Les élections en Hongrie : la revanche du grand-père ?
Les élections générales en Hongrie consacrent
la victoire de la droite et de l’extrême droite. Les sociaux démocrates,
au pouvoir, ont été balayés : de 43,21 % en 2006,
ils n’ont recueilli que 19, 29%, hier, 11 avril. Anciens apparatchiks
du régime précédent, reconvertis en « européistes »
flamboyants, partisans inconditionnels du « marché »,
ils ont conduit le pays dans une crise profonde.
Contredisant également les sondages, le nouveau parti écologiste
de gauche, le LMP, entre lui aussi au Parlement. Il remporte donc d'entrée
de jeu un succès avec 7,42% des suffrages.
Mais la population s’est massivement détournée du MSZP (le
Parti socialiste) pour accorder sa confiance au Fidesz (Union Civique Hongroise),
un parti de droite conduit par un jeune professeur de 46 ans, Viktor Orban,
dont le score passe de 42,03% en 2006 à 52,77% hier.
Son programme, de droite très affirmée, a ouvert la voie à
plus radical encore, celui du parti Jobbik, qui milite pour une « meilleure
Hongrie » (jobbik signifiant ‘le meilleur’), de
Gabor Vorna, un jeune professeur de 31 ans. Ouvertement xénophobe et
antisémite, faisant des Juifs et des Roms les responsables de la misère
hongroise, ce parti, crée en 2003, a « surfé »
sur « l’euroscepticisme » de la population pour
exalter la « Grande Hongrie » et les valeurs mises en
avant par le régime de l’amiral Horthy, le dictateur de l’entre
deux guerres, allié de l’Allemagne hitlérienne contre l’Union
soviétique, de 1941 à 1944. Le Jobbik n’a pas hésité,
en 2007, a créer une milice, la Garde hongroise, qui patrouille dans
les villages roms en provoquant les habitants. La Garde hongroise elle
a tout le décorum des milices fascistes de l'entre-deux-guerres.
Etroitement encadrée par une hiérarchie quasi militaire, elle
défile au pas. Ses membres, tout de noir vêtus, portent sur leur
brassard l'écusson rayé rouge et blanc de la dynastie d'Arpad,
le prince qui conduisit au IXe siècle les tribus magyares dans le bassin
des Carpates. Un blason qu'avait également adopté, en 1944, le
parti nazi des Croix-Fléchées...
Rappelons que ce parti, au pouvoir à l’époque, s’est
distingué par des massacres de juifs et de résistants, dignes
de ceux opérés par les SS à Tulle et à Oradour.
Rappelons-nous le film de Costa Gavras, « Music Box ».
Disons, que comparé au Jobbik, notre Front National fait figure de formation
centriste !
Hier, entrant pour la première fois au Parlement, ce parti a recueilli
16,71% contre en 2006 !
C’est dans cette Hongrie-là, celle de Horthy et des Croix Fléchées,
que la famille de petite noblesse Sarközy de Nagy-Bosca vivait, très
à l’aise, sur ses terres, exerçant des fonctions électives
à la mairie de Szolnok.
À l'arrivée de l'Armée rouge en 1944, la famille est
expropriée et s'exile. Après de nombreuses péripéties
à travers l'Autriche et l'Allemagne,
En fait la famille fuit devant l’Armée rouge et s’installe
dès 1944 en Autriche, puis en Allemagne. L’Allemagne n’encourageait
pas alors ni le tourisme, ni l’afflux de réfugiés indigents,
aussi cette fuite ne fut-elle possible qu’avec des amitiés allemandes*.
Pal, le père de Nicolas, appartient à une caste compromise avec
un régime odieux, il fait parti du camp des vaincus. Alors, il préfère
l’exil à un avenir médiocre
Quelles leçons tirer des élections hongroises et de ce retour
à un passé qu’on croyait, à jamais, révolu ?
La sociale démocratie, transfuge de la nomenklatura de la Hongrie populaire,
s’est en 1991, tournée délibérément vers « l’Europe »
et sa loi du marché. Cette conversion au capitalisme a plongé
le pays dans un marasme profond, libérant des nostalgies de
fausse grandeur et de vrai fascisme. Ce phénomène est perceptible
dans d’autres pays, tels l’Autriche où l’extrême
droite dépasse les 20%, les pays baltes où, comme en Lettonie,
les anciens Waffen-SS paradent comme des héros, la Bulgarie, la Roumanie…
Cette situation dangereuse est le fruit empoisonné d’une construction
européenne, qui n’a amené aux peuples que pauvreté,
misère et désillusions.
Faute d’une force authentiquement communiste et révolutionnaire
en capacité de montrer le véritable chemin, les foules se tournent
vers les diseurs de mauvaises aventures…
Cette leçon est valable aussi pour la France !
Jean Levy