LES ELECTIONS AUX USA ET LEURS COMPLEXITÉS

mis à jour le : 1 Décembre, 2016

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Le 8 novembre 2016, Donald Trump a été élu Président des États Unis d'Amérique. Compte tenu de la puissance économique et militaire de cet état, et de la prétention de ses dirigeants de régenter le reste du monde, y compris par la guerre, cet événement mérite analyse.

D'autant qu'il a des significations très contradictoires. Il est absurde de présenter la défaite d'Hillary Clinton comme une catastrophe, comme le font politiciens et médias français. Mais il serait tout aussi irrationnel que nous fassions de la victoire de son concurrent ( avec une minorité de suffrages! ) un événement positif.

L'opinion française a été d'autant plus surprise de ce résultat que, durant des mois, les médias de notre pays, fidèles aux objectifs du capitalisme mondialisé, et dévoués aux politiciens qui en sont imprégnés, qu'ils soient tenants d'Hollande ou de Fillon, ont fait campagne pou Hillary Clinton, la candidate préférée de " l'Establishment " et de la bourgeoisie étatsunienne. Ce faisant, ils ont ressassé une image caricaturale du débat électoral aux USA, réduisant le candidat Trump à ses outrances machistes et xénophobes, contre les migrants Latinos et Musulmans, désignés par lui comme boucs émissaires de tous les maux. Sa victoire révèle en fait le profond mécontentement de citoyens états-uniens traumatisés par les conséquences d'un capitalisme brutal, les milliers d'entreprises fermées et délocalisées vers des contrées à bas salaires et à profits élevés pour les actionnaires: À l'issue de la Présidence Obama, née dans l'euphorie et les promesses, plus de quarante millions de citoyens états-uniens vivent officiellement dans la pauvreté.
Les promesses de Trump de protectionnisme pour favoriser une renaissance industrielle, de freiner les interventions extérieures dans le reste du monde, ont eu d'autant plus de succès auprès de salariés et de jeunes menacés par le chômage et le déclassement, que ces objectifs étaient globalement justifiés.

Une partie des électeurs du Socialiste Bernie Sanders lors des Primaires du parti Démocrate n'ont pas voulu choisir entre les deux candidats. La moitié des électeurs étatsuniens ont préféré ne pas voter dans un scrutin qui est une caricature de démocratie politique.
La défaite électorale de la candidate pourtant favorite des bourgeoisies occidentales ( de New York à Paris ) est à mettre en relation avec l'affaiblissement de la puissance des USA au profit de ses concurrents, Chine ou Russie, y compris sur le continent européen,ou le rôle dominateur de l'Union Européenne, allié complaisant de l'Impérialisme Etats-unien, est de plus en plus contesté : après le vote britannique, ceux récents de Bulgarie et de Moldavie, favorables à un rapprochement avec Moscou, le confirment. Les électeurs de Trump ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, qui ont suivi sa promesse de " redonner à l'Amérique sa grandeur et sa première place. La dénonciation de l'hystérie anti-Russe par le héraut de la Droite française Fillon va dans le même sens, il sait tenir compte du rapport de forces en mutation.
Mais il serait naïf de ce fait de faire de Trump ou de Fillon des convertis à l'anti-impérialisme. Les insultes proférées par le nouveau Président élu des USA à l'égard de Fidel Castro a peine décédé ne laissent place à aucune illusion naïve à son sujet.

Ce basculement progressif des relations entre grandes puissances au détriment des états occidentaux, qui pourrait être positif pour les peuples, se double malheureusement d'une crise grave des mouvements révolutionnaires et progressistes dans le monde, depuis la fin du XXème siècle.

Leur incapacité actuelle à offrir des issues politiques crédibles fait que les évolutions du rapport des forces mondiales débouchent souvent, notamment en Europe, Moyen Orient, et Amérique du Nord, sur des aventures xénophobes. Les conflits identitaires, ethniques ou religieux, remplacent alors les luttes de classes entre exploiteurs et exploités, au profit des premiers, et avec tous les risques que cela implique pour la paix.

On ne peut aujourd'hui prédire ce que sera la Présidence Trump. Cet homme est un démagogue: ses promesses de campagne protectionnistes et non-interventionnistes seront elles respectées? D'autant que le Président aux États Unis ne peut décider de ses orientations essentielles sans l'assentiment d'une grande partie de " l'Establishment ", des maîtres de la finance,de l'économie et de la politique. Ce vote n'a rien changé à la réalité du capitalisme mondialisé, dont les dirigeants des États Unis sont les leaders: L'Impérialisme des USA existe toujours; grâce à un budget militaire équivalent à 50 pour cent des dépenses mondiales en la matière, il répand dans tous les continents et tous les océans des soldats, des bases et des foyers de guerre; Il va persister à vouloir diriger le monde depuis Washington, avec le soutien complaisant des dirigeants français, avec autant de risques qu'auparavant pour la paix et la liberté des peuples.

Nous ne pouvons espérer grand chose des prochaines élections présidentielles en France, aussi peu démocratiques que celles des USA. Mais nous devons en tout état de cause faire grandir dans l'opinion française deux exigences dans la situation nouvelle créée par les élections étasuniennes :
1 Nous devons profiter de cette réaction favorable a " l'isolationnisme " aux USA pour stopper la volonté des dirigeants français et Européens de signer de nouveaux accords de Libre-échange comme le TAFTA ou le CETA, qui détruiraient ce qui reste d'activités industrielles dans notre pays.
2 il faut créer un large mouvement populaire pour que la France sorte de l'OTAN, cette machine belliciste au service de l'Impérialisme Occidental à direction états-unienne, qui nous entraîne vers le gouffre de la guerre nucléaire au Moyen-Orient, en Europe orientale, en Afrique, en Extrême- Orient.
3 dans cette optique, les prochaines élections présidentielles en France, tout aussi biseautées que celles des États Unis, ne remplaceront pas les mobilisations populaires. Tout au plus peut on tirer les conséquences de ce qui s'est déroulé outre-Atlantique pou tenter d'éviter les mêmes pièges.

Francis Arzalier

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