Une nouvelle Révolution française ?
Vivons-nous dans la décennie qui verra éclore
une nouvelle Révolution française, comme nos aïeux dans les
années 1780 ?
Certes, la situation est différente à beaucoup d’égards.
Cependant nous assistons à la fin d’un monde. Le capitalisme, dans
toute sa logique, semble au bout du rouleau. En France, le pouvoir politique,
qui en émane, se fissure en maints endroits. Son audience se réduit
comme peau de chagrin. L’opinion publique se détache massivement
de ses représentations. Plus de la moitié des électeurs
boudent les urnes, de 70 à 80% dans les quartiers populaires. L’ensemble
des formations, de la majorité comme de « l’opposition »,
subit une érosion croissante de leurs soutiens. Le discrédit majeur
atteint, en premier, le président de la République, qui personnifie
par sa politique et son style, ce que rejette la population.
Malgré cela, le pouvoir, comme s’il avait conscience de ses limites,
tente pourtant de profiter du vide idéologique dans lequel s’agitent
les partis dits « de gauche », pour charger la barque et
« faire passer » le maximum de réformes dans un
minimum de temps.
C’est ainsi que sont menacés directement de démantèlement
ce qui constitue encore les remparts de la République : le cadre
administratif issu de la Révolution, tels les municipalités, les
départements, les éléments de protection sociale qui subsistent
encore dans le système de la sécurité sociale, des retraites,
du Code du travail. Sont attaqués de front l’Education nationale,
la santé, les services publics.
Cette offensive accélérée du capital peut faire illusion
sur sa force supposée. En fait, celle-ci n’est forte que de la
démission des partis et syndicats, qui lui font face.
Nous ne sommes pas éclairés par les Lumières, comme au
XVIIIème siécle, ni par les analyses marxistes du XXéme.
Pourtant, le rejet populaire du système capitaliste n’a jamais
été aussi vaste. Jamais, les pseudo élites, qui nous gouvernent,
n’ont été si réduites en nombre et isolées
dans le pays.
Alors pourquoi ce divorce entre les potentialités de révolte et
la passivité apparente des masses ?
Il faut le reconnaître : le capital et ses hommes liges ont su, avec
la construction européenne, placer les Nations dans un état de
dépendance, qui aliène leur liberté de mouvement, la souveraineté
de leurs peuples.
Après avoir fait miroiter les fausses espérances d’un avenir
radieux dans le cadre de l’Union européenne, et corseté
à travers elle, toute velléité d’indépendance,
le capital s’est évertué à pilonner l’idée
que « l’Europe était un horizon indépassable »
et qu’il était impossible de s’en détacher. Or, ces
notions sont conjuguées sur tous les temps par l’ensemble de l’arc-en-ciel
politique, de la vraie droite à la fausse gauche.
Si bien, que cette pseudo fatalité conduit notre peuple sur le chemin
de la passivité.
Il faut donc lutter contre le renoncement à la lutte, jugée à
tort, inutile ou impossible, en finir avec le renoncement à l’espoir.
Mais qui peut songer à des « lendemains qui chantent »,
lorsqu’on nous dit condamnés à perpétuité
à la misère et à l’austérité ?
Or, de cette prison, l’Union européenne, il faut s’évader.
C’est non seulement nécessaire, mais c’est également
possible.
Chacun, dans sa cellule, en détient la clef.
Que pourrait faire « l’Europe », Bruxelles
et BusinessEurope, si dans un Etat, le nôtre, par exemple, un gouvernement,
issu du peuple, décidait souverainement, d’une politique de progrès
social et de véritable démocratie, ouvertement contraire à
celles d’aujourd’hui, dictées aux nations par l’Union
européenne ?
Aucune force ne pourrait se mettre en travers d’une volonté populaire
ainsi affirmée.
Ce serait une nouvelle Révolution française
Encore, faut-il en convaincre l’opinion.
Et pour cela, commencer le débat.
Jean Levy