« Drones, mercenaires : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». (K. Von Clausewitz)

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Toutes les guerres permettent aux dirigeants politiques des grandes puissances impérialistes d’expérimenter de nouvelles armes, de nouvelles façons de combattre. Celles menées par les USA en Irak, par les forces de l’OTAN en Afghanistan et au Pakistan (zones « tribales ») ne font pas exception. Les grandes nouveautés du 21ème siècle dans les guerres impérialistes sont l’usage de drones, avions sans pilote qui peuvent survoler, visualiser et bombarder un objectif à des milliers de kilomètres de celui qui les pilote aux Etats-Unis (ou en France), et la multiplication des armées privées, comme Executive Out Come ou Blackwater, qui louent leurs services en zones de guerre aux gouvernements occidentaux, USA ou OTAN. Ces deux nouveautés ont en commun de changer l’impact politique des guerres impérialistes. L’armée française durant la guerre d’Algérie (1954- 1962), l’armée américaine au Vietnam (1960-75) se sont épuisées sans succès à faire disparaître une guérilla soutenue par la population ; malgré leur supériorité en armement et quelques succès militaires sur le terrain, les armées occupantes ont toujours été perdantes politiquement : les exactions, les tortures, infligées aux civils les font basculer encore plus aux côtés de la guérilla ; par ailleurs, les morts et les blessés ramenés au pays ont amené les populations françaises et américaines à prendre conscience de la nécessité d’arrêter la guerre.
Les drones utilisés déjà par les USA en Irak, en Afghanistan, au Pakistan en zones frontalières, ont pour objectif de tuer des cibles repérées (chefs de la résistance), sans risque aucun pour l’armée occupante ; cette technique d’élimination physique des cibles jugées importantes, est en fait identique à celle employée par l’armée israélienne en Palestine occupée, par des rockets lancés sur des maisons de « terroristes », militants du Hamas ou du Fatah, depuis des hélicoptères : seule différence, aucun risque avec le drone pour le pilote…
Une guerre ciblée, donc plus « humaine ».
Tous les bombardements aériens sont criminels quand ils tuent des civils sans défense : les tapis de bombes, y compris incendiaires, lâchés depuis 10.000 mètres d’altitude par les bombardiers US en 1944-45, sur les quartiers populaires de Dresde, Hambourg…ou le Havre, l’étaient. Les techniques de « bombardement ciblé » actuelles ne le sont pas moins. C’est en fait la guerre impérialiste en elle-même qui est un crime, quelles que soient les armes employées. Les dirigeants impérialistes les utilisent parce qu’ils les jugent plus efficaces. Le sont-elles vraiment ? Même après le passage des drones, la maîtrise d’un pays, et de ses peuples, doit se conclure par l’occupation au sol. Or, aujourd’hui encore, malgré les mensonges des communiqués militaires répercutés par les télévisions, toutes les offensives des USA et de l’OTAN sur le terrain afghan sont des échecs politiques absolus : quelques prisonniers, quelques villages rasés pour un énorme déploiement de forces, et une guérilla toujours plus populaire qui se regroupe un peu plus loin.
Le ciblage par drones est d’ailleurs très imparfait : en Afghanistan, ce sont très souvent des civils qui sont touchés, et le bilan de cette « guerre des lâches » est politiquement désastreux pour l’image des occupants ; de nombreux Irakiens attribuent, à tort ou à raison, des attentats meurtriers annoncés comme l’œuvre d’Al Qaïda, à des drones US : il est vrai que les USA ont tout fait pour opposer entre eux Sunnites, Chiites et Kurdes, et sont ainsi parvenus à détruire à leur profit l’unité nationale irakienne.
Jusqu’à présent, les drones sont employés par les seuls USA ; mais les autres états impérialistes sont aussi engagés dans leur fabrication, la France notamment, en collaboration avec Etats-Unis et Israël.

Privatisation des armées impérialistes :

Depuis l’Antiquité, la violence légale (police, armée) était du seul ressort de l’état, qu’il soit monarchique, démocratique ou autoritaire ; délibérément, les dirigeants impérialistes en font aujourd’hui une affaire privée, un marché, à leur bénéfice exclusif, puisque seuls les gros budgets militaires, comme celui des USA, peuvent se payer ces dépenses énormes. La location de milliers de mercenaires par les USA (et l’OTAN ?) en Afghanistan, en Irak est un fait essentiel. La société privée Blackwater emploie aux Etats-Unis plus de 30.000 personnes, rien que pour entraîner ses « employés ». En 2009, ses contrats avec l’état US ont dépassé le milliard et demi de dollars, et ses bénéfices en 2008 ont atteint 600millions de dollars. Le jour n’est pas loin où le président Obama pourra se glorifier auprès de son opinion qu’il n’y a plus de soldats US en Irak : mais des dizaines de milliers de baroudeurs privés, financés par l’état, poursuivront près des champs pétroliers de Mossul et à Bagdad la mission impériale…
En fait, l’emploi de mercenaires au lieu de forces régulières permet aussi de minorer les pertes visibles et l’impact que cela peut avoir sur l’opinion publique aux USA. On défilait autrefois devant la Maison Blanche pour « le retour des boys ». L’opinion a moins de compassion pour « des chiens de guerre » venus d’on ne sait où, et qu’on paie pour les risques encourus : car ils coûtent fort cher, et c’est peut-être l’aspect qui peut toucher le plus le contribuable…

Clausewitz avait bien raison de constater, il y a près de deux siècles, que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens : c’est toujours vrai.

Francis Arzalier

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