Côte d'Ivoire : La France pompier pyromane

JPD

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En France, depuis plusieurs semaines, les journaux télévisés ainsi que la majorité de la presse écrite se livrent à un matraquage visant à faire du candidat de l'Occident le vainqueur des élections présidentielles en Côte d'Ivoire.

Qu'Alassane Ouattara soit le candidat favori des Etats-Unis, de la France et de la plupart des gouvernements d'Europe, on le comprend quand on sait que celui-ci - ancien directeur-adjoint du FMI - est un adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d'ajustement structurel. Autant de prédispositions qui conviennent tout à fait aux multinationales occidentales qui s'emploient à exploiter le continent africain.

Quand au vote lui-même, il soulève de nombreux problèmes, à commencer celui de sa validité.

Comme le fait remarquer l'association Survie, « les conditions n'étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays ». Cette région se trouve, en effet, sous le contrôle de groupes armés sécessionnistes - les Forces nouvelles - commandés par Guillaume Soro, un allié d'Alassane Ouattara.

La situation qui règne en Côte d'Ivoire requiert donc une grande prudence et rend d'autant plus irresponsables les proclamations de Nicolas Sarkozy. Son ingérence dans les affaires de ce pays - en principe indépendant - ne peut que jeter de l'huile sur le feu au risque de déclencher une guerre civile dont le peuple ivoirien serait la première victime.

Abidjan novembre 2004 : Des chars français vont tirer dans la foule
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Surtout que cette ingérence n'est pas nouvelle et que l'Etat français porte une lourde responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d'Ivoire depuis huit années.

A l'automne 2002, le gouvernement français s'est immiscé dans le conflit qui opposait l'Etat ivoirien à un mouvement sécessionniste armé ; et a imposé l'entrée des dirigeants rebelles dans le gouvernement national (accords de Marcoussis de janvier 2003). Tout laisse penser que cette rébellion a largement été instrumentalisée par la France : son déclenchement coïncidant avec le moment où le gouvernement ivoirien a remis en cause certains privilèges dont bénéficiaient jusqu'alors les multinationales françaises, telles Total, Bouygues, Vinci, Alcatel ou Bolloré...

En novembre 2004, après une offensive aérienne et terrestre de l'armée ivoirienne sur les zones rebelles qui entraîne la mort de neuf soldats français de l'opération Licorne [1], Jacques Chirac - alors président - ordonne, en représailles, la destruction de l'aviation militaire ivoirienne ; sans avoir, au préalable, tenté de connaitre les circonstances de l'évènement et sans avoir pris contact avec le gouvernement ivoirien. [2]

Des manifestants envahissent alors certains quartiers d'Abidjan pour protester ; l'armée française tire sur la foule sans sommation - au canon de 20 mm depuis des hélicoptères de combat ou à partir de chars, et fait plus de soixante morts. Comme au beau vieux temps du colonialisme, la France peut impunément tuer des civils africains.

Puis en avril 2005, ce sont les accords de Pretoria et la création d'une Commission électorale indépendante (CEI) qui initie tout un processus visant à mettre sous tutelle l'organisation des élections. La France, l'Union européenne et les Nations unies sont de la partie. Cependant, début décembre 2010, à l'issue des élections, la situation est bloquée.

Alors que la commission électorale échoue à trouver un consensus sur l'ampleur des irrégularités du scrutin, son président sous la protection des ambassadeurs français et américains, et avant de quitter le pays proclame la victoire d'Alassane Ouattara devant les caméras occidentales.



Mais, le lendemain, le Conseil constitutionnel annonce l'invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.

Maintenant, il est urgent de privilégier les initiatives d'apaisement. On ne peut « imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d'Ivoire dans la violence », ajoute Survie.

Quant à la France, elle doit retirer ses troupes de l'opération Licorne - de sinistre réputation - et ne plus intriguer pour imposer la victoire d'un camp sur l'autre.

Sources :

Communiqué du 23 décembre 2010 de l'association Survie.

Raphaël Granvaud, Que fait l'armée française en Afrique ?, Ed. Agone, 2009.

Notes

[1] L'opération Licorne est une intervention militaire décidée unilatéralement par la France, puis cautionnée a posteriori par l'ONU en février 2003. Elle n'est pas une force de l'ONU proprement dite puisque cette dernière a créé une mission militaire distincte comptant 6.000 hommes : l'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire). En de multiples occasions, les unités de l'opération Licorne ont agi sans en référer à l'ONU.
[2] L'année précédente, plusieurs soldats français avaient été blessés ou tués par les forces rebelles, sans occasionner de riposte de cette ampleur.

Source : http://lepetitblanquiste.hautetfort.com

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