REGARDS D'EUROPE
IMPOSER DES SANCTIONS CONTRE ISRAËL
"La conférence internationale pour la reconstruction
de Gaza", réunie le 2 mars à Charm-el-Cheikh en Egypte, a
décidé de mobiliser 4,5 milliards de dollars. L'Union européenne
pour sa part s'est engagée pour 436 millions d'euros mais elle s'est
bien gardée de demander à Israël de contribuer financièrement
à la remise en état et à la reconstruction de tout ce que
son armée a détruit: infrastructures, habitations, industries,
agriculture, etc. Les autres "donateurs" ont eu la même position.
Israël a pu impunément détruire des installations ou des
équipements financés par l'Union européenne sans que personne
ne lui demande des comptes.
Les Nations unies et la Ligue arabe ont certes souligné le lien entre
la reconstruction de Gaza et le besoin de progresser dans le processus de paix.
Mais cela ne restera qu'un vœu pieux tant que des mesures contraignantes
ne seront pas imposées à Israël pour l'obliger à tenir
ses engagements et respecter le droit international.
L'Union européenne, qui entretient des relations privilégiées
avec Israël, que ce soit dans les domaines commercial, économique
et diplomatique, en aurait les moyens si les gouvernements des Etats membres
en avaient la volonté politique. L'accord de "rehaussement"
des relations décidé fin 2008 devrait être remis en cause
et l'accord d'association UE-Israël suspendu. De telles décisions
seraient reçues par le gouvernement israélien comme une véritable
mise en garde dont il devrait tenir compte. Alors qu'il continue à se
moquer des déclarations et résolutions! C'est ainsi qu'il n'a
pas hésité à annoncer le doublement de ses colonies en
Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, juste avant l'arrivée
de la nouvelle secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Hilary Clinton.
Plus que jamais, un des objectifs prioritaires de la lutte pour le soutien au
peuple palestinien doit être d'exiger des sanctions contre Israël.
En même temps, nous devons faire pression sur nos gouvernements "pour
que soient dénoncés les accords militaires et politiques avec
l'Etat d'Israël", comme l'a proposé la déclaration adoptée
le 17 février à Athènes par des partis communistes et progressistes
du monde entier.
Mais, vu la gravité de l'agression israélienne contre Gaza, il faut aller plus loin et exiger une enquête internationale sur les crimes de guerre commis à Gaza, y compris l'utilisation contre les populations civiles d'armes interdites par le droit international. Cette enquête devra bien entendu déboucher sur la poursuite et le jugement des criminels de guerre israéliens, militaires et responsables politiques. De ce point de vue, devant la carence des instances internationales, il faut se féliciter de la création le 4 mars à Bruxelles du "Tribunal Russell sur la Palestine" à l'initiative de nombreuses personnalités engagées pour la défense de la paix et du droit international, notamment Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de France, le réalisateur anglais Ken Loach, Jean Ziegler et Nurit Peled, mère israélienne d'une victime du terrorisme et prix des droits de l'homme du Parlement européen. Dans la lignée du Tribunal Russel pour le Vietnam de 1966, le "Tribunal Russel pour la Palestine", qui s'appuiera sur des rapports d'expertise, vise à réaffirmer la primauté du droit international, mettre fin à l'impunité d'Israël et contribuer à éveiller les consciences et à mobiliser les populations sur la responsabilité des gouvernements et des instances internationales dans la poursuite de l'occupation et la non reconnaissance des droits du peuple palestinien.
LES SALAIRES DANS LE COLLIMATEUR
"Le Figaro" du 10 mars nous apprend que "Jean-Claude
Trichet a voulu lancer un message d'optimisme alors que les marchés financiers
ne cessent de reculer depuis plusieurs jours". Le président de la
Banque Centrale européenne (BCE) a effectivement comme objectif prioritaire
de rassurer, voire de satisfaire, les marchés financiers. La baisse des
salaires qu'il encourage est pour lui un des éléments positifs
sous-estimés par les marchés financiers.
Depuis sa prise de fonction, le président de la BCE n'a pas cessé
de prôner la "modération salariale" pour une meilleure
productivité des entreprises. Dès le début de la crise,
il a réaffirmé cette orientation et accompagné, sur le
plan européen, les recommandations, pour ne pas dire les exigences, du
Fonds monétaire international (FMI), qui est toujours dirigé par
M. Strauss-Kahn. Pour pouvoir bénéficier des aides et prêts
du FMI, les pays en difficulté ont été contraints de diminuer
les dépenses publiques, notamment par la réduction des traitements
des fonctionnaires pouvant aller jusqu'à 15%. Cela rappelle les "plans
d'ajustement structurel" imposés par le FMI aux pays d'Afrique.
Ce fut notamment le cas en Hongrie, en Irlande, en Lettonie.
Comme M. Strauss-Kahn, M. Trichet veut faire payer la crise aux salariés
considérés comme des boucs émissaires, sans rien réclamer
aux actionnaires, ni toucher aux profits des multinationales. Il a appelé
les gouvernements "à poursuivre des politiques de dépenses
courageuses, en particulier en matière de salaires dans le public".
Dans de nombreux pays, des manifestations importantes (plus
de 120.000 personnes à Dublin le 21 février) ont eu lieu pour
protester contre les décisions des gouvernements sous la pression de
la BCE et du FMI. Ces manifestations vont se poursuivre, notamment en France
le 19 mars, pour exiger que ce soit les véritables responsables de la
crise qui en paient les conséquences et non les salariés qui en
sont les victimes.
Dans cette situation, des voix s'élèvent pour obtenir une révision
des missions et du fonctionnement de la BCE et du FMI. Cette démarche
ne conduirait qu'à un replâtrage du système capitaliste.
Pour en sortir et engager l'action pour mettre un terme à ce système,
ne faudrait-il pas, au lieu de continuer à s'appuyer sur ces structures
réformées, revenir à la primauté de la souveraineté
populaire qui ne peut s'exprimer véritablement qu'à travers des
structures nationales?
L'Europe en bref..
Jean Paul le Marec