PROBLÉMATIQUE DES NATIONS DU XVIIIeme SIÈCLE A NOS JOURS

publié le 7 mai 2018

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Intervention de Francis Arzalier, historien, pour le collectif communiste polex

Les nations et leur problématique sont une réalité essentielle sur tous les continent, mais avec beaucoup de différences, dues notamment à leur histoire.

Permettez moi d'esquisser une définition des concepts dont nous discutons: ils sont bien souvent déformés, manipulés, par les médias au service du Capital.

Une définition simple: la Nation, pour moi, existe à partir du moment où les habitants d'un pays choisissent massivement de vivre sous les mêmes lois, incarnées par un même État, national ou plurinational, quelque soit par ailleurs sa nature, monarchie ou République, autoritaire ou démocratique. Et faut il le rappeler ? Les Communistes les plus conséquents se sont honorés au XXeme siècle en défendant le droit des peuples désireux de former un état national indépendant, y compris quand il s'agissait des peuples colonisés par l'État Français, en Indochine, au Maghreb et en Afrique Noire. Le Collectif Communiste Polex s'efforce de maintenir cet héritage, en luttant pour la souveraineté de chaque nation, contre les Impérialismes, c'est à dire les ingérences extérieures, qu'elles soient militaires, politiques ou économiques.

les membres d'une Nation ont évidemment entre eux des différences. D'une région à l'autre, ils peuvent parler des langues différentes, pratiquer des cultures et des religions diverses, différer de couleur de peau et d'origine. Et toute Nation est formée de classes sociales diverses dont les intérêts sont divergents, par exemple d'un prolétariat qui ne vit que du produit de son travail, et d'une minorité capitaliste qui profite de celui des autres, au sein même de l'ensemble national. Cela ne change rien à la réalité politique qui fait la Nation.

L'histoire de la Nation française est à cet égard révélatrice: vous ne vous étonnerez pas de m'entendre résumer son histoire, spécifique et révélatrice.

Avant 1789, le Royaume de France, bien que très centralisé depuis des siècles par ses monarques de droit divin, réunissait des provinces et des peuples très disparates, dont certaines avaient été rattachées par la conquête. Le seul lien entre les sujets du Roi était la fidélité à la dynastie capétienne.

C'est la Révolution de 1789-94 qui, en remplaçant la monarchie de droit divin par la souveraineté des citoyens et de leurs représentants élus, a concrétisé la Nation. Des 1789-90, les partisans des réformes révolutionnaires se sont qualifiés les Patriotes, et les députés des différentes provinces du Royaume ont fait allégeance à la Nation française, y compris ceux de provinces qui étaient devenues parties du Royaume de France par voie de conquête, comme la Corse, ou d'Avignon soumis jusque là au Pape de Rome.

Des 1791, cette invention du fait national a donné naissance à deux idéologies, Patriotisme et Nationalisme. Elles ont en commun l'attachement à la Nation, mais s'opposent comme s'opposaient le Jacobin et futur Montagnard Robespierre et le Girondin Vergniaud. Robespierre, au nom du patriotisme, demandait aux citoyens français de défendre les conquêtes révolutionnaires contre les monarques coalisés, mais s'opposait à la déclaration de guerre décidée par les Girondins, qui, sous prétexte d'exporter la Révolution en Europe, poursuivaient les rêves de conquête et de pillage des pays voisins, caressés par la bourgeoisie française et la monarchie. Ce Nationalisme a prétentions libératrices sera au début du dix-neuvième siècle, le substrat de l'occupation de l'Europe par les armées napoléoniennes. Et il persistera tout au long des XIXème et XXeme siècles, en justifiant notamment les conquêtes coloniales organisées par la bourgeoisie française, durant le Second Empire et la Troisième République. Il existe encore aujourd'hui, quand les dirigeants français Hollande et Macron répandent leurs soldats en Afrique sous prétexte d'y combattre le djihadisme, alors qu'il s'agit surtout d'y assurer l'exploitation des ressources naturelles comme l'uranium du Niger.

A la différence du patriotisme, qui a toujours en France été caractéristique des organisations révolutionnaires et du mouvement ouvrier, les Nationalismes sacralisent leur nation jugée supérieure a celle des autres, et nient les luttes de classe qui la traversent. La Commune de Paris en 1871 et les FTP communistes de 1944 furent patriotes, contre le gouvernement bourgeois de Monsieur Thiers,et celui du Maréchal Pétain. Ceux la faisaient état de leur nationalisme: cela ne les empêcha pas de se soumettre aux occupants allemands qui leur permettaient d'écraser toute velléité de révolution sociale, et cela par intérêt de classe.

Durant deux siècles, le contenu de la Nation française s'est enrichi des conquêtes sociales et politiques arrachées par les mouvements populaires successifs: suffrage universel masculin et abolition de l'esclavage aux colonies en 1848; droit de grève en 1865; libertés d'opinion et de presse, syndicales et d'association, communales et laïcité de l'état a. l'orée du XXeme siècle; congés payés de 1936; nationalisations et sécurité sociale de 1945....c'est pourquoi la volonté de l'actuel gouvernement Macron de détruire les services publics de transports, de santé,de l'énergie, hérités de la Libération en 1945, est une véritable mise en cause de la Nation française.

Mais cette volonté de la bourgeoisie française de démanteler l'état national, parce qu'il est devenu un pôle de résistance aux objectifs du Grand Marché mondialiste, n'est pas une spécificité de notre pays. Elle s'insère dans l'évolution depuis 30 ans du Capitalisme, organisé aujourd'hui en grandes sociétés transnationales, dont la quête de profits maximum nécessite la suppression des frontières, la liberté de mouvement des capitaux, des marchandises et des hommes. Ce Capitalisme transnational est, pour notre continent, incarné par la Communauté Européenne supranationale. Elle est le visage actuel de l'oligarchie capitaliste, dont les dirigeants de la France en 2018 appliquent les directives, qu'ils ont contribué à élaborer, parce que la bourgeoisie française en partage les objectifs.

Cette volonté du capitalisme mondialisé actuel de détruire les états nationaux qui lui font obstacle, on la retrouve à l'origine des conflits meurtriers suscités par l'impérialisme occidental qui ont bouleversé l'Afrique et le Moyen Orient : la destruction des états nationaux de Libye et d'Irak, la réimplantation au Sahel de forces armées occidentales qui avaient dû les quitter après les indépendances, l'ingérence dans la désastreuse guerre contre la Syrie: dans tous ces cas de figure, les puissances impérialistes ont utilisé des séparatismes locaux contre les états nationaux, en déstabilisant ce faisant des pays entiers, entraînant massacres, destructions et flot de réfugiés.

Et si les dirigeants français font partie des responsables de cette offensive mondiale contre les Nations, les travailleurs de France n'en tirent aucun profit, ils en subissent eux aussi les conséquences.

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