Le déshonneur des « médiatiques »

mis à jour le : 21 Octobre, 2017

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Quand les meutes de chiens du capital hurlent à l’unisson leurs chants de haine, on ne peut qu’être fier de ne pas céder, même trop seul, à la vague qui les emporte. Les occasions ne manquent pas, ces temps-ci en France, où deux sujets au moins de l’actualité, ont valu à nos citoyens un déferlement quasiment unanime de discours mensongers et d’images manipulées.

Le premier de ces événements fut la mort de Fidel Castro, dont les médias du monde entier ont rendu compte, en soulignant ses deux facettes indéniables :
1 La longévité de ce dirigeant communiste. Il a su animer, puis diriger durant un demi-siècle une révolution nationale, malgré le blocus économique, des centaines de tentatives meurtrières et d’invasions armées. Les présidents du plus puissant pays du globe, qui ont ainsi tenté de détruire son œuvre, Kennedy, Nixon, Bush et Clinton, sont enterrés ou oubliés. Qu’on l’ait aimé ou non, Fidel restera pour cela dans l’histoire.
2 Les neuf dixièmes des médias des quatre continents, Amérique, Asie, Afrique, Europe centrale et Russie, dont les gouvernements sont plus ou moins divers, plus ou moins inféodés à Washington, ont néanmoins signalé les millions de Cubains qui pleuraient la disparition de Fidel, dans cette nation qui n’en compte guère qu’une dizaine, guère plus que l’Ile de France ou la Belgique.
Mais la majorité des journalistes français influents est aujourd’hui d’une autre étoffe, qu’ils émargent au social-libéralisme du PS ou à celui des droites et du FN. Serviles à souhait à qui leur assure pouvoir et prébendes, acharnés à ce qu’ils prétendent être leur métier, ils assènent leur vérité, et n’utilisent les faits que pour les démontrer. Et ils n’hésitent pas à parler au nom d’une « communauté internationale » imaginaire, puisqu’elle se réduit à eux, leur cohorte de quelques milliers de bavards et d’ « experts » formatés, qui contrôlent les médias privés et « publics ». Leur florilège à propos de la mort de Fidel s’est surpassé. Il suffira de citer parmi quelques centaines d’autres, dégoulinant de hargne et déni du réel, le numéro spécial du Courrier International, un hebdo lié au quotidien Le Monde, prétendument consacré à refléter la diversité de la presse mondiale. Il l’a fait avec une première page intitulée : « Fidel Castro, Cuba libérée », et un éditorial titré : « Castro, la momie est morte ». Un ton digne des torchons nazis du siècle dernier…

Ce type de délires, au détriment de l’honnêteté la plus élémentaire, a déferlé sur l’opinion française, depuis plusieurs mois, à propos de la guerre au Moyen Orient, à Alep en Syrie et Mossoul en Irak. Nous le disions déjà il y a plusieurs mois, alors que débutait la reconquête d’Alep, deuxième ville du pays, par l’armée nationale syrienne et ses alliés russes : « L’insurrection de groupes intégristes et pro-occidentaux contre l’Etat national de Syrie, ne s’est développé que grâce aux soutiens extérieurs, entraînant en quelques années la mort de centaines de milliers de citoyens syriens, et la fuite éperdue de millions d’autres : un bilan tout de même plus grave que les dérives autoritaires regrettables du régime Assad.

Nos télévisions nous abreuvent d’images souvent bidonnées provenant essentiellement des zones « djihadistes », en décrivant complaisamment les ruines, les morts de tout âge et tout sexe, les hôpitaux touchés par les bombes, ce qui est évidemment déplorable. Mais qui serait assez niais pour croire que les explosifs et les balles déversées par les Rafale français en Afghanistan, Libye, Mali ou Irak, n’ont pas fait de victimes civiles ? Les bombardements alliés de 1944 ont tué en France occupée et en Allemagne des dizaines de milliers de personnes : fallait-il pour autant les condamner, quand la Libération du pays en dépendait ?

Nos bons apôtres médiatiques, alignés sur l’OTAN et ses séides, qualifient l’intervention russe venue épauler à sa demande le gouvernement légal de Syrie, de preuve de l’impérialisme de Poutine. Certes la Russie actuelle est un pays capitaliste, et ses dirigeants sont des nationalistes russes : ils ne cachent pas leur volonté de redonner à leur pays, dégradé et humilié sous Gorbatchev et Eltsine, son rôle de puissance majeure, lors du règlement négocié de retour à la paix qui devra bien finir par s’imposer au Moyen Orient. Et pour cela, ils contribuent de façon décisive à l’éradication des subversions intégristes, CE QUI EST DANS L’INTERET DE TOUS LES PEUPLES ARABES OU EUROPEENS ». (Le « martyre d’Alep », Parlons clair, n°140, juin 2016.)

Alep est contrôlée à nouveau par le gouvernement syrien, à l’issue d’une bataille dont l’âpreté rappelait celle de Stalingrad en 1943. C’est le premier échec important de la stratégie des impérialismes occidentaux, dont celui de la France. Son objectif avoué était de détruire les états qui résistaient à leur emprise. Ils l’ont fait en Irak avec Bush, en Libye avec Sarkozy et l’OTAN, avec pour résultats le chaos sanglant que l’on sait. Ils ont, après cinq ans, échoué à le faire en Syrie, et c’est tant mieux pour la paix mondiale. Cet événement ouvre enfin la voie à un futur règlement négocié, imposé aux fauteurs de guerre.

Et on ne peut que s’affliger de l’attitude lamentable des dirigeants français et des médias à leur service.

En 1994, la France dirigée par le Président socialiste Mitterrand et un gouvernement de droite, dont Juppé était le ministre responsable, a de la même façon tenté d’organiser sous des prétextes humanitaires une expédition qui n’avait pour but que de permettre à ses alliés, coupables de génocide au Rwanda, d’échapper à leur défaite militaire et au châtiment mérité qui les attendait. Ces tueurs rwandais exfiltrés sont toujours dans notre pays, qui refuse de les extrader vers les tribunaux de Kigali.

Vingt-deux ans après, le pouvoir français de Hollande et Ayrault, grâce au rideau de fumée organisé par les médias à leur service, vole au secours des criminels intégristes qui ont opprimé les Alepins durant des années. Il propose un « couloir humanitaire » qui lui permettrait d’exfiltrer les criminels vaincus, et de leur éviter une punition méritée. Un tel niveau d’hypocrisie dans la politique internationale est rarement atteint. Il a fâcheusement réussi à aveugler la majorité des Français manipulés par un appareil médiatique très efficace, par une cohorte de communicants qui déshonorent la fonction de journaliste. Fabriquant l’émotion, la compassion plutôt que l’analyse, ils savent occulter ou déformer les faits au seul service de ce qu’ils veulent démontrer. Ils ont oublié la haute mission dévolue à tout homme ou femme de presse : informer les citoyens des faits de l’actualité, et leur laisser le choix face aux analyses contraires. Ils ne sont plus qu’un des rouages des pouvoirs, le plus efficace peut-être, de la machine à décerveler du capitalisme « libéral ».

Efficaces, certes, ils le sont jusqu’à un certain point. Mais tous les sondages qu’ils ne publient guère le disent : la grande majorité des citoyens français ne croient plus un mot de « l’information » télévisée ou écrite…

Francis Arzalier

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