J. P. Dubois.
Parmi les « trois fondamentaux communistes » que le
PCF s’apprête définitivement à renier lors de son
prochain Congrès, F. Arzalier relève l’apport des
diverses expériences de construction du socialisme de par le monde ;
à juste titre, il observe que le socialisme en Europe, tel qu’il
a réellement existé, ne peut se résumer à la caricature
qui a majoritairement cours en Occident, y compris actuellement à la
direction du PCF. Il note également les remarquables résultats
du socialisme cubain. Il est regrettable, par contre, que le Vietnam, et surtout
la Chine populaire, ne figurent pas dans les exemples qu’il oppose aux
liquidateurs du projet socialiste. Pourtant, que le pays, qui représente
le cinquième de la population mondiale, maintienne et enrichisse son
orientation socialiste ne peut nous laisser indifférent. Mieux, ce
fait représente un facteur déterminant de confiance en l’avenir
pour tous les communistes du monde.
En France, colporter une image négative et haineuse de la réalité
chinoise est devenu un sport national. Parmi les plus teigneux des adeptes
de ce sport, on trouve une kyrielle de petits bourgeois arborant un masque
« humanitaire » et « droit-de-l’hommiste ».
On trouve aussi leurs représentants naturels, le PS (Aynaut, Delanoë,
etc.) et les « écologistes » de tout poil. Bien
sûr, la plupart des communistes ne sont pas dupes de cette mascarade,
alors que les mêmes s’abstiennent de condamner les agissements
et les crimes des puissances occidentales, dont la France (en Afrique notamment).
Mais, s’en tenir à relever « deux poids, deux mesures »
reste une attitude défensive. Ce qui se passe en Chine mérite
plus et mieux. La thèse, « critique de gauche »,
selon laquelle la Chine aurait abandonné ses perspectives socialistes,
et serait devenue un pays capitaliste comme les autres, doit être combattue
AVEC LES FAITS. Jusqu’à présent, à ma connaissance,
peu d’auteurs marxistes se sont attaqués à ce travail,
excepté notre camarade Domenico Losurdo. Ainsi, ce dernier montre en
quoi l’expérience chinoise en matière d’économie
peut se comparer - en un autre temps et à une autre échelle
- à la NEP de Lénine. C’est lui aussi qui relève
que Wal Mart - le géant de la distribution américain - doit
composer avec les syndicats en Chine, alors qu’il a coutume de les éliminer
aux USA.
Si on s’intéresse au 17ème Congrès du PCC réuni
en octobre 2007, on s’aperçoit que les objectifs des communistes
chinois demeurent la construction d’un « socialisme à
la chinoise ». Hu Jintao, dans son rapport d’ouverture, rappelle
que le tournant « de la réforme et de l’ouverture »,
amorcé il y maintenant trente années, avait pour mission de
« libérer et de développer les forces productives
sociales, de moderniser notre pays, de faire accéder la population
chinoise à la prospérité et de redresser la grande
nation chinoise. Cette révolution a également pour but
de pousser le régime socialiste de notre pays vers l'auto-perfection
et le développement, de procurer de nouvelles vitalités
au socialisme, ainsi que de construire et développer le socialisme
à la chinoise ». Il note que « la croissance
rapide est l'exploit le plus brillant que nous avons remporté
dans la nouvelle phase de développement », mais se réjouit
aussi que « le nombre des habitants ruraux nécessiteux est
passé de plus de 250 millions à quelque 20 millions aujourd'hui ».
Plus loin, il ajoute : « Notre Parti, attaché
à la ligne idéologique du marxisme, n'a cessé de faire
des recherches afin de répondre à des questions majeures d ordres
théorique et pratique, telles que : Qu'est-ce que c'est le socialisme
? Comment construire le socialisme ? Quel genre de parti faut-il construire
et comment le construire ? Pour quel type de développement faut-il
opter ?, ou encore : De quelle manière faut-il se développer
? »
Athar Hussain, directeur adjoint du Centre de Recherches Asie de la London
School of Economics, nous livre une information révélatrice
mais boycottée par les médias occidentaux : « Le
gouvernement (chinois) est officiellement chargé de mettre sur pied
un système de sécurité sociale complet et cohérent,
sans se préoccuper de ce que cela impliquera économiquement.
La construction de ce système de santé pour tous commence cette
année, c’est un programme très ambitieux puisqu’il
rejoint ceux que les pays européens ont mis plus d’un siècle
à installer ». (Revue Chine Plus, 1er trimestre 2008). Nous
sommes loin du misérabilisme que nos médias se complaisent à
entretenir en dépit de la réalité.
Un auteur, très éloigné du communisme, peut écrire en
substance : La Chine, avant dix ans, quinze au plus, deviendra la première
puissance économique mondiale. Le temps est son meilleur allié ;
c’est pourquoi, dans les affaires internationales, elle privilégie
le statu quo, la stabilité et la continuité. Aux antipodes,
les Etats-Unis et accessoirement l’Europe s’enfoncent dans le
déclin. Pour survivre, les Etats-Unis doivent rompre ce statu quo.
Forts de leur seule supériorité militaire, ils ont recours à
la fabrication du désordre : Kosovo, Afghanistan, Irak, Iran (et
le Tibet ! – JPD). Un désordre qui lui permet de garder
la main et de se préparer aux échéances à venir
(Jean-François Susbielle, Les Royaumes combattants, ed. First).
Personne ne peut douter en effet que les stratèges du Pentagone travaillent
sur l’hypothèse d’une guerre contre la Chine. Déjà,
les armées US sont positionnées autour de ce pays. A l’Ouest :
bases au Pakistan, en Afghanistan, en Irak, en Turquie, en Arabie Saoudite,
au Kirghistan ; au Sud : forces navales dans l’Océan
Indien, bases en Thaïlande, en Malaisie ; à l’Est :
bases en Corée du Sud, au Japon, forces navales au large de Taïwan.
Notre combat contre l’impérialisme ne peut ignorer cette donnée
fondamentale. Pouvons-nous débattre de cette question ?
2. La brève faisant état de la délégation qui
s’est rendue à Hong Kong pour protester contre la peine de
mort en Chine.
La Chine détiendrait le « record mondial »
d’exécutions capitales. Qui possède des sources fiables
sur cette question ? Pas Amnesty International qui a fait du dénigrement
de la Chine son fonds de commerce depuis quelques mois. En plus, « record
mondial » ne signifie rien. Quantités absolues ? Quantités
relatives ? Comme tout progressiste, je suis contre la peine de mort. Mais,
cette question est trop importante pour l’abandonner aux manipulateurs
occidentaux de l’émotif (à sens unique évidemment).
Dans l’entretien qu’il a accordé à Ignacio Romanet,
Fidel Castro justifie l’application de la peine de mort à Cuba
(même s’il y a actuellement un moratoire de fait). Il rappelle
que toutes les actions terroristes perpétrées contre son pays
et ses dirigeants, à commencer par les tentatives d’assassinat
sur lui-même, justifient ce recours regrettable. L’URSS, à
ma connaissance, n’a jamais aboli la peine de mort. A moins de sombrer
dans l’angélisme, on comprend les raisons d’une telle
décision. Pour la Chine, les pogroms de Lhassa de mars dernier, comme
l’attentat récent contre deux bus (s’y ajoutent les attaques
aux frontières Ouest de la Chine qui ont fait plusieurs morts parmi
les soldats et les policiers) sont là pour démontrer que nous
ne vivons pas dans un monde apaisé. Qui peut douter que les USA cherchent
à déstabiliser la Chine par tous les moyens ? Le
Tibet est depuis longtemps un terrain d’opération de la CIA,
on le sait. Quant à la manipulation des sentiments religieux des
minorités musulmanes chinoises contre le communisme athée,
les services secrets US savent faire, ils l’ont prouvé en Afghanistan.
D’autre part, pourquoi mettre l’accent unilatéralement
sur la peine de mort légale, qui elle au moins requiert un jugement
? Au Brésil, par exemple, la peine de mort légale est abolie,
ce qui met ce pays hors de portée des anathèmes d’Amnesty
International. Pendant ce temps, la police officielle et autres escadrons
de la mort se livrent chaque jour à des exécutions collectives
dans les favelas, au point que la cause de mortalité principale chez
les jeunes hommes de 20-30 ans est l’assassinat. La France même
a été complice du GAL espagnol dans les exécutions
extrajudiciaires de militants basques, sans compter les coups fourrés
des services spéciaux et sa complicité dans le génocide
rwandais. Il faudrait aussi parler de la mise à mort programmée,
en Afrique, en Asie, de milliers de pauvres par la faim, le Sida, etc.,
dont l’impérialisme occidental est directement responsable.
La mort de faim d’un enfant est aujourd’hui un crime nous dit
Jean Ziegler. Jean Bricmont note que l’Union européenne exige
de ses Etats membres l’abolition de la peine capitale ; il en
conclut avec raison que la peine de mort que l’Union européenne
entend épargner à ses ressortissants, elle l’applique
sans scrupules au reste du monde, avec ses industries fortement exportatrices
d’armement.