leur présence militaire en Bosnie, au Kosovo et en Macédoine « jamais loin du pipeline qui doit venir de la Mer Noire vers l'Adriatique », affirme Guy Spitaels, ex-président du PS belge, à présent retiré des affaires, dans son récent L'improbable Equilibre. Il sait de quoi il parle. Son collègue Claes était secrétaire général de l'Otan.

Bref, la « guerre humanitaire », c'était juste la version officielle à raconter aux idiots. Nous autres. N'est-il pas agaçant que ces politiciens nous servent toujours la version officielle tant qu'ils sont en fonction, pour nous révéler parfois le contraire quand ils sont partis à la retraite et qu'il est trop tard ? Et si on écrivait l'Histoire tout de suite ?

Guy Spitaels, L'improbable équilibre, L. Pire, Bruxelles, janvier 2003. Interview Le Soir, 22 janvier 2003.


Droit d'ingérence selon Kouchner : quel bilan ?

C'est Bernard Kouchner qui, dans les années 90, lança la théorie du « droit d'ingérence » des puissances occidentales. Largement acceptée même à gauche sans débat sur 1. La nécessité de tester l'info après Timisoara et tant de médiamensonges. 2. Le danger d'une théorie présentant comme « sauveurs » les USA, champion toutes catégories des violations des droits de l'homme dans le monde.

Aujourd'hui, Kouchner vante - ou plutôt vend - la guerre de Bush contre l'Irak. De quoi réfléchir. Ne faut-il pas rejeter ce droit d'ingérence néo-colonialiste où l'Occident prétend apporter la civilisation et la démocratie aux « sauvages » ? La souveraineté des peuples du tiers monde ne doit-elle pas être défendue face aux meurtriers appétits des Etats-Unis ? Oserez-vous accepter un jour, un débat sur votre désastre au Kosovo, Mister Kouchner ?


« Washington a fabriqué de fausses preuves »

Le brigadier général Bo Pellnas, qui était à la tête des observateurs ONU en Croatie, a déclaré (début 2003) : «L'équipe de Madeleine Albright et du Département d'Etat a présenté contre Milosevic de fausses preuves, des photos satellites manipulées. Refusant de nous montrer leurs documents. La supériorité technique des USA leur permet de fabriquer de fausses preuves. Si les USA présentaient des preuves quant aux armes de destruction massive irakiennes, les pays européens n'auraient pas les moyens de les vérifier. ». Les faits lui ont donné raison. Ne faudrait-il pas réexaminer ces « preuves » US sur la Yougoslavie ?


Jamie Shea : le retour

Si Campbell part, Jamie Shea, lui, reprend ses fonctions de porte-parole de l'Otan. Pour préparer quelles guerres ? Vidéo : Débat Kosovo, guerre et médias, Jamie Shea / Michel Collon. 9 Euros. Commandes : nessa.kovic@indymedia.be


Vous savez, nous n'étions pas journalistes !

Veran Matic et sa radio B-92 nous avaient toujours été présentés comme le modèle du média serbe « indépendant ». Aujourd'hui, l'officielle brochure The European Union at Work avoue lui avoir versé 1,2 million € et avoir financé 23 autres médias serbes « indépendants ». Pourquoi ? Matic le reconnaît : «J'ai combattu le régime Milosevic pendant 11 ans. J'étais plus un guérillero des médias qu'un journaliste.»


La violence peut éclater

« Au Kosovo, la violence peut éclater à n'importe quel moment », confie Friedhelm Frischenschlager, chef de la division Démocratisation de l'OSCE à Pristina. Chaque semaine, ont lieu des meurtres, même plus relatés dans les brèves.


CIA : Et bientôt, la Macédoine « ethniquement pure » ?

« Changer les frontières dans les Balkans ne devrait pas être un tabou », selon Steven Meyer, ex-vice-directeur du département Balkans de la CIA (Voice of America, 20.6.02). Professeur à l'Université des Forces armées, il prône de « nouvelles frontières correspondant à la réalité ethnique ». Selon lui, la survie de la Macédoine, peuplée de Macédoniens, Albanais, Serbes, Roms, Vlachs, Turcs, Bosniaques…) devrait être rediscutée. Selon certains le lobby albanais aux USA viserait à faire éclater la Macédoine d'ici 2007.


WASHINGTON A TROUVE LA SOLUTION


«Divisons l'Irak comme la Yougoslavie!»


Michel Collon

Ils ont trouvé la solution ! Diviser l'Irak en trois mini - Etats et les exciter les uns contre les autres. Ca vous rappelle quelque chose ? Eh oui, ce n'est pas la première fois…

Le New York Times publie ce 25 novembre un éditorial signé Leslie Gelb. Homme influent qui présidait jusqu'il y a peu le très important Council of Foreign Affairs, groupe de réflexion regroupant CIA, ministère des Affaires étrangères et hauts bonnets de multinationales US.

Le plan Gelb ? Remplacer l'Irak par trois petits Etats : « kurde au nord, sunnite au centre et chiite au sud». Objectif ? « placer le maximum d'argent et de troupes chez les Kurdes et les chiites. Les USA pourraient retirer la plupart de leurs forces du triangle sunnite au nord et à l'ouest de Bagdad. Les trouble fêtes sunnites, privés du pétrole et de revenus devraient restreindre leurs ambitions ou en subir les conséquences.» Bref, affamer l'Etat central autour de Bagdad parce que les sunnites ont toujours été le fer de lance de la résistance à l'impérialisme US.

Ce plan de la CIA existait discrètement depuis un certain temps, nous l'avions dénoncé dans un article de septembre 20028. Mais en fait, diviser l'Irak est aussi un vieux rêve israélien. En 1982, Oded Yinon, un responsable des Affaires étrangères, écrivait : «Dissoudre l'Irak est encore plus important pour nous que la Syrie. A court terme, c'est la puissance irakienne qui constitue la plus grande menace pour Israël. Une guerre Iran Irak déchirera l'Irak et provoquera sa chute. Toute espèce de conflit inter - arabe nous aidera et accélérera l'objectif de briser l'Irak en divers morceaux.»9


Vous reprendrez bien un peu de nettoyage ethnique ?

Gelb veut donc faire éclater l'Irak en transformant le nord (majorité kurde) et le sud (majorité de religion chiite) en «régions autonomes, aux frontières aussi proches que possible des démarcations ethniques».

Mais cette méthode n'a-t-elle pas provoqué la guerre civile et un bain de sang en Yougoslavie ? Parce que les diverses régions de ce pays comportaient toutes d'importantes minorités et que le partage était impossible sans transferts forcés de populations. Or, non seulement Berlin avait reconnu les indépendances de la Slovénie et de la Croatie de façon prématurée et provocatrice, mais, pire encore, Berlin, puis Washington avaient depuis longtemps, en coulisses, financé et armé des extrémistes racistes, nostalgiques de la Deuxième Guerre mondiale. Ceci rendait la guerre civile quasi inévitable car le FMI et la Banque mondiale avaient plongé la Yougoslavie en faillite afin qu'elle se soumette au néo-libéralisme triomphant avec la chute du Mur. Tout ceci bien sûr fut soigneusement caché à l'opinion publique10.

Tout comme on lui cache qu'à présent, toutes les populations de Yougoslavie sont plongées dans la misère et le chômage, pires qu'avant. Pendant que les multinationales font main basse sur toutes les richesses.11

En Irak aussi, comme on le voit sur notre carte, les trois grands groupes de populations ne sont pas « chacun dans une région », mais largement mélangés. D'ailleurs, Gelb sait très bien que recommencer en Irak aurait à nouveau toutes les chances de provoquer de graves conflits « ethniques », voire même une guerre civile. Il annonce d'ailleurs cyniquement que l'Etat au centre de l'Irak « pourrait punir les importantes minorités kurdes et chiites de Bagdad, laissées en dehors des Etats ethniques à créer au nord et au sud. Ces minorités doivent avoir le temps et les moyens de s'organiser, de conclure des accords, ou de s'en aller au nord ou au sud». Ainsi, des millions de gens devraient quitter les régions où ils ont toujours vécu, mais Gelb n'y voit pas d'inconvénients si cela permet d'assurer la domination coloniale des Etats-Unis.

Le précédent yougoslave ne suffit pas comme avertissement ? La vérité, c'est que pour Gelb, la guerre civile en Yougoslavie a été une grande réussite US car elle a permis de faire éclater un pays qui résistait aux multinationales.


Et revoici la théorie des « Etats purs » !

En effet, Gelb se réfère ouvertement à «un précédent plein d'espoir : la Yougoslavie». Curieux ! Ne nous avait-on pas raconté que les Etats-Unis étaient intervenus là pour empêcher le ‘nettoyage ethnique' ? Pas du tout, avoue-t-il, les «Etats purs », c'est très bien quand cela sert les plans de Washington.

En prônant les « Etats purs » (Gelb parle aussi d'Etats « naturels » !), en critiquant Tito pour avoir regroupé dans une Yougoslavie unie des « groupes ethniquement très disparates », en prétendant que l'Irak est un « Etat artificiel » pour les mêmes raisons, Gelb ressort les vieilles théories de l'extrême droite. Sa théorie des Etats purs, c'est celle d'Hitler : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer» (un peuple, un empire, un chef). C'est aussi celle des sionistes rêvant d'un Israël « purifié des Arabes ». En Yougoslavie, ce fut la théorie des protégés de l'Ouest, le Croate Tudjman et le Bosniaque Izetbegovic. Et aussi celle du dirigeant serbe de droite Karadzic. Il est curieux de retrouver les USA prônant les théories qu'ils prétendent avoir combattues !

La vérité, c'est que les Etats-Unis - comme tous les colonialistes - sont pour ou contre les Etats purs selon que cela convient ou non à leurs intérêts stratégiques. La seule chose qui compte, c'est d'affaiblir la résistance. Diviser pour régner. Comme toujours. Les Britanniques ont soigneusement organisé la division entre Irlandais, entre Indiens et Pakistanais et à d'autres endroits du globe. L'influent stratège US Zbigniew Brzezinski veut diviser la Russie en trois pour isoler Moscou du pétrole. La CIA a également « des plans » pour diviser l'Arabie saoudite. A l'époque où se forment de très grands ensembles économiques et politiques autour de l'Union Européenne ou des Etats-Unis, voici que ces mêmes grandes puissances organisent le morcellement de certains Etats. Ceux qui leur résistent.

Le principe de la politique internationale US, c'est qu'il n'y a pas de principe. On peut faire semblant de combattre le nettoyage ethnique un jour et l'organiser le lendemain. Avec l'arbitraire le plus complet. Hier, les Etats-Unis ont obligé les Kurdes à demeurer dans l'Etat turc alors dirigé par des généraux fascistes, mais aujourd'hui ils préparent un Etat kurde soi-disant « autodéterminé » (en réalité une marionnette). Ils prétendent apporter la démocratie partout dans le monde, mais les voici qui réhabilitent des théories fascistes sur les « Etats purs ».


Le danger d'une théorie exportable partout

Le danger de cette folle théorie dépasse de loin l'Irak ou la Yougoslavie. La moitié des Etats existant aujourd'hui sur cette planète sont « multinationaux ». Et les gens sensés considèrent cela comme enrichissant de par le brassage des cultures. Mais si on admet cette théorie des « Etats purs », les USA auront des prétextes pour faire exploser n'importe quel pays « multinational » qui leur résisterait.

Washington en effet entend piétiner de plus en plus le droit international et la souveraineté des Etats. Ce qu'ils ont commencé avec la Yougoslavie et l'Afghanistan, et que malheureusement la majorité de la gauche occidentale a laissé faire pour de bien mauvaises raisons, ils s'apprêtent à le refaire un peu partout dans le monde. Stop ! Il est temps d'établir un bilan de la désastreuse alliance de cette gauche avec les Etats-Unis dans l'affaire yougoslave et l'affaire afghane. Si on veut résister à la guerre globale, c'est-à-dire à la recolonisation du monde, il est temps de revenir à la défense de la souveraineté des pays du tiers monde, un principe qui fait partie de la charte des Nations Unies. Un progrès acquis en 1945 et que les USA entendent à présent détruire.


Soutenir la résistance

L'essence du plan Gelb, c'est de plonger l'Irak dans une guerre civile de longue durée afin de sauver l'occupation coloniale US et de pouvoir continuer à voler le pétrole. Tenter de diviser la résistance - qu'on trouve dans toutes les communautés - en punissant ceux qui voudraient continuer à vivre ensemble et en organisant hypocritement le « nettoyage ». Diviser par le chantage en affamant les sunnites, depuis longtemps foyer de résistance à l'impérialisme.

Washington appliquera-t-il le plan Gelb ? Qu'est-ce qui l'en retient ? La crainte qu'un Etat irakien chiite ne rejoigne l'Iran, la plus forte armée « hostile » du Moyen-Orient. Et la crainte qu'un Etat irakien kurde ne devienne un pôle pour les Kurdes voulant se séparer de la Turquie. Un allié stratégique à respecter, ce pays étant le carrefour entre Balkans, Caucase et Moyen-Orient). Mais si la résistance irakienne continue à se renforcer et unit ses divers courants, y compris chiites, alors Washington risque de passer à l'application de son plan d'éclatement du pays.

Le précédent yougoslave doit servir d'avertissement solennel ! Pas question de plonger d'autres pays dans le même drame ! Vu les dangers que Bush fait courir au monde entier, vu les théories fascistes auxquelles il a de plus en plus recours, la seule riposte possible est de renforcer un front uni mondial contre la politique des Etats-Unis et de soutenir les résistances partout. Et tout d'abord la remarquable résistance irakienne (et à ce propos, on en a marre que les médias dominants la qualifient souvent de « terroriste »).

C'est la résistance irakienne qui a empêché Bush de s'en prendre, dans la foulée, à l'Iran, à la Syrie, à la Corée du Nord, à Cuba. Elle a montré une nouvelle fois que les Etats-Unis n'étaient jamais invincibles. Bush devient la risée du monde, le « tigre en papier » selon l'expression classique. Cette résistance a donc contré le découragement et le pessimisme qui s'étaient un peu répandus après la « libération de Bagdad ». La guerre n'est pas finie, elle commence. Soutenir cette résistance, c'est nous soutenir nous-mêmes.







Pour comprendre l'Irak :








Voilà pourquoi partager l'Irak est impossible, sans risquer la guerre civile et le nettoyage ethnique. Surtout dans un climat où les Etats-Unis ont tout fait depuis vingt ans pour attiser les conflits en excitant voire finançant certains dirigeants des minorités pour favoriser l'éclatement. Exactement comme ils l'avaient fait en Yougoslavie.

Bref, si on laisse les USA partager l'Irak, un peu partout, de très importantes « minorités » risquent d'être la cible. Ensuite, Bush viendra dire qu'il est obligé de maintenir ses troupes pour « protéger » ces minorités.

Tout comme au Kosovo. où les Etats-Unis ont installé une base militaire avec des pistes pour bombardiers (sic !) après avoir systématiquement attisé les conflits en coulisses. Aujourd'hui, les USA y protègent les criminels de l'UCK et de la maffia qui pratiquent le nettoyage ethnique. (cfr Test-médias Kosovo questions 2, 5, 7 dans notre Dossier «Autopsie de la Yougoslavie»).


Pour comprendre la Yougoslavie :







Malgré les avertissements de nombreux experts et dirigeants occidentaux en 1991, l'Allemagne, puis les Etats-Unis imposeront le partage de ce pays. Au prix d'une terrible guerre civile, du déplacement forcé de populations de toutes les minorités.

Ici aussi, Berlin et Washington avaient soutenu, financé, armé en cachette des dirigeants séparatistes et extrémistes. Ce qui fut soigneusement caché à l'opinion.


BIBLIO : Cartes montrant ce caractère «impartageable» de la Yougoslavie et particulièrement de la Bosnie : Michel Collon, Poker menteur (La Yougoslavie, les grandes puissances et les prochaines guerres), EPO, Bruxelles 1998, p. 11 & 13.


WASHINGTON A TROUVE LA SOLUTION


«Divisons l'Irak comme la Yougoslavie!»


Michel Collon

Ils ont trouvé la solution ! Diviser l'Irak en trois mini - Etats et les exciter les uns contre les autres. Ca vous rappelle quelque chose ? Eh oui, ce n'est pas la première fois…

Le New York Times publie ce 25 novembre un éditorial signé Leslie Gelb. Homme influent qui présidait jusqu'il y a peu le très important Council of Foreign Affairs, groupe de réflexion regroupant CIA, ministère des Affaires étrangères et hauts bonnets de multinationales US.

Le plan Gelb ? Remplacer l'Irak par trois petits Etats : « kurde au nord, sunnite au centre et chiite au sud». Objectif ? « placer le maximum d'argent et de troupes chez les Kurdes et les chiites. Les USA pourraient retirer la plupart de leurs forces du triangle sunnite au nord et à l'ouest de Bagdad. Les trouble fêtes sunnites, privés du pétrole et de revenus devraient restreindre leurs ambitions ou en subir les conséquences.» Bref, affamer l'Etat central autour de Bagdad parce que les sunnites ont toujours été le fer de lance de la résistance à l'impérialisme US.

Ce plan de la CIA existait discrètement depuis un certain temps, nous l'avions dénoncé dans un article de septembre 200212. Mais en fait, diviser l'Irak est aussi un vieux rêve israélien. En 1982, Oded Yinon, un responsable des Affaires étrangères, écrivait : «Dissoudre l'Irak est encore plus important pour nous que la Syrie. A court terme, c'est la puissance irakienne qui constitue la plus grande menace pour Israël. Une guerre Iran Irak déchirera l'Irak et provoquera sa chute. Toute espèce de conflit inter - arabe nous aidera et accélérera l'objectif de briser l'Irak en divers morceaux.»13


Vous reprendrez bien un peu de nettoyage ethnique ?

Gelb veut donc faire éclater l'Irak en transformant le nord (majorité kurde) et le sud (majorité de religion chiite) en «régions autonomes, aux frontières aussi proches que possible des démarcations ethniques».

Mais cette méthode n'a-t-elle pas provoqué la guerre civile et un bain de sang en Yougoslavie ? Parce que les diverses régions de ce pays comportaient toutes d'importantes minorités et que le partage était impossible sans transferts forcés de populations. Or, non seulement Berlin avait reconnu les indépendances de la Slovénie et de la Croatie de façon prématurée et provocatrice, mais, pire encore, Berlin, puis Washington avaient depuis longtemps, en coulisses, financé et armé des extrémistes racistes, nostalgiques de la Deuxième Guerre mondiale. Ceci rendait la guerre civile quasi inévitable car le FMI et la Banque mondiale avaient plongé la Yougoslavie en faillite afin qu'elle se soumette au néo-libéralisme triomphant avec la chute du Mur. Tout ceci bien sûr fut soigneusement caché à l'opinion publique14.

Tout comme on lui cache qu'à présent, toutes les populations de Yougoslavie sont plongées dans la misère et le chômage, pires qu'avant. Pendant que les multinationales font main basse sur toutes les richesses.15

En Irak aussi, comme on le voit sur notre carte, les trois grands groupes de populations ne sont pas « chacun dans une région », mais largement mélangés. D'ailleurs, Gelb sait très bien que recommencer en Irak aurait à nouveau toutes les chances de provoquer de graves conflits « ethniques », voire même une guerre civile. Il annonce d'ailleurs cyniquement que l'Etat au centre de l'Irak « pourrait punir les importantes minorités kurdes et chiites de Bagdad, laissées en dehors des Etats ethniques à créer au nord et au sud. Ces minorités doivent avoir le temps et les moyens de s'organiser, de conclure des accords, ou de s'en aller au nord ou au sud». Ainsi, des millions de gens devraient quitter les régions où ils ont toujours vécu, mais Gelb n'y voit pas d'inconvénients si cela permet d'assurer la domination coloniale des Etats-Unis.

Le précédent yougoslave ne suffit pas comme avertissement ? La vérité, c'est que pour Gelb, la guerre civile en Yougoslavie a été une grande réussite US car elle a permis de faire éclater un pays qui résistait aux multinationales.


Et revoici la théorie des « Etats purs » !

En effet, Gelb se réfère ouvertement à «un précédent plein d'espoir : la Yougoslavie». Curieux ! Ne nous avait-on pas raconté que les Etats-Unis étaient intervenus là pour empêcher le ‘nettoyage ethnique' ? Pas du tout, avoue-t-il, les «Etats purs », c'est très bien quand cela sert les plans de Washington.

En prônant les « Etats purs » (Gelb parle aussi d'Etats « naturels » !), en critiquant Tito pour avoir regroupé dans une Yougoslavie unie des « groupes ethniquement très disparates », en prétendant que l'Irak est un « Etat artificiel » pour les mêmes raisons, Gelb ressort les vieilles théories de l'extrême droite. Sa théorie des Etats purs, c'est celle d'Hitler : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer» (un peuple, un empire, un chef). C'est aussi celle des sionistes rêvant d'un Israël « purifié des Arabes ». En Yougoslavie, ce fut la théorie des protégés de l'Ouest, le Croate Tudjman et le Bosniaque Izetbegovic. Et aussi celle du dirigeant serbe de droite Karadzic. Il est curieux de retrouver les USA prônant les théories qu'ils prétendent avoir combattues !

La vérité, c'est que les Etats-Unis - comme tous les colonialistes - sont pour ou contre les Etats purs selon que cela convient ou non à leurs intérêts stratégiques. La seule chose qui compte, c'est d'affaiblir la résistance. Diviser pour régner. Comme toujours. Les Britanniques ont soigneusement organisé la division entre Irlandais, entre Indiens et Pakistanais et à d'autres endroits du globe. L'influent stratège US Zbigniew Brzezinski veut diviser la Russie en trois pour isoler Moscou du pétrole. La CIA a également « des plans » pour diviser l'Arabie saoudite. A l'époque où se forment de très grands ensembles économiques et politiques autour de l'Union Européenne ou des Etats-Unis, voici que ces mêmes grandes puissances organisent le morcellement de certains Etats. Ceux qui leur résistent.

Le principe de la politique internationale US, c'est qu'il n'y a pas de principe. On peut faire semblant de combattre le nettoyage ethnique un jour et l'organiser le lendemain. Avec l'arbitraire le plus complet. Hier, les Etats-Unis ont obligé les Kurdes à demeurer dans l'Etat turc alors dirigé par des généraux fascistes, mais aujourd'hui ils préparent un Etat kurde soi-disant « autodéterminé » (en réalité une marionnette). Ils prétendent apporter la démocratie partout dans le monde, mais les voici qui réhabilitent des théories fascistes sur les « Etats purs ».


Le danger d'une théorie exportable partout

Le danger de cette folle théorie dépasse de loin l'Irak ou la Yougoslavie. La moitié des Etats existant aujourd'hui sur cette planète sont « multinationaux ». Et les gens sensés considèrent cela comme enrichissant de par le brassage des cultures. Mais si on admet cette théorie des « Etats purs », les USA auront des prétextes pour faire exploser n'importe quel pays « multinational » qui leur résisterait.

Washington en effet entend piétiner de plus en plus le droit international et la souveraineté des Etats. Ce qu'ils ont commencé avec la Yougoslavie et l'Afghanistan, et que malheureusement la majorité de la gauche occidentale a laissé faire pour de bien mauvaises raisons, ils s'apprêtent à le refaire un peu partout dans le monde. Stop ! Il est temps d'établir un bilan de la désastreuse alliance de cette gauche avec les Etats-Unis dans l'affaire yougoslave et l'affaire afghane. Si on veut résister à la guerre globale, c'est-à-dire à la recolonisation du monde, il est temps de revenir à la défense de la souveraineté des pays du tiers monde, un principe qui fait partie de la charte des Nations Unies. Un progrès acquis en 1945 et que les USA entendent à présent détruire.


Soutenir la résistance

L'essence du plan Gelb, c'est de plonger l'Irak dans une guerre civile de longue durée afin de sauver l'occupation coloniale US et de pouvoir continuer à voler le pétrole. Tenter de diviser la résistance - qu'on trouve dans toutes les communautés - en punissant ceux qui voudraient continuer à vivre ensemble et en organisant hypocritement le « nettoyage ». Diviser par le chantage en affamant les sunnites, depuis longtemps foyer de résistance à l'impérialisme.

Washington appliquera-t-il le plan Gelb ? Qu'est-ce qui l'en retient ? La crainte qu'un Etat irakien chiite ne rejoigne l'Iran, la plus forte armée « hostile » du Moyen-Orient. Et la crainte qu'un Etat irakien kurde ne devienne un pôle pour les Kurdes voulant se séparer de la Turquie. Un allié stratégique à respecter, ce pays étant le carrefour entre Balkans, Caucase et Moyen-Orient). Mais si la résistance irakienne continue à se renforcer et unit ses divers courants, y compris chiites, alors Washington risque de passer à l'application de son plan d'éclatement du pays.

Le précédent yougoslave doit servir d'avertissement solennel ! Pas question de plonger d'autres pays dans le même drame ! Vu les dangers que Bush fait courir au monde entier, vu les théories fascistes auxquelles il a de plus en plus recours, la seule riposte possible est de renforcer un front uni mondial contre la politique des Etats-Unis et de soutenir les résistances partout. Et tout d'abord la remarquable résistance irakienne (et à ce propos, on en a marre que les médias dominants la qualifient souvent de « terroriste »).

C'est la résistance irakienne qui a empêché Bush de s'en prendre, dans la foulée, à l'Iran, à la Syrie, à la Corée du Nord, à Cuba. Elle a montré une nouvelle fois que les Etats-Unis n'étaient jamais invincibles. Bush devient la risée du monde, le « tigre en papier » selon l'expression classique. Cette résistance a donc contré le découragement et le pessimisme qui s'étaient un peu répandus après la « libération de Bagdad ». La guerre n'est pas finie, elle commence. Soutenir cette résistance, c'est nous soutenir nous-mêmes.







Pour comprendre l'Irak :








Voilà pourquoi partager l'Irak est impossible, sans risquer la guerre civile et le nettoyage ethnique. Surtout dans un climat où les Etats-Unis ont tout fait depuis vingt ans pour attiser les conflits en excitant voire finançant certains dirigeants des minorités pour favoriser l'éclatement. Exactement comme ils l'avaient fait en Yougoslavie.

Bref, si on laisse les USA partager l'Irak, un peu partout, de très importantes « minorités » risquent d'être la cible. Ensuite, Bush viendra dire qu'il est obligé de maintenir ses troupes pour « protéger » ces minorités.

Tout comme au Kosovo. où les Etats-Unis ont installé une base militaire avec des pistes pour bombardiers (sic !) après avoir systématiquement attisé les conflits en coulisses. Aujourd'hui, les USA y protègent les criminels de l'UCK et de la maffia qui pratiquent le nettoyage ethnique. (cfr Test-médias Kosovo questions 2, 5, 7 dans notre Dossier «Autopsie de la Yougoslavie»).


Pour comprendre la Yougoslavie :







Malgré les avertissements de nombreux experts et dirigeants occidentaux en 1991, l'Allemagne, puis les Etats-Unis imposeront le partage de ce pays. Au prix d'une terrible guerre civile, du déplacement forcé de populations de toutes les minorités.

Ici aussi, Berlin et Washington avaient soutenu, financé, armé en cachette des dirigeants séparatistes et extrémistes. Ce qui fut soigneusement caché à l'opinion.


BIBLIO : Cartes montrant ce caractère «impartageable» de la Yougoslavie et particulièrement de la Bosnie : Michel Collon, Poker menteur (La Yougoslavie, les grandes puissances et les prochaines guerres), EPO, Bruxelles 1998, p. 11 & 13.


Wesley Clark fera-t-il demain

le contraire de ce qu'il a fait hier ?


Amérique latine, Yougoslavie, Chine et quelques autres cibles …


MICHEL COLLON



Wesley Clark, un espoir face à ‘Bush bis' ? Nous verrons plus loin pourquoi certains milieux dirigeants aux USA envisagent de «changer de cheval». Mais, d'abord, pourquoi ne dit-on rien de son passé ? Oui, on peut voter pour Wesley Clark, à condition d'oublier que...


AMERIQUE LATINE (96-97)

Installé à Panama pour commander l' »US Southern Command» c'est-à-dire les opérations en Amérique latine, Clark fournit en grand nombre des «conseillers» militaires et des mercenaires US à divers régimes pratiquant la terreur. Durant cette période, les violations des droits de l'homme connaissent une escalade impressionnante, par exemple en Colombie : 2.400 assassinats politiques (sans compter les nombreuses disparitions) commis par les groupes militaires et paramilitaires armés, entraînés et aidés par Wesley Clark.

Objectif : dans la lignée des agressions contre le Chili, Cuba et tant d'autres, il s'agit de combattre avec sauvagerie les mouvements de libération en Colombie, Pérou, Guatemala, Mexique et Bolivie. Toujours pour maintenir la mainmise économique des multinationales US sur l'Amérique Latine. Que ces guerres se soient déroulées plutôt loin des caméras, ne diminue pas la responsabilité de Clark.

[http://www.law.northwestern.edu/depts/clinic/ihr/display_details.cfm?ID=120&document_type=commentary] [http://www.nato.int/cv/saceur/clark.htm]


YOUGOSLAVIE (1999) :

La guerre contre la Yougoslavie ? Certains y voient une opération humanitaire dont les buts réels correspondaient aux buts proclamés. Pour d'autres, au contraire, ce fut une opération hypocrite visant à faire main basse sur les routes balkaniques du pétrole et sur les richesses du pays en éliminant l'autogestion et les acquis sociaux du «socialisme à la yougoslave». Il semble que Clark lui-même ait répondu à cette question en tirant le bilan suivant, à la fin de son mandat : «Les adversaires potentiels devraient reconnaître que les nations occidentales sont pleinement capables militairement, diplomatiquement et industriellement d'opérations de combat de haute intensité incluant l'utilisation de forces terrestres, quand leurs intérêts vitaux sont impliqués, et même quand des intérêts moins vitaux sont impliqués.» Plus aucune mention des prétextes humanitaires abondamment invoqués avant et pendant la guerre. (Interview IHT, 3 mai 2000)

Quoi qu'il en soit, les crimes commis durant cette guerre par l'Otan, sous le commandement de Wesley Clark, sont indéniables. Même s'ils ne seront jamais jugés parce que la Justice internationale n'existe pas contre les puissants.

Quels crimes ? S'il a atteint un nombre ridicule de chars yougoslaves, Clark a bombardé un bâtiment de la TV (16 journalistes et techniciens tués), des usines, des complexes pétrochimlques (d'où explosion de cancers et autres maladies) des infrastructures civiles (centrales électriques), un convoi de réfugiés albanais qui retournait au Kosovo (70 victimes), un train de voyageurs... Et, last but not least, l'ambassade chinoise (3 victimes) à titre «d'avertissement» car Pékin soutenait l'indépendance de la Yougoslavie. Et l'usage de «bombes à fragmentation», meurtrières à long terme pour les enfants. Et celui des obus à uranium dit «appauvri», polluant la région à très long terme. Le capitaine espagnol Martin de la Hoz a protesté ouvertement contre le bombardement délibéré d'objectifs civils (Articulo 20, Madrid, 14 juin 99).

Loin d'être un simple «soldat obéissant», Clark est décrit par tous comme le «super-faucon» qui voulait notamment bombarder tous les ponts de Belgrade pour intimider la population. Cela se voit aussi à son attitude juste après la guerre : lorsque des troupes russes font mouvement vers Pristina pour essayer de protéger les minorités serbes, Wesley Clark, dans une colère monstre, exige que le général britannique Jackson bloque l'aéroport de Pristina pour empêcher les Russes d'atterrir. Réponse de Jackson : «Sir, je ne vais pas déclencher la IIIème Guerre mondiale pour vous!». Par la suite, Clark aidera les milices terroristes de l'UCK à échapper à la démilitarisation pourtant prévue par la résolution de l'ONU. Aujourd'hui, encore ces milices maffieuses font régner la terreur parmi toutes les communautés nationales et aussi une grande partie de la population albanaise.




IRAK (2003) :

Aujourd'hui que Bush s'empêtre face à la résistance du peuple irakien, Wesley Clark fanfarone : «Je l'avais bien dit». Et, par électoralisme, il cherche même à se donner une image «anti-guerre». Mais que déclarait-il avant la guerre ? «Je suis catégoriquement certain que Saddam possède des armes de destruction massive» (CNN, 18 janvier 01).

Et qu'écrivait-il exactement le 10 avril dernier ? Eh bien, il saluait l'agression contre l'Irak, motivée selon lui par «de fortes convictions, Bush et Blair peuvent être fiers de leur détermination.» Jugeant que «rien ne pouvait être plus émouvant» que la «libération» de Bagdad et qu'il fallait se dépêcher de «compléter cette grande victoire». Il applaudissait ausi le général Tommy Franks : un criminel de guerre coupable d'avoir ordonné ou couvert des bombardement sur des civils, des attaques contre des hôpitaux et des ambulances, contre des journalistes...

Et l' «homme de paix» Clark annonçait que «l'opération en Irak servira aussi comme point de départ (...) même d'actions militaires contre des pays qui ont soutenu le terrorisme et ont déployé des armes de destruction massive». Une tribune que Bush aurait pratiquement pu signer (publiée dans le Times de Londres).


ET DEMAIN LA CHINE ET ... ?

Pourquoi Clark grimpe-t-il ? Parce que les échecs de la méthode Bush commencent à inquiéter une partie des milieux dirigeants aux Etats-Unis. Ils craignent qu'en se mettant tous les alliés à dos, il devienne de plus en plus difficile et coûteux de mener les diverses guerres d'agression en préparation. En fait, les divers courants de la bourgeoisie US sont bien d'accord sur un plan de recolonisation totale du monde pour sauver les multinationales US de la crise. Mais ces fractions divergent parfois sur les méthodes : En partageant un peu le butin avec les alliés européens ou pas ? En respectant ou non un semblant de légalité internationale ?

Si Bush venait à être trop discrédité par les résistances, par ses mensonges, par les scandales, et par la faillite de sa politique économique, alors il faudrait un homme de rechange pour mener la même politique mais plus habilement.

L'épisode Clark montre que la superpuissance US a aussi ses faiblesses. C'est à cause de la résistance dans le monde que les milieux dirigeants des Etats-Unis sont dans l'embarras. En même temps, l'affaire montre aussi que les «solutions» de ce système consistent à remplacer un criminel de guerre par un autre.

Tous ses précédents états de service le prouvent : Clark serait lui aussi l'homme des multinationales US et de leurs dangereux projets. En sachant que la Chine est de plus en plus indiquée comme la cible majeure des USA vers l'horizon 2015, il est intéressant de rappeler une récente interview passée inaperçue. Wesley Clark, interrogé sur Saddam, répond que les USA feraient mieux de s'intéresser à la Chine : «Durant la Révolution culturelle, il y avait le cannibalisme en Chine» (sic). Et les gens qui ont écrasé les étudiants à Tienanmen, sont toujours au pouvoir.» ( Magazine Fortune, cité dans

http://www.newsmaxé.com/archives/ic/2003/9/21/102656.shtml)


Le général Jackson n'avait semble-t-il pas tort en affirmant que Wesley Clark, c'était la voie vers la IIIème Guerre mondiale... La voie progressiste ne consiste pas à choisir, en désespoir de cause, un requin paraissant moins dangereux que celui au pouvoir. La voie progressiste ne saurait être chose que l'élimination du système des requins.



23 septembre 03


Sur les crimes commis en Yougoslavie, voir «Kosovo et médias», débat Jamie Shea / Michel Collon. Cassette vidéo VHS 7 Euros.



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Vanessa Stojilkovic

nessa.kovic@indymedia.be

15/32 rue de Moscou, 1060 Bruxelles Belgique. 00 32 (0) 496 105 782



















1 La Croix-Rouge internationale le confirme dans le rapport annexé.

2 Voir où en est la Yougoslavie ? ci-annexé. Et un article que nous publierons bientôt.

3 Voir Michel Collon, Monopoly, Bruxelles 2000, p. 98.

4 Communication personnelle, 13 septembre 2002.

5 Statistiques avril-mai-juin 2002.

6 Michel Collon, Journal de Belgrade, 1-12 octobre 2000.

7 Tanjug (Belgrade), 24 janvier 2002.

8 Michel Collon, Le plan d'invasion est sur le bureau de Bush, septembre 2002.

9 Article de Kivunim (World Zionist Organization), 1982, cité par Bill Vann, World Socialist Web Site, 26 novembre 2003.

10 Michel Collon, Test-médias Yougoslavie, questions 1 à 6, dossier Autopsie de la Yougoslavie.

11 en est la Yougoslavie ? et Guerre économique USA-France au Kosovo, dossier Autopsie de la Yougoslavie).

12 Michel Collon, Le plan d'invasion est sur le bureau de Bush, septembre 2002.

13 Article de Kivunim (World Zionist Organization), 1982, cité par Bill Vann, World Socialist Web Site, 26 novembre 2003.

14 Michel Collon, Test-médias Yougoslavie, questions 1 à 6, dossier Autopsie de la Yougoslavie.

15 en est la Yougoslavie ? et Guerre économique USA-France au Kosovo, dossier Autopsie de la Yougoslavie).