INTERVENTION SUR LA SITUATION AU MALI

Amadou Seydou Traoré

Bamako le 25 mai 2012

Le Mali connaît en 2012 une situation dramatique : toute la sous région saharienne et sahélienne est déstabilisée. Un soulèvement militaire à Bamako a aggravé le désordre social et politique ; la sécession armée du nord saharien a amené les autorités maliennes fragilisées à quémander l’intervention étrangère (CDAO, et puissances occidentales).
Le collectif communiste Polex a dès le départ réagi en publiant un communiqué, daté du 12 avril 2012, qui reste valable dans sa condamnation formelle des ingérences extérieures, notamment françaises. C’est en effet l’impérialisme occidental qui est directement responsable du désastre malien après celui de Libye. Cet article et ses annexes nous ont été envoyé par un camarade de Bamako, qui fut il y a quarante ans compagnon du dirigeant progressiste malien Modibo Kéita. Comme les colonialistes français en 1957, les impérialistes de 2012 veulent en organisant la partition du Mali, contrôler les richesses potentielles de l’Afrique saharienne.
Nous sommes solidaires des progressistes du Mali , du Niger, de l’Algérie, etc., contre l’impérialiste occidental.
Le secrétariat du Collectif Communiste Polex le 15 juin 2012.

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Nous vivons un véritable drame national, face à un accident historique. Le Mali est dans une situation terrible. Ça brule au Nord. Le Mali, où il n'y pas de différence entre sonrhaï, kel tamashek, bobo, dogon, bozo, peulh, bamanan, malinké, soninké, sénoufo, minianka, etc ; c'est ce Mali que nous sommes en train de perdre.
Le pays subit une guerre économique, politique, stratégique. Ce n'est pas avec seulement les armes qu'elle va être résolue. Il faut aussi des armes politiques, stratégiques, diplomatiques.
Ce pays contient des richesses recherchées. Elles sont détectées et convoitées depuis longtemps. Pour preuves citons la loi créant l’OCRS qui revendiquait la mise sous tutelle de la France de la zone actuellement occupée par les rebelles.

La situation est très grave, il faut prendre le taureau par les cornes. Il est vrai qu' on ne peut ignorer ni la CEDEAO, ni l'UA, mais il faut que l'essentiel vienne de nous d'abord. Cela fait plus de 3 mois depuis le 17 janvier 2012 que le Nord est occupé. Nos frères souffrent atrocement. Encore aujourd’hui aucune mesure significative n’est encore prise.

Aucune partie du peuple n'a la souveraineté nationale. Il est donc important d'obtenir une réunion de toutes les sensibilités du pays pour se parler franchement. Il urge de rassembler le peuple Malien pour lui permettre de prendre en mains son destin au lieu de laisser se prolonger dangereusement le tête-à-tête CNRDRE- CEDEAO qui vient d’entraîner des dérives graves et de prolonger les souffrances pour le peuple déjà meurtri. Pendant ce temps des avantages scandaleux sont accordés aux putschistes, rien pour le peuple, même pas le respect.

Nous sommes des personnes ayant le patriotisme rivé au coeur, sûres d’assumer leur devoir sacré de génération en ces circonstances gravissimes, des personnes qui n’obéissent qu' à leur conscience et à leur foi. Notre contribution au débat national doit être marquée du sceau de la responsabilité, de la dignité, de la sérénité. Nous vivons un véritable drame national face auquel, c’est le pays, le peuple qui compte ; rien d’autre. Pour cela il faut faire en sorte que le peuple se retrouve dans son ensemble pour répondre aux questions essentielles. Au lieu de nous déchirer entre pro-putsch et anti-putsch, pro-CEDEAO et anti-CEDEAO, entre pro et anti MP22, COPAM, FDR, ADPS, etc ….., posons nous les vraies questions et répondons y vite et bien.

qu' est que nous envisageons pour notre pays ? Comment le faire ?

Les 20 ans de IIIème République ont montré leur limite. Aussi bien sous la forme de «gestion concertée du pouvoir» qui a capoté et succombé à des dérives qui ont enfanté le COPPO en 1997, que sous la forme du fameux «consensus» qui a enfanté la déliquescence de l’État et le putsch du 22 mars 2012, le constat d’échec est patent.

Nous sommes donc interpellés par l’Histoire qui vient d’inscrire comme exigence, un changement total, une remise en ordre du pays, sur de nouvelles bases, en respect des principes et en harmonie avec notre culture. L’équation à laquelle nous faisons face est complexe et l’avenir du Mali dépend de sa juste solution.

Il ne s’agit pas d’imaginer des arrangements savants, des montages politiciens, des rafistolages malins. On sait qu' en multipliant les arrangements on finit par déranger la République. Donc il ne s’agit pas d’arranger, il faut régler les problèmes que pose l’Histoire, avec courage et détermination. Autant de choses qui exigent aujourd'hui que la Nation malienne toutes tendances confondues se retrouver pour tenir des Assises nationales, restaurer l'unité nationale, relancer les activités dans tous les domaines.

Nous faisons face fondamentalement à trois problèmes

1) Un Problème institutionnel à Bamako
2) Un problème d'occupation au Nord
3) Une société malienne profondément malade.

Les décisions doivent être prises dans l’urgence, toutes sensibilités confondues. La seule garantie c’est le rassemblement du Peuple Malien car aucune partie du peuple ne peut incarner ou exercer la souveraineté. Il faut de toute urgence rendre au peuple l’exercice de sa souveraineté. Le problème doit être résolu entre MALIENS d’abord. Tout doit être débattu aux assises nationales où il faut :
débattre de tous les problèmes du Mali
Rédiger une feuille de route.
Élire une équipe pour la transition,

Les assises nationales que nous proposons doivent dégager les grandes orientations de la transition en définissant un programme cohérent, précis, pratique, ayant le soutien de la Nation tout entière.
Il faut peut être un conseil national dans lequel les militaires seront parties prenantes. Pour restaurer l’État dans sa plénitude, il convient de prendre des décisions justes dans un contexte de participation populaire afin d’installer des structures légales et légitimes conformes à la volonté des populations.

Les assises nationales doivent définir :
. les structures de la Transition et leur composition
. la vision politique dans laquelle ces structures doivent fonctionner
. les objectifs de la Transition
. la durée de la Transition

L’armée n’est pas le pouvoir ; c’est une force au service de l’exécutif ou ce n’est pas une armée républicaine. Le putsch du 22 mars 2012 est la conséquence d’une situation qui ne pouvait pas durer. C’est pourquoi on ne peut pas condamner définitivement la junte. Aidons-la avec beaucoup de franchise à retrouver la place qui lui revient dans la défense et la reconstruction du pays. On n’a pas besoin de diplomatie pour cela.
En nous engageant résolument dans la lutte de libération des zones occupées, nous devons réaffirmer notre opposition au projet de république islamique et à toute ingérence étrangère.


DU PROGRAMME DE TRANSITION

Le programme de Transition doit s’attaquer à 3 questions prioritaires :
A – De la gestion de la crise au Nord et des problèmes de sécurité dans tout le pays
B – De la réorganisation et de l’assainissement de l’État
C – De l’organisation des élections 
1- Préparation des élections :
DU GOUVERNEMENT DE TRANSITION POUR LE CHANGEMENT
Pour une gestion rapide et efficace de la Transition, il convient de mettre en place un gouvernement réduit au maximum et comprenant des femmes et hommes intègres, compétents et profondément respectés par le peuple.
Le programme de gouvernement doit s’articuler autour des objectifs politiques suivant :
. restructuration de l’armée
. rétablissement de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale
. retour des réfugiés et des déplacés
. sécurité alimentaire
. assainissement de l’appareil d’État
. lutte contre la corruption
. relecture des textes fondamentaux et organisation des élections

DE LA COMMUNICATION

Les populations pour la plupart ont perdu foi en tout. C'est pourquoi des émissions comme «Top Etoile» grand sumu, samedi loisirs, etc continuent. Les gens attendent tout d'ailleurs, et presque rien d'eux-mêmes. On a l’impression qu' à Bamako il n’y a que la civilisation du loisir et du plaisir. Cela pendant que le pays est en guerre.
Il est temps que le peuple malien sente que le pays souffre. Moralement, il faut imposer à chaque malien le goût de l'abstinence, de la souffrance, de l'humilité. Il faut arrêter les émissions festives à la télé, avec des distributions d'argent alors que des compatriotes meurent au même moment. On est à Bamako, on vit bien, d'autres soufrent, il faut y penser. Il est temps que le peuple malien en supprimant ces programmes sache qu' il y a autre chose à faire.

La presse, l'information ont un rôle très important. Il faut concevoir des programmes de radio et télévisons en rapport avec la situation dramatique que vit la Nation. Donc il faut impérativement adopter de nouveaux programmes patriotiques. qu' on ne voit plus ces griottes chamarrées d’or. Châteaubriant a dit : chaque fois qu' une civilisation de plaisir et de loisir, se déploie dans un pays…soyez sûrs que ce pays est appelé à connaître des lendemains sombres. »

Par ailleurs, il faut donner à l'ORTM une ligne éditoriale correcte, orienter l'information sur la sensibilisation par rapport à la crise, sur les valeurs fondamentales de la Nation. La même ligne éditoriale doit être acceptée par tous les organes de la presse privée écrite orale et audio-visuelle
Il est très urgent de créer un Comité National de l’Information et de la Communication en vue d’asseoir la perception que nos concitoyens et le monde extérieur doivent avoir des réalités du terrain et des activités de la Transition. Ce comité aura en charge de recueillir l’information, de la traiter et de la diffuser.
En délivrant modestement et humblement notre message d’ANCIEN aux uns et aux autres, nous implorons le TOUT PUISSANT pour qu' il nous assiste afin que la Paix des coeurs et le sursaut patriotique, permettent à tout notre Peuple de se donner la main pour se conformer à 
notre hymne national qui dit : « Si l’ennemi découvre son front Au-dedans ou au dehors, Debout sur les remparts Nous sommes résolus de mourir»
et à notre devise nationale : UN PEUPLE, UN BUT, UNE FOI !

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