état du monde et rapports de forces

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Bruno Drweski
publié le 23 mai 2018

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Si nous résumons l'état du monde et des rapports de force actuels, nous constatons ceci :

  • la rhétorique guerrière engagée entre les USA et la Corée (nord) semblerait en passe d'être apaisée suite à la fermeté souple de Pyong Yang et aux audacieuses manoeuvres patriotiques du gouvernement de la nouvelle Corée (sud) qui vise à conclure un rapprochement national prenant en compte le désir d'indépendance et de coopération du peuple coréen, ainsi que le niveau technique, scientifique, éducatif et atomique attrayant atteint par le Nord. Les USA semblent en passe de devoir accepter le fait que la capacité atomique atteint par Pyong Yang est irréversible, même si la promesse d'une dénucléarisations des seules armes sera sans doute engagée, ...sous condition d'une "diminution-réduction-évacuation" des bases d'occupation militaires US dans le sud du pays en passe de se confédérer avec ses compatriotes du nord,
  • Les USA ont besoin que l’Iran reste l'ennemi des États pétromonarchistes du Golfe arabe et persique pour pouvoir vendre toujours plus d’armes étasuniennes, l'une de leur rare production nationale non délocalisée,
  • Les USA veulent en conséquence imposer une guerre économique mondialisée contre l'Iran pour affaiblir les entreprises européennes engagées en Iran,
  • Les entreprises de l'UE sont donc engagées dans un bras de fer avec Washington visant à obtenir la possibilité de conquérir le marché des ventes et des investissements iranien, à un moment où la baisse tendancielle des taux de profit menace de les étrangler,
  • Les pays européens sont en revanche divisés sur leur attitude envers la nouvelle route de la soie partant de Chine, les investissements chinois étant bienvenus mais le progrès technologique accéléré de la Chine menaçant la prééminence mondiale des entreprises productives européennes restantes, en particulier allemandes. Les pays de service et de sous-traitance d'Europe orientale et méridionale étant attirés par les projets chinois mais beaucoup moins le pays encore industriel qu'est l'Allemagne, noyau politique et économique de l'UE; la France, avec son vieux "parti de l'étranger" clairement au centre du pouvoir sarko-hollando-micronien, faisant une danse du ventre sans plus savoir bien le nourrir, et sans plus savoir où se placer sur la piste de danse vu le nombre de prétendants qui commencent à l'ignorer pour aller courtiser des jeunes contrées plus attrayantes et plus entreprenantes,
  • Une contradiction se développe donc envers la Chine entre les pays périphériques de l'UE et son noyau central autour de l'Allemagne,
  • L'Allemagne et d'autres entreprises ouest-européennes ont d'un autre côté intérêt à développer leurs investissements chez le grand partenaire de la Chine qu'est la Russie alors que les USA ont intérêt à la rupture des relations économiques UE/Russie, d'où la récurrence de la crise provoquée en Ukraine et en Syrie pour amener les Européens à bloquer leurs relations économiques avec la Russie et toute l'Eurasie par voie de conséquence,
  • La crédibilité internationale des États-Unis a été sérieusement ébranlée par la rupture de l'accord sur le nucléaire conclu avec l'Iran,
  • Les USA ont enlevé leur gant de velours en Iran alors que leur main d'acier s'avère impuissante en Afghanistan, en Irak et en Syrie,
  • La Chine et la Russie sont devenues les protecteurs de l'Iran, tous les trois ayant désormais atteint un niveau militaire indestructible, comme la Corée (Nord),
  • Le conflit stratégique USA / Chine tend logiquement vers une confrontation armée, mais le réalisme "atomique" et militaire pousse Washington à accepter de maintenir le statu-quo militaire actuel alors que, sur le plan économique, la Chine ne peut que progresser si l'environnement reste pacifique,
  • L’Iran a vu ses positions partout progresser au Moyen-Orient, contre Israël et l’Arabie saoudite,
  • Les guerres en Irak, en Syrie et au Yémen ont toutes renforcé la position de l’Iran alors même qu'il ne s'est directement engagé dans aucune, limitant ses interventions à des conseillers militaires, à quelques centres d'observations et à des interventions diplomatiques en Syrie et en Irak et qu'il a eu la prudence de ne pas s'engager au Yémen, où le saccage pétromonarchiste achève de déconsidérer les fondements légitimateurs de tous ces régimes autocratiques se prétendant théocratiques ...à géométrie idéologique variable,
  • La campagne militaire saoudienne et pétromonarchiste au Yémen tourne à la catastrophe,
  • Les tensions sociales récurrentes en Saoudie entre forces religieuses, régions, classes sociales, générations, tribus, sont désormais complétées par des contradictions au sein de la famille royale saoudite, et des incompréhensions grandissantes entre le pilier familial idéologique wahhabite du régime et son pilier familial politico-économique saoudite, Les récentes élections au Liban ont vu le renforcement des partisans de la "l'axe de la résistance", le Hezbollah faisant élire des candidats de sa mouvance au sein de la population chiite mais ayant réussi à faire élire aussi des candidats associés à lui dans les milieux sunnites, chrétiens, druzes, nassériens et autres nationalistes arabes laïcs.
  • La déconfessionalisation/déclanisation de la seule démocratie pluraliste arabe fonctionnant actuellement semble engagée par un parti à base religieuse "ouverte", ce qui constitue l'échec majeur de la logique étroitement "islamiste" des promoteurs outre-atlantistes du "printemps arabe",
  • Les prochaines élections en Irak devraient renforcer le poids des forces favorables à se dégager du protectorat US, ce qui favorise objectivement l’Iran,
  • L’armée syrienne est en train de gagner la guerre d'intervention proxie contre Daech, An Nosra et les mercenaires désormais condamnés à être de moins en moins soutenus par le Qatar et la Turquie,
  • Un mouvement d'opposition arabe soutenu par Damas se manifeste dans les zones occupées de la Djazira syrienne par les armées US et française sous couvert d'une alliance kurdo-arabe de circonstance,
  • Les Kurdes d'Irak et de Syrie, eux-mêmes très différents, sont désormais divisés en orientations divergentes, vu le peu de constance de l'alliance US,
  • La Turquie voit, selon les dernières enquêtes d'opinion, son opinion publique basculer majoritairement en direction d'une alliance avec la Russie et l'Eurasie, ce qui à terme l'éloigne de l'OTAN et de l'UE, et donc devrait tendre à l'amener à revoir ses positions dans le conflit syrien,
  • La position des États-Unis et de leurs supplétifs en Afghanistan semble sans espoir, la Chine et la Russie redevenant des intermédiaires plus fiables entre les factions afghanes dans un pays qui n'aime pas la présence d'armées étrangères sur son sol,
  • L’Arabie saoudite se dispute avec les Émirats arabes unis et aussi avec le Soudan à propos de la guerre enlisée contre le Yémen,
  • La rupture entre la Saoudie et les EAU avec le Qatar est consommée, ce qui pousse Doha en direction de l'Iran,
  • Le Koweït et Oman continuent à s'éloigner de la Saoudie, ce qui, à terme, semble condamner l'existence du Conseil de coopération du Golfe, alors que les tensions montent entre Saoud et EAU au Yémen,
  • Toute guerre et même toute tension majeure entre l'Iran et les pétromonarchies mettrait à genoux leurs capacités productives et provoquerait des destructions catastrophiques,
  • Israël fait diversion contre la Syrie et l’Iran pour détourner l’attention de ses répressions contre les Palestiniens, mais il ne peut s'engager dans une vraie guerre contre la Syrie, l'Iran ou Le Hezbollah et même plus contre Gaza, car tous ces adversaires ont les moyens de mettre Tel Aviv en feu et d'attaquer la base nucléaire de Dimona,
  • La mobilisation palestinienne ne faiblit pas et le projet que, de guerre lasse, ils émigrent pour finaliser le projet d'épuration ethnique est devenue illusoire,
  • Gaza reste un foyer de résistance indéracinable, passive ou active selon le moment, situé non loin des principaux centres israéliens (Dimona, Ashkelon, Ashdod, Tel Aviv, Jerusalem-ouest, ...),
  • L'enracinement palestinien et la cession des îles de Tiran à la Saoudie contribue à la délégimitation arabe du régime égyptien épuisé financièrement et porté à bouts de bras par les Saoud, eux-mêmes appauvris par la chute des cours du pétrole et les dépenses somptueuses et militaires engagées,
  • La solution négociée à deux États pour la Palestine est devenue impossible à réaliser dans le cadre d'un système démo-théo-cratique ethniciste israélien, vu le nombre de colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est,
  • La politique israélienne d'apartheid de fait (ségrégation et discrimination) indéfini devient de plus en plus coûteuse et impossible à maintenir à terme, rendant "la solution à un État" à terme ré-envisageable,
  • Les campagnes racistes visant les noirs en Israël ont terni les effets de la propagande de cet État en Afrique subsaharienne et maintenant aux USA,

...Et, pour couronner le tout, les résultats des élections malaisiennes d'hier viennent de voir l'élection surprise de Muhammad Mahatir, l'ancien mentor du premier ministre défait, retour donc de celui qui fut le fondateur à la fois d'une analyse économique, financière, politique et morale islamique anti-impérialiste et le co-fondateur des principes asiatiques communs baptisés par leurs auteurs "valeurs asiatiques" (prise en compte du confucianisme comme morale sociale, des religions traditionnelles comme projet éthique - bouddhisme, taoïsme, islam - et des réalisations politico-économiques des communistes chinois),

Les États-Unis se trouvent donc dans une position stratégique pire qu’elle ne l’était au moment de leur choix d'envahir l’Irak en 2003, sans parler de leur situation financière et de puissance surendettée ne vivant que grâce aux exportations d'armes et de la croyance de type religieux dans la force de la divinité néo-païenne du dollar couronné par la divinité suprême proclamée d'un marché "exigeant des peuples de faire des sacrifices pour mériter sa confiance" (religion post-moderne donc, et néo-archaïque du même coup ! ...New Age ?). Le principal axe du conflit s'est donc reporté vers l'intérieur de l'État, au centre de l'empire, avec d'un côté, dans "l'État profond", les aventuriers qui ne veulent pas comprendre que le "siècle américain" se termine et qu'il leur faut accepter de baisser la voilure et négocier un multilatéralisme préparant le "siècle chinois", celui d'un "socialisme de marché" (marché sous contrôle planifié de l'État industrialisateur) de fait, à base idéologique légitimatrice variable selon les pays, aventuriers qui se retrouvent en opposition à ceux des cercles plus sensés de Washington qui voient bien que le cataclysme atomique ne résoudrait rien et signifierait également la fin du "siècle américain". Bref, entre néocons, néo libéraux, interventionnistes néo-libéraux, sociétalistes transgenres petits-bourgeois individualistes, néo-évangélistes néo-protestants, sionistes, chrétiens sionistes, wahabites sionistes, toutes ces idéologies stériles de droite "dure ramollie" ou de "gauche morale" se complètent dans un intégrisme du marché mondialisé où chacun est incité à faire son shopping idéologique avec des dollars 'in god we trust' en phase de dévalorisation usuraire.

La souplesse du modèle politico-économique chinois en contrepoids peut donc, dans ce contexte de rigidification de l'empire incapable du coup d'être un empire fécond, se marier avec l'idéologie de fait socialisante, donc transitoire, qu'elle soit proclamée marxiste-léniniste, islamique, traditionaliste chrétienne ou autre, au gré des goûts des différentes nations, dans la mesure où le développement a une base auto-centrée et organisée par un État ayant une base sociale populaire et bourgeoise nationale locale avec une vision productive et commerciale à long terme "gagnant-gagnant". La Russie joue dans ce contexte le rôle de bouclier et de glaive de la Chine et de toute l'Eurasie en phase d'intégration, la Chine sert de base d'idées politiques alternatives adaptables aux différents peuples et d'impulsion économique et scientifique, l'Iran à terme de force de stabilisation en Asie occidentale, la Syrie de pointe avancée de l'Eurasie vers la Méditerranée en attendant une Turquie forcée de procéder à la réfection de sa devanture, et l'Europe de gare d'arrivée du processus d'internationalisation à l'eurasienne pour contrer la mondialisation américaine. Simultanément, le Kremlin semble donner dans son pays son aval à la reconstruction idéologique de ses différents patrimoines hérités, avec vision planétaire, chrétiens orientaux traditionalistes poussés vers une créativité idéologique anti mondialisation, musulmans traditionalistes poussés vers une créativité anti-wahabite, marxistes-léninistes rénovés, juifs progressivement désionisés et bouddhistes nouvelle vague. Pendant que l'Amérique latine s'interroge sur une relance éventuelle d'un "socialisme du XXIe siècle" suite aux déboires de la politique purement redistributives soft Kirchner/Lula et au terrorisme gringos visant le États résistants, Venezuela, Nicaragua,Bolivie et Équateur, ainsi que, bien sûr, Cuba, et que l'Afrique subsaharienne connaît des taux de croissance élevés mais ignorés des médias occidentaux post-néo-coloniaux, dans le contexte d'une remise à plat des bilans en cours de deux décennies de politique "arc en ciel" en Afrique du sud quand, dans la foulée d'un moralisme "mandéliste", on avait oublié de poser la question fondamentale des rapports de propriété.

Le match auquel nous assistons voit donc jouer pour le moment, en première division, les bourgeoisies impérialistes+compradores affrontant les bourgeoisies nationales post-périphériques, avec, en seconde division, les masses populaires et les "petits États" en phase de réchauffement.

Prolétaires, peuples, nations, pays, penseurs, idéologues, croyants opprimés du monde, Unissez vous !" ...contre les chiffons troués et les faux semblants idéologiques, laïcs ou religieux, de droite et de "gauche", du matador impérialiste essouffle, morbide et stérilisateur.

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