L’« esprit » de Portillo hante l’oligarchie

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publié le 10 avril 2020

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L e président du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), a courageusement résisté à l’oligarchie financière ces dernières semaines en rejetant la pression pour confiner l’économie mexicaine, dans son ensemble, et renflouer les spéculateurs financiers, la qualifiant de fausses « solutions » face à la pandémie de Covid-19.

Lopez Portillo, Jimmy Carter et leurs épouses © Photo: Wikimedia

Lopez Portillo, Jimmy Carter et leurs épouses © Photo: Wikimedia

Contrairement aux États-Unis qui ont engagé plus de 4 500 milliards de dollars pour renflouer les spéculateurs criminels, au milieu d’une crise qui ne fait qu’attiser l’incendie du système financier, Obrador a adopté une approche différente la semaine dernière en déclarant :

« C’est la fin des sauvetages, dans le style de la période néolibérale, qui prévalaient pour les banques et les grandes entreprises. Elles ne devraient même pas imaginer qu’il y aura des exonérations fiscales ou d’autres mécanismes qui ont été utilisés auparavant. »

La fin de l’ordre néolibéral

Cela fait suite à la récente annonce, par Obrador, de la création d’un nouveau réseau de banques nationales dont j’ai parlé dans mon dernier article La lutte du Mexique pour ressusciter les banques nationales fait revivre une histoire oubliée. L’imposition de contrôles souverains sur le financement privé donnera au Mexique la capacité de diriger le crédit vers des choses que le FMI / la Banque mondiale et les fonds vautours internationaux ont interdites pendant des décennies : les infrastructures avancées et les progrès scientifiques nécessaires pour atteindre l’indépendance économique.

Cette utilisation du pouvoir national sur les banques, parallèlement à l’application judicieuse du droit de douane, est l’apanage de chaque nation, mais depuis qu’en 1971, les «lois mondialisées du libre-échange» ont déclaré « hors-la-loi » l’influence des nations sur les marchés mondiaux, très peu de nations ont exercé ce droit. Mais face à l’effondrement imminent de la bulle de l’économie financière occidentale, et à la supériorité éprouvée du modèle donné par l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la soie (Belt and Road Initiative – BRI), tout commence à changer.

Déjà dix-sept pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ont signé des accords avec la Chine pour la BRI, rejoignant un groupe croissant de 160 nations, opérant à des degrés divers dans le cadre de ce nouveau système multipolaire, qui se concentre sur le développement économique réel des nations et des peuples plutôt que sur la pratique courante de l’adoration du profit financier pour le compte des spéculateurs.

En même temps, l’appel du 20 mars à l’annulation totale de la dette ibéro-américaine rédigé par le Centre stratégique latino-américain de géopolitique (LASCG) et approuvé par des dizaines d’anciens hommes d’État latino-américains a mis un accent renouvelé sur la nécessité d’un nettoyage et d’une réorganisation du système financier, la fin de l’esclavage de la dette, de la spéculation et de la domination du financement privé.

En raison de la pression imposée par les forces impériales du Département d’État américain, le désir du Mexique de collaborer avec la BRI de la Chine est terriblement contrarié, alors même que j’écris ces mots.

Malgré cela, le président mexicain, AMLO, a pris l’une de ses plus importantes initiatives depuis son élection en 2018, le Plan de développement Mexique-Amérique centrale, qui est un système révolutionnaire, à hauteur de 40 milliards de dollars, de méga-projets pour le sud du Mexique et le triangle du Nord du Salvador, du Guatemala et du Honduras autrement voué à la pauvreté. Ce plan de développement que le ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard a appelé «un plan Marshall pour l’Amérique latine» est entièrement construit sur le modèle de la BRI et insuffle ses principes dans la planification à long terme en Amérique centrale car il est conçu autour d’un chemin de fer dans l’Isthme, allant du nord au sud, de ports, d’un nouveau réseau électrique et d’un développement agro-industriel massif.

Parallèlement à sa répression contre l’État profond au Mexique et à la renaissance bancaire nationale, AMLO relance un combat qui a eu lieu il y a près de 40 ans lorsque le grand président du Mexique, Lopez Portillo, prenait une position très forte pour défendre sa nation et le monde entier.

La lutte de Portillo en 1982 pour un système multipolaire

Défiant l’empire de Wall Street et la City de Londres, Portillo a pris conscience que sa nation avait été ciblée pour le dépeuplement et la destruction. En 1974, le mémorandum 200 sur la sécurité nationale, concocté par Henry Kissinger (NSSM 200), avait listé treize pays en développement qui aspiraient à mettre fin à leurs séquelles coloniales, en suivant le modèle japonais de progrès scientifique et technologique avancé. Le rapport effrayant de Kissinger déclarait que si ces nations réussissaient, elles provoqueraient une crise de surpopulation. Le devoir de l’Amérique, dans l’esprit tordu de Kissinger, devait être lié à une politique stricte de dépopulation utilisant tous les moyens disponibles en mettant l’accent sur la guerre économique. Le Mexique était en tête de cette liste.

Pris au piège pendant des années par des prêts du FMI et de la Banque mondiale, assortis des conditionnalités habituelles – austérité, etc. -, le Mexique et d’autres pays du Sud ont connu des dettes à taux usuraires, le sous-développement – les prêts étaient accordés à condition que l’argent soit parcimonieusement dépensé pour les infrastructure ou une industrialisation avancée – et la pauvreté sans espoir.

Lopez Portillo était piégé. Mais contrairement à beaucoup d’autres à cette époque, il n’a pas abandonné.

Afin d’échapper à ce piège, Portillo a pris, à cette époque, plusieurs décisions importantes, mais peu connues, ce qui a conduit à sa déclaration de guerre à l’oligarchie.

Comment Portillo a joué la carte LaRouche

La première décision importante a été prise lorsque Portillo a invité l’économiste américain Lyndon LaRouche au palais présidentiel de Los Pinos en mai 1982 où, après une longue réunion, Portillo a demandé à l’économiste d’élaborer un programme politique pour la résistance du Mexique à l’empire, et une reprise économique plus large. Ce programme a été présenté à Portillo en août 1982, il était intitulé Opération Juarez – du nom du premier président révolutionnaire du Mexique, Benito Juarez.

En quelques semaines, Portillo a suivi les conseils de LaRouche et a tenté d’obtenir le soutien de l’Argentine et du Brésil pour s’unir contre l’oligarchie en utilisant leur arme la plus puissante : la Bombe des dettes, une menace de défaut de paiement sur leurs dettes usuraires. Le 1er septembre 1982, Portillo a nationalisé les banques du Mexique au grand dam d’une oligarchie furieuse.

Portillo s’est empressé de nationaliser une grande partie du pétrole mexicain tout en se préparant à contrôler les capitaux pour lutter contre la spéculation. Il a manœuvré pour utiliser les revenus pétroliers du Mexique afin de maximiser la croissance technologique dans l’agriculture et l’énergie nucléaire, comme indiqué en détail dans l’opération Juarez. Puis vint le plus grand moment de Portillo lorsque, le 1er octobre 1982, il défendit tous les peuples de la terre aux Nations Unies dans un discours qui doit être écouté pour être cru.

Dans son discours, Portillo déclare :

«La préoccupation et l’activité la plus constante du Mexique sur la scène internationale est la transition vers un nouvel ordre économique… Nous, pays en développement, ne voulons pas être soumis. Nous ne pouvons pas paralyser nos économies ou plonger nos peuples dans une plus grande misère afin de payer une dette dont le service a triplé sans notre participation ou notre responsabilité, et avec des conditions qui nous sont imposées. Nous, pays du Sud, sommes sur le point de manquer de jetons pour jouer, et si nous ne pouvons pas rester dans le match, cela se terminera par une défaite pour tout le monde. Je veux être catégorique : nous, les pays du Sud, n’avons pas péché contre l’économie mondiale. Nos efforts pour grandir, afin de vaincre la faim, la maladie, l’ignorance et la dépendance, n’ont pas provoqué la crise internationale…

Nous avons été un exemple vivant de ce qui se passe lorsqu’une masse énorme, volatile et spéculative de capitaux parcourt le monde à la recherche de taux d’intérêt élevés, de paradis fiscaux et d’une supposée stabilité des politiques et des changes. Il décapitalise des pays entiers et laisse des destructions dans son sillage. Le monde devrait pouvoir contrôler cela ; il est inconcevable de ne pas trouver de formule qui, sans limiter les mouvements et les flux nécessaires, permettrait de réguler un phénomène qui porte préjudice à tous. Il est impératif que le nouvel ordre économique international établisse un lien entre le refinancement du développement des pays qui souffrent de la fuite des capitaux et les capitaux qui ont fui.

La réduction du crédit disponible pour les pays en développement a de graves conséquences, non seulement pour les pays eux-mêmes, mais aussi pour la production et l’emploi dans les pays industriels. Ne continuons pas dans ce cercle vicieux : ce pourrait être le début d’un nouvel âge des ténèbres médiéval, sans possibilité d’une Renaissance… »

En fin de compte, sans le soutien d’une alliance de débiteurs pour le progrès, les plans de Portillo ont été sabotés sous un déluge d’attaques spéculatives contre le peso qui ont fait capoter ses plans, et plongé sa nation dans la tourmente et l’enfer économique pour les 40 années suivantes. Les nations trop lâches pour se tenir aux côtés de Portillo ont souffert aussi gravement que le Mexique.

Pendant les 3 dernières minutes de cette vidéo, Portillo est présenté lors d’une conférence en 1998, assis à côté de l’épouse de LaRouche, Helga Zepp-LaRouche, présidente de l’Institut Schiller. Dans cet enregistrement, on peut écouter le vieil homme d’État décrire sa bataille de 1982 et sa dette envers les LaRouche :

«Je félicite Doña Helga pour ces mots, qui m’ont impressionné, surtout parce qu’ils m’ont d’abord piégé dans l’Apocalypse, mais ensuite elle m’a montré l’échelle par laquelle nous pouvons arriver à la terre promise. Merci beaucoup, Doña Helga.
Doña Helga — et ici je souhaite féliciter son mari, Lyndon LaRouche… Et il faut maintenant que le monde écoute les sages paroles de Lyndon LaRouche. Maintenant, c’est par la voix de sa femme, que nous avons eu le privilège de l’entendre.
Il est si important qu’ils nous éclairent sur ce qui se passe dans le monde, sur ce qui va se passer, et sur ce qui peut être corrigé. Combien il est important que quelqu’un consacre son temps, sa générosité et son enthousiasme à cette entreprise. »

Il est à noter que moins d’un an avant que Portillo ne prononce ces paroles, Helga LaRouche présentait un programme intitulé la nouvelle Route de la soie à une conférence à Pékin appelant à un nouveau système de couloirs de développement économique et de routes maritimes à développer par le gouvernement chinois en tant que moyen de libérer les autres nations du néo-colonialisme. Une sélection d’une conférence de Washington de 1997 présente un aperçu incroyable du grand projet chinois qui a pris vie plus de deux décennies plus tard sous la direction de Xi Jinping.

Il est important de rappeler que même si le Mexique et les États-Unis ont actuellement de nombreux obstacles entre eux et la nouvelle Route de la soie, ils sont tous deux dirigés par deux hommes qui ont lutté contre les structures étatiques profondes au sein de leurs nations et qui seraient très ouverts à collaborer avec le nouveau système multipolaire dirigé par la Chine et la Russie comme alternative à la débâcle provoquée par l’effondrement du système financier occidental. Les « esprits » de Lopez Portillo et de Lyndon LaRouche souriraient certainement à l’émergence de ce potentiel.

Source :Traduit par jj, relu par Marcel pour le Saker Francophone

 

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