« Mon » Xinjiang : halte à la tyrannie des fake news

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Laurène BEAUMOND L’article de la journaliste qui n’existe pas, selon Le Monde, suivi d’une déclaration de CGTN
Note de l’éditeur (CGTN) : Journaliste indépendante basée en France, doublement diplômée d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de la Sorbonne-IV et détentrice d’un Master de journalisme, Laurène Beaumond a travaillé dans différentes rédactions parisiennes avant de poser ses valises à Beijing où elle a vécu presque 7 ans.
L’article reflète les opinions de l’auteur, et pas nécessairement celles de CGTN France.
publié le 28 mars 2021

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Le monde serait-il devenu fou ? « Camps de concentration », « stérilisation des femmes », « travail forcé », « effacement culturel », « génocide »... D’où sortent ces termes qui renvoient aux heures les plus sombres de l’histoire de l’Humanité ? Qu’est-ce donc cette parodie de procès que l’on fait à la Chine à distance, sans aucune preuve concrète, sans aucun témoignage valable, par des individus qui n’ont jamais mis le pied dans cette région du monde – la région autonome ouïgoure du Xinjiang en Chine - dont il est certain que peu de personnes avaient entendu parler avant le début de cette année ? D’où viennent ces nouveaux pasionarias de la « cause ouïgoure », cette ethnie dont le sort ne préoccupait personne jusqu’ici ? Et les grandes marques étrangères qui ont annoncé arrêter d’utiliser le coton récolté dans le Xinjiang pour fabriquer leurs vêtements sont la goutte qui ont fait déborder le vase.

Ces attaques donnent une bien piètre image d’un pays qui est sous le feu roulant de toutes les critiques possibles et imaginables sans avoir rien demandé. La Chine se défend tant bien que mal en publiant rapports, témoignages, reportages et en organisant des visioconférences comme celle réunissant les membres du gouvernement de la région autonome ouïgoure du Xinjiang et le personnel de l’ambassade de Chine au Royaume-Uni dans le but de promouvoir l’activité économique du Xinjiang, mais rien n’y fait. Cela nuit gravement aux relations entre l’Union Européenne et la Chine, qui se félicitaient pourtant en début d’année d’avoir atteint un accord de principe historique d’investissement. Les relations sino-occidentales, déjà tendues ces derniers temps sur divers sujets, n’avaient vraiment pas besoin de cela – surtout dans un contexte sanitaire aussi compliqué qui nécessite plutôt de travailler main dans la main que de s’écharper.

Je suis Française et j’ai vécu presque 7 ans en Chine. Les hasards de la vie ont fait que j’ai de la famille vivant à Urumqi, la capitale du Xinjiang. J’ai eu l’occasion de visiter la région à maintes reprises entre 2014 et 2019, et je ne reconnais pas le Xinjiang que l’on me décrit dans celui que je connais. Mes déplacements dans cette région n’ont jamais eu de but professionnel et n’étaient donc pas « orchestrés » par de quelconques organisations, et je n’ai pas eu non plus recours à des agences de voyage. Avant d’y mettre le pied, je ne connaissais cette région qu’à travers mes lectures, des romans historiques pour la plupart, et pour ses trésors archéologiques, notamment les splendides peintures murales bouddhiques du 6ème siècle de Kuqa conservées au Musée Guimet à Paris. Je savais que c’était une mosaïques de cultures, qu’il y vivait de nombreuses ethnies : des Ouïghours bien sûr mais aussi des Mongols, Russes, Kazakhs, Kirgizhs... Une terre immense qui a joué un rôle essentiel dans le développement de la Route de la Soie, qui a été l’objet de conquêtes et de reconquêtes par de nombreux peuples apportant chacun leurs us, coutumes et religions. Je n’ignorais pas non plus les troubles qui ont agité la province en 2008 et 2009 et la crainte d’attentats terroristes islamistes dans certaines zones. Mais je ne savais pas exactement à quoi m’attendre une fois sur place.

Je suis restée principalement à Urumqi, mais je me suis aussi rendue à Kashgar, Aksu et dans cette splendide région dont les vallons verdoyants rappellent les Alpes suisses : Kanas. Et cela m’a fait la même impression que lorsque je suis allée en Mongolie Intérieure ou dans la région autonome coréenne dans le Jilin : un sentiment d’harmonie totale, de respect des uns et des autres, et surtout un attachement à la nature et à ses merveilles. Effacement culturel ? Dans le Xinjiang, tous les panneaux de signalisation et les enseignes des magasins sont en mandarin et en langue turcophone parlée par les Ouïghours. Les documents administratifs sont également dans les deux langues. Ayant été victime d’un pépin de santé qui m’a obligée à rester hospitalisée une semaine à Urumqi en 2016, j’ai été soignée par une équipe de médecins ouïghours dans un établissement situé juste à côté d’une des plus grandes mosquées de la ville. Chaque matin, j’étais réveillée par le chant du muezzin qui appelait les fidèles à la prière et la cantine de l’hôpital était 100 % halal. D’où ma surprise en lisant sur la page Wikipédia francophone consacrée au Xinjiang : « Dans les années 2010, des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours (…) passent par des camps de rééducation chinois. L’idéologie communiste est inculquée aux détenus qui subissent des tortures et sont forcés à manger du porc et à boire de l’alcool ». Vu la manière dont c’est écrit, on sent la source fiable... J’ai dîné avec un policier kazakh, un membre des forces spéciales d’intervention ouïghour (qui heureusement parlaient anglais tous les deux !) et je me rappelle leur avoir demandé si ils avaient rencontré des obstacles pour intégrer la police chinoise. « Aucuns ! » M’ont-t-ils répondu. « On raconte tellement d’âneries sur le Xinjiang, on y fait même plus attention... » C’était en 2015 et je ne pense pas que leur sentiment a changé depuis. J’ai vu des Han manger dans des restaurants ouïghours et vice-versa. Les mosquées, le Grand Bazar, l’artisanat traditionnel musulman, tout est préservé et mis en valeur.

Je ne prétends pas tout connaître du Xinjiang en y étant allée moins d’une dizaine de fois, mais ce que j’y ai vu ne correspond en rien à ce qu’en racontent certains médias occidentaux. Je me base essentiellement sur le témoignage des gens que je connais qui y habitent depuis toujours ; les Han qui disent qu’ils « aiment la vie à Urumqi et qu’ils ne la quitteraient pour rien au monde », les Ouïghours qui m’ont dit exactement la même chose. Et aussi ce couple de touristes français croisés sur un vol Urumqi-Beijing, qui m’ont dit que « le Xinjiang était leur province chinoise préférée ». En ville comme dans les campagnes – dont certaines très pauvres et désertiques, même si les choses ont dû s’améliorer depuis mon passage – les gens paraissaient heureux et vaquaient à leurs petites affaires, tranquillement. Les musulmans célèbrent leur culte comme ils le souhaitent et s’habillent comme ils veulent. Je n’ai ressenti aucune animosité d’aucune part et on m’a accueillie avec chaleur et bienveillance.

La polémique sur le coton du Xinjiang est particulièrement injuste. Des travailleurs forcés ouïghours pour ramasser les fleurs de coton dans les champs ? Sommes-nous toujours au temps de l’esclavagisme aux États-Unis ? Heureusement que le ridicule ne tue pas... Plus de 70 % du coton est ramassé mécaniquement, vu l’immensité des parcelles.

Je suis Française et fière de l’être. Je n’aime pas non plus lorsqu’on critique mon pays de manière injustifiée, pourquoi les Chinois n’auraient-ils pas le droit d’être indignés quand on raconte n’importe quoi sur le leur ? Écoutons ce qu’ils ont à dire à ce sujet et donnons leur au moins le bénéfice du doute. Pour ma part, je n’attends que la fin de la crise sanitaire pour retourner dans le Xinjiang et rire de tout cela avec les membres de ma famille, parce que c’est toujours mieux que d’en pleurer.

EN COMPLEMENT : LA DECLARATION DE CGTN

Chine et « fake news » : ce manichéisme qui perdra certains intellectuels français

récemment, la chaîne chinoise d’informations francophone CGTN Français a accepté la proposition de l’un de ses collaborateurs récurrents, une journaliste française indépendante ayant choisi le nom de plume « Laurène Beaumond », celle d’écrire un récit de ses souvenirs de voyage dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang et d’y relater ses expériences et ses impressions. « Mon Xinjiang » : halte à la tyrannie des fake news est paru le dimanche 28 mars sur le site Internet de la chaîne, dans la rubrique « Opinions ». Son témoignage a suscité une vive controverse sur les réseaux sociaux avant de se répandre dans certains cercles intellectuels et quelques médias français. L’article, dans lequel la journaliste raconte ce qu’elle a vu au Xinjiang dans ses voyages effectués entre 2014 et 2019 et affirme ne pas reconnaître la région qu’elle avait visitée dans ce qui est décrit aujourd’hui dans les médias du monde entier, a été taxé, entre autres, de « désinformation » et de « propagande ». Mais c’est surtout l’identité de l’auteur qui a déchaîné les passions : Laurène Beaumond, selon ces fameux intellectuels, n’existe tout simplement pas. C’est un personnage inventé de toutes pièces par CGTN Français, probablement un Chinois écrivant sous un faux nom, voire même un agent infiltré en France à la solde de Beijing. C’est ainsi que, quelques heures seulement après le début de la controverse sur Twitter le 31 mars, Le Monde a publié un article intitulé Quand la télévision chinoise CGTN invente une journaliste française. Son auteur, Nathalie Guibert, écrit : « Le Monde a pu vérifier qu’aucune personne de ce nom ne figure dans le fichier de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels français. » Sans se douter un seul instant que « Laurène Beaumond » puisse être un simple nom d’emprunt.

Comment Le Monde a-t-il mené son enquête ?

Pour publier un article aussi rapidement, c’est à se demander comment la journaliste du Monde a pu réaliser une enquête complète et approfondie. D’où cette conclusion pour le moins bâclée et qui ne repose sur rien : Laurène Beaumond est une invention du gouvernement chinois pour répandre la propagande de sa télévision d’Etat en Occident. Cela laisse songeur. Comment, en quelques heures, a-t-elle pu éplucher le registre de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels français ? En quoi le fait de posséder une carte de presse légitime-t-il les propos d’un journaliste ? Selon l’AFP, « la carte de presse n’est pas obligatoire pour être journaliste en France ». La présidente de la Commission de la Carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) Bénédicte Wautelet a confirmé que cette carte n’était « absolument pas » nécessaire pour écrire des articles en France. Mme Guibert aurait pourtant dû le savoir. Si ce n’est pas encore une volonté de s’en prendre à CGTN Français, nous ne savons pas comment cela s’appelle.

Le pseudonyme, recours fréquent pour se protéger (surtout lorsqu’on parle de la Chine)

La journaliste du Monde a utilisé le terme « invente » dans son titre. Nous sommes sidérés par ce manque total de professionnalisme. Comment n’a-t-elle pas pu penser à une personne écrivant sous pseudonyme ? Cela démontre que son jugement est biaisé dès le départ. Utiliser un nom de plume est chose commune. Aujourd’hui, l’opinion publique française – et occidentale en général – est particulièrement hostile à la Chine, ce n’est un secret pour personne. Laurène Beaumond a souhaité utiliser un pseudonyme et nous avons respecté son choix, parce que nous savons le risque que cela représente pour certains journalistes français d’exprimer leur opinion en faveur de la Chine. Qu’il s’agisse du Xinjiang, de politique intérieure chinoise ou même de sujets culturels, les personnes dont l’opinion va à l’encontre de celle qui est représentée dans les médias mainstream français sont systématiquement attaquées. Christian Mestre, professeur à la faculté de Droit de Strasbourg et ancien président, a été contraint à démissionner de la fonction de déontologue de l’Eurométropole de Strasbourg en février 2021 pour des propos qu’il a tenus sur la politique menée au Xinjiang en 2019. L’essayiste et journaliste Maxime Vivas, auteur du livre « Les Ouïgours, pour en finir avec les fakes news », est également habitué à ces attaques. Il a même été piégé par une équipe de l’émission Arrêt sur Images. Il a récemment confié à CGTN Français au cours d’un entretien que lorsqu’il acceptait d’être interviewé par Libération, il savait pertinemment que le résultat serait hostile à la Chine. « Libération mène un combat contre la Chine depuis des années. Je leur ai dit : comment se fait-il que dès le mot ’Chine’ est mentionné dans votre journal, ce n’est que pour évoquer des catastrophes et des choses négatives ? Je savais que quoique je dise, ils ne me donneraient jamais raison. » Dans ce contexte, comment ne pas approuver le choix d’une journaliste française d’opter pour un pseudonyme pour exprimer son opinion sur le Xinjiang ? Une opinion allant à contre-courant de celle de « l’intelligentsia » française qui ne souhaite qu’un seul son de cloche sur la Chine, cela va sans dire. L’utilisation d’un autre nom peut souvent permettre une expression plus libre et sans contraintes, et pas seulement dans le domaine journalistique, mais aussi dans des cadres historiques comme la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Bien sûr, il ne s’agit pas pour nous de faire des parallèles hasardeux entre la Résistance et un journaliste s’exprimant sur la Chine – mais nous justifions totalement le recours au pseudonyme dans ce contexte.

Pour certains médias français, discréditer la Chine est « politiquement correct »

La question du Xinjiang déchaîne les passions depuis quelques semaines. Et certains médias français s’opposent systématiquement aux médias chinois sans même prendre la peine de les écouter. La vérité ne semble pas les intéresser. Pour eux, mieux vaut rabâcher les termes de « travail forcé » et de « génocide », c’est tellement plus constructif... Dans son texte, Laurène Beaumond précise bien qu’elle n’est pas une spécialiste de la situation au Xinjiang, qu’elle ne décrit que ce qu’elle a vu de ses propres yeux, que ses propos n’engagent qu’elle-même et qu’en aucun cas elle ne souhaite faire la leçon à qui que ce soit. Les accusations de génocide et de travail forcé la laissent circonspecte et elle se permet de soulever ce fait. Sans même porter crédit à ces propos, certains intellectuels et journalistes français se sont jetés dessus parce que son témoignage ne va pas dans leur sens. Laurène Beaumond ne peut être qu’une invention, puisqu’elle s’exprime comme une Chinoise... n’est-ce pas un peu simpliste ?

« Mon Xinjiang » : halte à la tyrannie des fake news a rapidement attiré l’attention du sinologue Antoine Bondaz et de son cercle de sympathisants qui se sont mis à tailler en pièces ce témoignage et son auteur... enfin, plutôt CGTN Français, puisque Laurène Beaumond n’existe pas selon eux. Mais que serait-il arrivé à cette journaliste si elle avait signé de son vrai nom ? Aurait-elle reçu des menaces, ou pire ? Serait-elle devenue malgré elle une nouvelle cible de l’attaque intellectuelle française contre la Chine ?

CGTN Français a des preuves concrètes des différents séjours de Laurène Beaumond au Xinjiang, de très nombreuses photos et même une copie de son certificat de mariage, puisqu’elle s’est mariée à Urumqi en 2014 avec une personne originaire de cette ville, n’en déplaise à ceux qui pensent qu’il est impossible pour une Française « d’avoir de la famille au Xinjiang ». Cette attaque basse de la part du Monde l’a particulièrement affectée.

Déclaration de l’auteur :

Suite au déballage médiatique disproportionné et au harcèlement subi au téléphone et sur les réseaux sociaux par la journaliste officiant sous le pseudonyme de Laurène Beaumond, celle-ci a décidé de ne plus utiliser ce pseudonyme à l’avenir, craignant pour sa sécurité et celle de sa famille. Les comptes Twitter créés le 31 mars et après sont tous de faux comptes, Laurène Beaumond ayant fermé son compte Twitter qui était d’ailleurs à son vrai nom.

Source :le grand soir

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