PAROLES D’UN PRESIDENT REPU A UN PEUPLE AFFAME.

PARTI COMMUNISTE DU BENIN (PCB) commentaire
Cotonou le 7 mars 2017
mis à jour le : 8 Septembre, 2017

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Le 4 mars 2017, devant des rois du septentrion, bien connus pour la plupart comme pro-régimistes de tous les pouvoirs antipopulaires, qu’il a fait descendre sur Cotonou, Patrice TALON s’est adressé au peuple béninois en ces termes : « La situation est difficile. La vie est dure dans le pays. Manger est difficile. Il n’y a pas de travail. Nous le savons et je le savais aussi très bien. Mais pourtant, je me suis engagé. J’ai promis que les choses vont s’inverser, que la situation ne restera pas ainsi. Je voudrais vous prier encore de me faire confiance. Les difficultés des uns et des autres génèrent de l’impatience. Lorsqu’on a faim, lorsqu’on a des besoins, on est impatient. Que ce soit en Afrique, en Europe, chez les Blancs ou les Noirs, le besoin, ce qui nous manque nous rend impatient. Et c’est légitime que les concitoyens soient si impatients. Mais, construire exige du temps. Surtout ce qui est gâté met du temps à être reconstruit. La seule chose qu’on fait immédiatement et qui, parfois, nous trompe, c’est de se promener et de distribuer de l’argent. Cela, on peut le faire immédiatement. Mais quand on veut construire, quand on veut réorganiser la santé, construire des hôpitaux, mettre les médecins au travail, améliorer le plateau technique, quand on veut réorganiser l’école, construire des écoles, former les enseignants, ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps ».in "Le Matinal" n° 5035 du lundi 6 mars 2017.

Comment comprendre cet appel à la patience en direction du peuple quand on sait que dès son arrivée au pouvoir, Patrice TALON a consacré les quatre premiers conseils de ministres à régler ses propres problèmes à son propre profit, y compris ceux pendants devant la justice ! Comment un Président qui a repris sans autre forme de procès toute la filière du coton pour lui-même dès le premier conseil des ministres peut demander aux travailleurs et au peuple de patienter ? Comment un Président qui a rouvert rapidement son port sec à ALLADA et obligé les opérateurs à y passer pour renflouer les caisses de ses entreprises, peut réclamer la patience à la population ? Comment Patrice TALON qui a rétabli de façon insidieuse le PVI qui est une machine à sous au profit de son clan peut demander au peuple d’être patient ? Comment Patrice TALON qui passe des marchés de gré à gré au profit de son clan qui se sucre sur le dos du peuple peut demander à ce dernier d’être patient ? Comment un Président qui se permet d’acheter un domaine de l’Etat qui n’est pas en vente, sans enchères publiques peut se permettre de demander à un peuple affamé et traumatisé de garder patience ?

Ce discours de Patrice Talon qui comporte une part de vérité en ce qui concerne l’extension et l’aggravation de la misère du peuple est un pitoyable aveu d’échec après moins d’un an de gestion du pouvoir. Tout Chef d’Etat responsable et vraiment soucieux du sort de son peuple devrait le reconnaitre humblement et en tirer les conclusions dans le sens de s’en remettre au peuple en lui redonnant la parole. C’est d’ailleurs ce qui avait été demandé avant les élections présidentielles face à la situation de chaos, de "Waxala" que connaissait déjà le pays. Le pouvoir de Talon, obsédé par les profits personnels et immédiats devant un peuple qui veut la rupture d’avec la gouvernance scabreuse, s’est opposé aux propositions salvatrices de la réunion des Etats généraux, cadre pouvant permettre de redéfinir les bases d’une gouvernance nouvelle pour le pays avec les sacrifices nécessaires et utiles pour tous.

Au lieu de cela, il a regroupé autour de lui, son clan ainsi que des auteurs bien connus du peuple pour leur participation au chaos d’alors : ICC-services, Cen-sad, Maria-gléta, machines agricoles, mafia domaniale, Ppea2, etc. Et pendant qu’il se refuse à regarder dans le rétroviseur pour sanctionner ces pilleurs qui continuent de piller, le petit peuple est perçu et gouverné comme des ânes à redresser. La petite vendeuse de pain ou de tomate est chassée des bords des rues sans aucune autre alternative à son commerce de survie. Le zémidjan qui cherche son gagne-pain jusque tard la nuit est sommé de retourner dans son village.

Ainsi, ce n’est pas seulement ce qui manque au peuple que Talon ne donne pas, mais c’est même le peu que le peuple a conquis qu’il lui arrache de façon brutale et violente. L’étudiant est interdit de réunion sur le campus, des lignes rouges imaginaires sont tracées, des manifestations publiques sont réprimées, des chaines de radio et de télévision sont interdites, la censure sévit plus que jamais sur les médias aussi bien publics que privés. Il est même interdit l’expression publique de ses convictions religieuses.

En plus, le pouvoir de Talon surcharge le peuple affamé de taxes nouvelles : retour de la vignette sur les véhicules, augmentation des frais déjà exorbitants d’inscription et de formation dans les écoles et universités publiques, charges au niveau de la santé publique que l’on veut privatiser, etc.

Patrice Talon, dans son discours déclare « La seule chose qu’on fait immédiatement et qui, parfois, nous trompe, c’est de se promener et de distribuer de l’argent. Cela, on peut le faire immédiatement. Mais quand on veut construire,…., ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps ». Patrice Talon parle comme si lui et son clan avaient cessé « de se promener et de distribuer de l’argent » pour acheter députés, rois vénaux, responsables syndicaux et de la société civile, corrompus afin de faire passer leurs projets et lois infâmes contre les travailleurs, la jeunesse et le peuple.

En réalité, ce discours incompréhensible pour le peuple, est celui d’un Président élu dans un élan patriotique contre la recolonisation et pour la rupture et qui a complètement trahi les attentes du peuple et se comporte en dictateur autocrate convaincu que seu,l il est plus intelligent que le peuple tout entier. Ne prétend-il pas, que par son programme d’action, il révèle le Bénin aux Béninois ! En effet, dès son élection, au lieu de convoquer des Assises Nationales pour que le peuple rassemblé analyse la situation et envisage les solutions idoines aux problèmes du pays avec les sacrifices nécessaires à faire par tout le monde, Patrice TALON « qui pense toujours à lui-même » (sic) et à son clan (ajouté par nous), a tourné le dos au peuple et en tant que haut-bourgeois insensible, a déclaré la guerre aux pauvres. Voilà les causes de la colère du peuple béninois qui piaffe d’impatience d’arrêter cette dérive avant qu’il ne soit tard. Le peuple béninois a faim et soif et n’en peut plus. C’est ce que ne comprend pas le Président rassasié Patrice TALON.

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