La permanence de la question méridionale et la formation de l'état nation en Italie

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publié le : 2 Novembre 2017

L'Italie après les élections du 4 mars 2018

Quand Victor-Emmanuel est entre à Naples, on pouvait dire que l'Italie était faite. C'est ce qu'affirmait le Comte Cavour: " l'Italie est faite, tout est sauvé". Plus prudent, le marquis Taparelli Massimo D'Azeglio répliquait: "l'Italie est faite, il reste à faire les Italiens".

L'examen de la carte électorale de l'Italie lors du scrutin du 4 mars, laisse penser que l'opinion du marquis était plus juste que celle du comte. L'unité italienne fut essentiellement une conquête militaire du centre et du sud de la péninsule par la Couronne de Savoie, justifiée par le discours progressiste d'une révolution bourgeoise et libérale. En réalité, il s'agissait d'un pacte entre Oligarchies ( industrielle et bancaire du Nord, latifundiste et demi-féodale du sud ), pacte base sur la création d'un marché national pour les produits industriels du nord, la libre circulation de la force de travail du sud vers le nord, et la construction d'un état capable de participer au partage impérialiste du monde. Dans le cas de l'Italie, en Libye, Éthiopie, et dans les Balkans et en Grèce. Ce pacte entre oligarchies leur permettait de garantir la permanence des privilèges demi-féodaux dans la nouvelle situation.

Comme Lampedusa le fait dire au Prince Salina dans le Guépard:"il faut que tout change pour que rien ne change". La mission principale de l'état construit lors du Risorgimento n'était pas de faire une nation italienne.Le peuple italien n'était pas encore une nation. Il est certain qu'au sein du Risorgimento, existaient des forces patriotiques soutenues par les classes populaires, incarnées par Garibaldi ou Mazzini, mais, comme le dit GRAMSCI, l'absence d'un jacobinisme italien a permis que cela débouche sur la cooptation des dirigeants dans une révolution inachevée, dans ce qu'il a appelé Transformisme. Le Fascisme a tenté d'imposer l'italianisation par la force des habitants de la péninsule, mais il a conduit la nation italienne au désastre des années 1943-45. En 1925 déjà, le PCI, par la plume de GRAMSCI, tout en dénonçant le caractère injuste et insuffisant du Risorgimento, réclamait une Republique fédérale italienne d'ouvriers et de paysans. En 1926, le meme GRAMSCI analysait les déficits du Risorgimento, et proposait une solution au problème national italien dans son étude intitulée " LA question méridionale". Selon lui, pour que l'unité italienne aboutisse à " faire des Italiens ", l'essentiel était de combattre la cause principale de la différence entre le Sud livré au sous-développement économique et le Nord industriel, soit une inégalité nord-sud ou centre-périphérie.

Le 30 mai 1928, face au tribunal fasciste qui l'avait condamné à 20 ans de prison, GRAMSCI déclarait: " il me semblé évident que la mission du Proletariat de se substituer aux classes dirigeantes actuelles, de prendre les rênes du pays pour sauver le destin de la Nation. ....Vous êtes les fossoyeurs de la Nation, nous, communistes, voulons la sauver." GRAMSCI a développé en prison sa réflexion sur les processus de formation de l'état national et de la culture dans ses " cahiers de prison", notamment le cahier 9 et 21. Dans cette réflexion, GRAMSCI note que le problème de la construction nationale conditionne toute l'action des communistes pour le progrès social.

L'unité entre la Nation et l'Etat italien, l'unité des Italiens et de l'Italie, eut une possibilité de se renforcer lors de la Republique de 1948. UNE Republique, un état-nation, dont l'unique soutien conséquent fut le Parti Communiste Italien. Le PCI proposait l'alliance/unité entre les citoyens du Nord et du Sud, entre les travailleurs de la ville et de la campagne. Une proposition que Togliatti nommait la voie italienne au socialisme. Une proposition national/populaire qui proposait de réduire progressivement, puis d'éliminer les inégalités nord-sud nées du développement inégal générées par le capitalisme. S'opposaient à ce projet national/populaire les puissantes forces du capitalisme du Nord et du latifundiste du Sud. Ainsi que l'impérialisme nord-américain, et ses soutiens dans l'appareil d'état, comme le reseau Gladio. Durant quarante ans, le PCI a lutte pour ce projet national, et à été indéniablement un frein au développement inégal.

Aujourdhui, grâce à la disparition du PCI, le capitalisme italien et l'Union Européenne ont toutes latitudes d'aggraver les inégalités nord-sud. Tout à convergé vers l'aggravation de la "question méridionale". L'absence d'une force de résistance efficace dans les espaces contrôles par l'état italien, qui aient les mêmes objectifs que ceux du PCI après guerre, est le facteur principal de la destruction de l'idée de Nation italienne. Et, comme toujours, la crise de l'état se double d'une crise sociale, née de la globalisation capitaliste et de la soumission de l'Italie au "Lebensraum" allemand ( dans le cadre de l'UE. note du traducteur), et d'une absence d'analyse de classe du processus national. Dans cette absence de propositions, deux césarisme surconcurrents se disputent l'électorat, et divisent politiquement un pays déjà divisé économiquement, socialement et culturellement. Cette situation confirme les analyses faites par les Marxistes de la relations entre État et Nation..... Dans le cas italien qui nous occupe, la nation est inachevée, en construction.

Traduction par les soins du Collectif Polex.

Joan Tafalla

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