Le Mali au Cœur

FRANCIS aRZALIER

Aujourd’hui l’Afrique n°124 (juin 2012), p.1
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La succession d’évènements dramatiques qui ont affligé ce pays et son peuple depuis février 2012 (sécession armée du Nord saharien, putsch à Bamako, ingérences étrangères) ont donné lieu à de vifs débats au sein de notre rédaction : comment aider de notre mieux les progressistes maliens en difficulté, sans nous exprimer à leur place ? Comment bien dénoncer auprès de l’opinion désinformée les manoeuvres de l’impérialisme français, celles de leurs alliés occidentaux, et de leurs soutiens locaux ? Car c’est bien avant tout notre rôle.

Nos discussions furent d’autant plus animées que la solidarité avec les progressistes maliens fut au coeur de l’AFASPA et de sa revue Aujourd’hui l’Afrique dès leur naissance.

C’était en 1975, il y a 37 ans : les premiers militants de l’AFASPA, anticolonialistes, communistes, chrétiens, syndicalistes, affirmaient leur solidarité avec les compagnons de Modibo Keita, emprisonnés au Mali à la suite d’un coup d’état militaire, coordonné, voire suscité, depuis les officines parisiennes ; une façon de remettre au pas, de soumettre à la loi néo-coloniale un peuple qui avait eu le culot depuis l’indépendance de construire une société développée et indépendante.

Durant les 15 ans qui suivirent, cette lutte aux côtés des progressistes maliens persécutés par la soldatesque pro-occidentale s’est poursuivie à l’AFASPA, y compris avec ceux d’entre eux qui avaient dû se réfugier en France. C’est pourquoi le soulèvement populaire de 1991 à Bamako qui rétablit la république représentative et adopta une constitution protégeant les libertés civiles et individuelles, d’inspiration laïque, fut notre victoire commune.

Les derniers mois sont venus nous rappeler un passé fâcheux dans lequel la responsabilité de la France de Sarkozy est largement engagée. Suite immédiate de l’écrasement de la Libye par les bombardiers de la France et de l’OTAN, tout le Nord saharien du Mali a fait sécession, conquis par les séparatistes « touaregs », très bien vus au Quai d’Orsay, et des islamistes alimentés en armes par les monarchies pétrolières pro-occidentales du Golfe. Parallèlement, un soulèvement militaire à Bamako a supprimé les libertés civiles déjà mises à mal par la corruption et la pauvreté et a abouti à un Mali amputé, affaibli, soumis aux volontés de ses voisins pro-occidentaux (CEDEAO) parrainés par MM. Juppé et Sarkozy.

Un bilan désastreux pour le peuple malien, et nous en souffrons avec lui. Mais nous devons surtout dénoncer à l’opinion française désinformée ce qui est sous-jacent à ce désastre : les appétits occidentaux pour les richesses supposées du Nord-Mali le motivent, les publications des pétroliers anglo-saxéons depuis 1994 l’avouent. Sait-on que les autorités maliennes envisageaient en 2011 de confier l’exploration du sous-sol du Nord-Mali aux concurrents chinois des firmes occidentales ? Ils sont déjà présents au Niger voisin où Areva a dû leur faire une petite place…

Nous serons, encore une fois, aux côtés des progressistes maliens, désireux de progrès social et d’indépendance nationale, comme il y a 37 ans.

Il est lamentable qu' une fois encore, les autorités françaises jouent le rôle de chien de meute de l’impérialisme occidental à l’encontre du Mali.

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