Progrès et reculs en Asie tropicale.
L'Inde, deux fois plus peuplée que l'Europe, a voté.
Comme elle est un pays capitaliste, qui crève d'une inégalité
sociale féroce, nos médias se gargarisent de la sagesse de ce
pays, " la plus grande démocratie du monde".
Démocratie? Près de la moitié des paysans n'ont pas l'électricité
dans une puissance nucléaire, et des centaines de millions d'ouvriers
survivent avec moins d'un euro par jour quand le nombre de milliardaires indiens
augmentent chaque année.
Nous n'avons décidément pas la même notion de la démocratie…
Les citoyens indiens ont donc voté, et on peut en tirer
quelques enseignements :
1) la droite hindouiste (BJP) ultra libérale et férocement antimusulmane,
au point d'animer des pogroms, a été condamnée par les
électeurs, et n'obtient que 157 sièges ( sur 543), soit une trentaine
de moins qu'en 2004
2) Le parti du Congrès, sorte de social-démocratie à l'indienne,
profite de ce discrédit des extrémistes droitiers; son discours
laïque le fait progresser avec ses alliés jusqu'à 262 sièges,
presque la majorité à l'Assemblée: la peur, justifiée
, d'une guerre civile ethnique ou religieuse a joué plus dans l'opinion
que le ralliement du parti gouvernemental de centre gauche à la stratégie
des USA en Asie, et aux mesures favorables aux capitalistes privilégiés.
3) Ce "vote utile" explique la stagnation, et le recul parfois, des
communistes indiens et de leurs alliés (80 sièges), déstabilisés
par le chômage croissant (croissance économique en baisse, de +9%
en 2007 à + 5% aujourd'hui) et le retour au pays de nombreux immigrés
qui travaillaient dans les pays du Golfe.
L'histoire en demi-teinte, ne s'arrêtera pas avec cette "victoire
de la sagesse indienne", selon la formule du Monde. Avec la crise économique
qui touche de plein fouet les travailleurs indiens, des syndicats et partis
communistes actifs, le futur gouvernement centriste, pro libéral et pro
US, ne pourra faire ce qu'il veut.
Autre pays de la région qui vit un événement
essentiel, le SRI LANKA dont le gouvernement de coalition (y compris les communistes)
a enfin écrasé militairement la rébellion des Tigres (LTTE).
Ce mouvement séparatiste dont le seul programme était un état
formé du nord de l'île et d'une portion de l'Inde, débarrassé
physiquement des non tamouls et des opposants, avait constitué depuis
trente ans une armée fortement équipée, avec artillerie,
avions et bateaux, grâce à des fonds fournis par les puissances
occidentales et la diaspora rackettée des USA, de France, d'Angleterre,
etc… moyen de pression idéale contre la Chine proche ou l'Inde
progressiste, elle a été ces mois derniers, abandonnée
par ses sponsors de Washington, selon la nouvelle politique d'Obama: d'où
sa défaite, qui est une victoire appréciable du mouvement progressiste
en Extrême-Orient.
Les inepties pseudo-humanitaires de Kouchner n'y changent rien, qui s'évertue
à assurer la survie des Tigres au sein des diasporas occidentales; chez
l'ancien "French Doctor " reconverti en chantre de l'OTAN, c'est une
vieille habitude, depuis que sous De Gaulle il soutenait les insurgés
biafrais contre l'état national nigérian. C'est plus étonnant,
et relève de l'ignorance, pour le moins, quand la secrétaire du
PCF persiste et signe, en déclarant que "la victoire militaire des
forces de Colombo n'apporte aucune réponse véritable " et
que doit être négociée entre les combattants " une
solution politique juste"!
Dans cette optique, il eut fallu demander de négocier avec les assassins
du préfet Erignac au lieu de condamner leur crime, leur conférant
ainsi une légitimité démocratique, alors qu'ils ne sont
pas plus les représentants des Corses que les Tigres ne le sont des Tamouls.
Pourquoi ne pas aussi soutenir les rebelles du Sud-Nigéria qui exigent
pour eux-seuls le produit du pétrole? Eut-il fallu aussi en 1945 négocier
l'avenir de l'Allemagne avec Hitler, sous prétexte que la conquête
de Berlin pouvait faire des morts?
F.Arzalier.