FACE CACHéE DE LA CRISE IVOIRIENNE

Robert Lejeune

Où en est l'impérialisme français en Cote d' Ivoire ?

Traditionnellement, les énormes potentialités économique de la Côte d'Ivoire ont bénéficié aux monopoles français qui sans competition ont raflé la mise. Ce ne sont pas moins de 5 000 milliards de Francs CFA que les monopoles français brassaient chaque année, soit 75 % de la richesse produite.

Le président Gbagbo s ' est mis en tête de négocier les marches s~ables avec les plus offrants. Ces pratiques seI?blent msupportables pour les monopoles français qUI, pour certams d'entre eux, étaient en place avant l'in­dépendance (CFAO-axéA). Ainsi la place dans le secteur du cacao, du café a été sensiblement réduite ces de~~è;es an~~es.avec l'arrivée de « Cargill et ADM », socletes amen cames devenues des poids lourds de la filière du cacao et du café, principale richesse actuelle de la Côte d'Ivoire.

La « COVEC » société de BTP chinoise a réussi à réduire à la portion congrue, en moins de deux ans, la part du marché des sociétés françaises « COLOS & SCTAO ».

Le secteur bancaire qui, jusqu'ici, était à 76% entre les mains de la Société Générale, du Crédit Lyonnais et de la Belgolaise fait face à une offensive des Britanniques par l'intermédiaire de la « Standard Chartered Band » qui sont entrés dans la forteresse financière ivoirienne. , En terme de flux d'investissement la Côte d'Ivoire a connu une poussée exceptionnelle des monopoles français avec le rachat par France-Télécom de 51, 1 % du capital de la .C.I. Télécom. Le marché. a été obtenu grâce a l' interventlon de 1 Etat français qui a soutenu l'effort de France-Télécom pour exclure toute concurrence d' une compagnie de téléphone cellulaire américaine . Washington a pris fait et cause pour celle-ci ! , Bouygues et Electricité de France, au travers de la SPUR,. ont un contrat de concession et d'exploitation qui doit arriver a expiration comme celui de France Télécom. Malgré les relances dont il a fait objet Laurent Gagbo refuse de reconduire ces contrats. Même l'Elysée serait monté au créneau pour ramener le N°1 ivoirien à de meilleurs sentiments.

Au grand dam de Bouygues, les travaux du troisième pont d'Abidjan ont été gelés par des négociations en cours avec une entreprise chinoise, trois fois moins chère et qui accepte d'être payée en partie avec des produits (café-cacao).

Le groupe Bolloré, a une position dominante dans le transport maritime, le transit et le conditionnement des produits d'exportation et dispose, avec le rachat de la SOG (plantation d'hévéas) lors de sa privatisation de 20 % de la compagnie industrielle de développement du textile en 1998 et de deux gros chargeurs ivoiriens de café et cacao (DAFCI ). Mais Bolloré qui contrôle 70 % des activités portuaires est cloué au pilori par les transitaires nationaux qui l' accusent de pratiques déloyales.

Le groupe Bolloré c'est aussi la SITARAIL qui gère le chemin de fer entre Abidjan et Ouadougou au Burina. Depuis les événements de septembre dernier la sociéte dit perdre 76 millions de FCFA chaque jour.

Le groupe CEMOI-CANTALOU détient 50 % du marché des bananes et de l'ananas et réalise un investissement de 23 millions d'euros pour construire une usine de broyage de fèves de cacao.

Cette année doit avoir lieu la privatisation de la société de raffinage (SIR) dont Total-Elf détient 25% du capital. Elle contrôle 38 % de la distribution d'hydrocarbures dans le pays. L'enjeu est de taille, la SIR contrôle plus de 50 % .des marchés maliens et burkinabés et expédie des produits raffinés au Nigeria. Avec la privatisation elle envisage d'étendre son champ d'activité jusqu'en Mauritanie au Nord et en Angola au Sud.

Les prospections pétrolières font apparaître des réserves de pétrole au large d'Abidjan, ce qui justifie l'attention que porte l'administration américaine à la Côte d'Ivoire, en perspective une lutte âpre entre l'impérialisme américain et l'impérialisme français dans un pays qui fut un fleuron du « pré carré » français.

La France n'est pas seulement représentée par ses multinationales, elle l'est également par 1 200 PME-PMI situées dans les secteurs les plus divers. Elles emploient environ 10 000 salariés, et contribuent à irriguer l' économie Ivoirienne, a faire évoluer les habitudes de travail , à former une main d' œuvre qualifiée.

Quelle solution a la guerre civile ?

La Côte d'Ivoire vit la crise la plus grave depuis son indépendance. D'une revendication de militaires sur le point d'être démobilisés, la Côte d'Ivoire s'est enfoncée dans une guerre fratricide dont on ne voit pas la solution après les négociations de Marcoussis et l'accord négocié par les différents partis. L'entourage de Laurent Gbagbo et ses supporters rejettent le contenu de cet accord et demandent l'ouverture d'une nouvelle négociation. Pendant ce temps le pays s'enfonce dans la misère, l' épuration ethnique se poursuit.

L' AFASPA condamne le coup de force militaire du 19 septembre, les exactions qui font des milliers de morts. Elle est contre toute intervention armée de la France aussi elle demande

que  les forces armées françaises soient placées sous un mandat de l'ONU et intégrées dans une force d'interposition franco-africaine ;

que tout soit mis en œuvre pour sauvegarder l'intégrité de la Côte d'Ivoire ;

qu' un plan d'aide et la reconstruction soit mis en œuvre pour assurer le redémarrage de l'économie de la Côte d'Ivoire ;

que soit mis fin, une fois pour toute, non seulement en Côte d' Ivoire, mais dans tous les pays d' Afrique, à l'intervention des mercenaires ;

que les grandes puissances cessent d'armer les rebelles. L' AFASPA considère qu'à notre époque la négociation doit primer sur les interventions armées.

Robert Lejeune

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