EUROPE ET AMÉRIQUE LATINE

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publié le : 2 septembre 2018

depuis trois quarts de siècle, l'Europe et l'Amérique dite Latine, parce que les langues officielles léguées par le passé colonial sont l'espagnol et le portugais, ont connu des inflexions historiques curieusement inversées.

A l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, la défaite du Nazisme et de ses alliés fut indéniablement le début d'une période de progrès sociaux et politiques considérables pour les Nations européennes. Le prestige de l'URSS, artisan essentiel des Libérations du joug fasciste en liaison avec les Résistances, fit de l'ensemble des pays de l'Est et Centre européen des "Démocraties Populaires": sous la houlette des Communistes, les bourgeoisies possédantes y étaient laminées par les réformes agraires et les nationalisations, et, malgré bien des difficultés et des erreurs, une plus grande justice sociale y prévalait au profit des travailleurs: plein emploi et décollage industriel, éradication de la misère et de la mendicité, droits de la femme et des minorités, etc. Dans les pays d'Europe occidentale ou la bourgeoisie capitaliste avait réussi à conserver sa primauté, " l'après guerre" fut indéniablement une ère de conquêtes sociales et politiques, et, malgré les inégalités inhérentes au capitalisme, les conditions de vie quotidiennes de la majorité des salariés connurent un tel bouleversement que la période 1945-75 est qualifiée par les historiens de "Trente Glorieuses". Ces progrès n'ont rien de mystérieux: le poids de l'URSS, du Socialisme en construction dans une partie du globe, le poids en conséquence des Partis communistes et des organisations ouvrières occidentales ( PCF, PCI, CGT, CGIL etc), les luttes qu'elles animaient, ont contraint patronats et politiciens à leur service à de nombreuses nationalisations, a un quasi plein emploi, et à une redistribution partielle de la croissance économique forte, par le biais de services publics comme la Sécurité Sociale, les Retraites par répartition, etc..

Durant la même période d'après-guerre, les Nations d'Amérique Latine connurent une période de réaction politique et sociale, souvent dans le cadre de dictatures férocement répressives au service des grands propriétaires ruraux, soutenues y compris militairement par l'Impérialisme des USA. Le "grand frère Gringo", sorti renforcé d'un conflit mondial au cours duquel il n'avait pas vécu les destructions européennes, y imposait ses règles, et l'URSS ou la Chine dirigées par les communistes y étaient bien lointaines. Partout, des îles Caraïbes au Chili, les tentatives révolutionnaires d'Amérique latine étaient écrasées: seul le petit peuple de Cuba, galvanise par Fidel Castro et Che Guevara, réussit à créer un isolât de socialisme au large de Miami, malgré les maîtres de Washington, leurs mercenaires et leur blocus, grâce au soutien de la lointaine Union Soviétique et au courage des Cubains. Les dernières décennies du XXeme siècle ont amené un paradoxal retournement historique, vécu différemment de part et d'autre de l'Atlantique.

La situation en Europe commença à s'inverser après 1975, quand le Capitalisme en crise se donna les moyens d'une nouvelle jeunesse, par une véritable mutation: mondialisation accélérée par le biais de sociétés transnationales, délocalisation d'entreprises des "vieux"pays occidentaux vers les contrées à bas salaires, création délibérée en Europe industrialisée d'un chômage massif permettant de tirer les salaires vers le bas et d'accroître la précarité salariale, etc..

Mais le grand retournement eut lieu après 1990, quand l'Union Soviétique vaincue par la concurrence des USA et de ses alliés, implosa a l'issue d'une longue stagnation, et se désagrégea pour retourner à l'économie capitaliste. A l'issue de ce tsunami historique, tous les pays de l'Est européen et des Balkans, ses alliés, firent de même, et virent refleurir leurs mendiants et leurs vieux démons nationalistes et xénophobes, jusqu'aux féroces guerres de Yougoslavie et du Caucase.

Cet effondrement pesa aussi très lourd en Europe occidentale: le discrédit consécutif à l'échec du "socialisme réel" déstabilisa les partis communistes jusque là puissants et actifs, les amena a s'engluer dans les dérives opportunistes et électoralistes au point de perdre progressivement toute audience dans l'électorat salarié dont ils étaient jusque là l'émanation. En Italie, en Espagne, en France , cette décrépitude suicidaire, ajoutée au démantèlement des "forteresses ouvrières" qui étaient leur terreau nourricier, a réduit les Communistes du XXIeme siècle a des groupuscules divisés et inefficaces.

Face à cette vague contre-révolutionnaire qui déferlait sur les peuples d'Europe, l'Amérique latine prit à l'inverse au tournant du siècle un chemin progressiste. Brésil, Nicaragua, Bolivie, Uruguay, Équateur, Venezuela, Argentine, un peu partout du nord au sud des foules se soulevaient contre l'austérité imposée par les bourgeoisies locales, leur soumission aux stratèges libéraux de Washington et du Fonds Monétaire International. Tous ces pays se donnaient des gouvernements de Gauche, d'inspiration Socialiste et anti-imperialiste, a l'image de Chavez, le leader charismatique de la "Révolution Bolivarienne" de Caracas. Cette "insurrection progressiste" américaine vint à point pour combattre le blocus impose par l'impérialisme Yankee à Cuba, qui avait réussi avec des difficultés terribles à préserver son régime socialiste malgré l'asphyxie née de l'effondrement de l'URSS. Ces régimes "bolivariens" eurent l'audace de rompre avec le libéralisme économique, et le courage de lutter efficacement contre la pauvreté des travailleurs, en redistribuant à leur profit les revenus alors confortables des ressources pétroliers et minérales.

Avec de tels succès qu'ils provoquèrent un indéniable enthousiasme populaire, réaffirme durant des années dans les élections présidentielles à Caracas, Rio, La Paz ou Quito, malgré les assauts répétés des Droites revanchardes et de l'impérialisme. Avec aussi parfois une euphorie naïve parmi les progressistes des autres continents, au point qu'on vit certains d'entre eux prôner l'imitation des choix latino-américains comme seul modelé possible pour aller vers un "Socialisme du XXIeme siècle", et une "Vème Internationale" centrée à Caracas. Ce qui était oublier un peu vite les fragilités de ces régimes progressistes américains, parfois bases sur des coalitions politiques hétéroclites, parfois aussi pénètres par la corruption ou les dérives autoritaires. C'était oublier surtout que le Capitalisme local restait intact, influent dans les médias et la vie quotidienne, prêt à toutes les subversions et toutes les démagogies, avec l'appui de l'Impérialisme US et ses alliés. Et aussi que les succès économiques et la redistribution sociale reposaient sur l'exportation de matières premières dont les prix relevaient d'un marché mondialisé contrôle par l'Impérialisme.

. Ces fragilités ont fait entrer les expériences progressistes latino-américains dans une spirale d'échecs depuis quelques années, avec le retour aux commandes de l'État de la bourgeoisie libérale en Argentine, Uruguay, Colombie, et surtout Brésil. Tous les moyens ont été utilisés, de l'insurrection militaire aux condamnations mensongères pour corruption. Mais le plus efficace en ce sens a été la dégringolade délibérée des cours du pétrole et des minerais, organisée par les USA et leurs alliés Saoudiens, entraînant pénuries quotidiennes et discrédit des gouvernants, L'offensive de Droite et Extreme-droite se déploie partout: revenue au pouvoir en Colombie, elle prépare une insurrection au Nicaragua, et a tenté récemment d'assassiner le Président Maduro du Venezuela grâce à des drones chargés d'explosifs. Les pro-Etatsuniens que la télévision française soumise à Macron qualifie de "défenseurs de la démocratie" ne s'en tiendront pas la, Ils continueront leurs menées subversives pour déstabiliser tous les gouvernements progressistes d'Amérique latine.

Mais les jeux ne sont pas faits: ce qui a réussi à Kiev aux applaudissements de notre bourgeoisie ne sera pas aussi facile à faire à La Paz ou à Caracas. Les forces anti- capitalistes, anti-impérialistes, se battent avec courage partout en Amérique contre ce retour en arrière. Nous, Communistes, depuis l'Europe qui n'est pas sortie encore de sa nuit réactionnaire du nouveau siècle, partageons toujours leurs espoirs, qui sont aussi les nôtres: plus que jamais, dans ce contexte difficile, nous sommes Castristes avec le peuple de Cuba, et Bolivariens avec celui du Venezuela. Et le premier de nos devoirs de SOLIDARITE est de dire aux citoyens français les réalités américaines, systématiquement déformées par nos médias au profit du Capital et de l'Impérialisme.

Francis Arzalier

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