L'OTAN réclame des renforts en Afghanistan
Il faut toute la foi atlantiste de Jaap de Hoop Scheffer, secrétaire général de l'OTAN, pour insister sur les "succès" de l'Alliance atlantique en Afghanistan, au moment où celle-ci rencontre, dans le sud du pays, une résistance de la mouvance talibans-Al-Qaida sans égale depuis 2001, et alors que le commerce de la drogue (environ 90 % de la production mondiale d'opium) est plus florissant que jamais. Au cours de l'entretien téléphonique qu'il a accordé au Monde, jeudi 7 septembre, M. de Hoop Scheffer a rappelé que, dans le nord et dans l'ouest du pays, "il y a beaucoup plus de projets et de réalisations en matière de reconstruction qu'on le croit à Bruxelles ou à Paris".
Cela posé, il fait siennes les inquiétudes exprimées, jeudi, par le général James Jones, commandant suprême des forces alliées en Europe, pour qui il est urgent de renforcer les forces de l'ISAF (Force internationale d'assistance à la sécurité) déployées dans le Sud afghan (environ 8 000 hommes). Le secrétaire général de l'Alliance insiste donc : "Il faut plus de forces en Afghanistan." Il ne veut pas reprendre les estimations - de quelques centaines à environ 2 000 hommes - avancées ici et là, estimant que c'est au comité militaire de l'OTAN d'en décider, mais une chose lui paraît évidente : "Les pays-membres doivent faire ce qu'ils ont promis, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. Nous sommes dans une Alliance fondée sur la solidarité, insiste-t-il. Or je constate que certains alliés en font plus, alors que d'autres en font moins." Il ne veut pas "blâmer" tel ou tel pays, puisque c'est un problème qui concerne "l'Alliance dans son ensemble", mais il insiste sur le manque de troupes et de certains moyens, comme des hélicoptères.
OEUVRE DE LONGUE HALEINE
C'est à l'OTAN de créer les conditions de la sécurité dans le Sud, explique Jaap de Hoop Scheffer, "mais elle ne peut pas tout faire". "Il faut comprendre, précise-t-il, que la sécurité permanente n'est pas possible sans développement. La solution pour l'Afghanistan n'est pas militaire, elle est politique, c'est une solution de développement et de reconstruction." L'ancien ministre néerlandais des affaires étrangères en tire l'axiome suivant : "Sans sécurité, pas de développement ; mais sans développement, pas de sécurité."
Le constat lui paraît évident : "L'Afghanistan n'est pas suffisamment sur l'écran-radar de la communauté internationale !" Bien sûr, c'est une oeuvre de longue haleine - "une question de dizaines d'années" -, ce qui suppose que la communauté internationale se rende compte que la situation en Afghanistan est "une responsabilité collective". Cette mobilisation, qui doit s'effectuer "à un haut niveau", doit concerner en particulier la lutte contre la drogue, même "si c'est d'abord une responsabilité première du gouvernement afghan".
Il n'entre pas dans le mandat de l'ISAF de lutter contre le narcotrafic, insiste-t-il. Jaap de Hoop Scheffer ne veut pas commenter les accusations selon lesquelles l'entourage même du président Hamid Karzaï serait impliqué dans le trafic de drogue : "Il est très sérieux à ce propos : il se rend très bien compte qu'il doit faire un effort très important dans la lutte contre la corruption, pour imposer son autorité aux gouverneurs et aux officiers de police corrompus."
Si l'Alliance atlantique doit "faire plus" s'agissant de la formation, de l'entraînement et de l'équipement de l'armée afghane, elle ne doit pas être seule à se mobiliser. "Je serais très content si l'Union européenne faisait les mêmes efforts en faveur de la police nationale afghane", souligne-t-il. Les difficultés rencontrées par l'Alliance dans le Sud ne devraient pas l'empêcher de passer à la "phase 4", c'est-à-dire à l'extension de son mandat à l'est de l'Afghanistan, en remplacement des forces américaines, et ce "relativement vite, mais c'est une décision à la fois politique et militaire". La phase 4, rappelle Jaap de Hoop Scheffer, "cela veut dire que tous les moyens militaires américains seront inclus dans l'ISAF."
Laurent Zecchini