REGARDS D'EUROPE

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SOLIDAIRES DU PEUPLE GREC

La politique d'hyper-austérité infligée au peuple grec illustre la réalité de la construction européenne qui se fait contre les peuples pour répondre aux intérêts du capital. Malgré les pressions de toutes sortes, le peuple grec ne s'en laisse pas compter, il n'accepte pas de se serrer la ceinture "pour rassurer les marchés" et se déclare en état de légitime défense. Il résiste et se bat. Le 5 mai, journée de grève générale et de manifestations en Grèce, des rassemblements ont été organisés dans toute l'Europe en solidarité avec le peuple grec.
Au-delà du soutien, c'est aussi l'expression de la prise de conscience que tous les peuples sont concernés. La colère du peuple grec est la nôtre. Comme le disait un camarade dans la manifestation: "S'ils arrivent à faire avaler la pilule aux Grecs, ils vont étendre la recette aux autres pays". "Ils", ce sont les gouvernements, les institutions européennes, les banques, le FMI. Ils s'acharnent contre la Grèce qu'ils considèrent comme le maillon faible. S'ils réussissent à imposer leur plan de rigueur, ils ne manqueront pas de renouveler l'opération dans d'autres pays. La Grèce est aujourd'hui le cobaye des mesures antisociales qu'ils s'apprêtent à appliquer dans toute l'Europe: réduction drastique des dépenses publiques, baisse des salaires et des pensions, relèvement de l'âge du départ à la retraite, hausse de la TVA, sans oublier la déréglementation du travail et la libéralisation des secteurs qui restent sous contrôle public. Dans toute l'Europe, les gouvernements de droite et sociaux-démocrates utilisent la crise grecque pour imposer un tour de vis brutal à leurs peuples. En France, le Premier ministre annonce le gel des dépenses publiques et prépare une réforme des retraites pour donner des gages aux marchés financiers. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, reconnaissait récemment dans plusieurs quotidiens européens: "Les réformes nécessaires pour réduire les déficits budgétaires dans les pays de l'Union européenne imposeront des mesures impopulaires".
Les travailleurs grecs sont aux avant-postes de ce combat pour l'emploi, le pouvoir d'achat et les services publics. Apportons-leur notre soutien et comptons sur eux pour tenir la ligne de front: ils ont vaincu la dictature des colonels, ils vaincront la dictature des marchés financiers soutenus par les gouvernements, les institutions européennes et le FMI. Nous devons mettre en échec les médias aux ordres du capital qui essaient d'empêcher cette solidarité en propageant des idées fausses comme "les Grecs sont responsables de leur situation", "ils n'ont que ce qu'ils méritent"....Les travailleurs grecs nous montrent la voie à suivre: ce n'est pas aux peuples de payer la faillite du système capitaliste dont ils ne sont pas responsables! Leur combat actuel est clairement celui du travail contre le capital. Voter pour le "plan de soutien à la Grèce" (comme la corde soutient le pendu) comme l'ont fait les députés UMP et PS, c'est cautionner le plan de rigueur imposé aux Grecs par l'Union européenne et le FMI et ouvrir la voie à l'extension de ces plans dans toute l'Europe en cherchant à concilier le capital et le travail. Vaine tentative dans une période qui se caractérise par un aiguisement de la lutte des classes! Nous partageons l'objectif défini par Eliseos Vagenas, membre du Comité central du Parti communiste grec (KKE), dans l'Humanité du 5 mai:
"Ce qui est important pour nous les communistes, c'est que, à travers la lutte contre les mesures antipopulaires, se créent des conditions de contestation, de rupture et de renversement du système capitaliste d'exploitation".

APRES LES DOCKERS, LES ROUTIERS OBTIENNENT LE REJET D'UNE DIRECTIVE

Ils sont rares les secteurs professionnels qui ont réussi à bloquer sur le plan européen le rouleau compresseur de la déréglementation du travail et de la libéralisation. Malgré les luttes menées, souvent puissantes et dans la durée, les télécommunications, l'énergie, les transports, la poste ont été libéralisés. Il faut toutefois reconnaître que certaines organisations syndicales étaient plus préoccupées par l'aménagement "social" des directives dans le cadre des mécanismes européens que par leur rejet. Ce positionnement a sûrement nui à l'efficacité des luttes. Mais la responsabilité des gouvernements est également engagée: n'est-ce pas le gouvernement français de gauche plurielle qui a accepté en décembre 2000 de mettre le doigt dans l'engrenage de la libéralisation du fret ferroviaire. Votre signature est toujours au bas de l'accord du Conseil des Ministres, M. Gayssot! C'est encore ce même gouvernement qui a réalisé une transposition en droit national, dite "de gauche", des directives sur le gaz et l'électricité dont les personnels paient aujourd'hui les conséquences. D'autres exemples pourraient être donnés de ces transpositions "de gauche" des directives dans les secteurs de la poste, des transports aériens et maritimes. A l'époque, la majorité de gauche au parlement national ne faisait que mettre en musique les décisions du Conseil européen approuvées par Jacques Chirac et Lionel Jospin.

Seuls les dockers, avec les personnels des ports, ont réussi par deux fois à faire échec aux directives de libéralisation des services portuaires. Est-ce parce que de nombreux syndicats de dockers en Europe étaient rattachés à une structure internationale sans être membres de la CES? Est-ce parce qu'ils ont mené dès le départ une lutte frontale contre les directives sans essayer de louvoyer de compromis en compromission? Est-ce parce qu'ils n'ont jamais cru aux illusions d'une Europe sociale que leur faisait miroiter la CES? Toujours est-il qu'ils ont gagné en obtenant le rejet des directives!

Leur expérience a sûrement inspiré les routiers dans leur action contre une directive européenne visant à augmenter le temps de travail des routiers indépendants au-delà de 48 heures par semaine (jusqu'à 60 heures). L'instauration d'un régime différencié entre routiers indépendants et salariés entrainerait un dumping social et une détérioration en matière de sécurité routière. Pour pouvoir les faire travailler plus longtemps, les entreprises voulaient profiter de cette directive pour pousser leurs salariés à devenir indépendants ou auto-entrepreneurs. Les syndicats de camionneurs de nombreux pays d'Europe ont engagé l'action par des manifestations, des rassemblements et convois de camions qui ont convergé vers Bruxelles le jour où la directive était discutée et votée à la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen. Cette lutte de plusieurs mois a payé puisque la commission compétente a rejeté cette directive par 30 voix contre 19. La députée communiste portugaise, Ilda Figueiredo, s'est félicitée de ce résultat qui fait triompher "les impératifs sociaux de sécurité routière contre les intérêts économiques" et constitue "un premier pas pour lutter contre le faux travail indépendant et la précarité". L'action doit se poursuivre pour que ce vote en commission soit confirmé à la session plénière de juin. La Commission européenne devra alors retirer sa proposition comme elle a dû le faire pour la directive sur les services portuaires.

L'EUROPE EN BREF

Jean Paul Le Marec

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