U.S. GO......in AFRICA
Tableau de l'expansion militaire Etats-unienne
Depuis 60 ans, à chaque conflit où la porte leur fut ouverte, les forces armées des Etats-Unis sont intervenues...et sont restées. 98 000 soldats US sont encore en Europe et 18 000 au Japon, longtemps après la fin de la seconde guerre mondiale. La guerre froide a été prétexte aux implantations en Turquie, en Espagne, au Portugal, en Corée, en Thaïlande, aux Philippines, en Australie... L'Europe a permis qu'une guerre se déploie sue son territoire et 2000 GI sont toujours stationnés en Bosnie et 5000 au Kosovo, plusieurs centaines en Hongrie et en Macédoine.
L'agression de l'Irak contre le Koweït, préalablement encouragée, s'est traduite par l'installation de milliers de soldats américains en Arabie Saoudite, au Koweït, à la présence de la flotte à Bahreïn, au Yémen, en Oman et en Egypte.
La lutte contre le terrorisme et l'occupation de l'Afghanistan aboutissent à la présence de 7500 soldats américains dans ce pays, sans compter ceux implantés dans trois républiques voisines ex-soviétiques. Quant à la dernière agression, celle contre l'Irak, personne ne fait mystère que l'installation de l'armée américaine est définitive.
Et l'Afrique ?
Pour les américains et leurs alliés européens le "Job one " a été pendant plus de trente ans la destruction du Bloc de l'Est et le démembrement de l'Union Soviétique. L'Afrique n'était pas un objectif d'importance et sa tutelle laissée aux anciennes puissances coloniales.
Immédiatement après l'"heureux évènement" il fallait au plus vite intégré les anciens pays du pace de Varsovie dans des alliances jugées irréversibles (Communauté Européenne OTAN). Ceci étant fait, l'objectif principal des américains est devenu le contrôle complet du Moyen-Orient, à la fois pour garantir l'approvisionnement pétrolier et pour soutenir l'existence et les visées stratégiques d'Israël, et c'est par ce biais que l'Afrique est intégrée au jeu stratégique des USA.
L'Afrique méditerranéenne
L'OTAN a lancé le Dialogue Méditerranéen en 1995, cette initiative a concerné le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, la Mauritanie, la Jordanie et...Israël. En 2000 l'Algérie a rejoint le groupe. Ce "D.M" a des ambitions officiellement politiques et militaires. Sous couvert d'antiterrorisme et de stabilité, l'objectif poursuivi, dans un premier temps, est de moderniser les armées, d'unifier le matériel militaire, d'organiser des coopérations.
La presse algérienne annonce fièrement la présence d'une unité de la flotte algérienne à Portsmouth et rappelle à ce propos l'habitude prise de manœuvres conjointes avec les forces de l'OTAN. El Watan dans son numéro du 14 avril 2005 précise qu'une participation des pays du Dialogue Méditerranéen, à "d'éventuelles actions de maintien de la paix en Afghanistan ou même en Irak, est souhaitée par les responsables de l'OTAN " L'expérience marocaine est citée en exemple. Un contingent marocain (1) est présent depuis plusieurs mois en Bosnie et au Kosovo.
Le Sahel
C'est le commandement des forces américaines en Europe qui supervise les manœuvres et les interventions dans la région.
La première initiative baptisée PAN SAHEL a regroupé des unités spéciales de l'armée US avec des militaires tchadiens, nigériens, maliens et mauritaniens. Avec 7 millions de dollars, elle a permis la capture de Abderrezak El Para en territoire tchadien, et son extradition vers l'Algérie.
Les USA qui ont soutenu le Front Islamique du Salut (F.I.S.) jusqu'en 1996 ont arrêté leur soutien, le jour où il s'est avéré que le FIS ne pourrait pas prendre le pouvoir en Algérie. Pragmatiques, les USA ont monnayé l'abandon de leur soutien au FIS contre l'abandon par l'Algérie de sa politique indépendante et son intégration à leur dispositif stratégique.
Aujourd'hui la lutte conjointe contre le Groupe Salafiste pour la prédiction et le salut (G.S.P.C.) permet à Bouteflika d'avancer plus encore dans l'intégration militaire et les abandons nationaux (en particulier sur la propriété et la gestion des hydrocarbures)
Avec 500 millions de dollars l'Initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme intègre cette fois l'Algérie au groupe de pays réunis précédemment dans le PAN SAHEL .La présence (permanente?) américaine se renforce. Les manœuvres FLITLOCK 2005 associe également la Nigeria, la Tunisie, le Maroc et le Sénégal. L'objectif déclaré est d'empêcher l'établissement de bases terroristes dans la zone sahélienne. L'objectif réel est l'inféodation des régimes et des armées locales et le contrôle direct de la Région, par la présence militaire pour l'instant discrète.
Le Golfe de Guinée
Le nouveau dispositif de Washington ne s'arrête pas au Sahel. La façade ouest de l'Afrique devrait couvrir de 15 à 20 % de la consommation américaine de pétrole dans les dix prochaines années.
Les pays du golfe de Guinée produisent aujourd'hui 3,7 millions de barils par jour (à comparer aux 8 millions produits par l'Arabie Saoudite. les réserves prouvées (en réévaluation permanente) pourrait atteindre le niveau de celui de l'Irak, du Koweït ou de l'Iran.
En Angola, au Nigeria et en Guinée Equatoriale les majors se livrent à une compétition acharnée.
Les troupes américaines ont déjà des facilités d'accès en Angola, au Gabon. Une base pourrait être ouverte prochainement à Sao Tomé et Principe au cœur du dispositif. (Réserve : 4 milliards de barils). Les USA assurent le cofinancement de l'opération de l'ONU en Côte d'Ivoire à hauteur de 27 %, pays où la production off-shore est prometteuse
Dans l'arrière pays, le Burkina Faso s'intègre discrètement au dispositif, essentiellement comme pourvoyeur de main-d'œuvre militaire et comme plaque tournante de la circulation des armes.
Compte tenu de l'opinion des Afro-américains les USA ont une politique active au Liberia et en Sierra Leone où les conflits interethniques sont aussi le terrain de jeu, de sociétés de mercenaires, rebaptisées : compagnies privées de sécurité, qui sont aux ordres des compagnies minières et du Pentagone.
L'Afrique australe et centrale
L'ex-pays de l'apartheid est inquiet du nouvel ordre mondial voulu par Washington, il se mobilise pour résister aux formes les plus dangereuses de " l'arrogance " américaine
Ce pays fut sanctionné pour avoir refusé de signer l'accord prévoyant d'exempter de poursuites devant la cour pénale internationale (CPI) les ressortissants américains présents sur son territoire.
En réalité l'Afrique du Sud intéresse fortement les USA en raison de sa position stratégique (sur la route des super tankers) et de son niveau économique. La politique économique libérale du gouvernement en intégrant plus encore la bourse de Pretoria au système international de circulation des capitaux, accélère le rapprochement des intérêts de la nouvelle couche bourgeoise noire en formation, des intérêts des autres possédants. L'Afrique du Sud s'apprête à rejoindre le programme ACOTA qui est dirigé depuis le commandement européen en Europe. Le programme ACOTA qui outre " le maintien de la paix et l'aide humanitaire" inclue désormais l'entraînement offensif des unités des armées africaines dans une zone qui s'étend du Sénégal au Malawi !
A la République démocratique du Congo, les USA cherchent aussi à imposer depuis des années leur scénario bien rodé ailleurs : affaiblir- créer le désordre intervenir comme sauveur- y rester
Le Congo est une proie facile et stratégiquement importante L'abondance des minerais (en particulier le coltran qui est stratégique) range ce pays dans l'Afrique " utile". Amnesty international dans son apport du 5 juillet 2005 signale le transfert de munitions et d'armes diverses organisé par le commandant en chef des troupes américaines de Bosnie, de ce pays vers le Rwanda Une compagnie aérienne utilisait deux DC-8 achetés aux USA pour la somme de 10 dollars, acheminant en continu le matériel durant toute l'année 2004. Début 2005, les troupes de Kagame entraient au Congo dans sa partie orientale.
La corne de l'Afrique
La région orientale de l'Afrique avec l'Egypte, est considérée militairement comme l'arrière du Moyen Orient et une zone fragile politiquement. Djibouti est devenue la tête de pont de la présence américaine dans la région.2000 soldats sont installés dans un ancien camp de la Légion étrangère française et la flotte US y a toute les facilités!
La présence US est également signalée au Soudan, cette fois-ci sous couvert de l'OTAN. Le président de la commission, ad hoc, de l'Union Africaine, Alpha Oumar Konaré, a négocié avec l'OTAN, l'assistance aux soldats de l'UA stationnés au Darfour (leur nombre devrait passer d'environ 3000 à 7000 puis à 12 000) Le pétrole du Sud Darfour et du Sud Soudan et celui, plus à l'ouest du Tchad excite les convoitises. Plus au Sud, les USA ont fait du Kenya leur plate-forme régionale. Ce pays apporte un soutien sans faille à la politique américaine et à celle d'Israël depuis 1988. Pourtant, il s'est montré impuissant pour empêcher les attentats anti-israéliens de Mombassa
Le contrôle de la région et de l'océan Indien est totalement lié à la politique moyen-orientale des USA. Outre Djibouti, les USA occupent totalement l'île de Diego Garcia, dont les habitants ont été déportés à l'île Maurice (voir Aujourd'hui l'Afrique. n°95 février 2005).
La fuite en avant de l'intervention militaire des Etats-Unis semble sans fin et sans limite. Les régimes néocoloniaux sont passés de l'ancien protecteur au nouveau protecteur sans la moindre difficulté. Dans l'ancien pré carré français en ruine, le Sénégal a montré l'exemple, suivi au plus vite par le Mali, la Guinée, le Niger etc. La politique française, incapable d'empêcher le mouvement, l'accompagne dans le cadre de l'OTAN et cherche à préserver ici ou là, quelques privilèges hérités du passé.
La lutte contre le terrorisme, avec les attentats aveugles contre les civils, l'opposition aux conflits interethniques fratricides avec leurs lots d'horreurs, sont une aubaine pour l'interventionnisme des puissances impérialistes et le contrôle direct des gouvernements et des armées.
Notre revue a plus d'une fois fournit la preuve, avec d'autres, que les troubles sont encouragés et financiers en sous main par les grandes puissances.
Les interventions coloniales, de tout temps, ont été faites au nom des grands principes. Autre fois, c'était pour répandre la vraie foi (qui ne se trouvait pas en contradiction avec l'extermination des amérindiens et la déportation des esclaves africains), ensuite ce fût au n om de l'expansion de la civilisation et du progrès, prétexte au partage de l'Afrique et à l'instauration du travail forcé, aujourd'hui les grandes puissances ont adopté le langage des droits de l'homme et de la démocratie, valeurs qui s'exportent sous des tapis de bombes.
Pour conclure, je voudrais faire trois remarques.
La première porte sur l'Afrique L'implantation militaire américaine s'est faîte au n ord du Sahara, essentiellement avec les régimes forts en place, contre l'opinion publique arabe de ces pays. Au sud du Sahara, la méthode a été plus subtile et plus progressive. Furent envoyés d'abord les sectes religieuses et les organisations humanitaires, discrètes, efficaces, abondamment financées; puis vinrent les conseillers en développement, suivis des instructeurs militaires.
On a vu cela au Mali et dans le reste du Sahel, on le voit aujourd'hui au Cameroun et dans le reste de la Région. La présence de troupes et l'implantation de bases permanentes viennent éventuellement plus tard et répondent aux seuls besoins stratégiques des USA.
Ma deuxième remarque porte sur l'Europe et ses institutions.
Les populations européennes (en particulier la France) sont abreuvées de discours qui cherchent à les convaincre que la construction européenne crée un espace politique faisant contrepoids à celui des USA. Le présent article montre qu'il n'en n'est rien. L'extension du contrôle des USA se fait soit directement, soit par l'intermédiaire de l'OTAN avec la participation des armées européennes qui y sont intégrées.
Ma troisième remarque porte sur les Etats-Unis
Avec la première puissance financière du monde, la politique américaine (tant chez les démocrates que chez les républicains) s'appuie sur une présence militaire active sur tous les continents. Première armée du monde avec un budget égalant l'ensemble des budgets militaires de toutes les autres nations du monde, la puissance américaine semble invincible.
Et pourtant....
Et pourtant le niveau de vie a cessé de progresser pour l'écrasante majorité des américains et les inondations de la Nouvelle Orléans ont montrées l'étendue des zones de misère réelle
Et pourtant le commerce intérieur des biens de consommation dépend de la production assurée ailleurs (en particulier en Chine)
Et pourtant l'avancée scientifique et technologique qui il y a encore 30 ans était immense, n'est plus aujourd'hui effective que dans des secteurs de plus en plus restreints (pharmacie, armements, communication...
Et pourtant sur les terrains extérieurs, l'armée après avoir échouée en Somalie, échoue à nouveau en Afghanistan, en Irak, pendant que les opinions publiques s'éloignent, peu à peu, du mirage américain.
Et c'est peut-être paradoxalement, la crainte d'un effondrement interne du système qui assure la cohésion du système. Les dirigeants des Etats, avec enthousiasme ou avec réticence, préfèrent serrer les coudes autour de Bush, plutôt que de voir leur bel édifice s'effondrer.
(1) Je crains que ceux qui rêvent d'un rôle positif, voire neutre des USA dans le conflit de décolonisation du Sahara occidental se bercent d'illusions.
Bernard Bouché (paru dans Aujourd'hui l'Afrique n°98)