NON, L'ENNEMI DE MON ENNEMI N'EST PAS FORCéMENT MON AMI !

Envoyer à un ami  envoyer un lien sur cet article a un ami

publié le : 2 Novembre 2017

On ne peut que se réjouir de la diversité de ceux qui rejoignent les " vieux " militants communistes dans la dénonciation des interventions militaires de la France, des USA , de l'OTAN et des alliés de l'Occident (Arabie Saoudite, Qatar) en Asie, en Afrique ou au Moyen Orient. Mais nous ne pouvons taire nos désaccords à des amis quand cela risque selon nous de dévier nos luttes vers des voies sans issue.

J'ai sursauté en entendant des proches dénoncer " l'hypocrisie de ceux qui assimilent le djihadisme au fascisme, alors qu'il n'est que la seule riposte possible de peuples agressés par l'impérialisme avec les moyens réduits dont ils disposent." Formule fausse et surtout dangereuse.

Certes il est vrai que les interventions militaires en Irak, Libye,où Syrie ont pour objectif réel de mettre en place des dirigeants locaux soumis à leurs commanditaires occidentaux, et facilitant aux sociétés multinationales occidentales le pillage des ressources naturelles. Il est avéré aussi que les forces armées envoyées par les dirigeants français utilisent le prétexte de menaces djihadistes pour réinstaller en Afrique sahélienne soldats et bases d'intervention occidentales, trois quarts de siècle après les indépendances. Il est bien vrai aussi que l'occupation militaire occidentale ne fait que multiplier les " djihadistes" en leur fournissant un argument efficace pour recruter: la multiplication jusqu'au Sud du Mali des clandestins prétendument intégristes depuis dix ans en est la preuve.

Il reste que le " djihadisme ", loin d'être une réponse "justifiée" à l'impérialisme, est une idéologie profondément réactionnaire et autoritaire, ce qui lui donne effectivement un air de famille avec les fascismes du passé. Le fait que les djihadistes contemporains se réclament de l'Islam "pur " des origines pour justifier leur pouvoir par la terreur, ressemble fort aux barbaries commises en Espagne en 1937 par les fascistes franquistes, qui prétendaient mener une Croisade au nom du Christ-Roi contre la République rouge ; et les fascistes croates emplirent en 1943 leurs camps de déportés juifs et communistes, prétendument au nom du catholicisme:

Dans les trois cas, il ne s'agit pas de diverses façons de pratiquer un culte, mais d'une manipulation du sentiment religieux au service de politiciens prêts à accéder au pouvoir et à l'assumer par la terreur: cela se nommait le fascisme au XXeme siècle. Partout où sévissent les groupes djihadistes, au Moyen Orient, au Maghreb, au Pakistan ou en Indonésie, la férocité de leurs attentats, les milliers de cadavres qu'ils sèment, sont d'abord des Musulmans. Et quand leurs cibles ne sont pas choisies au hasard pour créer la peur, ils tuent volontiers syndicalistes et militants de gauche et communistes, comme ils l'ont fait à grande échelle en Algérie après 1990.

Les courants intégristes-djihadistes ont réussi largement à détruire les partis nationalistes-progressistes ( Nasseriens, Baath ) dominants dans les pays arabes vers 1970. Ce qui explique la complaisance avec laquelle ils ont toujours été observés par les milieux dirigeants occidentaux.

Car, faut il le rappeler, les intégrismes-Djihadismes ont fréquemment été les meilleurs alliés de l'impérialisme occidental, même s'ils sont présentés comme leur ennemi majeur. Ce fut le cas d'Al Qaïda en Afghanistan, largement soutenue par la CIA contre la présence soviétique aux côtés des communistes alors au pouvoir à Kaboul; l'aide occidentale à certains groupes djihadistes fut plus récemment une réalité en Libye, en Syrie, contre l'état national visé par l'impérialisme occidental; et il n'est pas anodin que les groupes djihadistes au Sahel aient reçu des aides multiples des potentats pétroliers du Golfe Arabique, alliés de l'Occident.

En fait, les relations entre les divers dirigeants occidentaux et le djihadisme sont contradictoires, compliquées souvent par les concurrences entre puissances impérialistes. Elles ne s'expliquent en aucun cas par la nature anti-imperialiste du djihadisme, qui se révèle partout un ennemi d'abord des peuples arabes-musulmans.

D'autres amis, très impliqués dans la dénonciation des turpitudes de l'impérialisme occidental, combattent a juste titre la diabolisation imbécile des autorités russes et de Poutine par les médias Français. Et ils ont certes bien raison de constater que c'est grâce aux bombardiers russes que le projet organisé par l'impérialisme occidental de destruction de l'état national de Syrie n'a pas abouti comme cela fut le cas en Libye, avec les résultats catastrophiques que l'on sait. Et donc de s'en féliciter, malgré les hypocrites discours " humanitaires "à direction variable de nos médias. Car, n'en déplaise à Mrs Macron et Le Drian, les balles et les bombes françaises, turques, et états-uniennes tuent des civils autant que celles de Damas ou de Moscou.

Mais quand ils se laissent glisser jusqu'à une approbation sans réserves des décisions des autorités du Kremlin, par exemple au Moyen Orient ou en Russie, on ne peut que le regretter. D'abord parce que la Russie actuelle n'est pas l'URSS, animée en son temps par une idéologie révolutionnaire, ce qui ne lui a pas interdit de se tromper parfois. La Russie de 2018 est une grande puissance capitaliste, que ses intérêts opposent à l'impérialisme concurrent des USA et autres Occidentaux, pas un preux chevalier anti-impérialiste. Ses interventions au Moyen Orient ne sont pas motivées par son soutien internationaliste aux peuples syrien, kurdes, ou palestinien, mais par sa volonté d'élargir ses zones d'influence, politiques, diplomatiques, économiques, et militaires. Cela l'amène à une lutte parfois ouverte, et parfois à des alliances fugaces avec des puissances régionales de second ordre, comme la Turquie d'Erdogan, sans la moindre cohérence idéologique.

La confrontation qui oppose actuellement les forces armées états-uniennes, turques, israéliennes, russes et leurs divers groupes supplétifs, pour le contrôle du nord-est du territoire national syrien, occupe par des groupes armés divers depuis des années, n'est pas en priorité l'opposition entre impérialisme occidental et forces progressistes, mais aussi et surtout une concurrence complexe entre impérialismes concurrents : les peuples de la région, syriens et kurdes, musulmans et chrétiens, n'ont rien à y gagner. le système capitaliste a été rétabli en Russie, même si la prégnance économique de l'état, par le contrôle du secteur bancaire notamment, assure à l'économie du pays une stabilité que n'ont pas celles de la France ou des états Unis: Capitalisme étatique peut être, mais capitalisme tout de même, avec les mêmes inégalités sociales et la même exploitation des salariés qu'en Occident. Il serait donc regrettable que le candidat Poutine soit réélu Président en 2018 avec un score triomphal. Certes, sa popularité tient au fait qu'en rétablissant l'autorité de l'état, après la période Eltsine de capitalisme mafieux, il a assuré aux salariés la régularité de leurs salaires et des pensions de retraite: c'est ce qu' oublient de signaler les télévisions françaises. Il n'en reste pas moins que le régime Poutine joue du nationalisme russe pour éteindre la lutte de classe au profit de la bourgeoisie russe. Le candidat du Parti Communiste de Russie n'atteindra selon les sondages, et c'est fâcheux, que la moite de ses scores précédents. Laissons au PCR le soin de s'interroger sur les causes de la perte d'influence des communistes en Russie, comme cela doit être fait en Tchéquie, ou en France: elles peuvent être parfois les mêmes....

Mais il serait idiot de se féliciter de leurs difficultés: notre SOLIDARITE avec ceux qui, dans leurs pays, combattent le Capitalisme, doit être sans failles, même si elle est sans œillères.

Une dernière remarque destinée à ceux qui font preuve d'un angélisme regrettable quand ils analysent les conflits mondiaux comme s'ils étaient une simple confrontation entre un méchant impérialisme occidental et les gentils " BRICS" qui s'y opposent. Comme si la destruction de la métallurgie française par Arcelor Mittal était moins néfaste d'avoir été dirigée par un milliardaire indien ! Comme si l'achat de terres arables au détriment des communautés paysannes à Madagascar ou en éthiopie était moins spoliatrice parce qu'effectuée par des entreprises chinoises, privées et publiques !

Le clivage qui en 1792 opposait Robespierre a Vergniaud est toujours actuel : la souveraineté nationale est nécessaire, mais, seule, elle peut être utilisée pour occulter les luttes de classe qui existent en chaque nation; elle doit s'accompagner d'un combat pour la souveraineté populaire. Le combat anti-imperialiste, si nécessaire, ne peut faire l'économie d'une certaine lucidité.

Francis Arzalier

 accueil   Polex   sommaire 

297 visiteurs ont lu cet article