DU PASSÉ ( NE ) FAISONS ( PAS ) TABLE RASE !

Envoyer à un ami  envoyer un lien sur cet article a un ami

Au soir du 24 avril 2022, le verdict est tombé, avec la réélection du Président Macron, qui nous annonce cinq nouvelles années de reculs sociaux, de destruction des services publics, de mépris autoritaire travesti en paroles creuses. Et plus catastrophique encore sont les 18 millions de voix qui sont allées à la chattemite d’extrême droite, porteuse de xénophobie et de mensonges hypocrites. C’est énormément plus qu’en 1934, quand les Ligues fascistes prétendaient basculer » la Gueuse « . Mais alors, face à cette vague xénophobe, le barrage put s’élever, qu’on dit Front Populaire et les grèves ouvrières, barrage au sein duquel les Communistes eurent un rôle majeur.
le 2 mai 2022

rien à voir avec le champ de ruines actuel :


des parti Socialiste et Vert ralliés une fois pour toutes à l’évangile libéral, qui ne sauraient en aucun cas être conviés à ce barrage contre le fascisme, puisque ce sont leurs trahisons qui l’ont nourri.
Un PCF déglingué par ses trente ans de dérive droitière, discrédité durablement par l’électoralisme et le carriérisme dont il a du mal à guérir.
Des militants anticapitalistes qui se cherchent, éparpillés en groupes concurrents, inaudibles quand ils font passer leurs désirs de chapelle avant ceux du prolétariat qu’ils devraient incarner.
Et pourtant, la renaissance est nécessaire, et possible ! Peut on suggérer aux divers partenaires possibles de s’inspirer des paroles de l’Internationale, notre hymne commun : « Il n’y a pas de Sauveur suprême, ni Dieu, ni César , ni tribun. Producteurs, sauvons nous nous-mêmes, faisons seuls notre destin ! »

Personne ne peut dire quand cette reconstruction sera faite, demain, après-demain, mais elle aura lieu, parce qu’elle est inscrite dans les gênes de notre peuple, de tous ceux en son sein qui n’ont que leur travail, manuel et intellectuel, pour vivre. Leur intérêt est là, même s’ils n’en ont pas conscience pour l’instant. Il nous revient de hâter ce moment de prise de conscience collective, par le raisonnement public, par l’action militante désintéressée, sans la prétention desséchante du donneur de leçons qui a toujours raison. Elle ne se fera pas sur une table rase, n’en déplaise à Eugène Pottier. L’histoire du PCF du siècle passé a bien des choses à nous apprendre, les femmes et les hommes qui l’ont incarné furent souvent des héros, d’une rigueur morale impressionnante au service du prolétariat, d’une capacité d’organisation enviable, qui n’interdit pas le respect de chaque militant, nous devons apprendre leur histoire, elle sera indispensable aux batailles futures.

On ne saurait ignorer l’histoire des militants communistes du XXéme siècle: Ils furent l’honneur d’un PCF, force communiste authentique malgré des erreurs passagères, de 1920 à la décennie 80 du siècle dernier, avant qu’il ne bascule peu à peu dans sa dérive droitière suicidaire. Pour ma part, je me suis affairé depuis pas mal d’années, à retracer la vie de quatre militants du PCF d’autrefois, que je n’ai pu croiser, mais que la fréquentation des mêmes lieux m’a rendu proches.


André Marty, qui devint le héros du jeune PCF, parce qu’il avait entraîné les marins français de la Mer Noire à refuser de tirer sur les révolutionnaires russes, malgré les ordres criminels des gouvernants anticommunistes de notre pays. Il fut ensuite un dirigeant du PCF, durant la Guerre d’Espagne à la direction des Brigades Internationales contre le Fascisme, pendant la Deuxième Guerre Mondiale depuis Moscou avec Thorez, et après-guerre devint le dirigeant rugueux des Communistes, pour les villes ouvrières de Seine et Oise, ce qu’on disait la « banlieue rouge »de Paris. Jusqu’à son éviction pour désaccords politiques en 1953, à l’issue malheureusement d’accusations mensongères de collusion avec la police, imitées des procès truqués de l’époque en Europe de l’Est.

Gabriel Péri, né à Toulon d’un père corse, militant communiste dès sa jeunesse à Marseille et Nîmes, s’engagea dans l’action contre les guerres coloniales au point d’être emprisonné comme le précédent pour « .atteinte au moral de l’armée ». Il devint dès la décennie 1930 le journaliste le plus connu du quotidien l’Humanité, qui était alors l’organe du PCF. Son rôle au journal, et à l’Assemblée nationale ( il était l’élu de la ville ouvrière d’Argenteuil ) fut essentiel en faveur des Républicains espagnols agressés par l’insurrection franquiste, soutenue militairement par les Nazis allemands et les fascistes italiens. Son épouse Mathilde, issue d’une famille catalane française et communiste, l’avait rencontré quand ils travaillaient tous les deux pour la presse du PCF. Malheureusement, la tuberculose, qui était alors très contagieuse et ne se soignait guère ( les antibiotiques ne se répandront qu’après 1945 ), l’obligea à quitter Gabriel pour retourner près de sa mère en Pyrénées orientales jusqu’à la guerre en 1939. Les deux militants étaient en fait beaux-frères, puisque Marty avait épousé Pauline, sœur de Mathilde, elle aussi militante communiste. Pauline avait suivi son mari à Valence, en Espagne républicaine, où elle s’occupait aussi de l’accueil des Brigades Internationales. Dans ce rôle militant, et alors que son dirigeant de mari s’absentait souvent vers Moscou, pour organiser l’aide soviétique au camp républicain, Pauline vécut une idylle incongrue, avec un dirigeant républicain Valencien, qui se nommait Talens, et lui fit une petite fille : un cadeau dérangeant, en ces temps où les « enfants naturels » n’avaient guère la cote, même au sein des Communistes. Là-dessus, l’an 1939 vit la victoire fasciste en Espagne : les Franquistes vainqueurs fusillèrent Talens, avec bien d’autres, et Pauline n’eut plus qu’à s’enfuir vers le village de sa mère où se trouvait déjà Mathilde, avec l’enfant qui restera sans patronyme légal, adopté officieusement par Péri et Mathilde. En France, le Front Populaire était mort, sa majorité parlementaire socialiste et radicale n’avait rien trouvé de mieux que d’interdire toute activité communiste et interner les militants qui n’avaient pas réussi à se cacher; une première trahison préparant la suivante en 1940 : le 10 juillet, ces mêmes députés radicaux et socialistes, élus en 1936 sous le sigle du « Front Populaire antifasciste », votaient en pleine défaite militaire les « Pleins Pouvoirs « au Maréchal d’extrême-droite Philippe Pétain. Cela en l’absence des députés du PCF, contraints comme Péri à la clandestinité. Une clandestinité imparfaite, qui déboucha pour Gabriel sur son arrestation et les geôles de « l’État français « du Maréchal et sa camarilla de pro-Nazisme.

Dès qu’en 1941,la Résistance communiste se leva, organisant des attentats contre les occupants nazis, les fidèles du Maréchal leur livrèrent Péri et d’autres Communistes, sachant pertinemment qu’ils les exécuteraient comme otages au premier attentat. Cet assassinat de Gabriel Péri le 15 décembre 1941, décidé sciemment par l’extrême-droite française, même si les balles furent allemandes, ont créé entre elle et les Communistes français un fleuve de sang qui n’est pas effacé 80 ans plus tard, n’en déplaise aux amis de Marine Le Pen et son père, tortionnaire des communistes d’Algérie et «penseur» des tueurs de l’OAS ! Pendant ce temps, Mathilde, sa mère, sa sœur Pauline et leur fillette « commune », furent internées par le même Etat d’extrême-droite dans le camp de concentration ouvert parmi d’autres à Rieucros près de Mende, avec quelques centaines de femmes de diverses nationalités, seulement parce qu’elles étaient antifascistes. Une partie sera livrée plus tard aux Allemands par les autorités vichystes à l’extermination des camps de la mort nazie. Heureusement, une partie des prisonnières de Rieucros avait pu s’échapper, grâce notamment au maire de Mende, l’homme de gauche Bourillon, qui prit le risque de leur fournir des faux papiers. Il le paya très cher, déporté vers les camps de la mort où il mourut, sur décision encore une fois de l’extrême droite française au pouvoir à Vichy. Ce fut le cas de Mathilde, sa mère et sa sœur, qui repartirent se réfugier dans leur village des Pyrénées orientales,alors que la « fille naturelle » de Pauline se retrouvait en famille d’accueil d’agriculteurs dans une lointaine Corrèze.

Puis vint la défaite du Nazisme et de ses alliés en 1945, un printemps des peuples d’Europe libérés qui profitèrent du nouveau rapport de forces pour engranger une moisson d’avancées sociales. En France par exemple, en services publics et sécurité sociale. Dans ce contexte où le PCF atteignit le quart des électeurs français, nos héros furent aux premières loges: André Marty devint le dirigeant rugueux de la Fédération de Seine et Oise du PCF, celle des villes ouvrières de ce qu’ on nommait alors la « banlieue rouge » de Paris. Dans la foulée, Mathilde devint députée d’Argenteuil, incarnant à l’Assemblée nationale « la veuve du martyr Péri « .

Cela jusqu’en 1953, où Marty fut exclu avec fracas du PCF, pour divergences tactiques avec ses dirigeants, une éviction fâcheusement couplée avec des accusations mensongères de collusion avec la police, à l’image des procès truqués de l’époque en Europe de l’Est. Il est vrai que ses attitudes autoritaires en Seine et Oise et ailleurs amenèrent la majorité des militants à accepter sans réagir cette calomnieuse méthode !


À l’issue de ces trois décennies, quels enseignements tirer de ces quatre parcours de vies de communistes au sein du PCF de sa création à la décennie 1960 à 70 ?

Ils expriment en tout cas ce que fut la force communiste tout durant ce demi-siècle : une cohorte de femmes et d’hommes ancrés dans les luttes de classe au service du prolétariat plus que de leurs intérêts personnels, lutteurs intransigeants pour la paix contre l’impérialisme et le Capitalisme, attachés jusqu’à l’aveuglement à l’URSS et l’Internationale, dévoués à leur idéal jusqu’à donner leur vie, jusqu’au martyre. Des femmes angéliques ou des surhommes ? Sûrement pas, et chacun de ceux-là eut un trajet complexe, semé parfois d’erreurs et de faiblesses. Rien d’étonnant, tout mouvement politique, y compris ceux révolutionnaires, sont le fait d’individus tissés de contradictions. Au risque de prêter le flanc à une formule datée, ces scories personnelles n’empêchent aucunement le PCF d’être «  globalement » une force révolutionnaire jusque vers 1975, où des travers carriéristes et électoralistes, présents jusque là mais mineurs, allaient grossir jusqu’à devenir dominants et aboutir à la « mutation » suicidaire en fin de siècle.


L’histoire réelle de ces militants n’est guère présente dans les milliers d’ouvrages dont les grandes maisons d’édition inondent les étalages de libraires et les spots publicitaires. Et nos lecteurs sont assez grands pour aller découvrir grâce à internet les publications d’éditeurs militants, qui survivent tant bien que mal à l’environnement capitaliste, DELGA, LE MANIFESTE, LE TEMPS DES CERISES, ETC.

D’autres, plus confinées encore en leur région, produisent des pépites qui méritent une diffusion militante. Ainsi Jean Jacques Colonna d’Istria, depuis son village corse près d’Ajaccio, qui vient de publier le témoignage de la fille de Talens et de Pauline, sœur de Mathilde Péri. Cette dame de 85 ans à ce jour n’est ni historienne, ni militante, et son parcours heurté aux aspérités de l’histoire du XXème siècle (l’absence du père exécuté, d’une mère peu présente, d’un père adoptif Gabriel qu’elle a peu connu avant son martyre, et de la présence parfois exagérée de Mathilde) l’ont perturbée au point de la faire parfois déraper dans une quête irrationnelle d’identité, du Taoïsme au spiritisme, de la cosmétique aux hypothèse les plus incongrues sur le Sionisme dans l’arrestation de Gabriel. Comme le dit le sous titre, il s’agit d’un »témoignage de vie », une de ces sources subjectives,grâce auxquelles on peut déchiffrer le passé. Cela sous le titre  « Pauline Talens, LES RENDEZ VOUS DU HASARD « .

Pour ceux qui aimeraient la compléter par un regard d’historien, est paru grâce au même éditeur une biographie de 7 militants d’origine corse qui ont joué un rôle national. 5 furent des communistes ( Péri déjà évoqué, mais aussi Daniele et Laurent Casanova, Jean Nicoli et François Vittori ), un autre Gaulliste ( Fred Scamaroni ) et le dernier, en contrepoint, glissa jusqu’à devenir pro-nazi ( Simon Sabiani ). Cela sous le titre ambitieux «  HÉROÏSME POLITIQUE ET DÉSIR DE POUVOIR », qui implique une réflexion sur l’acte militant et ses dérives occasionnelles en carriérisme politicien.


Nous vous proposons la commande par notre intermédiaire à titre militant de l’un ou les deux ouvrages ci-dessus, selon les modalités suivantes.

Expédiez votre bon de commande signé à l’adresse postale suivante:
F. ARZALIER ( POLEX ), 29 ALLÉE DES RENARDEAUX, 95150 TAVERNY

en précisant le ou les titres commandés, à quelle adresse postale vous désirez le recevoir, et enjoignant un chèque du montant de la commande ( 22 euros pour HÉROÏSME POLITIQUE ET DÉSIR DE POUVOIR , 20 euros pour LES RENDEZ VOUS DU HASARD ). Chèque à l’ordre de POLEX, qui transmettra à l’éditeur si le stock est épuisé.

Bonne lecture

Francis Arzalier

 accueil    sommaire 

343 visiteurs ont lu cet article