VENEZUELA, UNE VICTOIRE AU GOUT DE… VICTOIRE
Maurice Lemoine, jeudi 27 novembre 2008
Commentaires mitigés dans nombre de médias après
la consultation électorale du 23 novembre au Venezuela. Le président
Hugo Chávez et ses partisans auraient perdu la main. Malgré leur
victoire (difficile à occulter).
Après quasiment dix ans de pouvoir du chef de l’Etat, le Parti
socialiste uni du Venezuela (PSUV) remporte dix-sept des vingt-deux Etats où
le poste de gouverneur était en jeu. Dans un cadre démocratique,
on pourrait faire beaucoup moins bien. Par ailleurs, le PSUV remporte deux cent
trente-trois mairies (80 % des municipios), dont dix-huit des vingt-quatre capitales
d’Etat.
L’opposition, pour sa part, a triomphé dans les Etats les plus
riches : Zulia, Carabobo (ce qui, sociologiquement, ne manque pas de cohérence),
ainsi que dans la Nueva Esparta, le Táchira et le Miranda (la zone métropolitaine
de la capitale). Elle s’est également emparée de la mairie
du Grand Caracas (qu’elle détenait déjà avant 2004).
Il s’agit d’incontestables succès.
Pour autant, l’opposition a perdu 555 442 voix par rapport
au référendum sur la proposition de réforme constitutionnelle
rejetée l’année passée tandis que les « chavistes
» progressent, eux, de 694 342 voix. D’autre part, le résultat
a marqué un échec total de la « dissidence chaviste »
de gouverneurs sortants – Sucre, Guárico, Trujillo, Aragua et Carabobo
– qui avaient pris leurs distances avec le pouvoir. De sorte que, plutôt
que d’avoir perdu des Etats, le pouvoir en a gagné (dix-sept au
lieu de quinze avant les élections).
L’accent a été mis sur la défaite du PSUV dans le
grand quartier populaire de Petare (Caracas). A juste titre, ce revers attire
l’attention sur les carences de l’administration bolivarienne en
matière de gestion locale – collecte des ordures, logement, insécurité.
Néanmoins, Libertador, la plus peuplée des municipalités
de Caracas, a voté en faveur de la révolution bolivarienne, de
même que les quartiers populaires de tous les Etats régionaux ou
mairies gagnés par l’opposition.
Enfin, on a exagéré le fait que l’opposition a gagné
dans les Etats les plus peuplés. Il n’en demeure pas moins que,
à l’échelon national, le camp « chaviste » a
obtenu 5 073 774 voix contre 3 948 912 pour l’opposition (53,45 % contre
41,65 %), avec une participation exceptionnelle de 65,45 %.Alors qu’il
participait à son premier scrutin – il n’a que deux années
d’existence –, le PSUV s’affirme, et de loin, comme la première
force politique vénézuélienne.
De par le monde, beaucoup se contenteraient d’une victoire aussi « étriquée ».
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-11-27-Venezuela