REGARDS D'EUROPE
L'UNION EUROPEENNE ET CUBA
En assumant la présidence semestrielle tournante de l'Union européenne, M.Zapatero doit cohabiter avec le président permanent Van Rompuy, nommé pour deux ans et demi selon la procédure du Traité de Lisbonne entré en application le 1er décembre 2009. Mais, entre les deux présidents, il n'y aura pas de confrontation, tout au moins sur les politiques à mettre en œuvre sur le plan européen puisqu'ils sont d'accord pour continuer sur la même voie.
Pour répondre aux inquiétudes des marchés financiers, M.Zapatero a présenté le 29 janvier un plan d'austérité pour l'Espagne portant à la fois sur les dépenses de l'Etat, celles des collectivités locales et sur les régimes sociaux. Il a notamment annoncé l'allongement de l'âge de la retraite à 67 ans. Il veut faire payer aux salariés les frais d'une crise dont ils ne sont pas responsables! Il ne manquera pas d'essayer d'étendre ce plan d'austérité dans l'Union européenne avec l'appui de la BCE. Cela ne l'empêche pas de proclamer qu'il veut une "Europe plus sociale"! Jugeant prioritaire la mise en œuvre pleine et entière du Traité de Lisbonne, il propose aussi augmenter les dépenses militaires pour accroître les capacités militaires de l'UE. Bien que le Maroc et Israël occupent et colonisent des territoires (Sahara occidental, Palestine) où les populations sont réprimées, la présidence espagnole veut renforcer les relations de l'UE avec ces deux pays qui bénéficient d'un "statut spécial" au mépris de la "clause droits de l'Homme" des accords d'association.
Seul point positif du programme de la présidence espagnole, l'objectif affirmé de mettre fin à la position commune du Conseil sur Cuba et de conclure un accord de coopération. Les firmes espagnoles, qui veulent vendre ou investir à Cuba, ne sont sûrement pas étrangères à cette position! Mais d'autres Etats membres de l'UE, notamment des pays de l'Est mais aussi la Suède, ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ont déjà pris l'offensive, avec des relais au Parlement européen, pour maintenir la position commune, voire la renforcer. Adoptée le 2 décembre 1996 à l'initiative de José Maria Aznar, la position commune de l'UE impose des sanctions contre Cuba. Les droits de l'Homme sont le prétexte mais le véritable objectif est d'empêcher Cuba de poursuivre son développement non capitaliste et de le contraindre à entrer dans l'économie de marché. Des sanctions ont été imposées en 2003. L'Union européenne a décidé de les suspendre en 2005 mais en précisant qu'elles n'étaient pas annulées. D'ici fin juin, terme de la présidence espagnole, il faut donc impulser une mobilisation des partis, syndicats et associations pour demander l'abrogation de la position commune à l'égard de Cuba qui doit être remplacée par un véritable accord de coopération. Cette action doit se conjuguer avec celles qui sont menées pour la levée du blocus politique, économique et commercial imposé par les Etats-Unis depuis plus de 50 ans contre Cuba.
LA FSU SE MEFIE DE LA CESLe 6ème congrès de la Fédération syndicale unitaire (FSU) s'est conclu le 5 février par l'élection d'une nouvelle secrétaire générale et l'adoption de nombreuses résolutions qui prônent "le développement d'un syndicalisme de lutte et de transformation progressiste". Par contre, le congrès n'a pris aucune décision sur l'adhésion de la FSU à la Confédération européenne des syndicats (CES). Le processus d'adhésion a été reporté et une décision ne sera prise que fin 2010 après une consultation des syndiqués car, pour la FSU, la CES "inscrit sa démarche dans un aménagement à la marge des politiques menées par l'Union européenne et ne travaille pas assez à faire converger les luttes menées dans les différents pays". Cette analyse constitue en quelque sorte une réponse aux syndicalistes qui affirmaient il y a quelques années que l'adhésion de la CGT à la CES contribuerait au changement des orientations de la CES vers le développement des luttes contre les politiques ultralibérales de l'UE. Résultat, la CES s'est mobilisée pour faire adopter le projet de Constitution européenne et s'est félicitée de la mise en œuvre du Traité de Lisbonne, a accepté la flexisécurité et ne défend que des mesures d'adaptation au capitalisme. Au final, c'est la CGT qui s'est glissée dans le moule de la CES, notamment sur le plan de la solidarité internationale. C'est ainsi qu'au cours de la manifestation du 6 février de soutien à la Palestine à Paris, de nombreux syndicalistes se sont étonnés de l'absence de la CGT parmi les organisateurs. Faisant le lien entre cette carence et la CES, un syndicaliste de la Poste, rencontré dans la manifestation, m'a rappelé que la décision d'adhésion de la CGT à la CES avait été prise d'en haut, sans véritable débat dans les fédérations, ni dans les unions départementales et locales. On peut comprendre dans ces conditions que la FSU hésite à entrer dans la CES qui peut constituer un carcan pour l'action syndicale.
L'EUROPE EN BREF
Jean Paul Le Marec