CUBA : Le brevetage des vaccins contre le covid-19, soumis aux logiques capitalistes du profit, relève d’une violation des droits humains !

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Rosa Moussaoui interview de Leyde Ernesto Rodríguez
publié le 8 février 2021

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Le vaccin « Soberana 2 » mis au point par Cuba est entré dans la dernière phase d’évaluation. Alors que les grandes firmes pharmaceutiques dictent leurs règles et que les pays capitalistes développés s’accaparent les doses de vaccins déjà disponibles, que changerait, pour les pays du sud, l’arrivée de ce vaccin ?

Leyde Ernesto Rodríguez

Je tiens à préciser que les quatre candidats vaccins cubains progressent dans leurs différentes phases d’évaluation dans les différentes provinces de Cuba. Je fais référence à Soberana 01, 02, Abdala et Mambisa. Nous aurons quatre vaccins pour la vaccination massive et volontaire des 11 millions de Cubains. Le candidat vaccin Soberana 02 doit commencer ses essais cliniques de phase III le 1 er mars, selon l’Institut Finlay de Cuba. Ce vaccin a déjà démontré jusqu’ici une grande sécurité, ainsi qu’une puissante réponse immunitaire.
La stratégie de commercialisation des vaccins cubains combine humanité et impact sur la santé mondiale. En ce sens, des changements importants pourraient être observés au niveau des perceptions et de l’opinion publique.

La première chose est que les pays du Sud pourront vérifier que Cuba a réussi à briser la domination d’un secteur monopolisé et contrôlé par des sociétés transnationales capitalistes qui font un commerce lucratif des médicaments et de la santé, puisque le capitalisme transforme tout en marchandise, soumet tout à la concurrence.

« Devant cette pandémie, l’humanité a besoin d’une action coordonnée de la science, de la santé et de la diplomatie »

Une possibilité s’ouvre aux pays du Sud, notamment en Amérique latine, de s’intéresser à la relance de la coopération pour sauver des vies. Cuba a toujours été ouverte à la coopération et à la solidarité internationales dans les domaines scientifiques, médical et pharmaceutique. Elle l’a montré avec des actes et non avec de belles paroles. La volonté de Cuba de transmettre ses expériences et ses connaissances sur les nouveaux développements dans ce domaine au profit de son peuple et de l’humanité est permanente.

C’est la raison pour laquelle des responsables politiques, des parlementaires, des scientifiques et des universitaires très éminents du monde entier proposent que le prix Nobel de la paix soit attribué aux Brigades médicales cubaines « Henry Reeve » : celles-ci ont apporté une grande contribution aux pays du Sud, ainsi qu’en Europe, pendant la pandémie de Covid-19. Quelque chose de similaire pourrait se produire avec les vaccins cubains car tout semble indiquer que Covid-19 continuera d’affecter l’humanité dans les années à venir et que la population des pays du Sud sera la plus touchée.

Les changements dépendront également de la volonté politique des gouvernements des pays du Sud de coordonner les actions de solidarité et de coopération au profit de leurs peuples. Pour la révolution cubaine, « sauver des vies » a toujours été l’objectif principal ; cela est à nouveau démontré avec ces vaccins, qui élèvent le prestige scientifique de Cuba, malgré le blocus impérialiste.

Tout, dans la situation actuelle, appelle à faire des vaccins des biens communs de l’humanité, plutôt que des marchandises, des objets de spéculation. Quelle est la position de la Havane sur la question des brevets ?

Nous convenons avec les organisations internationales de défense de la santé publique que les vaccins et les médicaments contre Covid-19 ne doivent pas être brevetés.

Les acteurs internationaux qui défendent à tout prix le système capitaliste en crise et en décadence - les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, entre autres - se sont positionnés contre l’exemption de brevets, car cela affecterait la spéculation financière et les bénéfices des sociétés transnationales qui commercialisent ces produits destinés à la santé humaine.

Les gains qu’ils ont réalisés tout au long de la pandémie et ceux qu’ils espèrent continuer de réaliser sont énormes. Les riches sont désormais plus riches et les pauvres sont plus pauvres qu’en mars 2019, lorsque la pandémie a commencé.

Le verrou des brevets laisse une grande partie de la population des pays les plus pauvres sans vaccins.

Alors même que les firmes pharmaceutiques capitalistes ont atteint leurs objectifs avec 50 % de fonds publics, elles réalisent d’énormes profits grâce à la vente de vaccins. C’est une question d’ordre éthique.

Défendre l’existence de brevets dans ce secteur est totalement inacceptable : c’est une violation des droits humains ; les gens ont besoin d’une couverture sanitaire universelle, d’un accès gratuit aux vaccins.

Le système capitaliste montre aujourd’hui une impuissance totale, il est incapable de mettre un frein à la maladie chez plus de 80 % de la population de la planète. C’est une catastrophe amplifiée par la guerre commerciale qu’organisent les sociétés pharmaceutiques transnationales.

Comment Cuba a-t-elle pu développer une expertise aussi pointue dans le domaine des biotechnologies, malgré le blocus des États-Unis ?

Ce n’est pas un miracle. Il n’y a pas de miracles. Cuba a pu réaliser cette expérience grâce aux avantages offerts par son système socialiste qui privilégie la santé en tant que principal droit humain de sa population. Nous faisons vivre un service de santé universel gratuit, dans une économie planifiée, pour une meilleure utilisation des ressources financières, matérielles et humaines, dans des conditions de guerre économique, commerciale et financière, avec un blocus des États-Unis depuis 62 ans, qui a nous a causé beaucoup de dommages matériels et économiques.

Le seul objectif de ce blocus, le plus long qu’un pays du Sud ait dû endurer, est la destruction de la révolution cubaine et du socialisme sur l’île. Il faut reconnaître que nos résultats sur ce terrain doivent beaucoup à la stratégie et à la vision de Fidel Castro Ruz, qui entendait « faire de Cuba un pays d’hommes de science » : des centaines de milliers de professionnels ont été formés dans ce domaine, grâce à un système éducatif universel et gratuit. Les chercheurs cubains sont aujourd’hui les véritables protagonistes de cet exploit.

Des milliers de médecins cubains partent chaque année sur le front de crises sanitaires parfois très grave, comme l’épidémie d’Ebola qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest en 2013. Ces brigades sont intervenues jusqu’en Europe pendant la pandémie de Covid-19.

Est-ce une forme de « diplomatie sanitaire » ?

D’un point de vue académique, on voit émerger ce concept de « diplomatie médicale » ou « sanitaire ». Nous-mêmes, dans la revue de l’Institut supérieur des relations internationales de La Havane, avons consacré des articles à la coopération médicale internationale.

Au-delà du débat posé par ces termes, la vérité est que l’humanité, affectée par la pandémie de Covid-19 et les graves problèmes mondiaux que sont la pauvreté, la faim et le changement climatique global, a besoin d’une action combinée et coordonnée de la science, de la santé et de la diplomatie. En ce sens, la diplomatie et la science, au XXI e siècle, devraient contribuer à la résolution de ces problèmes, pour sauver des vies, aux antipodes des logiques de conflit, de guerre, d’exportations d’armes.

Source :L'Humanité - Lundi 1 Février 2021

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