DE L’URSS D’HIER Á LA RUSSIE DE 2012

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Le 13 janvier 2012, le collectif communiste Polex a reçu A. D., historien et politologue marxiste venu de Moscou, qui prépare actuellement un ouvrage sur l’invasion de la Russie par Napoléon 1er en 1812 ;
Il nous a exposé les raisons qui, selon lui, ont permis l’effondrement du pouvoir soviétique. La réflexion théorique marxiste s’était sclérosée en URSS où on étudiait beaucoup les contradictions internes du capitalisme, mais très peu ou pas du tout les contradictions du socialisme. Certes on répétait les réflexions de Marx ou Lénine sur les classes sociales, l’Etat, mais elles ne pouvaient être qu’embryonnaires vu l’époque à laquelle ils avaient vécu. On ignorait la réalité de la société d’URSS, l’énorme différenciation de pouvoir entre dirigeants et dirigés et les conséquences idéologiques que cela entraînait, les divergences politiques et sociales au sein du socialisme entre dirigeants et dirigés. Cette opposition porte notamment sur les questions suivantes :

* le socialisme ne peut se résumer à l’appropriation collective des moyens de production réalisée en URSS. Il doit aussi avoir pour objectifs un état démocratique, une armée démocratique etc.. A ce sujet, A. D. a cité une phrase du communiste d’origine polonaise Dzerjinski, « soit nous construisons la démocratie dans le parti, soit nous aurons un dictateur couvert de plumes rouges ».

* C’est selon lui l’autre tendance qui a prévalu en URSS et a abouti dans le socialisme à un régime bureaucratique qui est de façon réductrice baptisé stalinien. Il se caractérisait par l’irresponsabilité des dirigeants, des élections fictions et l’élimination politique et physique des divergences avec les dirigeants.

* au XXe congrès du PC soviétique en 1956, Khroutchev a pratiqué une dénonciation juste de l’arbitraire, mais avec des arguments souvent inacceptables et dans le cadre du système bureaucratique.

* même constat pour Gorbatchev en 1990, quand il a dissout le parti dont il était secrétaire général et l’URSS ; il a lui-même déclaré « j’avais contre moi la majorité du comité central, mais dans notre pays le dirigeant a tout pouvoir de décider », ce qui est la définition même du « régime bureaucratique ».

* en 1932, après la collectivisation à la campagne et en ville, Staline avait annoncé la société sans classes pour dans 10 ans. Mais parallèlement, l’état bureaucratique renforçait son pouvoir arbitraire. Kirov, sur ce point, laissait poindre ses réticences en se taisant ; 10 mois après il était assassiné.

* Kroutchev a en 1959 fait preuve du même volontarisme en annonçant pour dans 20 ans la société communiste, alors que la société socialiste restait encore à achever.

* en fait, dans le système bureaucratique de l’étape socialiste, l’objectif des dirigeants devient peu à peu essentiellement la conservation du pouvoir, ce qui les éloigne de plus en plus de la masse des dirigés.

*l’analyse de ces problèmes n’a pas abouti en URSS. Elle a été seulement effleurée quand une réflexion avortée a été entamée sur le concept marxiste de « mode asiatique de production ». A. D. pense que ce concept doit être élargi, que ce mode de production « étatico communautaire » (on le trouve dans d’autre continents que l’Asie), démontre que le problème dirigeants/dirigés et la forme de l’état qui en découlent préexiste à la propriété privée et à l’exploitation (féodale ou capitaliste) et se poursuit dans le socialisme.
Le débat qui a suivi a porté sur les questions de pouvoir et s’est demandé dans quelle mesure cette analyse du passé de l’URSS était utile pour comprendre l’histoire des communistes français et prévoir les futurs socialismes.

En ce qui concerne la Russie actuelle, A. D. a insisté sur le fait que les consultations électorales ne donnent guère d’indications fiables sur l’état d’une opinion soumise à un capitalisme autoritaire.

Compte rendu réalisé par le secrétariat du collectif

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