LES ACCORDS MILITAIRES DE LA COTE D’ IVOIRE AVEC LA FRANCE

Le 24 avril 19611es gouvernements de France et de Côte d'Ivoire concluaient un "traité et des accords de coopération et de défense".

Bien que la rédaction de ces accords s'efforce d'établir une sorte d'égalité confortée par d'apparentes clauses de réciprocité entre les deux partenaires, il est évident qu'en utilisant les "traditions de liens historiques", ces accords touchant l'ensemble de l'activité du nouvel état indépen­dant, attachent d'une manière presque exclusive l'avenir de la Côte d'Ivoire à son ancien colonisateur. L'AFASPA a pu dire qu'étaient ainsi « corsetés » le développement et la vie de la Côte d'Ivoire. Il en a d'ailleurs été de même pour l'ensemble de l'ancienne « Afrique occidentale et centrale française » à l'exception de la Guinée et du Mali, dont les indépendances intervenues pendant l'été 1960 se sont avérées ni réellement politiques ni économiques, mais essentielle­ment nominales. Les domaines traités dans ces accords concernent les échanges, la monnaie, la justice, l'enseignement supérieur, secondaire, primaire et technique, la poste, l'aviation civile, la marine marchande, les matières premières et produits stratégiques. 
Mais si la plupart de ces accords ont connu au fil des années de nombreuses modifications, si certains ont été déclarés périmés ou sont tombés en désuétude, les Accords militaires ou de Défense et leurs annexes ont subsisté pour l'essentiel de leurs clauses. Ils officialisent la présence des troupes françaises en Côte d'Ivoire. 

En voici quelques éléments : 
L'article 1 de « l'accord d'assistance militaire tech­nique » précise que cet accord a été conclu "à la demande de la République de la Côte d'Ivoire (!) 
L'article 3 stipule que pour assurer la "standardisation des armements" la Côte d'Ivoire s'adresse "en priorité " à la France pour l'entretien, le renouvelle­ment des matériels et des équipements de manière si possible "gratuite". 
L'article 8 que la La France assure la formation et le perfectionnement des forces armées de Côte d'Ivoire et s'engage à y consacrer les moyens financiers et en personnel nécessaires. Les futurs cadres sont formés dans les grandes écoles militaires françaises aux frais de la France. 
Article 9 : La France met à la disposition de l' organisation de l'instruction et de l'encadrement des forces armées ivoiriennes les officiers, sous-officiers et hommes de troupes nécessaires. 
Une « annexe 1 » traite longuement (12 articles) du statut des membres des forces armées françaises en Côte d'Ivoire: c'est un véritable statut d'exterritorialité. 
Une « annexe 2 » traite des « facilités mutuelles en matière de défense ». Mais on ne spécifie évidemment rien dans cette mutualisation sur les effectifs ivoiriens qui pourraient se trouver en France.

Plus précis, un autre « accord de défense » a été conclu à la même date du 24 avril 1961 incluant, outre la Côte d'Ivoire, le Dahomey (aujourd'hui le Bénin) et le Niger. L'article 2 précise que les trois républiques africaines peuvent demander à la république française une aide "dans des conditions définies par des accords spéciaux" (non publiés). Le préambule de cet accord stipule qu'il s'agit de la « volonté de coopérer dans le domaine de la défense, notamment (sic) de la défense extérieure ». L'article 4 reconnaît à la France « la libre disposition des installations militaires nécessaires aux besoins de la défense ». Un Conseil de défense est institué par une « annexe 1 » pour la mise en œuvre de l'accord entre les trois républiques africaines visées et la France. Le secrétariat permanent de ce Conseil sera organisé par un général français. 
à la date où sont écrites ces lignes, il est clair que le gouvernement de la Côte d'Ivoire a sollicité l'aide militaire française en se prévalant d'accords non publiés entre les deux états. Mais il ne semble pas, contrairement aux stipulations des accords publiés, que l'importance des effectifs, leur stationnement et leurs mouvements actuels aient été discutés par le « Conseil de Défense ».

Pierre Kaldor

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