Quand un banquier rencontre un autre banquier qu’est ce qu’ils se racontent ? Des histoires de banquier !

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Bulletin comaguer 444
6 septembre 2021

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profitant de son long séjour à Marseille, Emmanuel Macron avait invité à diner son voisin le président du Conseil italien Mario Draghi.
Le repas s’est tenu au Petit Nice, un "5 étoiles" discret à l’égard des grands axes de circulation en bordure de mer. Simplement mentionné par la presse française le fait a été amplement couvert par la presse italienne qui a un peu levé le voile sur le contenu de la rencontre.

L’ancien ministre de l’économie et l’ancien président de la banque centrale européenne bien que de générations différentes se connaissent bien. Tous deux anciens élèves des jésuites ils ont acquis leur expérience bancaire l’un chez Rothschild l’autre chez Goldman Sachs. Très satisfait de l’arrivée de son ami au pouvoir en Italie en Février de cette année Macron lui avait aussitôt fait un cadeau à savoir l’annonce de l’extradition d’anciens membres des groupes armés révolutionnaires italiens réfugiés politiques en France dans les années 70. Cadeau ou plutôt promesse de cadeau car la dite extradition pour être effective, si elle doit l’être un jour, doit suivre devant la justice française une longue procédure judiciaire qui est loin d’être parvenue à son terme.

Peu importe ! L’important pour Macron était d’envoyer un signe amical au nouveau dirigeant italien pour s’en faire un allié dans la campagne présidentielle. La période est propice à un rapprochement : les deux hommes n’ont pas en ce moment d’opposition politique institutionnelle forte dans leur pays, ils sont tous deux des pro-européens acharnés, le Brexit et le remplacement d’Angela Merkel qui crée pour quelques mois une incertitude politique en Allemagne mettent temporairement les deux pays à la tête de l’UE (mais aussi les plus endettés) et en Janvier 2022 la France occupera pour six mois en pleine campagne électorale la présidence tournante de l’UE. Les voici donc partis à rêver d’un axe Paris-Rome pour conduire l’Union sous la férule de Madame Lagarde avec un accord profond entre eux trois sur l’austérité à imposer aux populations à la sortie de la pandémie. Draghi a déjà commencé à annoncer la couleur, Macron attendra autant que possible son éventuelle réélection pour le faire. L’annonce des mauvais jours à venir est laissée pour l’heure au couple Le Maire Roux de Bezieux.

Ce projet commun leur tient tellement à cœur qu’ils sont restés plus de 4 heures ensemble en tête à tête. Bien sûr ils ont dit quelques mots sur l’Afghanistan partageant une position de principe de freinage d’une vague d’immigration encore bien difficile à estimer aujourd’hui mais permettant à l’un comme à l’autre d’affaiblir son extrême droite (le RN en France et la Lega de Salvini en Italie) en lui volant ses arguments. Poursuivant sur ce terrain ils ont parlé de la Libye où les deux pays ont d’importants intérêts qu’ils vont s’efforcer de défendre au moment où devrait sortir des élections prévues en fin d’année un pouvoir stable mais qui ne sera pas nécessairement un pouvoir acceptable pour eux s’il est occupé – ce qui est une possibilité - par le fils de Kadhafi. En effet les tenants et les nostalgiques du gouvernement du Colonel ont gardé un très mauvais souvenir du rôle central de la France et de l’Italie dans la destruction du pays en 2011 sans compter l’assassinat du leader et le vol de l’or de la banque centrale. Ce dialogue en surplomb de la mer était donc symbolique de la difficile persistance des rapports de domination Nord-Sud entre les deux rives de la Méditerranée (surtout occidentale car dans la Méditerranée orientale les choses sont plus complexes).

Cette alliance bien opportune qui ne va pas faire que des heureux chez les « nordistes » et les « petits » de l’UE devrait se concrétiser au plus vite par un futur traité d’amitié dit du Quirinal faisant écho au traité d’Aix la Chapelle signé par la France avec l’Allemagne et démontrant que dans l’UE certains ont des relations particulières plus étroites et sont plus égaux que d’autres. Qui sait si Macron ne mijote pas un statut de région européenne franco italienne pour la zone de Menton et l’est des Alpes maritimes à l’image de ce qu’il a fait en Alsace ?

Enfin, pour bien affirmer leur futur leadership sur l’UE, ils ont parlé de défense européenne commune. Vieux thème rebattu mais remis à l’ordre du jour par le retrait des Etats-Unis d’Afghanistan qui dans leur lecture impérialiste des évènements (la force militaire prime le droit des peuples) les conduit à craindre un moindre engagement des Etats-Unis pour défendre les européens contre les « menaces russes » lesquelles n’existent que dans les esprits enfiévrés des états-majors et des marchands d’armes bien installés en Italie comme en France toujours prêts à quémander de nouveaux crédits.

Ils tombent là dans le piège tendu par les Etats-Unis. Leur appartenance à l’OTAN les oblige à accepter les règles du maitre du Traité : pour conserver la protection des Etats-Unis il faut participer plus largement au financement de l’Alliance. C’était déjà la demande de Trump : « Mon soutien a un prix ! Payez ! ». Le « coup de faiblesse afghan» de Biden (qui a quand même à sa disposition un budget militaire de prés de 800 milliards de dollars) les conduit à aller au devant d’une demande qu’il n’a pas eu la peine d’exprimer et à témoigner de leur fidélité au patron. Sur ce plan l’Italie truffée du Nord au Sud de bases militaires étasuniennes est encore plus assujettie que la France.

Voilà à quoi rêvent un banquier italien et un banquier français un beau soir d’été au bord de l’eau : à se maintenir au rang de « grands » par UE interposée, à entretenir avec de petits moyens leur politique néocoloniale nostalgique, à faire durer l’édifice d’une suprématie occidentale dont les deux piliers : OTAN, Union Européenne sont fragiles et rongés par la sénescence.

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