Sport, spectacle et capitalisme.

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Aimer ou non le sport est le droit de chacun. Aucun Etat ne doit avoir loisir d’imposer ses choix en la matière aux citoyens. Le comportement sexuel ou ludique ne relève pas de l’Etat, qu’il soit socialiste ou pas. Tout ne se réduit pas à la dimension politique, malgré ce qu’en ont dit certaines manipulations sectaires de Marx.
Cependant, quand une coupe du monde de football occupe à ce point l’opinion, les communistes, au nom de leur idéal d’égalité entre les hommes et les peuples, doivent y réfléchir, et ne pas oublier quelques principes élémentaires.
Passe encore que le « noble jeu », auquel on prend plaisir dans chaque cour d’école, soit devenu par la télévision un spectacle à savourer dans son fauteuil, en se bourrant de pizzas et de canettes de bière. Passe aussi que ce soit devenu une énorme entreprise financière, avec des clubs cotés en bourse et spéculant au profit de leurs actionnaires, en achetant et revendant des joueurs, mercenaires internationaux, qui dépensent en une nuit d’hôtel le revenu mensuel d’un Rmiste : nous vivons une jungle capitaliste où « le marché » fait loi aux hommes.
Mais il faut rappeler que ces grands messes à prétexte « sportif » sont devenues « l’opium du peuple » dont parlait Marx il y a cent cinquante ans, à la place, dans notre Europe vieillissante, du catholicisme fatigué. Chaque gouvernement dévoué au capitalisme, rêvant d’austérité populaire et de régression sociale, utilise la « fièvre du jeu » pour faire oublier les coups portés aux salaires, le chômage, etc. Sarkozy et sa bande espéraient bien remonter dans les sondages d’opinion, imposer sans réactions la retraite rognée, grâce au mondial. Et ils sont d’autant plus hargneux contre « les bleus » que ces vedettes gonflées de suffisance ont joué comme des débutants. Cela n’a d’ailleurs rien de spécifiquement français : la majorité pauvre, exploitée, des citoyens sud-africains a oublié pour quelques mois, en soufflant dans ses vuvuzelas, que la Révolution sociale égalitaire est encore à faire à Pretoria. Rien de bien neuf dans cette instrumentalisation du spectacle sportif : il est depuis longtemps le vecteur de tous les nationalismes, dont l’objectif est de faire oublier un temps que toute nation se divise en exploiteurs et exploités : c’est vrai en Algérie et en Egypte, en Italie comme au Brésil…
Mais la coupe, cette fois-ci, déborde à Paris, quand le philosophe Finkielkraut, suivi de politiciens sarkoziens, désigne les coupables du fiasco de l’équipe de France : les joueurs des ghettos immigrés, non représentatifs de la nation française (laquelle, selon notre penseur, ne peut être que blanche de peau, et sioniste, à son image). La dirigeante du front national a, bien sûr, repris à son compte cette indignité raciste.
Qui osera encore parler de valeurs morales véhiculées par ce business qui déshonore les vedettes professionnelles du sport, et ceux qui les utilisent ?

Francis Arzalier

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