DÉBAT DU QUINZE DÉCEMBRE 2018 : " la démocratie à l'occidentale", un modelé universel ? Vous plaisantez, Monsieur Macron ! ".

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Le samedi 15 décembre, a eu lieu la rencontre-débat organisée par le Collectif Polex sur le thème " la démocratie à l'occidentale", un modelé universel ? Vous plaisantez, Monsieur Macron ! ". Malgré des conditions difficiles imprévues, un débat animé à suivi les interventions du militant malgache JC Rabeherifara, du militant franco-africain R. Diagne , et de Bruno Dwreski ( publiés ci dessous par nos soins )
. publié le : 2 janvier 2019

Madagascar 2018. péripéties électorales dans le chaos libéral Jean-Claude Rabeherifara (sociologue)

à Madagascar en cette fin d’année 2018, nous assistons encore à une élection présidentielle pour sortir « de façon apaisée » de la « crise » politicienne inhérente au coup d’état militaro-civil de 2009.

Pour rappel, au dernier trimestre 2013, un processus électoral (une présidentielle suivie d’une législative) découlait d’une feuille de route établie par l’ensemble des forces politiques sous l’égide de la « communauté internationale » : le Système des Nations Unies, l’UE (Union européenne), la SADC (Communauté de développement d’Afrique Australe) mandatée par l’UA (Union africaine). 33 candidats ont été alors admis à concourir pour le premier tour de la présidentielle : 8 candidatures ont été invalidées dont celles des anciens présidents Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana et du président de la Transition (ces deux derniers fortement empêchés par la « Communauté internationale »).

En janvier 2014 donc, un nouveau président de la République a été élu par 53% des votants, mais par seulement 25% des inscrits : il s’agissait de Hery Rajaonarimampianina, inamovible ministre des Finances des gouvernements successifs qui ont géré le pays après le coup d’état militaro-civil de mars 2009 qui a profité du mécontentement de la population envers le pouvoir autocratique et corrompu de Marc Ravalomanana, homme d’affaires et chef religieux protestant réformé, pour le faire tomber et installer un clone de ce dernier, le populiste Andry Rajoelina, à la présidence d’une Haute autorité de transition vers une Quatrième république ; les institutions financières internationales ont reconnu que Rajaonarimampianina a réussi à « contenir l’inflation » ! En fait, les ambitions poutiniennes de l’ex-DJ’ et ambianceur Rajoelina d’accéder à la primature ayant été réduites, les lignes entre ex-amis et/ou ex-ennemis ont effectivement pu bouger et les alliances au sein du microcosme politico-affairiste malgache être redéfinies et construites sur la base des exigences, d’un côté, d’un minimum d’état de droit réclamé de toute part mais surtout par les réseaux de société civile et, de l’autre, d’une « normalisation » capitaliste (à savoir, amélioration du climat des affaires, baisse de la fiscalité, déréglementations etc…. bref, du classique libéral !) énoncée dans l’entre-deux-tours par les institutions financières internationales et leurs alliés et thuriféraires locaux (chambres de commerce, organisations patronales etc.).

De nouveau une impasse libérale

Le nouveau président n’a pas cessé d’avoir des difficultés à construire un gouvernement acceptable pour les institutions financières internationales et toutes les puissances étrangères, anciennes comme émergentes (et donc les fractions dirigeantes rivales locales qui leurs sont alliées), soucieuses les unes et les autres de leurs intérêts dans les énormes enjeux stratégiques fonciers, miniers, pétroliers et autres en cours… Où on a vu qu’avoir donné quantité de gages libéraux était insuffisant pour les « partenaires » sollicités !

Cinq ans après, le sort de la population malgache est aujourd’hui encore plus que critique : en juillet 2013déjà, selon la Banque mondiale, 92% de celle-ci vivait sous le seuil de pauvreté, soit moins de deux dollars par jour et par personne et cela a empiré. Le chaos libéral malgache est rythmé par la conversion idéologique au « Samy mandeha samy mitady… » que les esprits espiègles ont complété par « … ka ‘zay voa mandady » (littéralement donc : « Chacun roule pour soi… et le perdant rampera ») entamée depuis les années quatre-vingt aux temps de la faillite du « socialisme administratif, autoritaire et corrompu » de l’« Amiral rouge » Didier Ratsiraka : conversion faisant depuis plus que jamais effet de masse après les privatisations et dérégulations engagées dans le cadre des ajustements structurels imposés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Le classement Doing Business 2019 note une légère progression de Madagascar passant au 161e rang sur 190 et au 35e en Afrique : les principaux progrès enregistrés sont des progrès en termes d’indicateurs économiques et tout le monde sait que les indicateurs ne permettent pas de se nourrir.

- Le nouveau président malgache élu fin 2013 annonçait vouloir sortir les Malgaches de la pauvreté et engager le pays vers le « développement », enrayer la corruption etc. mais ce sont l’impérialisme et les multinationales qui ont élargi leur marge de manœuvre en accentuant le chaos libéral subi par la population et la prédation à grande échelle des ressources nationales. Le régime Rajaonarimampianina termine son mandat avec un niveau jamais atteint de corruption et d’impopularité, un coût de la vie effroyable pour l’immense majorité de la population, des poches de famine, une insécurité dans de nombreuses régions, de multiples scandales etc.
- Des luttes pour les droits contre les puissances avérées ont toutefois continué à se construire de façon indépendante çà et là accompagnées par des réseaux de société civile qui, restés potentiellement puissants (de par leur histoire), ont pleinement joué leur rôle de vigilance, d’alerte et de plaidoyer mais l’appauvrissement extrême a chloroformé davantage des pans entiers de la population.

Forcing capitaliste

Quels enjeux derrière le micmac politicien ambiant ? Multinationales et puissances anciennes et/ou émergentes, alliées à leurs clientèles locales respectives, ont continué de rivaliser :

  •  certaines pour contrôler les ressources minières (le Canadien Rio Tinto, le Chinois Mainland Mining , l’Australien Toliara Sand pour l’ilménite ; le Canado-Japonais-Coréen pour le projet Ambatovy [1]de nickel et cobalt ; l’Allemand Tantalus et ses alliés singapouriens [2](chinois ?) sur la presqu’île d’Ampasindava dans le nord-ouest de l’île pour les « terres rares », métaux stratégiques dont la série des lanthanes, plus le sandium et l’yttrium ; l’Indien Varun pour explorer l’uranium dans la région d’Amoron’i Mania (centre-sud) et dans le Menabe (côte Ouest) etc. ;
  •  d’autres pour s’assurer les ressources pétrolifères (le Chinois Sunpec dans le Canal du Mozambique, la Française Total investissant à la fois dans l’offshore et le schiste bitumineux, Varun prospectant du pétrole sur plus de 5 000 km2 au sud de Mahajanga (côte ouest) et du gaz au large de l’île orientale Sainte-Marie etc. ;
  •   d’autres encore pour accaparer les ressources foncières (à l’exemple de l’Italien Tozzi Green et des Indiens Landmark dans l’Ihorombe et Varun dans le nord, après les turpitudes du Sud-Coréen Daewo Logistics dans le nord-est et dans l’ouest (avant qu’elles ne soient suspendues, selon les déclarations de la Transition)… en tout cas, des accaparements de terres pour la plupart dans le but de produire – avec des semences transgéniques, selon certaines hypothèses – de l’agro-carburants au bénéfice des économies des puissances étrangères…
Sont en cours de gestation différents projets comme celui de la C.O.I. (Commission de l’Océan Indien où la France joue un rôle majeur) « Madagascar, Grenier de l’Océan Indien » pour divers produits agricoles et alimentaires à travers l’URSAN (Unité Régionale pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle de la Commission de l’Océan Indien) et le PRESAN (Programme Régional de Sécurité Alimentaire et de Nutrition) ou encore celui avec les Chinois de la société Mapro Sud et du Consortium Taihe, un partenariat d’un montant global de 2,7 milliards de dollars prévoyant notamment la mise en circulation de 330 bateaux de 14 mètres pour « remplacer les pirogues traditionnelles » selon l’Agence malgache de développement et de promotion des entreprises (AMDP), au détriment donc des pêcheurs traditionnels locaux. Notons enfin que le régime sortant a fait des avancées dans la mise en place légale des ZES (Zones économiques spéciales) inspirées des modèles chinois et reposant sur des accaparements de terres… D’autres projets marocains, turcs, israéliens et autres s’installent petit à petit.

à noter aussi le tout chaud appel d’offres de l’OMNIS (Office militaire national stratégique) sur 44 blocs pétroliers et gaziers qui fait réagir les réseaux de société civile ces jours-ci. L’exploration et la production offshore de pétrole et de gaz à une telle échelle va directement à l’ensemble des objectifs de protection des ressources halieutiques, de la préservation et restauration des écosystèmes marins. Il existerait des risques élevés de superposition des blocs pétroliers et gaziers avec les aires marines protégées et sensibles. Par ailleurs, ces réseaux se demandent sur quelle base juridique sera faite cette attribution de licences sachant que la refonte du code pétrolier de 1996 est toujours en cours et reste inachevée depuis 2008 : ils exigent la suspension la suspension de la campagne de promotion pour l’attribution de licences et la mise en place d’une large consultation.

Réorganisation tendancielle du procès néo colonial

En résumé : Madagascar, un état résiduel et une mise au pas voire un forcing capitaliste. Le processus électoral actuel comme le précédent de 2013 organise des élections de convenance pour tenter de « normaliser » après la crise procédant du coup d’état militaro-civil de 2009 et non encore soldé, donc pour tenter de sortir « de façon apaisée » de la « crise » politicienne inhérente à ce coup d’état « Normalisation » capitaliste s’entend ; amélioration du climat des affaires, baisse de la fiscalité etc. !

Mais, plus fondamentalement, nous sommes dans une énième phase de la réorganisation tendancielle du procès néo colonial qui court depuis la fin des années soixante (quand la Première république commençant à sombrer dans ses contradictions internes réprimait violemment une insurrection paysanne en 1971 dans le sud). « Réorganisation tendancielle » parce qu’elle se fait à chaque fois en fonction des rapports de force entre l’impérialisme, les classes dirigeantes et les forces de progrès et mouvements sociaux. Ainsi, après l’impasse où a été confronté le puissant mouvement de la jeunesse de Mai 1972 délaissé par les partis progressistes, l’impérialisme a concédé un rôle prépondérant à la bourgeoisie nationale dans un gouvernement de techniciens et de militaires. Puis, en 1975, pour contenir voire casser les radicalisations progressistes paysannes et ouvrières, les classes dirigeantes se sont unies pour une révolution nationale démocratique qui, quelques années plus tard, se dévoyait dans un « socialisme administratif », autoritaire et corrompu, antichambre du tournant libéral des années quatre-vingt. Et, depuis, il y eut les ajustements structurels successifs, les déréglementations-privatisations et in fine le chaos libéral.

Ces phases de réorganisation tendancielle étaient ponctuées par des processus électoraux : surtout des présidentielles pour entériner les rapports de forces, des référendums parfois pour changer de république… mais le procès néo colonial perdure dans les réorganisations néo coloniales qui se font. élections de convenance pour tenter de solder les tensions et crises entre fractions des classes dirigeantes mais, depuis la Troisième république (1992) et surtout avec l’actuelle Quatrième, le modèle démocratique libéral, occidental, est la norme.

Mais le site d’alerte sur la justice et les droits de l’Homme à Madagascar justmad.canalblog.com nous résume le point de vue du politiste Olivier Vallée qui présente une « démocratie contrefaite » : « Le premier tour de l’élection présidentielle la plus ouverte que Madagascar ait connu depuis ces dernières années vient d’avoir lieu. La phase préélectorale a été semée de coups de force dont des menaces contre le président en exercice et l’imposition d’un gouvernement d’union nationale reflétant la mainmise du candidat Rajoelina sur le Parlement et sur une bonne partie de la classe politique. Ce sont les faits les plus saillants de ce processus caractérisé par des manœuvres complexes dont des tentatives de report des dates arrêtées. Il faut rappeler de nouveau le substrat du processus électoral caractérisé par l’insertion de nouvelles factions criminelles dans la politique et dans les configurations partisanes héritières mal en point d’une IIIe République déchirée par des guerres civiles de faible intensité. Ce serait aussi sous-estimer le poids de l’armée et l’intrusion des puissances extérieures dans une épreuve qui marginalise les éventuelles alternatives aux rentiers du pillage des ressources naturelles de l’île. Tandis que l’élection présidentielle donne à l’état une apparence démocratique, l’intervention des puissances étrangères joue un rôle prépondérant. » [3]

Cette fois-ci, 38 candidatures à la présidentielle ont été validées. Parmi les concurrents 4 anciens présidents (l’Amiral rouge Ratsiraka et les trois derniers, Ravalomanana, Rajoelina et Rajaonarimampianina) des premiers-ministres, des ministres, des businessmen/women, des religieux etc. En fait, des petites candidatures étaient présentées juste pour des ralliements à l’un ou l’autre des qualifiés au second tour en vue de postes aux hauts postes de l’état Le candidat numéro 4, Dama (membre du célèbre groupe musical Mahaleo qui a accompagné nombre de mouvements sociaux à Madagascar depuis Mai 72), a détonné du lot avec son programme Valim-babena inspiré de la tradition du « rendu au dos qui a porté », la « redevabilité à la terre qui nous a nourris », c’est-à-dire un programme pour une alternative progressiste et écologiste aux rentiers du pillage des ressources naturelles de l’île et pour des implications de la population dans l’orientation et la gestion du pays à travers des congrès populaires depuis les collectivités locales de base (les fokonolona) à l’ensemble du pays.

La question des budgets de campagne a illustré pleinement l’aspect contrefait de ce processus électoral présidentiel malgache. Certains candidats, en particulier les plus « grands », n’ont pas daigné déclarer leur budget de campagne. Les petits candidats, dont le numéro 4 Dama le premier, l’ont fait : Dama a en plus indiqué le Financement participatif et transparent de sa campagne.

Populismes libéraux

Faute de réponses de la part des trois derniers présidents, une « simulation » des dépenses de ces candidats a alors été effectuée par Transparency International-Initiative Madagascar (TI-IM). Dans son communiqué, TI-IM a estimé en effet à plus de 2 millions d’euros le budget consacré par l’ancien président de la Transition, Andry Rajoelina, à ses meetings à travers les 22 chefs-lieux de région, sans parler des sommes importantes qu’il a consacrées à la présentation de son programme IEM (Initiative pour l’Emergence de Madagascar) en France et à Madagascar, estimés respectivement à 73 100 euros et à 65 725 euros, du coût d’achat des hélicoptères et des goodies, des distributions d’argents, des camions-téléviseurs… Elle a estimé à plus de 1 300 000 euros le coût général de la campagne électorale du président sortant Rajaonarimampianina, notamment les meetings organisés à travers les 22 régions de Madagascar et à plus de 56 000 euros le budget de sa pré campagne. TI-IM s’interroge toutefois sur le coût des motos distribuées par le parti présidentiel HVM, des goodies et des sommes d’argents distribuées à tous les échelons des communautés ciblées… Le coût total des meetings organisés par le candidat Marc Ravalomanana à travers le pays a été estimé par TI-IM à 1 430 000 euros alors qu’il a déjà consacré 52 500 euros à sa pré campagne. Ici, une fois de plus, TI-IM se pose la question sur le coût des autres goodies.

Cette profusion d’argent ouvre le champ aux populismes. Sur RFI, le 21 novembre 2018, Olivier Vallée indiquait que « Le candidat Andry Rajoelina a joué très habilement du populisme » : « (…) Les grands électeurs de Rajoelina sont principalement tous les groupes, en particulier indo-pakistanais, mais aussi un certain nombre d’opérateurs de la zone franche industrielle qui sont liés à des intérêts malgaches, mais aussi toute une frange de Malgaches dans le secteur du tourisme, dans le secteur du commerce, dans le secteur de l’import, de l’export, qui ont bénéficié du libéralisme économique de Rajoelina et de ce que l’on pourrait appeler aussi une dérégulation du fonctionnement de l’économie, une stabilisation relative de l’ariary - la monnaie nationale -, qui a permis à beaucoup de gens de continuer à profiter des devises en cours de change, sans être perdant à l’échelon national. Donc ces gens-là sont capables, en tant que grands électeurs, de mobiliser des foules, voire des foules d’émeutiers comme on l’a vu dans la capitale lors des événements d’avril, et ensuite, quand il s’est agi de faire pression sur Hery. Donc c’est la reconnaissance de sa capacité à jouer très habilement du populisme. »

Plus tôt dans cette interview, Olivier Vallée rappelait qu’« (…) Il faut reconnaître à Andry Rajoelina qu’il a fait des opérations assez spectaculaires. La création d’hôpitaux dans les principales capitales régionales avec l’aide des Chinois, l’extension du réseau routier, dans une période qui était une période quand même extrêmement tendue en termes de finances publiques, puisqu’il ne recevait quasiment pas d’appui extérieur. Il a réussi à augmenter les fonctionnaires, à augmenter les militaires… Et donc son passage est certainement plus satisfaisant pour un certain nombre de membres de la société, en particulier les classes moyennes et les plus riches. »

Aperçu des résultats du premier tour

La Haute Cour constitutionnelle (HCC) a publié le 28 novembre dernier les résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 7 novembre. Sur 9 949 083 inscrits, il y a eu 5 367 550 votants, 386 946 blancs et nuls et donc 4 980 604 suffrages exprimés. Les résultats placent Andry Rajoelina en tête des suffrages avec 39,23%, suivi de Marc Ravalomanana à 35,35%. Le président sortant Hery Rajaonarimampianina a été distancé avec 8,82%. Le taux de participation était à 53,95%.

à signaler que le candidat n°4 Dama a obtenu 16 367 voix, soit 0,33% ; le candidat n°21, l’Amiral Ratsiraka, 22 222 voix, soit 0,45% ; le candidat n°34 Mailhol (de la secte Apokalipsy) 63 391 voix, soit 1,27%. à signaler aussi que le Vote électronique et symbolique dans la diaspora (qui n’a pas le droit de vote mais le réclame) a donné le résultat nuancé par rapport à celui au pays : Ravalomanana a obtenu 58,28%, Dama 15,12%, Rajoelina 9,11%. Le second tour se tiendra mercredi prochain 19 décembre.

En guise de conclusion provisoire, il apparaît à travers ces péripéties électorales de cette fin d’année à Madagascar que, dans cette ancienne colonie, le modèle de démocratie libérale sert à tenter d’entériner une réorganisation du procès néo colonial départageant entre deux tendances prédatrices, toutes deux ouvertes aux puissances extérieures anciennes et/ou nouvelles : Rajoelina est à fond pour l’agro-industrie ; Ravalomanana a dit dans une interview à Agencecofin qu’il utiliserait plutôt l’agriculture contractuelle [4]. Ici, l’appauvrissement extrême a chloroformé davantage des pans entiers de la population : malgré des propositions alternatives cohérentes de réorganisation citoyenne articulant ressorts traditionnels et modernité, vision globale et dynamiques populaires locales, les pauvres ont voté pour des riches qui ont contribué à leur paupérisation.

En fait, au bout de 40 ans d’ajustements structurels, l’« indigénisation de la population appauvrie » est devenue quasiment une norme. Le monde malgache d’aujourd’hui, menacé de recolonisation libérale, est de plus en plus clivé entre des « nouveaux indigènes » et une extrême minorité occidentalisée, deux groupes évoluant dans des territoires bien séparés. Le « nouvel indigène » d’aujourd’hui est différent de l’indigène des temps coloniaux anciens parce qu’il consomme et vote : mais, dans un contexte de forcing capitaliste, ce consumérisme et ce vote ne sont que des sortes d’avatars qui permettent au libéralisme de se légitimer. Construire aujourd’hui une alternative de progrès avec la population ne peut pas faire l’économie de s’attaquer à cette indigénisation.

Notes

  • [1]Sherritt International Corporation, Sumitomo Corporation et Korea Ressources Corporation.
  • [2]Tantalus Rare Earth Madagascar, REO Magnetic Pte Ltd et ISR Capital… rt Novembre 2008 : le Financial Times a dévoilé la promesse par le président malgache de l’époque, Marc Ravalomanana, de location à Daewo Logistics de 1,3 million d’ha de terres arables dans le nord-est et à l’ouest de l’île. Cette promesse a provoqué un mouvement populaire d’opposition que récupérera et instrumentalisera Andry Rajoelina pour renverser Ravalomanana quelques mois plus tard.
  • [3]Article « Madagascar, une démocratie contrefaite » d’Olivier Vallée paru dans Le Grand Continent, rapporté le 3 décembre 2018 par justmad.canalblog.com (site d’alerte sur la justice et les droits de l’Homme à Madagascar)
  • [4]interview exclusive de marc ravalomanana

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