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Sommaire
Ce numéro hors série rend compte du débat organisé le 8 février 2008 à Paris par le Collectif Communiste Polex sur le thème : « comment construire un nouvel internationalisme ? ». Son succès - plus de 70 personnes étaient présentes et une présence internationale significative - nous a incité a publier ce numéro hors série de notre bulletin «Parlons Clair» et a en faire un tiré à part. Si vous souhaitez recevoir celui ci envoyez un chèque de 4 euros à l' ordre de Polex avec vos coordonnées postales àJean-Louis GLORY
Trésorier « Polex »
7 rue des Jonquilles
78260 ACHERES.
Si le succès de cette initiative nous encourage a persévérer et a développer ce type de rencontre ailleurs qu' a Paris celà implique que ceux qui comprennent l' importance de l' engagement dans la lutte anti-impérialiste adhèrent a notre collectif afin qu' il ait les forces indispensables pour aller plus loin.
« Quelques précisions sur le Collectif Communiste
Polex, organisateur. Nous nous voulons un organisme de réflexion militante,
sur la base de l’anti-capitalisme et de l’anti-impérialisme,
intransigeant, mais avec une grande diversité de participants :
certains d’entre nous sont adhérents du PCF, d’autres ne
le sont pas, ou plus ; certains se reconnaissent dans tel ou tel groupe
communiste, d’autres dans aucun. Nous tenons à cette diversité,
et ne dépendons d’aucune de ces sensibilités organisées.
C’est dire que les quelques idées d’introduction que je vais
lancer sont le résultat des discussions entre nous, elles n’ont
pas la prétention de recouvrir ce que pense chacun des adhérents
du collectif.
A L’internationalisme qui fut un des principes fondateurs du mouvement révolutionnaire et progressiste aux 19ème et 20ème siècles, est aujourd’hui très affaibli, notamment en France. Alors que le slogan du Manifeste Communiste « Prolétaires de tous les pays, unissez vous » est toujours d’actualité, il faut bien constater que les mouvements populaires contre la guerre en Yougoslavie, en Irak ont été bien faibles par rapport à ceux d’Italie, Espagne, Allemagne, Angleterre ou en Amérique. J’ai pu voir l’énorme manifestation de Mexico avant l’invasion de l’Irak : nos rassemblements parisiens étaient ridicules à côté ! C’est le symbole de la décrépitude des organisations françaises anti-impérialistes, qui furent si efficaces il y a un demi siècle contre les guerres coloniales, l’arme nucléaire, etc. N’est-il pas cependant plus nécessaire encore qu’autrefois, dans un monde soumis à des conflits impérialistes nombreux et à un capitalisme financier transnational, qui veut ignorer les frontières et les nations ? Un seul exemple récent parmi bien d’autres : comment croire qu’on pourrait combattre les décisions destructrices pour la sidérurgie française d’une multinationale comme Mittal-Sidelor, sans construire une solidarité de lutte entre les salariés exploités partout par les mêmes actionnaires, en Inde, en Europe de l’est, en France, etc ?
B D’autres courants politiques que le nôtre, sont structurés à l’échelle mondiale, par le biais des Internationales Socialiste, Libérale, voire Islamiste. Ne devons-nous pas, à leur image, reconstruire un front de lutte anti-impérialiste, rassemblant dans le monde entier les organisations politiques, syndicales, qui ont pour objectif commun de combattre le capitalisme financier « mondialisé », l’impérialisme guerrier, économique et politique, contre l’exploitation et pour la souveraineté des peuples ? C’est en ce sens que se pose la question que nous avons formulée : « construire un nouvel internationalisme, avec quelles forces pour combattre efficacement l’impérialisme ? ». Car il ne s’agit pas simplement de rencontres internationales sur une base vaguement humaniste, avec des partenaires aux objectifs flous, ou réformistes. On peut évidemment, pour un objectif précis, avoir à s’allier temporairement avec un mouvement d’inspiration nationaliste ou social-démocrate. Mais le front de lutte anti-impérialiste à construire ne peut être que la réunion de partenaires qui combattent le capitalisme dans leur pays, et l’impérialisme dans le monde, y compris celui de leur propre Etat. Il ne peut être la recherche d’alliances sans principes avec des partis socialistes qui souvent sont les soutiens les plus efficaces du capitalisme, avec des organisations qui approuvent l’occupation de l’Irak, de la Palestine ou du Sahara Occidental, pas plus qu’avec ceux qui soutiennent ces machines de guerre internationales contre les peuples, l’Europe de Maastricht, l’OMC, ou le FMI.
C Durant la dernière décennie, les rassemblements altermondialistes, en Amérique, en Asie, en Afrique, en Europe, ont joué un rôle très positif, favorisé l’essor des résistances populaires, au point d’apparaître à tort à certains comme un ersatz des « Internationales ouvrières » du passé. Mais le succès même de ces rassemblements de résistances draine obligatoirement des mouvements hétéroclites, réformistes, dont certains récusent le rôle pourtant essentiel des partis, des syndicats, des gouvernements, dans la lutte contre l’impérialisme. N’est-ce pas un facteur de faiblesse ? Il est vrai que dans certains pays d’Afrique ou d’ailleurs, le discrédit des partis de gauche ou des syndicats, qui ont servi de courroies de transmission aux pouvoirs les plus arbitraires, amène, et c’est bien, les travailleurs à se doter d’organisations nouvelles de lutte, syndicats indépendants, associations revendicatives, etc. Mais ce n’est pas une raison, en prétendant privilégier la « société civile » (notion fourre-tout s’il en est) pour exclure du mouvement les mouvements politiques les plus structurés qui sont prêts à s’y inclure. Ne faut-il pas doubler cette mouvance altermondialiste de rencontres régulières, réunissant pour des luttes communes, les organisations qui combattent effectivement l’impérialisme, dans leur diversité, et quelles que soient par ailleurs leurs divergences ? Dans ce front de lutte anti-impérialiste auquel nous aspirons, qui peut être la forme contemporaine des Internationales du passé, ont leur place, bien sûr, les partis communistes organisés s’ils n’ont pas totalement glissé à la collaboration avec le capitalisme mondialisé, ce qui malheureusement peut arriver, mais aussi d’autres mouvements à partir du moment où ils combattent effectivement l’impérialisme, partout où il se manifeste, au Moyen Orient et en Afrique, en Amérique et en Asie, mais aussi des pouvoirs d’états progressistes, comme ceux de Cuba, du Venezuela, de Bolivie, etc.
D Depuis des décennies,
la Droite et les partis socialistes français et européens nous
répètent que les institutions supranationales, la mondialisation
capitaliste, rendent illusoire toute résistance aux régressions
sociales, aux délocalisations, etc. Ce discours de soumission à
l’ordre du monde, caractéristique de la social démocratie,
doit être combattu avec fermeté. Il est aussi néfaste, et
plus efficace encore que le discours libéral sur les vertus du marché
mondialisé, qui devient chaque jour plus difficile à faire croire.
Certains pays et dirigeants politiques d’Amérique latine ne font-ils
pas la démonstration qu’au contraire, il est possible au 21ème
siècle, d’entamer des réformes économiques et sociales
progressistes, de récupérer au profit des travailleurs les richesses
nationales, qu’un gouvernement peut passer outre les pressions impérialistes
s’il dispose d’un large soutien populaire ?
C’est ce soutien populaire aux mesures de rupture
avec le capitalisme qui reste à construire en France. Le jour où
la majorité des Français sera convaincue de la nécessité
de remplacer le capitalisme actuel par un socialisme moderne, de redonner à
la nation le contrôle des richesses du pays, ni les institutions européennes,
ni le FMI, ni l’OMC, ne pourront l’empêcher. Mais ce n’est
pas encore le cas ».
Ne pouvant participer à la rencontre du 8 février coorganisée par le Collectif communiste Polex, Ota Lev, un responsable du Parti communiste de Bohème-Moravie (République tchèque), nous a adressé ce message:
Prague le 31 janvier 2008
Chers camarades,
C´est avec un grand intérêt que j´ai
lu la Lettre ouverte au responsable des relations internationales au PCF publiée
dans "Parlons clair" No 34.
Il en résulte un grand effort d´une renaissance du PCF et d´une
reconquête du rôle atteint par le PCF au temps où il a représenté
une des positions les plus importantes grâce à son programme et
à son activité révolutionnaire dans le mouvement communiste
et ouvrier international.
Je suppose qu´à l´heure actuelle où la mondialisation
capitaliste intensifie l´exploitation des couches populaires du monde
entier, au moment où les Etats-Unis et d´autres forces impérialistes
imposent – grâce à la majorité des mass-médias
– leur politique un peu partout, il est nécessaire que les forces
populaires, et surtout les partis communistes, assument leur mission principale,
c´est-à-dire unifier leurs propres rangs pour pouvoir unifier les
forces populaires – et le PCF a ses expériences très utiles
du passé – pour affronter la mondialisation capitaliste et pour
la transformer en mondialisation en faveur des couches non-privilégiées
dans le monde entier, en faveur de notre avenir humain, socialiste.
J´espère que votre initative et vos expériences peuvent
être aussi très utiles pour plusieurs partis communistes.
De ce point de vue, je soutiens votre effort et votre appel à la rencontre
internationale des communistes et des forces gauches, je souhaite un grand succès
à vos travaux généreux en faveur de la paix dans le monde,
en faveur de la classe ouvrière et de tous les travailleurs, en faveur
de l´unité des forces communistes et progressistes contre les forces
néofascistes, néocoloniales, néolibérales n´importe
où elles se présentent et appliquent leurs programmes antipopulaires.
Très fraternellement
Ota Lev, historien, correspondant de Prague
J’ai accepté tout de suite l’invitation
à participer à ce débat. Je tiens d’abord à
saluer nos amis des ambassades de Cuba et du Venezuela, deux pays qui cristallisent
assez bien ce qui se passe aujourd’hui en Amérique en matière
d’internationalisme. Enfin, un continent où les choses bougent !
On ne peut malheureusement pas en dire autant partout, même s’il
y a en Europe aussi une montée des luttes et des résistances.
Nous sommes, au parti communiste français, en train de préparer
un congrès qui devrait être celui du changement, en particulier
sur le plan des relations internationales dont j’ai la responsabilité.
Je suis chargé d’un groupe de travail sur la question d’un
« nouvel internationalisme ». La rencontre de ce soir
m’intéresse donc, puisque je suis venu pour apporter quelques idées
mais aussi pour écouter les vôtres. Nous vivons un nouvel état
du monde, caractérisé par un capitalisme mondialisé, extrêmement
mobile, et dans lequel les classes dirigeantes sont aussi extrêmement
internationalisées, et par ailleurs des ouvriers, des salariés,
des migrants qui sont, eux, dans des situations de mobilité à
la fois restreintes, contraintes et dominées : une situation d’une
grande inégalité, d’un haut niveau d’exploitation,
qui rend d’autant plus nécessaire l’exigence de liberté,
de mobilité,dans une situation internationale différente. En même
temps se développent les aspirations à des solidarités
et des coopérations nouvelles : le mouvement altermondialiste, tel
qu’il s’est développé dans les années 1990
en témoigne, avec ses limites. Ses animateurs et nous-mêmes recherchons
aujourd’hui des prolongements, en convergence avec beaucoup d’autres
forces sociales.
Les années 1989-91 ont amené un bouleversement en Europe qui s’est
cristallisé sur la chute du mur de Berlin, essentiel pour l’avenir.
Cela nous amène à revisiter les concepts de référence,
en particulier ceux d’internationalisme et de solidarité. Ils ont
été formatés par un mouvement communiste international
qui a, pour l’essentiel, disparu, dans sa substance, peut-être même
dans sa réalité.
Nous avons aujourd’hui dépassé ce stade, il n’y a
pas que les partis communistes et ouvriers et les mouvements de libération
nationale, mais un ensemble plus large de forces politiques et sociales, qui
combattent le néo-libéralisme, c'est-à-dire le mode de
gestion du capitalisme, et qui ont un grand intérêt à un
nouvel internationalisme. Par exemple, ce qui s’est produit en France
et en Europe contre le traité européen, est un moment important
de rassemblement de forces extrêmement diverses, qui ont permis la victoire
du non en France : un échec pour les partisans d’une construction
européenne sur les bases du capitalisme d’aujourd’hui.
Je crains que la notion de solidarité, extrêmement forte, soit
dévalorisée si elle est utilisée n’importe comment.
Nous devons aujourd’hui construire des partenariats avec l’ensemble
des forces anti-capitalistes, antilibérales, pour construire d’autres
perspectives de société que celles que le capitalisme dessine
aujourd’hui. IL peut y avoir différentes formes de lutte aujourd’hui,
féministes, écologistes, pacifistes, etc…, et nous avons
intérêt à ce que cet ensemble de luttes converge.
Je voulais surtout dire que l’internationalisme tel qu’il était
avant la chute du mur est aujourd’hui dépassé, et qu’il
faut donc trouver d’autres critères, d’autres moyens, pour
construire un internationalisme nouveau ? On peut, on doit, se poser la
question : de qui sommes-nous solidaires ? Sommes-nous solidaires
de tous les partis communistes et ouvriers dans le monde ? Nous l’avons
déjà dit en 1994, à notre 24ème congrès,
ce qui compte, ce n’est pas l’étiquette, mais l’engagement
concret des forces considérées dans les luttes anti-capitalistes
et de transformation sociale, et les luttes qui convergent vers d’autres
expériences politiques et sociales. Nous avons à reconstruire
un internationalisme en partant non des étiquettes, mais des contenus,
des enjeux et des problèmes d’aujourd’hui. En particulier,
comment lutte t’on contre le capitalisme mondialisé et ses modes
de gestion ? Contre ses institutions, OMC, Banque mondiale, etc ?
Comment, face à l’hégémonie américaine, lutter
pour construire des situations de paix et de libération des peuples,
d’indépendance et de souveraineté ? On pense bien sûr
au peuple palestinien, mais il y en a bien d’autres, le peuple sahraoui
par exemple. Comment construit-on des solidarités dans le domaine du
développement durable ? Les rapports sociaux, y compris en matière
d’écologie, méritent d’être changés,
y compris la relation de l’homme à la nature. Car le mode de gestion
capitaliste a conduit dans tous ces domaines, à des conséquences
destructrices, prédatrices, pour la nature, l’environnement, les
hommes, et leur façon de s’organiser ensemble.
Semou Pathe Gueye, enseignant à l’Université de Dakar, Secrétaire du Parti de l’Indépendance et du Travail, Sénégal :
Je tiens d’abord à exprimer le plaisir que j’ai d’être avec
vous, pour plusieurs raisons : d’abord pour le thème, car l’une des valeurs
fondamentales qui nous réunit est l’internationalisme. Je suis de cette génération
dont la conscience politique a été formée par les grandes batailles qui ont
eu lieu en France, avec l’UEC contre la guerre au Vietnam, avec les luttes de
libération nationale et sociale, au Mozambique, au Chili, etc. Je suis donc
peut-être plus sensible à cette question que les générations qui m’ont suivi,
d’autant que pendant dix ans, j’ai été le représentant de mon parti à Prague,
avec la Nouvelle Revue Internationale. Durant dix ans, j’ai vécu quotidiennement
avec les représentants de 74 partis communistes, et c’est dans ce cadre que
j’ai fait le tour du monde.
La question est complexe, et si déjà, aujourd’hui, nous arrivons à poser les
bonnes questions, nous aurons réussi. Il faut évidemment tenir compte des mutations
qui affectent aujourd’hui le monde, et de ce qui doit en découler, non seulement
au plan théorique, mais dans la pratique de nos luttes pour le changement. La
diversité de nos grilles d’analyse face à cette complexité nous empêchera certainement
de parvenir à des conclusions communes aujourd’hui. On ne peut que constater
le recul de l’internationalisme, et faire quelques hypothèses sur les causes.
J’ai pu vérifier en arrivant dans la salle ce que je supposais avant d’y entrer :
une moyenne d’âge supérieure à quarante ans. Le recul de la conscience internationaliste
est clair dans les générations françaises plus jeunes. A t’on baissé la garde
dans le mouvement progressiste français par rapport à cette question ? La nouvelle
génération est-elle confrontée à de telles difficultés qu’elle pense qu’il faut
régler les problèmes français avant de se préoccuper d’autre chose ? Il est
clair en tout cas que de grandes mobilisations existaient en France à chaque
fois que quelque part les libertés d’un peuple étaient en cause, comme c’est
aujourd’hui le cas au Tchad. Ces mobilisations quasi spontanées, vigoureuses,
n’existent plus aujourd’hui. Depuis une semaine que je suis en France, alors
que des faits d’une extrême gravité se passent en Afrique, je n’ai rien vu de
cela.
Est-ce que la capacité d’indignation face à l’impérialisme a tellement régressé
que l’on ne peut avoir que des rencontres comme celle de ce soir ? Faut-il considérer
comme dépassé l’internationalisme tel que nous l’avons vécu et pratiqué ? « Prolétaires
de tous les pays, unissez vous », « peuples opprimés, unissez vous », sont-ils
des slogans dépassés ? Le « nouvel internationalisme » devrait-il être construit
sur les cendres du précédent ? Dans un monde qui a changé, compte tenu des nouvelles
formes du capitalisme, il faut effectivement un nouvel internationalisme. Pas
nouveau au sens où il faudrait tirer un trait sur l’ancien, mais qui prenne
en compte les nouvelles injustices. Si nous prenions le terme « dépassé » comme
un rejet des formes précédentes de l’internationalisme, ce serait lâcher la
proie pour l’ombre. Les nouvelles formes de lutte ne peuvent s’articuler qu’autour
de l’alliance, comme autrefois, du mouvement ouvrier et des mouvements de libération
nationale. De toutes façons, le capitalisme, même s’il a évolué, ne peut être
combattu sans le mouvement ouvrier et la résistance des peuples.
Le mouvement altermondialiste apparaît trop souvent comme une compensation à
notre défaite dans la construction d’un nouvel internationalisme. Cela empêche
de réfléchir à quel type d’articulation on pourrait construire avec ce mouvement,
qui n’est pas construit autour d’un projet cohérent. Nous allons droit vers
l’essoufflement du mouvement altermondialiste. Nous devons réfléchir à une reconstitution
du mouvement ouvrier, même si ce n’est pas sous sa forme ancienne, à une nouvelle
alliance avec le mouvement de libération nationale, qui lutte aujourd’hui sous
d’autres formes, dans un nouveau contexte. Parfois il suffit qu’une personnalité
émerge dans le « tiers monde », même avec une vision obscure, voire incohérente,
pour qu’on le mette en relief en oubliant les militants qui luttent depuis longtemps,
réellement, en Afrique. Je m’en suis souvent plaint, par exemple à la fête de
l’Humanité (où Aminata Traoré a été promue en vedette africaine). Ce ne sont
pas des individualités qui vont pouvoir construire une force réelle contre le
capitalisme. Les personnalités peuvent parfois faire avancer l’histoire, elles
n’ont jamais fait l’histoire.
Vous devez savoir que le mouvement altermondialiste est souvent dans nos pays,
constitué de personnalités qui n’ont aucune emprise sur les forces qui luttent
réellement contre le capitalisme. Il y a quelques années, quand le Forum Social
Mondial s’est réuni à Dakar, les camarades brésiliens, communistes,qui en faisaient
partie, se sont rendu compte qu’ils étaient enfermés dans leur hôtel, sans aucun
contact avec les syndicats, les partis politiques. C’est à leur demande expresse
que les organisateurs du FSM ont daigné se rapprocher de nous. Le sectarisme
anticommuniste qui pèse parfois dans le mouvement altermondialiste doit être
combattu si l’on veut se diriger vers autre chose qu’un leurre, vers un internationalisme
qui soit la jonction de forces politiques et sociales opposées à la mondialisation
néolibérale.
L’une des dernières interventions de cet « ancien » internationalisme
dont on a parlé, c’est il y a vingt ans, la victoire cubaine contre les partisans
de l’apartheid à Cuito Carnavale (Angola). C’est une autre époque, mais cela
a eu un impact décisif sur l’évolution du monde, avec la chute de l’apartheid
(en Afrique du Sud), et la chute d’autres murs dont on parle moins que de celui
de Berlin. Aujourd’hui, on a Jack Lang qui va au Venezuela encenser la révolution
bolivarienne, et revient à Paris pour signer le traité européen !
L’internationalisme implique de s’unir, mais sur la base de projets socialistes.
Il faut s’unir, y compris avec des franges des courants réformistes, écologistes,
féministes, etc. La principale base de cette union indispensable est le constat
que le capitalisme, qui a toujours été l’ennemi des travailleurs, est devenu
celui de l’humanité en général, et même de la vie sur terre. Il faut le dire :
si l’internationalisme a été abandonné, c’est parce qu’un projet de rupture
avec le capitalisme a été abandonné. IL n’existe pas de projet social sans internationalisme,
et pas d’internationalisme sans projet social radical en rupture avec le capitalisme ;
et je dis bien, avec le capitalisme, pas avec le néo libéralisme, la domination
de la finance ou je ne sais quoi.
Il ne s’agit pas de réguler le capitalisme, mais de rupture avec lui, et d’émancipation
sociale. C’est un processus de lutte, de transition au socialisme dont il doit
être question, et il est vrai que l’altermondialisme s' il se réduit à un altercapitalisme,
a perdu d’avance.
Les capitalistes à Davos par exemple, travaillent d’arrache pied à une réorganisation
du capitalisme. Il nous faut donc le faire aussi, en réinventant de nouveaux
instruments et de nouveaux objectifs : le plus important étant de sauver la
vie sur Terre. L’internationalisme ne peut pas être le Nord qui aide le Sud,
ou les « plus avancés » qui vont guider, comme le disait l’internationale en
1864. Militants dans un pays impérialiste, on pourrait enfin se débarrasser
de notre tendance à donner des leçons, résidu d’un esprit colonialiste. Peut-on
expliquer à Chavez ce qu’est la démocratie, deux jours après l’adoption à Versailles
du traité européen ? N’y aurait-il pas à l’inverse, quelques leçons à tirer
de ce qui se passe là-bas ? Pas pour importer des solutions toutes faites qui,
évidemment, ne marcheraient pas.
Mais par exemple, en matière de démocratie, il faut réfléchie à l’exemple de
Cuba et du Venezuela, où les missions sociales, vaccinations, dispensaires de
quartiers, ne sont pas gérés par l’état, le ministère de la santé,mais par les
citoyens, la base. Ne pourrait-on y réfléchir pour les populations de nos banlieues ?
Deuxième exemple, en ce qui concerne les services publics en voie de destruction
en France, alors que l’EDF est un modèle reconnu dans le monde. Les peuples
d’Amérique latine ont pour sauver leurs services publics, inauguré une stratégie
de lutte continentalisée, en reconstruisant le mouvement syndical sur une base
internationale ; c’est vrai pour l’énergie, le système bancaire, les moyens
de communication. Ne peut-on pas y trouver des idées ?
Permettez-moi d'abord de remercier la POLEX de ce débat
fort intéressant dans lequel je souhaiterai parler dans un contexte concret,
et attirer votre attention sur la nécessité d'abandonner la notion
de "solidarité entre partis frères".Aujourd'hui, il
s'agit de développer des solidarités et des fronts régionaux
qui construisent le front International contre l'impérialisme international.
Dans la région méditerranéenne, il y a au moins trois sortes
de danger qui nous menacent :
1) Les accords de Libre échange qui seront
imposés par l'UE dans notre région notamment au Maghreb, avec
ce que cela sous-entend de pillage et de misère de ses peuples.
2) le projet de l'Union Méditerranéenne
que propose Sarkozy, on connaît ses objectifs :
- Normaliser les relations entre les pays de la Méditerranée et
Israël et banaliser l' occupation de la Palestine.
- Ecarter à jamais la candidature turque au sein de l'U.E.
- et enfin installer l'impérialisme européen comme une réalité
dans la région.
3) Le projet américain de l'AFRICOM :
une grande base américaine sera installée en Afrique (Maroc ou
Algérie). Elle dirigera les armées de neuf pays africains pour
soi-disant combattre le terrorisme, mais en réalité pour piller
l'Afrique et empêcher toute émancipation de l'impérialisme
en Afrique.
Voilà concrètement un front Régional à construire
avec, je vois dans la salle, des sénégalais, des algériens,
des sahraouis, des français et au-delà, les italiens, les portugais,
les tunisiens et toutes les forces en Afrique pour combattre le libéralisme
sauvage et l'impérialisme et surtout pour promouvoir les valeurs de la
paix et de la démocratie pour nos peuples. Faisons un comité de
suivi pour engager rapidement ce travail.
L’internationalisme est et a été pour la Révolution cubaine un principe fondamental du peuple sous la direction du Parti Communiste de Cuba. L’internationalisme et la solidarité ont été une pratique conséquente vis-à-vis des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine.
Cette culture politique du peuple cubain a ses racines dans la pensée politique internationaliste et anti-impérialiste de José Martí et Fidel Castro, outre les principes marxistes-léninistes de notre parti. C’est pourquoi, après la disparition de l’Union Soviétique et de l’internationale communiste, notre pays n’a pas trahi les liens d’amitié et solidarité avec d’autres peuples du monde.
Le programme cubain de bourses pour les étudiants étrangers, grâce auquel des milliers de techniciens et professionnels d’autres nations du Tiers Monde ont fait des études, est une expression authentique et une modeste contribution de Cuba à la construction d’un nouvel internationalisme.
Plus récemment, et basé su les mêmes principes, a été créée l’Ecole Latino-américaine de Sciences Médicales qui est devenue, en peu de temps, un modèle de ce que doit être la coopération dans un domaine aussi sensible que la santé. Par l’envoi de milliers de coopérants, notamment des médecins généralistes dans d’autres pays, Cuba, pendant les années difficiles de la période spéciale, a contribué, d’une façon modeste et désintéressée, à préserver et à sauver nombre de vies humaines.
Malgré le blocus économique des Etats-Unis contre
notre peuple, 30 000 jeunes de 123 pays font des études aujourd’hui
dans nos universités, dont
23 000 étudiants de médecine. Presque 37 000 travailleurs cubains
du secteur de la santé, dont 18 000 médecins, travaillent dans
69 pays du monde. Une autre preuve de l’aide solidaire cubaine est constitué
par le million de personnes, notamment pauvres, de 32 pays, qui ont récupéré
la vue à travers « l’Opération Miracle »
et plus de 3 millions de personnes de 23 pays ont été alphabétisées
ces cinq dernières années avec la participation de conseillers
cubains, à travers la méthode « Oui, je peux ».
Il s’agit d’un modeste, mais solidaire apport du peuple cubain à
la construction d’un nouvel internationalisme et à la coopération
internationale entre les peuples.
Nous continuerons à défendre le droit de Porto Rico à son indépendance, à soutenir les causes sahraouie et palestinienne et nous avons apporté notre soutien au peuple du Pakistan lors du tremblement de terre; nous avons également offert notre aide au peuple des Etats-Unis à l’occasion de la catastrophe provoquée par l’ouragan Katrina mais George Bush s’est opposé à cette aide solidaire de nos médecins au peuple des Etats-Unis. Nous sommes également solidaires avec les peuples tout en condamnant toutes les guerres impérialistes à l’ONU et dans d’autres tribunes internationales.
Nous estimons que nous devons construire un nouvel internationalisme fondé sur la solidarité entre les peuples du monde.
ADHERER AU COLLECTIF COMMUNISTE POLEX
Notre ambition est de devenir un Centre d'Etudes et de Réflexion Internationaliste.
Nos activités (publications écrites et informatiques, réunions publiques et séminaires) se placent délibérément dans le sillage de militants internationalistes français ; ceux qui ont su être solidaires en 1920 des révolutionnaires soviétiques, et en 1936 des républicains espagnols ; les intellectuels comme Gabriel Péri, qui dénonça avant 1939 les crimes du fascisme et du nazisme, leurs complices français, et fut fusillé pour cela par les occupants hitlériens ; le métallo Fabien, qui combattit le franquisme dans les brigades internationales, et poursuivit la lutte antifasciste en initiant la Résistance en France, aux côtés des militants immigrés de la M.O.I. ; les militants qui surent soutenir les peuples soulevés contre le colonialisme français d'Indochine et d'Algérie, et combattre les impérialismes contemporains, au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs. Ils ont pu, parfois, se tromper ; ils ont porté, souvent au péril de leur vie, l'idéal communiste d'égalité entre les hommes et les peuples.
La fermeté des convictions ne suffit pas à combattre l'impérialisme, si elle n'est pas armée des connaissances nécessaires : c'est pourquoi nous voulons fournir, sur les réalités internationales complexes, des analyses approfondies et plurielles (de notre fait et d'autres provenances), aux militants politiques, syndicaux, associatifs, et, au-delà, à l'opinion publique souvent désinformée. Dans ce but, après le succès du débat sur le thème « Construire un nouvel internationalisme. Comment combattre efficacement l' impérialisme ? Avec quelles forces ? », nous prévoyons d'autres rencontres sur l'Irak, l'Amérique latine, etc.
Pour cela, il faut des moyens humains et financiers, que seuls nous donneront des adhérents nombreux à l'association :
Cotisation annuelle (pouvant être réglée en 2 fois) : 40 €
Cotisation adaptée aux situations particulières (demandeurs d'emploi, revenus modestes, RMI, etc.) : 20 €
Cotisation de soutien : 100 € ou plus
Les chèques doivent impérativement être à l'ordre de « POLEX ». Les versements sont à adresser par courrier à l'adresse suivante :
Jean-Louis
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