Interview de Jean-Pierre Page au Southern Metropolis Daily (Chine)

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le 20 novembre 2021

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1-Pandémie COVID-19, Hong Kong, Xinjiang, Tibet, économie et commerce de la Chine, relations sino-américaines. Ce livre traite d'une série de problèmes de propagande anti-chinoise dans les médias occidentaux. Pourquoi avoir choisi d'aborder ces sujets pointus ?

comme vous le savez, la propagande des médias occidentaux contre la Chine est quotidienne et chaque jour elle apporte son lot de contre-vérités, d’approximations, de falsifications. Elle utilise pour cela des faux-experts, des journalistes de complaisance ou de prétendus témoins qui ne sont en fait que des “mercenaires” au service d’objectifs stratégiques, politiques, idéologiques et militaires décidés à Washington. Au besoin, comme je l’ai vu récemment sur la chaîne culturelle franco-allemande ARTE on ré-écrit l’histoire de la Chine en omettant délibérément de parler des humiliations de la colonisation, des guerres au19e et 20e siècle, du rôle de l’empire britannique pour le contrôle du commerce de l’opium, des traités inégaux, du dépeçage de la Chine, des massacres, des destructions et des pillages auxquels se livrèrent les armées des pays impérialistes de l’époque, dont la France. On falsifie grossièrement les faits depuis que le peuple chinois s’est levé en 1949 et on caricature les différentes périodes de l’histoire contemporaine, dont celles de la Révolution et le rôle du président Mao Zedong. J’ai même lu récemment que Taiwan n’a jamais été chinoise.

Ce comportement politique agressif et belliqueux de la part des Etats Unis et de ses vassaux est dangereux! Cette diabolisation de la Chine est néfaste, car elle radicalise les relations internationales en leur donnant un caractère conflictuel permanent. Chacun peut en imaginer les conséquences pour la coopération et la paix dans le monde, et cela d’autant que la Chine n’entend imposer son système à nul autre et qu’elle est une force de paix et de cooperation.

Cette campagne cherche à se structurer autour d’une idée simpliste: la Chine menacerait la stabilité mondiale, ou encore l’humanité serait menacée par des régimes autoritaires à la tête desquels on trouverait encore et toujours la Chine. Qu’il s’agisse du Tibet, du Xinjiang, de Hong Kong et de Taiwan, la manière de procéder est unilatérale, péremptoire et le “modus operandi” est toujours le même. Pour les détracteurs de la Chine, la démonstration serait faite de ses intentions belliqueuses, de son mépris pour les droits humains. On nous explique que pour celle-ci la fin justifierait les moyens. Or, la réalité est toute autre, mais elle est systématiquement caricaturée et ignorée.

Cette intolérance partisane est délibérée ! Elle vise en fait à détourner l’attention de l’opinion internationale des progrès incontestables de la Chine dans de nombreux domaines. Elle veut également dissimuler la profondeur de la crise systémique du capitalisme et le déclin des Etats-Unis. Enfin, elle entend camoufler les menaces et les préparatifs de guerre contre votre pays y compris en faisant le choix irresponsable de déstabiliser toute la région asiatique au mépris de peuples qui la composent. Ainsi, par exemple, les dirigeants américains selon leur propre expression déclarent vouloir “faire de Taiwan, un test”. Le récent accord AUKUS entre les USA, la Grande Bretagne, et l’Australie en est l’exemple le plus significatif, comme le sont les récentes déclarations agressives du secrétaire général de l’OTAN ou en France ce rapport d’un “Institut de Recherche Stratégique, IRSEM”, associé étroitement à l’OTAN. Il dépend du ministère de la defense. On y trouve dans la forme et le fond les mêmes élucubrations de l’administration Trump/Pompeo qui depuis ont été repris intégralement par Joe Biden.

Avec notre livre et à travers le choix des sujets, nous avons souhaité clarifier différents aspects de cette campagne contre la Chine. Nous avons aussi voulu apporter des réponses à des questions légitimes qui se posent. Grace à la compétence et à la diversité des auteurs, au professionnalisme de notre éditeur Delga, ce livre collectif a permis une approche pédagogique sur différents thèmes en incitant les lecteurs à une chose simple : faire l’effort de comprendre la Chine. Nous avons voulu mettre en évidence ce que sont les choix politiques, économiques, sociaux, culturels qui sont ceux du peuple chinois et la vision anticipatrice de ses dirigeants en faveur d’un socialisme de notre temps. 

2-Maxime Vivas, l'un des rédacteurs en chef, a été attaqué par les médias français lors de la publication du livre « Ouïghours pour en finir avec les fake news » Y a-t-il eu une rencontre similaire lors de la préparation du livre ? Pourquoi pensez-vous que l'hostilité des médias occidentaux envers la Chine est si forte ?

Pour les calomniateurs de la Chine, il semble plus facile de s’attaquer à un homme seul comme Maxime Vivas dont toute la vie témoigne de la sincérité des engagements que de mettre en cause la cohésion de 17 intellectuels avec leur solide réputation d’intégrité, leur compétence reconnue. Faut-il préciser qu’ils sont par ailleurs représentatifs de différents courants de pensée. 

Je suis convaincu, qu’il y aura des suites positives à notre livre qui entend aussi contribuer positivement à rendre plus forte la longue histoire des relations entre la France et la Chine à laquelle ont oeuvré dans le passé des intellectuels et des hommes politiques de grand renom.

En fait, ceux qui contredisent le discours dominant, en donnant leur opinion à partir de leurs expériences et de leurs connaissances font un travail courageux et responsable, c’est pourquoi ils sont accusé d’être manipulés et payés par Beijing. Car pour la pensée unique et l’idéologie dominante, dire la vérité est suspect, tendancieux et impardonnable. Le débat pluraliste d’idées, l’échange démocratique, le respect des opinions sont devenus quasiment impossibles. Le leader socialiste français Jean Jaures qui fut assassiné pour avoir dénoncé le caractère impérialiste de la 1ère guerre mondiale avait l’habitude de dire :  “Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire !”. C’est cette pensée qui nous a encouragé à faire ce livre !

C’est pourquoi, depuis, la parution du notre ouvrage” La Chine sans oeilleres” et dans sa continuité nous avons lancé un Appel international de 155 personnalités de 25 pays dont un grand nombre d’intellectuels, de diplomates, de hauts fonctionnaires, de syndicalistes qui “revendiquent le droit de parler autrement de la Chine”. Nous allons amplifier cette démarche par de nouvelles initiatives. Nous défendons ainsi des principes et des valeurs qui prennent en compte l’idée d’une “communauté de destin”. Nous pensons qu’il faut défendre cette conception, car elle contribue à l’échange, à la compréhension réciproque et à la coopération. Cette manière de voir, nous le pensons peut permettre de rassembler les volontés et les énergies de l’immense majorité des peuples.

Alors pourquoi cette hostilité à l’égard de la Chine? Je répondrai qu’en fait, plus le déclin du capitalisme dominant se manifeste, plus il faut s’attendre à l’aggravation des campagnes hostiles vis-à-vis de la Chine et son peuple. Les enjeux auxquels l’humanité doit faire face sont élevés. Qui peut prétendre incarner une civilisation qui serait supérieure aux autres?  Le conservatisme c’est de refuser de voir le monde tel qu’il est. Depuis 30 ans et la destruction de l’URSS le rapport des forces international n’est plus le même, il a changé, c’est une evidence qui s’impose à toute personne de bon sens. Persister dans la voie des fantasmes ne peut conduire qu’à des impasses et des désillusions.

Une chose est certaine, les arbitrages qui sont pris sur tous les sujets influeront et détermineront le cours des évenements prochains. C’est vrai pour la Chine, c’est vrai également partout ailleurs. Dans les années à venir, ils seront décisifs, car certains ne peuvent être différés. Ce sont les réponses politiques à apporter au choix de développement comme à la préservation de notre environnement, ceux qui adressent la réponse aux besoins sociaux du plus grand nombre, de la lutte contre la pauvreté de masse et surtout de l’action contre l’explosion des inégalités, les gâchis et la corruption. Comme on peut le constater, on continue à laissez faire la spéculation financière, alors qu’elle est devenue irrationnelle, mafieuse, qu’elle gangrène toutes les activités humaines et se fait toujours au détriment de l’économie réelle et des besoins des peuples. Peut-on décemment laissez-faire? Or, quand l’on observe les résultats dans de nombreux domaines, il est clair que ceux de la Chine mettent en évidence la faillite des réponses libérales que nous connaissons dans les pays dits développés.

Je veux ajouter que ce qui devrait dominer dans les relations internationales, c’est le respect de l’intégrité des peuples, leur libre choix, la réponse à leurs revendications sociales en particulier celle de la jeunesse, leur souveraineté, leur dignité, mettre un terme aux menaces, à l’ingérence, aux mesures coercitives inhumaines, à la déstabilisation ou à la recherche de changement de régime. Pour chaque état et chaque gouvernement, il faut donc décider, prendre position et rejeter les fausses solutions ! Comme le disait Sun Tzu: “Celui qui n’a pas d’objectifs, ne peut les atteindre”. Tout est affaire de choix et de volonté. Si j’ai bien compris, ce sont les décisions stratégiques que les dirigeants de votre pays avec le président Xi Jiping s’apprêtent à prendre pour la Chine avec le 6e plenum du CC du PC de Chine des 8 au 11 novembre prochain...

3- Combien de temps a-t-il fallu pour préparer ce livre ? Pourquoi avoir choisi de publier ce livre àl'occasion du 100e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois ?

Il nous a fallu un peu plus de 6 mois avec notre éditeur Delga pour publier notre livre. Certes, sa parution avec un événement comme le 100e anniversaire du Parti communiste chinois n’était pas le fait d’une coïncidence. Car comment pouvions nous ignorer un tel événement historique, celui d’un parti de 95 millions d’adhérents à la tête du plus grand pays du monde et d’une nation de 56 ethnies différentes. Comme j’ai eu l’occasion de le dire, nous ne saurions observer la Chine comme un modèle, mais comme un exemple. C’est pourquoi, nous avons voulu faire un livre “pro-vérité” en toute indépendance afin qu’il soit utile pour le public français, mais également pour d’autres et bien sûr si l’on nous en offre l’opportunité pour le public chinois.

Tous les auteurs partagent une même curiosité pour la Chine, plusieurs d’entre eux la connaissent à travers leurs voyages, et tous mesurent à sa juste valeur la signification de ce que fut la trajectoire historique de votre pays depuis qu’un petit groupe de militants marxistes avec Mao Zedong à leur tête entreprirent ce combat titanesque pour arracher tout un peuple-continent au sous développement et aux humiliations, l’entraîner vers son émancipation, en faire un peuple auteur et acteur de son destin. Je pense souvent que nous devrions faire preuve de retenue, de modestie et surtout de moins d’arrogance si l’on compare le bilan de la Chine avec celui des pays capitalistes développés. Pour ma part, je comprends parfaitement la fierté du peuple chinois et le soutien qu’il apporte à l’action du Parti communiste de son pays et à ses dirigeants.

Un jour à Beijing, un ambassadeur de France m’a dit la chose suivante “ Si vous voulez comprendre la Chine, il faut comprendre une chose simple : les Chinois sont nombreux, très nombreux”. Il était donc logique que nous fassions coïncider notre livre avec cet anniversaire et que nous rendions ainsi un hommage solidaire au peuple chinois tout entier.

4- Après la parution du livre, quel écho a-t-il reçu des médias et des lecteurs français ?

Celui-ci est paru en juin 2021 et nous en sommes déjà à la ré-édition. Nous avons reçu beaucoup d’échos positifs en particulier de la part des réseaux sociaux et aussi dans la presse et les médias chinois. Pour avoir participé personnellement à plusieurs débats ou le livre était présenté, j’ai noté l’extrême disponibilité des lecteurs de toutes opinions en particulier des jeunes. Les gens veulent comprendre, ils sont curieux et ils veulent partager d’autant qu’ils ont la conviction que pour le plus grand nombre le capitalisme ça ne marche pas. Ils sont donc à la recherche, d’issues, d’alternatives surtout quand d’autres s’en sortent mieux qu’eux.

  Comment en effet ignorer les interrogations que suscite la Chine! A écouter certains cela se réduirait aux situations au Xinjiang, à Hong Kong ou à Taïwan. La réalité est tout autre! Notre livre d’ailleurs présente sur ces différents sujets des arguments solides. Mais en fait l’intérêt des gens va bien au-delà, ils s’interessent aux résultats de la Chine qu'il s’agisse du développement économique, de l’environnement, de la lutte contre le Covid 19, de la recherche scientifique, de l’exploration spatiale, du progrès social. Ils veulent en parler! Il est donc normal que tout cela entraîne des questionnements inédits qu’il ne faut pas sous-estimer. 

Pour le démontrer, il existe un bon exemple: la manière dont a été traitée la pandémie de Covid 19, elle a été un excellent révélateur de deux types d’approches et qui ont entraîné des conséquences bien différentes.

  Quand le moteur d’une politique est le bien-être du peuple alors on mobilise tous les moyens dans ce but. C’est ce que les dirigeants de votre pays avec votre président Xi Jiping ont fait avec une détermination remarquable. C’est évidemment autre chose lorsque l’on a un système de santé ou domine la rapacité égoiste et criminelle des grands trusts capitalistes de la pharmacie. En France, en 15 ans, les gouvernements successifs ont fermé 100 000 lits d’hôpitaux, réduit drastiquement les moyens humains et matériels des services hospitaliers. Des médecins, des spécialistes, des infirmières font aujourd’hui le choix de renocer à leur vocation et de démissioner car ils ont le sentiment que leur compétence professionelle n’est plus reconnue. Pendant des mois, nous n’avons pas eu de masques, on nous a même expliqué que cela n’était pas nécessaire, les tests PCR ne pouvaient être réalisés qu’avec des moyens limités, l’appareillage de réanimation était notoirement insuffisant. Cette politique ne visait en fait qu’à laisser le champ libre à l’introduction sur le marché d’un système de vaccinations dont nous savions que les résultats seraient empiriques. Notre peuple a payé un lourd tribut à cette irresponsabilité criminelle en particulier du point de vue de ses libertés fondamentales, ce qui justifient les nombreuses manifestations populaires et les actions en justice qui ont été engagés contre le gouvernement Macron et jusqu’au plus haut niveau de l’état. Comment tout cela ne ferait-il pas réfléchir ?

Encore une fois, faire valoir d’autres solutions suppose une volonté politique et bien sûr des priorités dans la mobilisation des moyens humains, matériels et financiers. Ce qui est encourageant, c’est que dans ce contexte des réponses nouvelles émergent et démontrent que l’on peut faire autrement que suivre la logique capitaliste. Ce qui fait la difference, c’est partir des besoins besoins réels des peuples et non de ceux d’une petite oligarchie. 

Voilà pourquoi partager entre nous vos experiences et les notres peut contribuer avec d’autres à une action efficace au niveau mondial sur toute une série de sujets, comme par exemple: une cooperation mondiale en matière de vaccins, les problématiques lies à l’environnement ou la lutte contre la fraude et la corruption financière. Cela exige de faire le choix dans la cooperation bilatérale et multilatérale, dans le fonctionnement des institutions internationales, du multilatéralisme, de l’échange et de la transparence. Voila pourquoi, il y a un grand besoin de civiliser les relations internationales en s’opposant à la recherche stérile de la concurrence, à l’usage des mensonges et des caricatures, à la pratique des sanctions, à l’ostracisme et à cette conflictualité permanente qui ne produit que désordre et chaos.

5- En tant qu'ancien chef du Département international de la Confédération générale du travail de France (CGT), vous avez écrit publiquement en 2019 que vous ne compreniez pas le soutien de la CGT aux manifestations de Hong KongComment pensez-vous que les organisations internationales devraient considérer la question de Hong Kong ? Quel rôle les pays occidentaux y ont-ils joué ?

Il existe une longue histoire des relations entre le movement ouvrier chinois et la CGT de France. Nous n’oublions pas que des dirigeants prestigieux de la révolution chinoise comme Zhou Enlai, Deng Xiaoping, Chen Yi, Cai Hesen et d’autres étaient des membres actifs de notre syndicat au début des années 1920. Deng Xiaping fût même licencié pour fait de grève. Nous sommes comptables de cette histoire commune qui représente une partie importante du patrimoine révolutionnaire de notre pays comme du votre et que nous ne saurions oublié

J’ai eu l’honneur dans les années 90 de contribuer au renforcement de cette coopération qui fut étroite, concrète et d’une certaine manière exemplaire entre la CGT et la Fédération des Syndicats de Chine. 

Mais, au début de 2000, la CGT a fait le choix de rompre avec certains de ses principes antiimpérialistes en ralliant deux organisations hostiles à la Chine comme la Confédération Syndicale Européenne (CES) et la Confédération Syndicale Internationale (CSI). Elle s’est ainsi écartée de ses engagements et a progressivement adopté une attitude très critique en particulier à l’occasion des événements à Hong Kong, mais pas seulement. Ce fut également le cas concernant le Xinjiang ou la vie syndicale en Chine. Plutôt que d’en débattre fraternellement avec la Fédération des Syndicats de Chine dans la respect de l’indépendance de celle-ci comme de la nôtre, la CGT a fait le choix de suivre et de s’aligner sur les déclarations provocatrices de la CES et de la CSI et être ainsi partie prenante d’une campagne internationale de tensions et de déstabilisation. Celles-ci on le sait furent un échec et c’est tant mieux, mais elles ont causé un prejudice aux relations entre la CGT et le mouvement ouvrier de Chine et cela est bien regrettable!

Dans notre livre “la Chine sans œillères”, et dans les declarations que vous évoquez, il faut distinguer ce que sont les revendications liées à des les problèmes propres à Hong Kong comme ceux qui touchent aux difficultées du logement, de la vie chère, aux inégalités, à la corruption, de ce que fût une entreprise politique visant à mettre en cause le statut de la presqu’île et les accords conclus en 1997. Il est indiscutable qu’il s’agissait d’une ingérence grossière des pays occidentaux et particulièrement des Etats-Unis avec des relais politiques sur place dont les objectifs n’avaient rien à voir avec la recherche de solutions aux problèmes des citoyens de Hong Kong. On voulait faire de Hong Kong un cheval de Troie, une base d’appui et une forme de contre-pouvoir contre les autorités légitimes de la Chine et leur droit inaliénable à assurer la sécurité de leur territoire national et donc contre toute forme d’ingérences. Hong Kong est partie intégrante de la Chine au même titre que Taïwan. Ces faits sont reconnus par toutes les institutions internationales, singulièrement depuis 1971 quand la Chine a été rétablie dans ses droits souverains par l’Assemblée générale des Nations-Unies. On vient d’ailleurs de fêter le 50e anniversaire de cet évenement historique.

6- Comme vous l'avez mentionné, Jake Harry Stack Sullivan, le conseiller principal à la sécuriténationale du président Biden, a reconnu que la Chine a été plus efficace que les États-Unis pour faire face à l'épidémie de COVID-19. Pensez-vous que les réalisations de la Chine dans divers aspects du travail ces dernières années ont effectivement réduit les préjugés des pays occidentaux ?

Je pense que le plus grand achevement de la Chine populaire et de sa revolution c’est d’exister et d’avoir conquis la dignité et l’honneur d’un peuple qui compte aujourd’hui 1,5 milliard de citoyens. C’était la vision prémonitoire qu’avait exprimé en 1949 le président Mao Zedong “nous les 475 millions de Chinois sommes debout et notre avenir est lumineux”. Nul autre pays que la Chine a réalisé ce défi titanesque d’avoir éradiqué l’extrême pauvreté pour plus de 600 millions de gens et de s’attaquer avec autant de résolution aux inégalités. Tout cela au moment où la pauvreté de masse s’étend sur toute la planète et que les inégalités explosent, en particulier dans les pays occidentaux dont les USA et la France ou la polarisation extrême de nos sociétés prend un caractère extrèmemement inquiétant. Comme je l’ai déjà fait remarquer, votre pouvoir d’achat progresse régulièrement, le nôtre régresse.  Je pourrais multiplier les exemples.

Ce qui est important, c’est l’opinion des gens, c’est pourquoi faire connaître les réalisations de la Chine comme nous le faisons dans notre livre peut mettre en échec les campagnes dont nous avons parlé. En Europe par exemple, je constate que les progrès des routes de la soie contribuent à créer une atmosphère nouvelle, plus positive à travers les accords de nombreux pays qui dorénavant sont partie prenante de ce programme audacieux qui n’aient pas sans influencer positivement la perspective possible d’un accord historique entre l'Union européenne et la Chine sur les échanges commerciaux (ACI) qui comme vous le savez dépassent dorénavant ceux de l’Euope avec les USA.

Rien n’est figé tout évolue, mais en dernière analyse tout dépend de l’implication des gens dans tout processus de mise en oeuvre des décisions politiques. Là est l’enjeu principal de la période inédite qui est la nôtre dorénavant.

7- Il a été porté à notre connaissance que vous avez participé aux travaux de l'Association d'amitiésino-française dans les années 70. Dans le contexte d'incertitude entourant l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, d'où est née votre curiosité pour la Chine ?

Ma curiosité est ancienne, elle date de mon adolescence, de mes lectures sur votre civilisation millénaire unique dans l’histoire humaine. Plus tard, mon éveil politique sur la Chine s’est faite à travers la lecture de notre écrivain André Malraux et de ses romans sur le mouvement révolutionnaire chinois des années 1920. J’ai aussi été passionné par la vie de ce médecin canadien Norman Béthune, qui fit le choix de soigner les combattants de l’armée populaire pendant la longue marche de 10 000 kms à travers la Chine, il devait mourir héroïquement pendant cet épopée historique. J’ai aussi été captivé par les deux ouvrages d’Edgar Snow: “Etoile rouge sur la Chine” et “La longue révolution”. E. Snow, était le seul journaliste qui avait pu à accompagner la Longue marche et s’entretenir avec tous les dirigeants communistes, avec les ouvriers et les paysans. On lui doit cette remarquable interview biographique de Mao Zedong. Ce sont deux livres qui m’ont aider à comprendre ce qui était le sens profond de la Révolution chinoise sans doute à cause de l’intérêt sincere, de la curiosité de ce journaliste et de son amitié avec le président Mao Zedong. 

Ce qui m’a fait participé aux activités de l'association des amitiés franco-chinoises dans les années 70 c’est surtout la dimension révolutionnaire donnée en Chine à la production culturelle, et à la création dans la littérature, la poésie, l’opéra, la peinture, la poterie, l’affiche avec le souci d’impliquer directement le peuple en particulier les jeunes, les ouvriers et les paysans. Cette orientation s’inspirait et se ressourçait à partir des causeries sur la littérature et l’art que le president Mao avait eu avec des artistes de différentes disciplines à Yan’an en novembre 1942.

Quant aux relations entre la Chine et la France, je dirai que le général de Gaulle avait anticipé la place et le rôle qui deviendrait celui de la Chine dans le monde. Il l’avait fait à partir de la vision originale pragmatique, souveraine et indépendante qui était la sienne. Il se tenait informé et avait délégué à Beijing des hommes politiques et de culture dont l’ouverture d’esprit était indiscutable et sincère. Malheureusement, nous n’en sommes plus là, car la France a dans une large mesure rompu avec ce qui était cette politique étrangère pour s’aligner inconditionnellement sur les décisions nord-américaines, par la ré-affirmation de son engagement au sein de l’OTAN ou à travers sa volonté de contribuer à la constitution d’une armée supranationale en Europe. Les péripéties de l’affaire des sous-marins entre la France, l’Australie, la Grande- Bretagne et les USA ont montré toutes les limites de la souveraineté du gouvernement Macron. On vient de le voir ces jours-ci à l’occasion de sa rencontre à Rome avec Joe Biden où comme dans la fable de Jean de La Fontaine “la montagne a accouché d’une souris”. Emmanuel Macron s’est finalement rallié à la vision décrétée par le “deep state” nord américain y compris s’agissant des activités militaires dans la zone Asie Pacifique, c’est-à-dire aux portes de la Chine. La flotte militaire française va donc continuer à participer aux manœuvres de “la Quad” en mer de Chine méridionale, ou l’on s’en souvient elle a été à l’origine d’incidents dans le détroit de Taïwan, c’est tout dire! 

L’action des forces progressistes en France, celles qui sont sincèrement attachés à la coopération entre nos deux nations devrait peser pour rétablir une politique souveraine, indépendante et de principes dans nos relations.  Dans le passsé, elles ont joué un rôle positif non seulement pour nos peuples, mais aussi en faveur de relations internationales constructives et utiles à la communauté universelle des peuples. Cela devrait être un point d’appui utile permettant de s’écarter et de renoncer à bien des opportunismes politiciens sur la Chine d’autant que ces idées toutes faites s’appuient généralement sur celles véhiculées par l’idéologie dominante. Il y a dans la gauche française beaucoup d’ignorance sur la Chine et l’importance des débats qui existent dans votre pays. Certains voient une uniformité, quand en réalité “la lutte des contraires est ininterrompue” comme disait Mao Zedong. Ceci témoigne de la vitalité du débat démocratique chez vous et ne saurait être sous-estimé.

8- Avez-vous une expérience de travail ou de vie en Chine ? En quoi votre expérience en Chine est-elle différente de ce que vous imaginiez ?

Je n’ai eu qu’une expérience de travail en Chine à l’époque où j’exerçais des fonctions syndicales nationales comme responsable des relations internationales de la CGT, c’est à dire tout au long des années 90. Entre mon premier voyage et les séjours qui se sont succédé par la suite, j’ai vu la rapidité des changements en Chine, l’amélioration du niveau de vie, le développement des infrastructures, la capacité de travail et la volonté des travailleurs chinois que j’ai eu le plaisir de rencontrer et avec qui j’ai beaucoup dialogué sur leurs lieux de travail en particulier dans les zones économiques spéciales comme celles de Tianjin. 

Mais, je dois vous avouer que ma connaissance de la Chine est bien imparfaite. J’aurais aimé aller au cœur de votre pays. Je dois ajouter que mon grand plaisir était d’entrer en Chine par cette porte exceptionnelle que demeure Hong Kong d’où je prenais le train jusqu’à Guangzhou. C’était aussi retrouver les quais de Shangaie avec son fameux Bund le long du fleuve Huangpu qui me rappelaient mes lectures, mais je dois admettre qu’observer en même temps l’île de Pudong changeait complètement ma vision des choses en me faisant prendre conscience à travers cette cité futuriste à quelle vitesse la Chine changeait sous mes yeux.

9- Selon les rapports, votre prochain travail se concentrera sur la politique étrangère de la nouvelle administration américaine envers la Chine. Pourriez-vous partager votre analyse et vos perspectives sur les relations du gouvernement américain avec la Chine sous Biden ?

Concernant la Chine et la Russie, Joe Biden et la nouvelle administration les considère dorénavant comme des adversaires influençant et agissant directement sur la politique intérieure américaine. Ceci, témoigne de la vision paranoïaque d’un empire affaibli qui voit partout des états dûment désignés profiter de ses faiblesses et même des oppositions régnant à l’intérieur de ses frontières.  C’est pourquoi, avec arrogance, Washington dénonce les états indépendants et souverains, tout en prétendant exercer un « leadership » naturel sur le monde entier. Par exemple, Jake Sullivan, le secrétaire national à la sécurité des USA pointe du doigt avec effarement les dysfonctionnements et les divisions aux Etats-Unis. Mais en fait ce qui est pour lui visiblement incompréhensible c’est que cela arrive dans un pays où le peuple a été élevé depuis deux cents ans dans la certitude de son invincibilité, de son exceptionnalité, de sa mission planétaire divine et de sa “destinée manifeste “, celle du pays que John Kerry appelait “la nation indispensable”.

Aussi aux Etats-Unis, on préfère surtout éluder la cause des problèmes et on abuse de cette image simpliste et pathétique qui reprend les anciens poncifs du « péril jaune » associé dorénavant à celui de la « Chine rouge ». Celui d’un nouveau Dr. Fu Manchu diabolique, rusé, cruel qui serait devenu communiste. Ainsi, dans les déclarations officielles et les médias, on interprète l’aide au développement de la Chine en faveur des pays du 1/3 monde comme si celle-ci avait pour objectif de rendre ces pays dépendants à travers des pratiques usuraires, ce qui est faux, alors que dans le même temps les Etats-Unis conditionnent leur cooperation à des exigences politiques unilatérales et des conditionalités, ce qui est vrai. Mais comme prévaut, la politique de deux poids deux mesures, on ferme les yeux sur cette orientation particulièrement choquante! Anthony Blinken parle de la Chine “comme du plus grand défi du siècle” et évoque sa militarisation accélérée, ses préparatifs d’invasion de Taiwan, alors que le budget de la défense de Washington, historiquement en hausse et unanimement approuvé par démocrates et républicains est de 732 milliards de dollars, c’est à dire officiellement presque 4 fois plus que celui de la Chine. Ceci permet à Washington de contribuer activement et justifier le sur-armament irresponsable de Taipeh. Autre exemple: la Navy US réalise avec ses alliés de la “Quad” des opérations militaires en Mer de chine meridionale mais dans le même temps Washington s’alarme que deux pays qui sont voisins, la Russie et la Chine puissent organiser leur “Joint Sea Annual 2021” du 14 au 17 octobre 2021 en combinant leurs forces maritimes aux larges de leurs propres côtes. Imaginons un seul instant ce que seraient les déclarations US si des croiseurs, des sous-marins, des porte-avions russes et chinois organisaient des manoeuvres militaires au large de Los Angeles et San Francisco?

Voila pourquoi, la rage actuelle de Washington visant la Chine et ses dirigeants dont le premier d’entre eux Xi Jiping vient du fait qu’elle est est devenue un pays incontournable pour les pays du 1/3 monde qui veulent se développer comme pour ceux qui le sont déjà, en particulier en Asie. Mais, c’est aussi le cas en Europe où la Chine est perçu comme un concurrent de taille pour certains mais pour d’autres et non des moindres un partenaire déterminant. Finalement, la Chine est la plus grande puissance économique mondiale en devenir. Ce seul fait devrait contribuer à voir les choses autrement, mais l’aveuglement idéologique et politique obscurcit totalement la vision des dirgeants nord-américains.

Enfin, les Etats-Unis consacrent des millions de dollars à ce qu’ils appellent le “soft power” de leur action contre la Chine. Cela se fait à travers l’action d’ONG dont certaines n’hésitent pas à utiliser une réthorique de gauche comme “China Labor Watch”, “China Rights in Action”, “China digital Times”, la revue “Jacobin”,etc. Les financements sont assurés par des entreprises multinationales, des fondations et tout specialement le “National Endowment for democracy(NED)” ou “l’Open Society” de Georges Soros. Le programme de ces organisations est clairement celui d’un appui à la politique US à l’ègard de la Chine.

Ainsi par exemple, certains “think tanks” US comme “l’Atlantic Council” qui conseille l’administration Biden se specialise dans la mise au point de stratégies inspirées de “la guerre froide”. L’extrémisme de ce centre de recherches aux moyens considérables, le conduit à préconiser un changement de régime à Beijing à travers trois rapports successifs qui ont coincider début 2021 avec la mise en place de la nouvelle administration Biden.

Que proposent-ils au nouveau president des USA? Tout simplement un soutien à des dirigeants chinois plus modérés qui se convertiraient au libéralisme et qui accepteraient la tutelle des Etats-Unis. Selon cette réflexion qui se prétend pertinente, cela permettrait au peuple chinois “d’ici 2050, de s’émanciper de la mainmise du Parti communiste”(sic). Visiblement, cette idée fumeuse ignore qu’en Asie le temps et l’espace ne sont pas les mêmes que du côté du Potomac. Mais surtout, cette approche me semble ne tenir aucun compte des leçons tirées de l’histoire récente. « Si la Chine faisait confiance aux capitalistes, elle pourrait subir le même sort que l’Union soviétique”.  C’est pourquoi, le peuple chinois qui a tant consacré à faire de son pays ce qu’il est devenu ne peut faire le choix de soutenir de telles aberrations.

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