BRéSIL, la tragédie

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publié le : 1 Novembre 2018

Le Brésil, ce très grand pays d'Amérique ( 206 millions d'habitants, la moitié en superficie de la partie sud du continent ) est l'exemple le plus récent des conséquences délétères de cette implosion des partis structures, qui ne touche pas que les Nations d'Europe.

Comme bien d'autres autour de lui, le Brésil a souffert durant 30 ans ( 1964-85 ) d'une dictature militaire féroce, imposant aux citoyens un Libéralisme nourri d'austérité pour les plus pauvres et de cadeaux aux affairistes. Les luttes populaires parvinrent à la renverser, puis à faire élire en 2003 Lula à la présidence avec son Parti des Travailleurs. Ce basculement à gauche, parallèle à d'autres comme le Venezuela de Chavez, la Bolivie, l'équateur, etc, suscita des espoirs parfois démesurés dans une opinion européenne aux prises avec une vague réactionnaire sans précédent. Et il est vrai que le pouvoir de Lula à Brasilia fit en quelques années plus pour redistribuer aux plus pauvres des favélas les dividendes de l'exportation de ressources minérales que les décennies précédentes. La popularité de Lula est encore forte aujourd'hui. Mais cette euphorie sociale et politique était fragile, le PT, parti social-démocrate, réformiste plus qu'anticapitaliste, n'hésitait pas des le départ à gouverner avec des coalitions improbables, incluant y compris des partis de Droite: le Brésil est devenu, sous les Présidences Lula et Roussef, plus inégalitaire encore qu'avant, autant ou presque qu'Haïti, en "Amérique Latine".

L'aura personnelle de Lula cachait parfois mal le carriérisme, voire la corruption de certains politiciens de sa majorité. Et surtout, quand Dilma Rousseff dut assumer après Lula la Présidence, l'effondrement du cours des matières premières, provoqué par des " Marchés mondiaux " contrôlés par le capitalisme transnational dont le cœur est à Washington, déstabilisèrent en quelques années l'économie et la société brésilienne ( comme ils le firent avec le pétrole vénézuélien ).

Dans une Nation brésilienne ou la délinquance a pris des proportions astronomiques ( un meurtre dû à la guerre des gangs toutes les 10 minutes ), la peur, l'aspiration sécuritaire, le discrédit de la politique, ont largement pris le pas sur les réactions rationnelles de classe, notamment dans la petite bourgeoisie urbaine en croissance.

Cela se traduisit d'abord par une énorme campagne anti-corruption, menée par les médias contrôles par la bourgeoisie libérale en quête de revanche, et appuyée par une magistrature tout aussi inféodée à la bourgeoisie que le corps journalistique. Ce qui aboutit à la victoire paradoxale dans les urnes d'une cohorte de politiciens de la Droite parlementaire, dont les chefs étaient de toute évidence, plus corrompus encore que ceux qu'ils dénonçaient ! Le résultat fut d'éliminer Dilma Roussef, de faire condamner et emprisonner Lula, lui interdisant de se présenter alors même que tous les sondages le prédisaient vainqueur du scrutin. Aujourd'hui, tous les partis Brésiliens se sont effondrés, au profit de l'idéologie " apolitique " du " tous pourris, tous les mêmes", thème ressassé par télénovelas et réseaux sociaux.

C'est de ce tsunami de désinformation " apolitique ", qu'à surgi ce personnage étonnant, fabriqué par les médias de la bourgeoisie, nommé Jair Bolsonaro: un obscur officier parachutiste, député depuis plus de 30 ans. Cette grande gueule démagogique pratique plus l'argot des rues compréhensible à tous, plutôt que le verbiage technocratique des politiciens. Trump tropical, il joue les chevaliers blancs, promettant a chacun des déçus de la " démocratie partisane et délégataire " ce qui lui plait. Aux petits bourgeois affolés par les cambrioleurs et les balles perdues de la guerre des gangs, il se présente en soldat capable de rétablir l'ordre par la terreur militaire. Avec les millions de déboussolés enrégimentés par les sectes évangélistes financées depuis les USA, il joue le Monsieur Propre, capable de restaurer la famille patriarcale, d'éradiquer la pédérastie et les avorteurs. Et surtout, il dénonce les corrompus qui font fortune en usant des fonctions électives, les officiers étant par définition selon lui protégés de ce mal. Ouvertement nostalgique de la défunte Dictature, il n'hésite pas dans un pays où la pauvreté et la délinquance qui en découle ont souvent la peau plus sombre que les riches oisifs de Copacabana, à cultiver le racisme, contre les Noirs des favélas et les Indiens d'Amazonie. Ces discours ressassés par les télévisions expliquent qu'il ait obtenu plus de 46 pour cent des voix au premier tour des élections présidentielles du 7 octobre, face à un candidat du PT peu crédible en l'absence de Lula emprisonné, et à celui du PC Brésilien qui n'a pas démérité avec ses 6 pour cent, mais a payé d'avoir soutenu les gouvernements successifs du PT.( il a annoncé tout de suite apporter son soutien au candidat PT au second tour pour éviter le retour à la dictature ).

évidemment, Bolsonaro cache soigneusement son allégeance totale au catéchisme libéral qui ravagea la société brésilienne à la fin du XXeme siècle. Mais son conseiller économique favori, l'ex banquier Paulo Guedes, annonce déjà en cas de victoire une vague de privatisations et le licenciement des " fonctionnaires parasites ": de quoi réjouir la bourgeoisie carioca, l'envolée de la Bourse de Sao Paulo l'a dit, et les " observateurs" depuis Wall Street aussi, avec prudence, pour ne pas réveiller le patriotisme anti-Gringo assoupi.

J'entends déjà certains de nos Concitoyens, sûrs de la supériorité de leur " génie français ", trouver décidément ces Brésiliens naïfs, qui avalent mensonges aussi gros. On s'étonnait aussi à Paris des Allemands en 1933, " qui pourtant enfantèrent Mozart et Schubert " , tant la démagogie d'Hitler paraissait incongrue dans cette nation cultivée d'Europe.

Le dernier best-seller de Zemmour qui proclame depuis des années " notre identité française" submergée par les musulmans, fait sa pub avec cette ânerie grandiose: "Braves gens, on vous ment sur l'histoire de France, ses Rois, Pétain". Ce ne sont pas des Brésiliens qui achètent sa prose et la croient...

Tous les peuples en état de crise politique et morale, sont sujets à la peur, au désarroi, et susceptibles de se jeter dans les bras d'un quelconque " sauveur suprême ". Les Français approuvèrent majoritairement Pétain en 1940, et De Gaulle en 1958: Ils n'ont donc de leçon à donner à aucun autre peuple en la matière.

Le 26 octobre, au second tour, le désistement sans illusion du PCB n'aura pas suffi: Bolsonaro à été élu Président.

Cette défaite du peuple brésilien est aussi la notre. Nous savons que les Communistes du Brésil vont redoubler d'efforts malgré la répression. Nous en sommes solidaires, dans un combat commun contre l'impérialisme et pour un socialisme authentique en France et en Amérique, plus que jamais.

Francis Arzalier

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