LA FACE SOMBRE DE TEL-AVIV LA BLANCHE
1909 .. 2009 : centième anniversaire de la fondation de Tel-Aviv, cette
ville qui exprime la modernité d'Israël, ville née du sable
et de la mer, ville qui serait, selon l'imagerie israélienne, pure de
toute spoliation des Palestiniens.
L'histoire est loin d'être aussi belle que le dit cette présentation.
Tel-Aviv s'est construite contre la ville palestinienne de Jaffa qui fut l'un
des centres de la vie culturelle palestinienne et les sables sur lesquels elle
s'est édifiée portaient des villages palestiniens qui ont été
détruits pour faire place à la nouvelle ville. Tel-Aviv est loin
d'être aussi pure qu'on la présente et s'inscrit dans la conquête
de la Palestine.
Il faut ici rappeler que 1909 se situe à l'époque de la deuxième
alyah (vague d'immigration), celle des cadres du mouvement sioniste qui viennent
s'établir en Palestine pour y construire l'Etat des Juifs. En ce sens
on peut considérer Tel-Aviv comme le symbole de la conquête. La
construction de Tel-Aviv marque ainsi une étape importante dans la mise
en place de l'Etat juif.
La cité née des sables
Symbole de la modernité israélienne et
marquée par le développement de sa vie culturelle, Tel-Aviv occulte
une réalité plus sombre, celle de la dépossession des Palestiniens.
Son inscription au Patrimoine Mondial par l'UNESCO en 2003 ne saurait faire
oublier cette réalité.
Construite à côté de la ville de Jaffa, Tel-Aviv étouffera
ce centre de la culture palestinienne qui, après la proclamation de l'Etat
d'Israël, deviendra l'un des faubourgs pauvres de la ville, où vivent
encore quelques Palestiniens. La ville de Jaffa fut conquise en 1948 par les
organisations paramilitaires juives et soixante quinze pour cent de la ville
a été détruite. Le nombre de ses habitants est alors passé
de 60.000 à 4.000, ces derniers autorisés à résider
dans deux quartiers de la ville, Ajame et Jeballah. Quant à la Vieille
Ville, elle a été vidée de ses habitants pour devenir un
centre touristique, où les propriétaires palestiniens des galeries
d'art ont été dépossédés au profit des artistes
israéliens. Ainsi disparaît toute trace de la culture palestinienne
pour laisser la place aux conquérants. Quant aux noms arabes des rues,
ils ont été effacés et remplacés par des noms plus
"présentables". Ce qui permet d'occulter que la vie culturelle
tant vantée de Tel-Aviv s'est construite sur l'élimination de
la culture palestinienne. Ainsi disparaît une ville, Jaffa, et tout son
passé pour laisser place à la ville nouvelle de Tel-Aviv. L'ONG
israélienne Zochrot qui s'est donnée pour objectif de retrouver
les vestiges des villages palestiniens détruits, rappelle que de tels
villages existaient autour de Jaffa et qu'ils ont été détruits.
Parmi ces vestiges, le village de Summeil dont une partie a été
recouverte par la "Century Tower". La municipalité essaie de
détruire les quelques vieilles maisons qui constituent un noyau de pauvreté
pour construire un quartier résidentiel et des centres commerciaux modernes.
Des architectes membres de Zochrot rappellent que Tel-Aviv n'est pas née
des sables mais qu'elle s'est construite sur les villages palestiniens détruits
de Sheikh Muwannis, (sur sa terre est bâtie une partie de l'Université
de Tel Aviv), Jammusin, Salame, Summeil et bien d'autres. Nous rappelons que,
au coeur de cette même ville, se trouve le QG du Ministère de «
défense », le centre névralgique d'où partent les
ordres pour bombarder, massacrer, expulser, torturer.
Célébrations
En septembre 2009, le cinquième Festival International de Film de Toronto
a annoncé qu'il allait inaugurer son programme City to City avec un "pleins
feux" sur Tel-Aviv. Cette annonce a provoqué la réaction
de cinéastes et d'acteurs qui ont publié une lettre ouverte adressée
aux organisateurs du Festival. "Nous ne protestons pas contre les cinéastes
israéliens inclus dans le programme City to City, et nous ne suggérons
en aucune façon que le cinéma israélien devrait être
exclu de TIFF. Toutefois, en particulier à la suite de l'assaut brutal
de cette année sur Gaza, nous nous opposons à l'utilisation d'un
festival international aussi important pour promouvoir une campagne de propagande
au nom d'un régime que l'archevêque sud-africain Desmond Tutu,
l'ancien président des États-Unis Jimmy Carter, et le président
de l'Assemblée Générale des Nations-Unies Miguel d'Escoto
Brockmann ont appelé un régime d'apartheid." Cette lettre
est signée par des personnalités aussi éminentes que Udi
Aloni, Elle Flanders, John Greyson, Naomi Klein, Kathy Wazana, Cynthia Wright,
B. H. Yael ...
La Mairie de Paris, toujours prête à louer les mérites d'Israël
tout en se donnant une image d'ouverture aux pluralités d'opinions, s'apprête
à célébrer le Centenaire de Tel-Aviv du 4 novembre au 6
décembre 2009 et apporte son soutien à une exposition qui a lieu
du 13 octobre au 17 novembre 2009 à la Cité Internationale des
Arts. Dans le cadre de cette célébration, le Forum des Images
organise à Paris le cycle Tel-Aviv, Le Paradoxe. De même qu'à
Toronto, plusieurs cinéastes dont Eyal Sivan, Hany Abu-Assad et Shai
Carmeli Pollak ont décliné l'invitation à projeter leurs
films dans le cadre du cycle Tel-Aviv, Le Paradoxe. Eyal Sivan a envoyé
sa propre lettre qui comprend l'extrait suivant: "La politique raciste
et fasciste du gouvernement israélien et le silence complice de la plupart
de ses milieux culturels pendant le récent carnage opéré
à Gaza comme face à l'occupation continue et aux violations des
droits humains et aux multiples discriminations à l'égard des
Palestiniens sous occupation, ou ceux citoyens palestiniens de l'Etat israélien
– toutes ces raisons justifient que je maintienne une distance vis-à-vis
de tout événement qui pourrait être interprété
comme une célébration de la réussite culturelle en Israël
ou un cautionnement de la normalité du mode de vie israélien.
Puisque votre rétrospective fait partie de la campagne internationale
de célébration du centenaire de Tel-Aviv et qu'elle bénéficie,
à ce titre, du soutien du gouvernement israélien, je ne peux que
décliner votre invitation".
Dans un geste citoyen, nous, membres de la campagne BDS France, solidaires de
l' « Initiative palestinienne pour le boycott universitaire et culturel
d'Israël » (PACBI = Palestinian Campaign for the Academic & Cultural
Boycott of Israël), nous vous adressons cette lettre ouverte de protestation.
Nous nous associons en cela aux cinéastes et artistes ayant refusé
de participer à une telle manifestation, ainsi qu'aux nombreux artistes
et citoyens palestiniens qui nous ont demandé de dénoncer cette
opération de marketing d'un Etat décidé à faire
oublier sa face sombre. Nous refuserons de participer à cette indigne
célébration et nous ferons notre possible pour informer les habitants
de Paris sur la véritable nature de la ville que cette exposition est
censée glorifier, afin qu'ils ne participent pas non plus à cette
complicité d'apologie de crimes coloniaux.
Campagne BDS France 21
ter rue Voltaire 75011 Paris
campagnebdsfrance@yahoo.fr