Les Grecs : « Fusillés pour l’exemple » ?
Les médias font une très large place aux «
sacrifices » auxquels les Grecs devraient consentir afin d’éviter
que leur pays n’entraîne dans sa chute, les 26 autres Etats, membres
de l’Union européenne. En effet, le gouvernement socialiste d’Athènes
vient de décider une nouvelle purge imposée à la population,
sur injonction de Bruxelles, de la Banque Centrale Européenne et, tout
spécialement, de l’Allemagne. Et si cela ne suffisait pas, un député
allemand de la CDU , Marco Wanderwitz, suggère « que la Grèce
vende quelques unes de ses îles »…
Rien que cela !
Les mesures annoncées visent à faire payer au peuple hellène
les effets mortifères de l’économie capitaliste. Déjà
victimes de cette politique, soumis à un premier train de décrets
antisociaux, ils devraient à nouveau subir, et accepter, une réduction
encore plus drastique de leur niveau de vie : salaires des fonctionnaires amputés
des 13ème et 14ème mois, hausse généralisée
de la TVA de 2 points (celle-ci passerait de 19 à 21%), retraites et
pensions réduites à leur plus simple expression, hausse des alcools
et du tabac…
Nos médias, satisfaits, notent que « les marchés ont bien
accueilli ces mesures ». Il ne reste que la population à convaincre
!
Mais pourquoi cet acharnement sur ce pauvre peuple grec ?
On songe à la fable de notre bon La Fontaine , «
les animaux malades de la peste ». En fait, la Grèce et son peuple,
sont « fusillés pour l’exemple ».
S’ils se résignent à leur triste sort, s’ils ne rechignent
pas, face au verdit, la menace est directe : les « pelotons d’exécution
» européens sont prêts à poursuivre leur sinistre
tâche et, à la suite des Grecs, tirer sur les Espagnols et les
Portugais, jugés également « pelés et galeux, d’où
viendrait tout le mal ».
Mais en quoi ces peuples – et tous les autres – sont-ils responsables
de la spéculation mondiale du capital et de la crise qui en résulte
? Les salariés contraints aux bas salaires, les privés d’emplois,
les jeunes sans travail, les retraités aux modestes pensions, ont-ils,
un seul jour, pris la moindre responsabilité dans les politiques qui
leur sont imposées ? Ont-ils exercé une once de pouvoir durant
ces dernières décennies ?
Que nenni ! Ils l’ont tout simplement subi.
Et il faudrait qu’ils paient maintenant les pots cassés par les
banques, l’industrie et les gouvernements à leur solde ! La «
crise » - mais qui l’a provoquée ? – a bon dos. Elle
permet au capital d’avancer ses pions et d’accélérer
la cadence dans la contre-révolution sociale, entreprise depuis trente
ans.
Mais dans la course folle aux profits, que les puissances financières se livrent entre elles, celles-ci ont-elles d’autres choix que d’en faire payer le prix aux peuples ? La « libre concurrence » des marchés a un coût, et celui-ci est énorme. Le grand patronat ne peut plus supporter la moindre entrave à la rotation de plus en plus rapide du capital. D’où la politique imposée par Business Europe, le Medef européen, aux classes ouvrières, au monde du travail, au sein de l’Union européenne.
La Grèce est un petit pays qui doit s’incliner
et montrer l’exemple. C’est le « modèle », grandeur
nature, des « réformes » que l’Union européenne
veux généraliser dans ses vingt-sept provinces. Mais si le Grecs
regimbent, s’ils ne se laissent pas faire ?
Ils ont déjà commencé la Résistance avec le KKE,
le Parti communiste grec, avec le Pame, leur mouvement syndical de classe Par
deux fois, ils ont massivement fait grève, contraignant les centrales
socialistes à s’engager dans le mouvement. De nouvelles manifestations
de masse, des arrêts de travail d’ampleur nationale sont prévus
dans les jours qui viennent. Et les Grecs ne sont pas seuls à résister.
Au Portugal comme en Espagne, le peuple est sorti dans la rue. Il est prêt à recommencer.
Et en France ? L’horizon n’est-il qu’électoral ? Partis et syndicats, qui se disent en opposition avec les « réformes » initiées par Nicolas Sarkozy, savent bien qu’au lendemain du second tour des « régionales », le pouvoir en échec dans les urnes, tentera de nous faire goûter aux « remèdes » du Capital. Faut-il attendre gentiment l’heure du « sacrifice » et le «peloton d’exécution » ? Il faut se préparer sans délai à réagir massivement, non seulement contre le pouvoir, mais surtout contre les forces économiques qui l’ont mis en place et qui sont prêtes, comme en Grèce, à changer de cavalier et de monture, à la fois, pour donner le change.
Sachons-le : nous sommes tous des Grecs en puissance. Notre lutte est commune. Aussi, notre totale solidarité va aux travailleurs de Grèce en lutte et à ses organisations, le KKE et le Pame, qui sont aux premiers rangs du combat.
Jean LEVY