a propos de la biélorussie

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Jean-Marie Chauvier Enfin !, dirais-je, un article (relativement) positif sur le Belarus (ou Biélorussie). Il figure dans le n° de janvier 2020 du « Monde diplomatique », lequel, précédemment, sauf oubli, n’avait publié que des papiers dénonciateurs du régime de Loukachenko, à l’image de la totalité de nos médias, y compris dans la gauche libérale ou « maidanisée ». L’article traite du « droit au travail », à la fois protecteur et contraignant, qu’applique le Belarus, dans la plus pure tradition soviétique. Il signale aussi que, classé par les Nations-Unies parmi les Etats à « très haut niveau de développement », ce pays affiche 6% de sa population sous le seuil de pauvreté, contre 14,8% en Pologne voisine.
publié le 2 janvier 2020

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a l’époque soviétique déjà, la Biélorussie pouvait se prévaloir du « plus haut niveau de développement et de développement humain » de l’URSS. Tout voyageur honnête peut de nos jours constater la meilleure tenue (qu’en Russie ou en Ukraine) des routes, villes et villages du Belarus. Ce qui n’empêche certains guides touristiques d’insister plutôt sur « la pluie » et « les statues de Lénine » "heureusement" détruites en Ukraine.

Il semble qu’il y ait, de fait, une tendance à mieux informer nos publics sur la situation au Belarus timidement reconnue comme matériellement et socialement meilleure que dans les autres anciennes républiques soviétiques, « le régime » ayant maintenu un secteur public dominant et des protections sociales héritées de la tradition socialiste et, dans ce cadre, assuré un développement économique remarquable et de moindres inégalités sociales. On peut le reconnaître sans ignorer « les atteintes aux Droits de l’Homme » dignes d’une « démocratie illibérale ».

Quelle serait la raison de cette nouvelle bienveillance ? Serait-ce le fait que la Russie de Poutine et ses oligarques auraient l’intention d’ »annexer » ce pays à la Fédération de Russie ? On en parle avec insistance.
Du coup, l’Union européenne, la Pologne et même l’opposition nationaliste ou libérale financée par l’Europe et les Etats-Unis mettraient une sourdine à, leurs critiques du Belarus.

Le régime autoritaire de Loukachenko a-t-il changé ? Aucunement. Il changera probablement si la Russie ou l’Europe parvenaient à l’absorber et, dans les deux cas, ce serait au profit de l’une ou l’autre oligarchie capitaliste et au détriment de la souveraineté biélorusse. De grosses boîtes russes, polonaises et allemandes sont prêtes à bondir sur le pactole.

Dans ce concours, la Russie a évidemment l’avantage - le contexte international et la situation en Biélorussie, le rapport de sa population au monde (et à la langue) russes n’offrant guère d’opportunités semblables à celles qui ont permis le coup de force pro-occidental de février 2014 en Ukraine. Le chaos sanglant de Maïdan avait d’ailleurs jeté l’effroi parmi les Biélorusses, comme j’ai pu le constater lors d’un séjour à Minsk en 2014.

Mais il faut ajouter ici que le président Loukachenko, s’il s’est tenu à distance des nationalistes et néonazis ukrainiens, lui dont la fidélité à la cause antifasciste de 1941-45 reste intangible, n’a pas approuvé pour autant l’annexion par Poutine de la Crimée (« l’avez-vous défendue ? » lança-t-il aux Ukrainiens) ni l’aventure des républiques séparatistes du Donbass. Alors même que Moscou ne ferait qu’une bouchée de son territoire, Loukachenko ne rate jamais une occasion de répéter qu’il en défendrait l’intégrité sans concession. Paradoxal ? Attendre et voir...

Source :le monde diplomatique janvier 2020

 

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