La République tchèque pour six mois à la tête de l´Union européenne

A partir du 1er janvier 2009, le gouvernement le plus droitier dans l´histoire de la République tchèque assume pour six mois la présidence de l´Union européenne. La présidence tchèque a démarré de façon malheureuse. Le vice-président du gouvernement, A.Vondra, fortement pro-américain, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, en inaugurant la représentation de la carte de l´Europe, a dû s´excuser devant le public bruxellois. Il y a un certain temps, il a choisi un soi-disant artiste tchèque, D. Lerný, pour élaborer, en collaboration avec les artistes de chaque pays membre, une représentation de la carte de l´Europe pour que chacun d´entre eux prépare le meilleur symbole de son pays. L´artiste choisi est bien connu en République tchèque: c´est lui qui était l´initiateur de la repeinture en rouge du char d´assaut soviétique qui a symbolisé la libération de la capitale tchécoslovaque des nazis en mai 1945 par l´Armée rouge. Le char a été installé sur une jolie place de Prague; dans les années quatre-vingt-dix, il a été écarté pour tomber dans l´oubli comme la libération de la plus grande partie de la Tchécoslovaquie par l´Union soviétique. Mais M. Lerný n'a pas collaboré avec ses collègues des 26 pays et il a tout réalisé seul: le symbole des pays membres a été présenté d´une façon tout à fait subjective et pas toujours polie– par exemple, la Bulgarie a été présentée par un WC à la turque, la Slovaquie par des saucissons hongrois, l´Autriche par une centrale atomique, la France par la grève etc. La Bulgarie a protesté par voie diplomatique en demandant une excuse officielle, la Slovaquie s´est contentée d' une excuse officielle orale. On peut donc dire que l´entrée de la République tchèque sur la scène de l´UE était marquée par un scandale.
Le début de l´année 2009 est caractérisé par la crise économique mondiale dans le prolongement du deuxième semestre de 2008 , par l´agression d' Israël contre le territoire de Gaza et par la crise causée par l´Ukraine qui a stoppé le débit de gaz russe pour l´Europe. Quelle a été l´attitude du gouvernement tchèque face à ces événements au moment où il devait présenter également la position de l´UE?
En ce qui concerne la crise économique mondiale, les représentants du gouvernement tchèque ont affirmé que son impact sur le pays tchèque serait zéro, ils ont même fait approuver par la Chambre des députés en décembre 2008 un budget national fondé une forte progression du produit intérieur brut en 2009. Et maintenant, quand il y a déjà des dizaines de milliers de travailleurs nouvellement licenciés et certaines branches d´économie – par exemple la verrerie de Bohême connue dans le monde depuis le 19e siècle – presque liquidées, le gouvernement ne fait que sauver les banques et certains grands capitalistes, sans garantir le niveau de vie des travailleurs, même des travailleurs hautement qualifiés, ce qui est justement le cas des verriers.
En ce qui concerne le gaz russe dont le débit pour l´Europe a été stoppé par les Ukrainiens, le chef du gouvernement tchèque, M. Topolánek, politicien fortement pro-américain et antirusse, qui veut imposer– malgré la position antiradar de la majorité de la population tchèque – l´installation du radar américain en République tchèque en reconnaissant ouvertement que c´est un élément militaire orienté contre la Russie, et qui a comparé l´attitude de la Russie envers l´Ossétie du sud à la situation en 1968 en Tchécoslovaquie, a effectué en janvier 2009, pour devenir visible dans la politique européenne, une navette entre Kiev et Moscou. Il a eu des entretiens avec les chefs des gouvernements (à son retour, il s´est vanté d´avoir discuté avec V. Poutine pendant cinq heures en appréciant réellement sa personnalité) et de très nombreuses conversations téléphoniques avec les représentants russes et ukrainiens. Mais le monde sait bien que, malgré ces „mérites“ de M. Topolánek, le gaz russe a commencé à couler en Europe seulement après les entretiens entre les chefs des gouvernements russe et ukrainien; ce n´est qu´après leur entente que le gazoduc a été débloqué par les Ukrainiens.
L' autre point névralgique de la politique internationale au début de 2009, c´était l´agression d´Israël contre le territoire de Gaza. Tandis que le Parti Communiste de Bohême et Moravie ainsi que la gauche européenne condamnaient l´agression israélienne et exigeaient l´arrêt des combats, des massacres et le respect du droit international, la diplomatie tchèque a échoué. Le porte-parole du gouvernement a même déclaré que l´agression israélienne au Gaza était défensive. M. Charles Schwarzenberg, ministre tchèque des affaires étrangères, qui représentait l´UE, est bien connu comme pro-américain et pro-israélien. C´est un noble qui a émigré avec ses parents de la Tchécoslovaquie après 1948 pour s´installer en Autriche où il est devenu un des plus riches Autrichiens. Au cours de la première étape de la construction du régime socialiste en Tchécoslovaquie, il a soutenu les forces tchécoslovaques antisocialistes. Après 1989, il est rentré en Tchécoslovaquie pour aider à la transformation capitaliste du pays. M. Havel, alors président de la République, l´a nommé chancelier. Devenu sénateur, il a profité de son passeport suisse pour pénétrer comme touriste au Cuba où il a rencontré et soutenu les dissidents anticommunistes. C´est pourquoi il a été escorté à l´aéroport pour quitter immédiatement le pays comme personne indésirable. Cet homme a été nommé, sur proposition du Parti des Verts, ministre des affaires étrangères en 2007. Après l´agression israélienne contre Gaza, il est parti pour le Moyen-Orient comme chef de la délégation de l'UE. Quelle honte pour la diplomatie tchèque quand on apprend dans les journaux qu´au cours de ses rencontres avec Israël sa délégation n´avait aucun plan spécifique pour la conclusion d´un cessez-le-feu! Bien sûr, il était très difficile d´atteindre un but positif au cours d´un court séjour au Moyen-Orient surtout quand on sait qu´Israël exerce des pressions sur les Palestiniens depuis des décennies. Mais on ne peut attendre de résultat positif si la mission ne s' est pas fixé d' objectif. De toute façon, il est impossible d´attendre d´un gouvernement tellement rétrograde qu´il puisse contribuer aux progrès de l´Union européenne.

Ota Lev

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