« Rapports Nord-Sud » et impérialisme.
Sous la forme coloniale autrefois ou impérialiste aujourd’hui, le partage inégalitaire du globe a une réalité fondamentale : quels qu’en soient les mécanismes qui évoluent, les pays et peuples dominés sont d’exclusifs fournisseurs d’hommes, minerais, produits agricoles et sources d’énergie non transformées, non directement comestibles, aux puissances impérialistes industrialisées qui en tirent profit.
Pour briser un jour le carcan impérialiste, il faut donc lutter pour le développement endogène de chaque pays dominé, pour qu’y soient créées des industries de transformation capables de produire pour la population vêtements, outils, machines, produits agricoles comestibles, etc. Le militant malien de l’UM-RDA, Amadou Seydou Traoré l’a exprimé clairement dans une interview publiée par le journal l’Humanité du 09/10/2010 : « Il n’y a pas de pays développé sans industrie développée… L’industrie est dans tous les pays le facteur dominant du développement, même si l’agriculture en constitue la base de départ ».
Cette analyse vaut pour les militants européens, français ou américains, quand ils parlent du sort malheureux des peuples « du Sud ». Les gémissements humanitaires sur la pauvreté endémique, les guerres et les réfugiés condamnés à l’exode, ne situent en rien les responsabilités. Cette vision « humaniste », « caritative », des rapports « Nord-Sud » envahit trop souvent les discours les mieux intentionnés, et leur enlève toute pertinence.
On peut s’étonner de lire le compte-rendu rédigé par le PCF, d’une rencontre à Bamako avec une quinzaine de partis progressistes africains, sans y voir la moindre allusion à la nécessaire industrialisation des anciennes colonies françaises ; c’est pourtant le seul moyen d’éradiquer la fuite des capacités africaines vers l’Occident qui interdit tout développement aux pays qui en sont victimes. Par ailleurs, ce compte-rendu évite soigneusement de prononcer le terme impérialisme comme s’il s’agissait d’un gros mot et non d’un concept scientifique. Il est regrettable que les pesanteurs opportunistes amènent un parti communiste à se rabougrir ainsi au niveau des discours socio-démocrates ou « écologistes » : ce centrisme politique nouvellement vêtu de vert, prétend interdire le développement aux pays du Sud pour ne pas polluer l’univers ; cette nouvelle version branchée du discours colonial ignore que la pollution est d’ores et déjà intense au sud, envahi de déchets industriels souvent venus d’ailleurs, sacs plastiques et ordures urbaines, et que le seul moyen d’y remédier est justement l’industrialisation qui permettrait d’alimenter les services publics aujourd’hui déficients.
Francis Arzalier
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