Népal : couvre-feu prolongé, l'ONU s'inquiète

Cinq experts des Nations unies pour les droits de l'homme ont exprimé leur "grave préoccupation" après la manifestation qui a fait converger, jeudi 20 avril, des milliers de Népalais vers Katmandou, pour clamer leur opposition au roi Gyanendra."Les forces de sécurité népalaises ont tiré de manière indifférenciée des balles en caoutchouc, parfois des balles réelles, contre la foule", ont déploré les experts dans un communiqué commun. "Un grand nombre de passants et de manifestants, dont des femmes, des enfants, des journalistes et des avocats, ont été identifiés parmi les victimes", ont-ils ajouté. Des témoins et un médecin ont fait état à l'agence AFP de trois manifestants tués par balle par les forces de sécurité népalaises, qui ont également blessé une quarantaine de personnes. L'agence Reuters parle "d'au moins deux morts".

Dès ce matin, à la lisière nord-est de Katmandou, environ dix mille manifestants se sont dirigées vers le centre de Katmandou. A la limite nord de la ville, à Gongabu, plusieurs milliers de personnes s'étaient également rassemblées à l'intérieur et à l'extérieur de la zone de couvre-feu. Des hommes, des femmes, des enfants, scandaient "A bas Gyanendra, vive la démocratie" en portant des drapeaux. Du côté ouest de la ville, des milliers de manifestants convergeaient aussi vers l'un des principaux points d'entrée dans Katmandou, Kalanki, où un grand nombre de soldats et policiers étaient déployés, ont indiqué des témoins. "Des gens venus de la localité de Kirtipur et d'autres villages convergent vers Kalanki. Je peux voir une marée humaine couvrir la route sur trois kilomètres", a dit l'un d'eux observant la foule juché sur le toit d'une maison. La manifestation était organisée au lendemain de la journée la plus sanglante depuis le début du mouvement.

LE COUVRE-FEU PROLONGÉ

Le couvre-feu dans la capitale népalaise Katmandou, avec ordre de tirer à vue sur les contrevenants, a été prolongé, selon la télévision publique, jusqu'à vendredi matin alors que l'opposition a appelé à une nouvelle manifestation massive. Cette décision a été prise lors d'un "comité de coordination du mouvement de masse" de l'alliance des sept principaux partis politiques, à l'origine du mouvement contre le roi Gyanendra. "Nous appelons tout le monde à participer à une manifestation massive sur le périphérique vendredi à midi", ont-ils indiqué dans un communiqué."Notre mouvement progresse avec succès en dépit de l'utilisation excessive de la force par l'Etat lors des manifestations nationales", ajoutent-ils.

L'envoyé spécial du gouvernement indien à Katmandou, Karan Singh, a déclaré, jeudi, avoir "bon espoir" que le roi du Népal fasse "rapidement une annonce", en réaction à ces mouvements de protestation. "La balle est dans le camp du roi", qui a pris les pleins pouvoirs le 1er février 2005, a ajouté M. Singh, à son retour à New Delhi, après des discussions avec le roi Gyanendra dans la capitale népalaise. Karan Singh avait été nommé à ces fonctions mardi avec pour mission de transmettre au roi "un message de crise" du premier ministre indien, Manmohan Singh, et d'évaluer la situation. Lors de son entretien avec le roi, Karan Singh a précisé que "l'Inde était prête à soutenir tous les efforts, tout en insistant sur le fait qu'une solution durable aux problèmes du Népal devrait être trouvée par le peuple du Népal dans le cadre d'un processus politique pacifique".

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme a par ailleurs protesté contre les entraves mises par le gouvernement népalais au déploiement de ses observateurs à Katmandou. Les autorités ont indiqué à la mission de l'ONU sur place que ses équipes pouvaient seulement se déplacer entre leur résidence et leur bureau sous escorte policière, mais ne pouvaient pas se rendre en ville pendant le couvre-feu. "Cette interdiction est une violation manifeste des accords passés entre le Haut-commissariat aux droits de l'homme et le gouvernement du Népal prévoyant la liberté de mouvement des observateurs", a affirmé le porte-parole du Haut-commissariat à Katmandou, Kieran Dwyer.

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